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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 08:00
Joseph Staline : "On m'a imposé les purges"

Joseph Staline : "On m'a imposé les purges"

Je ne sais pas. J’en suis là, dans un état proche de l’indifférence, les yeux grands ouverts, immobile, étonné que nous en soyons arrivés là. Le privilégié que je suis ne sait plus ce qu’il doit faire devant tant de médiocrité. Orgueil ! « J’ai le plus profond respect pour le mépris que j’ai des hommes. » C’est inclusif, j’en suis. Pour autant je ne verse pas dans les outrances des chevaliers de l’Apocalypse, les profiteurs de crise qui, à l’image des BOF de la France occupée, pratiquent le marché noir. Onfray, Polony, Finkielkraut et tant d’autres surfent sur le désarroi des gens pour se faire de belles pelotes.

 

Que me reste-t-il pour tenir le choc ?

 

L’amour !

 

« George était arrivé un quart d’heure en avance. Dexter lui avait aussitôt apporté son double expresso. Il ne s’était pas rasé depuis quelques jours et se demandait si cela plairait à Keiko. Il feignait de lire Le Parisien, mais tournait régulièrement la tête vers l’entrée. Impossible de se concentrer. Dans les quelques minutes qui allaient suivre, leur destin se déciderait. Elle l’accompagnerait dans son studio, rue de Babylone. Et ce serait la joie des retrouvailles, la fête des sens, le bonheur d’être enfin réunis. Ou alors elle prétexterait un rendez-vous avec une amie qui tenait absolument à la voir avant son départ pour le Japon. Un peu présomptueux, il misait sur la première hypothèse. Mais il savait aussi que dans ce domaine rien n’est jamais joué, qu’on conquiert un être ou qu’on le perd à chaque minute. Il en était là dans ses réflexions un peu oiseuses, quand une voix féminine murmura « George » à son oreille. Elle s’installa au comptoir à côté de lui. Il caressa sa main. Dexter apporta deux autres cafés italiens. Ils n’échangèrent pas un mot. Tout se jouait dans leurs regards. Et, eux, contrairement aux mots, ne mentaient pas. Dehors, il pleuvait. On était déjà fin mai et le printemps tardait. Les mains de Keiko étaient glacées. Il les réchauffa. Quelques heures plus tard, dans son studio, leurs corps s’unissaient enfin, la pluie contre la fenêtre accompagnait maintenant les baisers qu’ils échangeaient comme des affamés de l’amour, de leur amour. George contemplait le corps de Keiko comme la plus belle œuvre d’art qu’il ait jamais imaginée. Elle était à lui, rien qu’à lui. Keiko, elle, se laissait bercer par les vagues de volupté qui l’envahissait chaque fois qu’il l’enlaçait et la couvrait de baisers. Elle se donnait entièrement, afin que la mort n’ait plus rien à prendre. Ils étaient comme deux enfants jouant sur le sable. Tous les amants connaissent ces instants où le temps s’abolit et où la passion ouvre une fenêtre sur l’éternité. George et Keiko vivaient ces instants goulûment. Lui, conscient que la vie ne les offre que parcimonieusement. Elle aspirant à les prolonger indéfiniment. Bientôt, la pluie cessa de tambouriner. Elle se blottit encore plus profondément contre lui et s’endormit. Quand il fut certain de ne pas la réveiller, il se leva, admira encore la grâce de son corps, se dirigea vers la cuisine et but une gorgée de whisky. Lui qui ne croyait en rien, se trouvait dans l’étrange situation, étrange pour lui tout au moins, d’exprimer une forme de gratitude… À qui ? Il ne le savait pas trop. Mais qui le sait ? Keiko, elle, rêvait. Mais à quoi rêve-t-on quand son rêve vient de s’accomplir ? N’y aurait-il pas une forme de désespoir à voir nos rêves s’accomplir ? »

 

Roland Jaccard Une Japonaise à Paris

 

Revenons à ce cher Onfray qui se répand à nouveau dans les médias pour promouvoir sa marchandise.

 

« En 2015, Michel Onfray s'est lancé dans une Brève encyclopédie du monde. Inaugurée avec Cosmos, qui proposait une « philosophie de la nature », elle se poursuit avec Décadence, une fresque d'une ampleur impressionnante, truffée de références théologiques et philosophiques. De Jésus à Daech, en passant par saint Paul, François d'Assise, l'empereur Constantin, Jan Hus, Christophe Colomb, Lucrèce, Montaigne, Hegel, Huntington..., le philosophe parcourt l'histoire de la civilisation judéo-chrétienne à un galop d'enfer. Au terme de sa chevauchée érudite, il conclut à l'épuisement de l'Occident. Il dépeint un paysage en ruine. « L'Europe est à prendre, sinon à vendre, écrit-il. [...] Le judéo-christianisme est une puissance qui a fait son temps. » Ce n'est pas seulement la thèse centrale de l'ouvrage qui fera débat, mais aussi certaines considérations pour le moins abruptes sur le christianisme, Hitler, l'islam et le libéralisme. »

 

Onfray et la décadence de l'Occident

 

EXCLUSIF. Et si la civilisation judéo-chrétienne avait vécu ? C'est la thèse du philosophe Michel Onfray dans son nouveau livre, "Décadence" (Flammarion).

 

PROPOS RECUEILLIS PAR SÉBASTIEN LE FOL

 

Le Point : Votre nouveau livre s'intitule Décadence. Cette notion a de quoi surprendre sous la plume d'un intellectuel de gauche. Jusqu'à présent, on la trouvait à droite, voire à l'extrême droite. Après Paul Bourget et Oswald Spengler, vous vous inscrivez dans une filiation pour le moins surprenante...

 

Michel Onfray : Dans Le Déclin de l'Occident, rédigé avant la Première Guerre mondiale, Oswald Spengler utilise une grille de lecture systématique et figée, alors que la mienne est plastique et vivante. À mes yeux, les cultures sont vivantes. Cela dit, il est vrai que la décadence est habituellement un thème de droite. La gauche étant progressiste et... réactivant le vieux schéma chrétien de la parousie, de la fin de l'histoire heureuse, elle n'en parle pas, ou alors en travestissant la réalité. Pour désigner la « chute de Rome », elle emploie le terme d'« Antiquité tardive ». N'étant ni progressiste ni de droite, je ne me reconnais pas dans ceux qui parlent habituellement de décadence. Les intellectuels de droite, pessimistes, préoccupés par elle, en appellent à un retour au passé. Pas moi. Les intellectuels de gauche, optimistes, préoccupés par la marche indéfinie du progrès, ont confiance en l'avenir. Pas moi. Ni pessimiste ni optimiste, mais tragique, je pense qu'on ne peut rien faire pour sauver une civilisation qui se meurt.

 

Comment définiriez-vous la décadence ?

 

C'est le moment des craquements qui précèdent l'effondrement d'une civilisation sur elle-même.

 

N'y a-t-il pas un jugement moral derrière ce terme ?

 

Non, un effondrement n'est ni bien ni mal, c'est un fait qui constate le fissurage avant la chute. Toutes les civilisations ont connu cette loi de l'Histoire. Pourquoi la nôtre, après deux mille ans d'existence, y échapperait-elle ?

 

Quels sont les symptômes de notre décadence ?

 

Le nihilisme, autrement dit « tout vaut tout » donc « rien ne vaut plus rien » ; un égocentrisme forcené ; une incapacité à penser en termes de grande communauté ouverte avec un repli sur des communautés tribales fermées ; une domination des passions tristes en général, et plus particulièrement du ressentiment et de l'envie ; un triomphe de la négativité ; pour reprendre une formule de Sade, une fois n'est pas coutume : prospérités du vice et malheurs de la vertu...

 

Les écrits des premiers chrétiens dans La Pléiade sont un succès de librairie ; le succès de François Fillon à la primaire de la droite et du centre a été interprété comme un réveil des catholiques... Et, malgré ces signaux, vous annoncez la mort de la civilisation judéo-chrétienne !

 

Je vous répondrai en horticulteur : quand la plus belle floraison d'un arbre a lieu, l'année suivante est celle de sa mort. Face au progrès d'une spiritualité musulmane, le retour au catholicisme est pour certains un moyen de résistance et de réarmement moral. Je ne pense pas que nous assistions à un retour du sacré. Cet engouement de surface est davantage d'ordre identitaire.

 

Pourquoi cet acharnement de votre part contre le christianisme ?

 

Je ne m'acharne pas ! Je tente de comprendre cet objet magnifique que fut une civilisation, la nôtre, la mienne. Un anatomiste ne s'acharne pas sur le corps qu'il ausculte.

 

J'aurais pu devenir moine contemplatif... si j'avais eu la foi, c'est la moindre des choses !

 

Quel a été votre premier contact avec la religion chrétienne ?

 

Enfant, dans mon village natal, mes parents m'ont envoyé dans une petite école privée tenue par une ancienne gouvernante, Mme Haÿs. Elle nous apprenait à lire, à écrire et à compter avant l'école primaire, puis le nom des arbres, des oiseaux, des fleurs et l'histoire sainte. Au moment du carême, elle nous offrait des bonbons qu'il fallait rendre !

 

C'est freudien, votre histoire ! Privé de bonbons par une bonne de curé, vous en avez conçu de l'amertume à l'égard du catholicisme !

 

Je n'ai pas souffert de cette éducation catholique. Je rends grâce à cette femme de m'avoir appris à lire avec la méthode syllabique.

À l'âge de 10 ans, vous entrez dans un orphelinat catholique tenu par des prêtres salésiens. Vous l'avez décrit comme une « fournaise vicieuse ». Quels souvenirs en gardez-vous ?

 

J'ai été frappé par l'écart entre l'enseignement des vertus catholiques et la pratique de ces gens-là. Ils étaient violents, certains étaient pédophiles. J'ai assisté à des passages à tabac. Tel ou tel - une minorité, il est vrai - organisait des punitions collectives à 3 heures du matin dehors, en pyjama et en chaussons dans la neige. L'incapacité de ces prêtres à vivre l'éthique chrétienne et à être à la hauteur de ce qu'ils enseignaient m'a montré que l'idéal de cette religion était inhumain. Je suis depuis attaché à la congruence ! Si on se dit de gauche, alors il faut mener une vie de gauche. Si on est chrétien, alors il faut mener une vie chrétienne. L'ordre des salésiens a été créé par Don Bosco, qui célébrait le travail manuel. Certains pères que j'ai côtoyés méprisaient les intellectuels et vénéraient les sportifs. Quand ils me voyaient lisant dans un coin, cela les horripilait. Je voulais être biologiste à l'époque, parce que j'avais lu Jean Rostand et que j'aimais le moraliste et le penseur chez lui. Eux voulaient que je fasse un CAP de tourneur-fraiseur.

 

À vous écouter, on se dit que vous n'en avez pas fini avec vos blessures d'enfance...

 

Je suis fidèle à mon enfance, oui. Je n'oublie pas les moments d'humiliation infligés à mes parents. Ce dimanche que nous avions prévu de passer en famille, par exemple. Il faisait beau. Mon père se rasait quand le chef de culture est venu le chercher avec un ton de caporal pour partir illico à la moisson. Le dimanche fut effacé et pas payé... Je n'oublie pas non plus la première fois que j'ai vu apparaître le papier d'aluminium à la maison. Ma mère faisait le ménage chez des bourgeois. Sa patronne avait emballé les restes de leur repas familial dominical pour ma mère en lui disant que, si elle ne les prenait pas, ça irait à la poubelle...

 

Avez-vous déjà cru en Dieu ?

J'ai probablement cru en Dieu comme j'ai cru au père Noël. Je n'ai aucun souvenir de la disparition de ces deux croyances dans ma vie...

 

La suite ICI 

 

Pour sortir de l’étouffoir national je me tourne vers nos voisins suisses.

 

Michael Hermann: «Les Suisses ont une peau de bébé»

 

Le politologue phare des Alémaniques signe un livre consacré au «ciment de la Suisse». Il souligne que, malgré toutes ses qualités, le pays a de la peine à se réformer. Et qu’il doit éviter le «syndrome bernois», où un conservatisme rural dicte sa loi aux villes

 

- Vous prétendez que Donald Trump ne fait qu’emprunter des recettes qui ont fait le succès de l’UDC en Suisse. N’est-ce pas plutôt la politique suisse qui s’est américanisée?

 

- Les deux choses sont vraies. D’une part, bien sûr que les Etats-Unis ont inspiré l’Europe dans sa manière de faire de la politique et ses méthodes de communication. Mais d’autre part, je suis frappé par le fait que Donald Trump ait repris au cœur de son message des thèmes qui nous sont familiers depuis des décennies, comme la limitation de l’immigration et la fermeture des frontières. En Suisse, c’est James Schwarzenbach qui a le premier thématisé la «surpopulation étrangère» en 1970. Notre système de démocratie directe a permis de déceler beaucoup plus vite qu’ailleurs les soucis des gens. Il joue depuis longtemps ce rôle d’exutoire assumé aujourd’hui par les réseaux sociaux.

 

L’article ICI

 

Terminons par l’un de ces petits marquis de la République Aquilino Morelle, congédié, le 18 avril 2014, de l'Elysée après les accusations par Mediapart d'une prise illégale d'intérêt avec des laboratoires pharmaceutiques – classée sans suite en mars 2015 – et l'affaire de ses chaussures cirées. Il publie le 11 janvier L'Abdication (Grasset, 416 pages, 22 euros), livre dans lequel il revient sur son expérience du pouvoir.

 

Le Monde déclare :

 

« Aquilino Morelle est un homme prudent. Contre toute attente, serait-on tenté d'ajouter. Ceux qui imaginaient son livre, annoncé depuis plusieurs mois, comme un règlement de comptes sanglant avec François Hollande, qui lui a fait l'affront de le congédier de l'Elysée après l'affaire des " chaussures cirées " au printemps 2014, en seront pour leurs frais. »

 

« L'homme est malin, aussi : tout au long des 416 pages de L'Abdication, à paraître le 11 janvier chez Grasset, l'ancien conseiller du chef de l'Etat a mis un soin méticuleux à ne pas (ou peu) tendre le bâton pour se faire battre. Pas de scandales ou de petites phrases, pas de bruits de couloirs. Chapitre après chapitre, M. Morelle s'efforce de ne relater que des scènes auxquelles il a assisté durant ses vingt-quatre mois passés au Château. Même la crise conjugale entre François -Hollande et Valérie Trierweiler, au début de l'année 2014, est évacuée en quelques -lignes, sans détails. Morelle ne sera pas le chroniqueur des trous de serrure élyséens, lui que tant décrivent en privé comme un véritable pourvoyeur de formules assassines ou d'anecdotes croustillantes.

 

Son livre se contente d'être un réquisitoire politique impitoyable contre le président qui a, selon lui, fait perdre " son âme à la gauche ". Un président qui n'aurait pas abdiqué en réalité le 1er décembre 2016, mais dès le début de son quinquennat, en refusant d'appliquer le programme pour lequel il avait été élu. Au fil des pages, M. Morelle revient sur différents épisodes qui illustrent cette défaite originelle, de l'affaire Florange à l'accord passé, dans son propre appartement, le 2 novembre 2013, entre -Manuel Valls et Arnaud Montebourg pour changer de politique. Accord que le futur premier ministre ne respectera pas, selon lui, une fois installé à Matignon. »

 

La renonciation de M. Hollande ôte à l'ouvrage une grande part de son pouvoir de nuisance. M. Morelle a beau se défendre d'avoir voulu donner avec L'Abdication le dernier coup de poignard au chef de l'Etat, la date de parution du livre laisse penser l'inverse : en ce début d'année, M. Hollande devait être lancé à fond dans la campagne de la primaire à gauche… Comme si ce dernier restait, quels que soient les scénarios, un président insaisissable.

 

 

  • Pourquoi avoir écrit ce livre ? A-t-il encore une utilité après la renonciation de M. Hollande ?

 

J'ai écrit un livre politique, étayé et argumenté, qui veut répondre à la question que tous les citoyens, de gauche ou pas, se posent : comment en est-on arrivé là ? Comment la gauche, qui détenait toutes les puissances en 2012 – l'Elysée, Matignon, l'Assemblée nationale et même, pour la première fois, le Sénat, les régions, les départements, les villes – n'a-t-elle pas eu la force d'exercer le pouvoir que les citoyens lui avaient confié et s'est-elle perdue dans une gestion résignée ? Pourquoi le président n'a-t-il pas tenu les engagements pris devant le peuple français lors du discours du Bourget - le 22 janvier 2012 - ?

 

Comment expliquer cette situation inédite dans l'histoire de la Ve République : un président sortant dans l'incapacité même d'être candidat ? Mon livre se veut utile, c'est celui d'un acteur et d'un témoin privilégiés, qui invite le lecteur à un voyage au centre de l'Etat, qui veut apporter des réponses à tous ces questionnements. Je le crois plus que jamais d'actualité après l'abdication de François Hollande.

 

  • Pourquoi M. Hollande a-t-il été contraint de renoncer ?

 

Ce sont les Français, par leur défiance massive, qui ont imposé au président d'abdiquer. Juste avant la " sage décision " que certains -observateurs commentent complaisamment, François Hollande n'était plus crédité que de moins de 10 % d'intentions de vote : être candidat dans de telles conditions relevait du vœu pieux. Cet affaissement sans précédent fut la traduction ultime de la véritable rupture d'opinion entre Hollande et les Français, qui s'est produite dès la fin de l'année 2012. Dès cette date, les Français se sont détournés du président car ils ne lui pardonnaient pas sa première abdication, l'abdication de sa volonté d'exercer réellement le pouvoir.

 

  • Comment s'est manifestée -celle-ci, selon vous ?

 

Très vite. Alors qu'il bénéficiait de l'onction du suffrage universel, alors qu'au premier G8, à Camp David, le 19 mai 2012, le président Obama l'avait assuré de son soutien et avait plaidé pour une relance économique en Europe, alors que les dirigeants italien et espagnol souhaitaient qu'il prenne la tête de l'Europe de la croissance, François Hollande a, au contraire, fait le choix de la résignation. Il n'a jamais voulu devenir ce leader d'une nouvelle Europe. Et au sommet européen du 29 juin 2012, il a enterré tout espoir de changement en se résignant à l'austérité, en acceptant, sans véritable renégociation, le pacte budgétaire européen imposé par Merkel et signé par Sarkozy. Ce renoncement inaugural a précédé et déterminé tous les autres. C'en était dès lors fini du discours du Bourget. La vérité est simple et cruelle : François Hollande ne voulait pas exercer le pouvoir ; il voulait seulement être président de la République.

 

  • Quel regard portez-vous sur l'homme et sur le président ?

 

Toutes les qualités de l'homme, celles qui lui ont permis de conquérir le pouvoir, se sont retournées contre lui, une fois à l'Elysée. Ce qui faisait la force du candidat a signé l'échec du président. Son intelligence ? A force de tout comprendre, il lui est arrivé trop souvent de ne rien décider. Son habileté ? La ruse ne sert plus au pouvoir, il faut alors la force, celle de s'imposer aux autres et aux événements. Son art de " la synthèse " ? Vain et illusoire quand on est aux commandes, et qu'il faut trancher.

 

Ce qui m'a frappé très vite, et que ses confidences viennent de tristement révéler au grand jour, c'est son incapacité à comprendre et à respecter les règles de l'exercice de l'Etat ; quelque chose, au fond de lui, s'y refusait obstinément. Il est toujours resté comme extérieur à la fonction présidentielle, qu'il n'a jamais su, ou peut-être voulu, incarner. C'est certainement parce qu'il pressentait ce malaise que François Hollande a inventé la formule du " président normal ", une manière pour lui de prévenir les Français et, peut-être, dans son esprit, de conjurer le sort… Etrange président que cet homme plein de charme et dénué de toute autorité.

 

  • Vous donnez une explication historique à l'échec de M. Hollande. Pensez-vous la gauche condamnée en cette année électorale ?

 

François Mitterrand a confié l'essentiel de l'explication : " Après moi, il n'y aura plus de grand président. Ce sera l'Europe. La mondialisation. Il n'y aura plus que des comptables et des financiers. " Nous y sommes. Ce qu'il n'a pas dit, mais qu'il ne pouvait ignorer, c'est que ce seraient des socialistes français qui déchaîneraient le tsunami de la finance -dérégulée, façonneraient la mondialisation libérale, en déclenchant l'engrenage libéral de l'Europe, celui prévu dans le traité de Rome. La suprême habileté politique de Mitterrand aura été, en 1983, d'effectuer un magistral tour de prestidigitation, escamotant le socialisme, mais faisant apparaître l'européisme pour consoler la gauche.

 

Dès 1957, Pierre Mendès France avait dénoncé, avec lucidité, " l'abdication d'une démocratie " à laquelle aboutirait la construction de l'Europe telle qu'envisagée. Pour cette raison, il avait voté non à la ratification du traité de Rome. Tant que la gauche européenne ne sortira pas de l'européisme et du libéralisme dans lequel elle s'est perdue, les peuples se détourneront d'elle. En particulier en France. Tant que la gauche française ne renouera pas avec le message de Mendès France, elle ne retrouvera pas la confiance des Français ni leurs suffrages.

 

  • Vous datez " le début de la fin du quinquennat " de l'affaire Florange, à l'automne 2012 lorsque M. Hollande refuse la nationalisation des hauts-fourneaux proposée par Arnaud Montebourg, que vous souteniez. Pourtant, vous êtes resté à l'Elysée.

 

Florange a signé l'arrêt de mort de ce qui faisait l'esprit du discours du Bourget : le volontarisme politique et le patriotisme éco-nomique. Alors qu'il avait face à lui Mittal, l'incarnation de ce " monde de la finance " qu'il avait désigné comme son " adversaire ", Hollande a refusé le combat, se coupant définitivement des classes populaires. En ce sens, Florange a bien représenté le début de la fin du quinquennat.

 

Partir à ce moment-là était une possibilité ; je l'ai envisagée. Mais le président n'avait été élu que depuis six mois, il m'avait demandé de le suivre à l'Elysée, j'étais fier et heureux de servir mon pays et mes convictions et j'ai cru qu'à ma place, je pourrais infléchir le cours des choses, résister. Je me suis trompé, la suite des événements a prouvé que c'était impossible, et j'ai donc échoué. Reste que j'ai alors fait un choix de responsabilité, difficile et douloureux.

 

 

  • Vous reconnaissez avoir commis " une faute " lors de l'affaire du cireur de chaussures. Cet épisode a été vu comme -l'illustration de la déconnexion d'une certaine gauche. Regrettez-vous un tel comportement ?

 

Bien entendu, je regrette cette faute de comportement, et je m'en explique dans mon livre. Encore faut-il rappeler qu'il s'agit là d'un épisode unique et qui n'a pas coûté un seul euro au contribuable. Mais ce que je regrette aussi, c'est d'avoir été aveuglé et de ne pas avoir compris que ceux qui voulaient, pour des raisons politiques, m'abattre, se saisiraient de cet épisode pour le faire.

 

Ce que je regrette surtout, c'est que le président, que j'ai toujours servi loyalement, se soit abaissé à utiliser cette faute pour se débarrasser de moi. Que pendant un an, alors qu'il avait été mis au courant de ce faux pas, il ne m'ait jamais parlé, jamais tancé. Que pendant un an, il m'ait menti, trahi méthodiquement, me souriant dans le même temps où il organisait mon éviction.

 

J'ai commis une faute ? Certainement. Qui n'en commet pas ? Lui a consenti à un coup bas. François Hollande est un faux gentil et un vrai méchant. Et je regrette infiniment que le fils d'ouvrier et d'immigré que je suis, qui s'est frayé, seul, un chemin dans la vie, ait pu être assimilé, même à tort, à l'image que vous évoquez.

 

Quant aux raisons de mon élimination, elles sont très claires : défenseur de la ligne politique du Bourget, j'étais devenu gênant au moment où le président avait décidé de faire son " coming-out " libéral ; l'ayant soutenu lors de la crise politique et intime de janvier 2014 - la rupture avec Valérie Trierweiler - , j'avais alors vu " le roi nu " et il ne supportait dès lors plus mon regard sur lui ; ayant participé au changement de premier ministre et ami personnel de Manuel Valls et Arnaud Montebourg, je l'ai payé. Et puis, il y avait la coalition des rancunes et des jalousies liguées contre moi. Cela faisait beaucoup. Trop, pour un seul homme.

 

  • Vous avez travaillé avec Emmanuel Macron à l'Elysée. Comment lisez-vous sa candidature à la présidentielle ?

 

C'est un homme intelligent et habile. Son ambition est grande et ancienne ; il croit en lui et en son destin, depuis longtemps. Il a une cohérence politique, celle d'un vrai libéral, de l'économie aux questions internationales, en passant par le social et le culturel. A ce titre, il est le fils spirituel de François Hollande. Nous verrons bien si ce libéralisme complet et assumé convaincra les Français. En tout cas, sa stratégie est claire : il parie sur l'effondrement prochain du " vieux monde " politique, et escompte apparaître alors comme " le " recours. Il joue du rejet profond que suscite le système politique actuel auquel il semble étranger aux yeux de nos concitoyens, en tout cas pour l'instant.

 

  • Soutenez-vous Arnaud Montebourg à la primaire ?

 

Mes convictions et mes amitiés sont connues et n'ont pas changé : je soutiens Montebourg car, comme des millions de Français de gauche, je suis resté fidèle à l'esprit et aux engagements du discours du Bourget.

 

Propos recueillis par, Bastien Bonnefous

 

© Le Monde

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

pax 08/01/2017 08:27

Ce Taulier me surprendra toujours ! Retrouver Roland JACCARD un dimanche matin sous la neige : merci !. Celui à qui Frédéric SCHIFFTER rend hommage au coté de CIORAN dans " Le Charme des Penseurs Tristes"
C'est vrai, ONFRAY revient, comme toujours en fanfare. La seule expérience métaphysique que je partage avec lui c'est celle qui a trait au Père Noël et au petit Jésus !
Pour le reste, je suis effaré par tous ces politiciens qui, ayant été au pouvoir, nous disent aujourd'hui ce qu'il faut faire pour « s'en sortir » sans nous expliquer pourquoi ils n'ont rien fait quand ils étaient à la manœuvre.

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