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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 06:00
Grandeur et décadence des Sauternes les voilà réduit à faire appel à Georges-Pierre Malpel Inspecteur Général de l’Agriculture pour sauver ce qui reste des meubles…

Attention en titrant ainsi je ne raille pas l’un de mes anciens petits camarades, même si ce cher Georges-Pierre Malpel eut l’élégance de me mettre dans un vrai placard lorsqu’il fut propulsé par son Ministre, dont il était son conseiller technique, à la tête d’un nouvel office regroupant le vin et les fruits et légumes, ce n’est que la méthode et les conclusions de son « Projet de plan pour les vins de Sauternes

 

La méthode d’abord, bien conventionnelle, notre Inspecteur Général se contente comme le font tous ses collègues du Ministère de l’Agriculture en mission, de ramasser des infos, comme les perspectives de marché : étude conduite par le CIVB et le négoce (Catherine Duperat, syndicat du négoce de Bordeaux et Jean-Philippe Code service économique du CIVB), de se mouler dans les conclusions d’un consultant 2B financé à 80% par la région et à 20% par le département, de rencontrer ce qu’il qualifie d’acteurs locaux, mais sans passer suffisamment de temps pour jauger l’extrême difficulté de vendre des liquoreux comme en témoigne cet aveu : « Il semble pourtant que les grandes structures, souvent appuyées sur de grands groupes financiers, connaissent aussi des difficultés de rentabilité. C’est paraît-il le cas de certains châteaux et crus classés. Sans que cela puisse être formellement documenté, plusieurs témoignages convergents en ce sens ont été recueillis pendant la mission. Seuls certains petits propriétaires qui vendent en direct et qui ont d’autres activités et des produits complémentaires, obtiendraient des résultats économiques satisfaisants. »

 

Travail honnête et sérieux mais qui ne donne pas la capacité au missionnaire de transformer son diagnostic : La crise du vignoble de Sauternes n’est pas une crise conjoncturelle en des propositions à la hauteur de la situation.

 

Je vous laisse le soin de les lire :

 

  • La structuration de l’offre des vins de Sauternes est nécessaire. Cette structuration doit passer par une coopérative, répondant aux besoins d’adhérents assez nombreux et engagés.

 

  • Un nouveau cahier des charges de l’appellation « Sauternes » comprenant la modification des conditions de production, du profil du produit et de l’aire de l’appellation doit être arrêté.

 

Très sincèrement ce n’est pas avec ce genre de cautères que l’on va changer la donne des vins liquoreux en général et des Sauternes-Barsac en particulier. Tout ça est bien trop politiquement correct pour faire bouger les lignes.

 

Vous allez me dire qu’il m’est facile de critiquer le travail de mes anciens petits camarades sans être capable de proposer des contre-propositions. Je suis tout à fait prêt à accepter le reproche sauf que je ne suis plus en situation de le faire.

 

Ce que je reproche à mes anciens collègues, et que je leur ai toujours reproché, c’est leur conformisme, leur incapacité à sortir de leurs schémas, et surtout à prendre le risque de déplaire à leurs mandants.

 

À quoi ça sert à notre bel État centralisé d’entretenir tout ce beau monde de grands Ingénieurs, Vétérinaires ou Inspecteurs, si c’est pour produire de minces filets d’eau tiède qui iront se perdre dans le sable sec des rapports.

 

À célébrer des grands messes comme celle 18 du novembre dernier au Lycée agricole de La Tour Blanche à Bommes pour accueillir la présentation du rapport de mission de l'Inspecteur général de l'agriculture Monsieur Georges-Pierre Malpel intitulé :

 

« Projet d'un plan pour les vins de Sauternes » en présence de Monsieur Gilles Savary et Mme Martine Faure, Députés de la Gironde.

 

Une centaine de viticulteurs étaient présents. Tous les acteurs étaient représentés, que ce soit les acteurs professionnels (l'O.D.G. des AOC Sauternes et Barsac, la Cave coopérative Sauternes Vignerons, la FCVA, le négoce, des courtiers, le CIVB, l'INAO, le Conseil des grands crus classés de 1855, les Sweet Bordeaux, ...), tout comme les services de l'Etat et les collectivités.

 

Et après ?

 

On passe à autre chose et le lent déclin des ventes de vins liquoreux se poursuivra et produira les mêmes effets que celui des Vins Doux Naturels…

 

Alors que faire me direz-vous ?

 

Se mettre face à la réalité et en tirer toutes les conséquences plutôt que de se leurrer avec les habituelles potions des penseurs du Ministère de l’Agriculture, tel l’organisation des producteurs, et la croyance qu’un nouveau cahier des charges sera en mesure de redonner de la vigueur au marché.

 

La réalité la voici :

 

« À l’export, les marchés européens sont mal orientés. Il y a une réelle difficulté de consommation de ces vins sur ces pays. En France la consommation fléchit. La catégorie des vins doux souffre de difficultés d’appréciation notamment en lien avec la présence de sucre. Les centrales d’achat pèsent sur le marché avec un poids important des marques distributeurs dans la commercialisation des vins blancs doux (65% pour le Monbazillac vendu par la grande distribution). En GMS France, les volumes de Sauternes sont vendu à 37% en MDD, prix 8.90€ ; les châteaux non classés 34% , prix 10.89€ ; les produits marqués « Sauternes » génériques 17% ; les crus classés 7% ; les seconds vins 5%. Prix moyen toutes catégories 11.39€ »

 

La note d’étape précitée listait les principales difficultés rencontrées par les vins de Sauternes :

 

1. La faible compétitivité de nombreuses exploitations, due notamment aux surfaces mises en œuvre, trop petites pour assurer un revenu professionnel suffisant. Cette question de la « taille » des exploitations, qui pourrait faire polémique si elle apparaissait comme un parti pris dans un sens ou un autre, doit être regardée lucidement au regard de la possibilité pour les vins d’être positionnés sur un marché professionnel.

 

2. Les contraintes du cahier des charges des vins de Sauternes, exigeant en termes techniques : plusieurs tris, conduite de la vinification et rapport acidité/sucre délicats, faibles rendements à 25hl/ha. Ces contraintes entraînent des coûts de production élevés. De nombreux viticulteurs ne maîtriseraient pas les processus techniques de production et notamment la botrytisation.

 

3. La concurrence de vins doux dont les coûts de production sont moins élevés. Pour l’essentiel les « appellations de la rive droite » et Monbazillac, sont en réalité en concurrence avec les Sauternes, sans avoir les mêmes contraintes. Sur les mêmes types de marché, ils bénéficient de coûts de production estimés inférieurs de 20%, de rendements plus élevés et de davantage de possibilités de diversification de productions de vins (secs, rouges…) compte tenu de leur possibilité de bénéficier d’autres appellations.

 

4. Le marché est peu porteur pour ce type de vins. Il s’agit de « vins à forte sucrosité» dans un marché à la recherche de vins fruités et légers (cf. certains produits comme la cuvée "les premières grives » de Tariquet). Les vins s’exportent difficilement, le marché national est limité, (consommation saisonnière) et en recul; les vins liquoreux apparaissent comme un produit «historique ». Au-delà des concurrences entre les différents vins liquoreux, il y a une concurrence forte avec des produits différents plus demandés par le marché : blancs secs, rosés…

 

5. La viticulture ne vend pas son vin dans de bonnes conditions : en témoignent la forte proportion de vrac (jusqu’à 40%), l’absence d’organisation ou de compétences pour une vente directe au château (œnotourisme pas valorisé).

6. Enfin, en général, les équipements des caves sont vieillissants et inadaptés. En termes humain, on ne sent pas, à l’occasion il est vrai de trop brefs passages, une volonté collective de résoudre l’ensemble des difficultés précitées, ni un leadership entraînant et stratège.

 

Ce qui se passe à Sauternes est aussi la préfiguration de ce qui attend toute une catégorie de viticulteurs qui vivent encore sous le leurre du » tout appellation ».

 

Enfin, pour terminer sur une note plaisante je propose que En Magnum, son rédacteur en chef en tête nous gratifie d’un dossier sur grandeur et décadence des Sauternes plutôt que de nous resservir sur son papier glacé les beautés du Yquem de Bernard Arnault chouchouté par Pierre Lurton. D’ailleurs Georges-Pierre j’eusse aimé que Pierre te livre son analyse sur la situation…

 

Pour accéder aux 54 pages du  Projet d'un plan pour les vins du sauternes c’est ICI

 

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