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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 06:00
L’p’tit caviste de quartier dernier rempart contre la domination de la GD vu par les tontons flingueurs  Dupont&Gerbelle…

Ils ne sont pas donné le mot mais le petit nouveau du Nouvel-Obs. : l’Antoine Gerbelle transfuge de l’antique RVF drivée par ce cher et irremplaçable Denis Saverot et le Jacques Dupont le bas-bourguignon du Point, qui écume les vignobles tout au long de l’année depuis des années, se sont penchés de concert sur le berceau des nouveaux petits cavistes de quartier, qui poussent comme des petits rosés à l’égaille, irréductibles gaulois qui font la nique aux lourdes cohortes bardées de catalogues de la Grande Distribution.

 

Du côté du journal Le Monde, c’est « le guide cherche son chemin » pour Ophélie Neiman et « les caves se rebiffent. » pour Pascal Galinier qui me cite d’entrée, c’est bon pour l’ego, « Un vin de coopérative ? C'est le péché originel », s'amuse Jacques Berthomeau. Mais sur le sujet, l'homme n'a pas toujours manié l'ironie. Consultant en vin, il rédigea en 2001 un rapport qui fit frémir le monde vitivinicole français. Pointant du doigt « la coopération de clocher - qui - a fait son temps », il constatait que « sous les grandes ombrelles que sont nos appellations d'origine contrôlée – les fameuses AOC rebaptisées AOP en 2012 - s'abritent des vins moyens, voire indignes de l'appellation ».

 

J’y reviendrai peut-être si je prends le temps. En ce moment je suis plutôt Tango Corse.

 

Sous l’identité du titre «les caves se rebiffent» entre Galinier et Dupont se cache l’ambiguïté de la cave si je puis m’exprimer ainsi. Et bien évidemment, je laisse de côté l’appellation si prisée des polards des années 50 : le cave, celui qui se rebiffe.

 

Qu’est-ce qu’une cave ?

 

À la fois un lieu où l’on fait le vin : cave coopérative ou cave particulière au sens juridique, un chai pour les propriétaires ; mais aussi un lieu où l’on stocke son vin : chez soi ou par extension récente un lieu où on le stocke pour le vendre. Il faut savoir qu’au temps du jaja en litre 6 étoiles le vin était vendu par l’épicier du coin et que seuls les vins fins, les vins bouchés faisaient l’objet d’un commerce spécialisé : l’enseigne Nicolas étant l’emblème du caviste de quartier. Chez moi, ceux qui vendaient du vin nous les appelions les marchands de vin.

 

Mais laissons-là ces détails linguistiques pour commencer par l’outsider qui a tiré le premier dans le Spécial Vin du Nouvel Obs. du 1 au 7 septembre, titré L’esprit bio.

 

C’est très tendance le bio, même Butane&Degaz s’y sont convertis, même que le Thierry,qui va à vélo à la Maison de la Radio, proclame à qui veut le lire que le bio est l’avenir du vin ! Faudra qu’il passe la consigne à son passeur de plats d’En Magum pour qu’il prêche la bonne parole à ce très cher Hubert dont Angélus fait la Une du dit magazine papier glacé non-recyclable.

 

Je ne ferai pas ce reproche à l’Antoine, il a courageusement ferraillé dans sa vieille maison pour qu’on lui accorde l’absolution. Bref, dans son article sur La loi du marché, après avoir fait le constat que Bordeaux, tout en conservant la première place dans l’offre Foire aux vins de la GD, il note que « l’attrait des sacro-saints ‘châteaux’ de Gironde faiblit » et que globalement, depuis 2013, les ventes de Bordeaux s’érodent chez tous les grands acteurs historiques. »

 

Il se pose alors la question « Le public se lasserait-il des choix de nos grands distributeurs de masse ? »

 

Bon, comme chacun sait, dès 2000, la crème des GCC bordelais, vendue à des prix de Ferrari, a disparue des caddies des grands amateurs franchouillards, provoquant l’ire du pape de la LPV. C’est donc le grand repli dans les caddies, chers au Ribouldingue d’au-delà des Pyrénées, vers « les crus bourgeois et les crus moyenne gamme » note notre Antoine.

 

Et puis soudain patatras le voilà qu’il commet le péché mortel de Bordeaux bashing qui va fâcher le Président Farge que Jacques Dupont aime tant interviewer sur son tracteur.

 

« … le même profil de vin. Le nom du château varie, mais le vin est construit suivant le même modèle : des merlots et cabernet-sauvignon très mûrs, toujours élevés en fûts de chêne, souvent neufs, pour aromatiser le tout. Une playlist somme toute rassurante mais ennuyante. »

 

Ça va chauffer dans les datchas bordelaises et je ne suis pas sûr que l’autre Tonton Flingueur partage cette opinion. Mais laissons là l’éventuelle controverse, nous ne sommes pas sur Face de Bouc.

 

Venons-en au sujet de ma chronique « la renaissance du brave petit caviste de quartier, genre Amélie Poulain »

 

Je cite in extenso le sieur Gerbelle :

 

« La bonne nouvelle pour l’œnophile 2016, c’est le renouveau du métier de caviste. Dans les centres-ville, la mode de la cave bistrot est de retour. Charcuterie et fromages de belles origines sur l’ardoise, murs tapissés de crus signés… Leur offre est généralement en opposition avec celle des super et de hypermarchés. Peu de bordeaux et une large place aux vignerons artisans affiliés à la mouvance bio, biodynamique et plus radicale des vins dits « naturels ». Ces petites structures sont initiées par des amoureux de la dive bouteille, souvent en reconversion professionnelle, qui prolongent leur engagement par les réseaux sociaux et les nouveaux outils numériques. Dans cet esprit, on voyagera sur les sites de 1jour1vin.com, Carnetsdevins.fr, Veilleurdevin.com, Amicalementvin.com, Lacavedespapilles.com ou Vinsnaturels.fr, entre autres. Les applications sur le vin aident aussi la génération du goulot 2.0. Il y a la success story danoise Vivino, le Shazam mondial du vin, qui reconnaît et partage les notations de plusieurs centaines de milliers d’étiquettes. En France, une des applis les plus futées, à la communauté très active, se nomme Raisin, pour trouver, partager les vins naturels où que l’on soit. »

 

Tout cela est bel et beau mon cher Antoine mais ça sent un peu trop, au goût de qui tu sais, le parfum du bobo-mélanchono-parisien

 

Alors que notre Jacques, lui, patiemment, tel un bon docteur de campagne, ausculte la France profonde, celle de Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne où survit, un commerçant encore prospère : le caviste alors que dans la plupart des villes de 5000 habitants, note-t-il, de gros villages en somme, que reste-t-il ?

 

« Un clocher, une mairie, un Leclerc à l’une des sorties du bourg, doté d’un grand parking, de pompes à essence, de rouleaux pour laver les bagnoles, et un Auchan à l’autre sortie du bourg, avec les mêmes appâts. Au milieu, au centre-ville, entre l’église et l’ancienne place de la foire, hormis la pharmacie et le cabinet d’assurances et deux agences bancaires, il n’y a plus rien. Plus de commerces traditionnels, plus de boucher et encore moins de poissonnier. Ils furent les premiers à baisser le rideau, définitivement. »

 

Mais au bonheur, il reste encore le petit caviste de proximité, « c’est souvent un nouveau qui a changé de métier (ou pas), suivi une formation (ou pas) et qui par goût du vin et des voyages dans le vignoble, par amour de la découverte et pour gagner sa vie, se lance dans l’aventure. » note notre Jacques.

 

 

Attention, rien à voir avec les 68 hard « chevelus, fumeurs de pétards », qui dans les années 70, « avec quelques babioles récupérées chez grand-mère et joug de bœuf, s’improvisaient brocanteurs. »

 

Note d’un autre Jacques, moi je trouve que ça correspond assez bien au profil-type du néo-vigneron qui fait des vins à poils qui puent en tongs en se roulant des chichons au bout du rang.

 

Trêve de plaisanterie, il est sérieux notre Jacques et il nous aligne une démonstration imparable, chiffres à l’appui. Si vous voulez en savoir plus vous n’avez qu’à acheter le Spécial Vins du Point.

 

« L’homme de l’art (ndlr le petit caviste de quartier) doit se faire sociologue, voire anthropologue, doté d’une forte intuition pour deviner les goûts, les désirs, le budget du ou de la client (e). »

 

« En changeant de statut, passant de produit de première nécessité à matière de désir, élément de plaisir (« Le superflu, chose très nécessaire » disait Voltaire), plus occasionnel que quotidien, la représentation du vin, la façon de le consommer comme de le vendre a radicalement évolué. Le temps de la fidélité à une marque, à un vignoble, un château, un domaine semble en partie dépassé. On surfe, on zappe, on bouge, on passe d’un partenaire à l’autre, d’un rouge de Loire aux arômes de burlat à un languedoc aux senteurs de garrigue. La curiosité devient le moteur, et la découverte est source de bonheur. On n’entre plus chez le caviste comme chez le pharmacien avec une ordonnance, mais au contraire sans liste de courses, en quête. Suivez le guide. Lequel ne peut plus se contenter de vendre du vin et d’avoir une carte figée. Ses compétences se sont élargies. »

 

Pour clore son panorama, notre Jacques se pose la question à mille francs : est-ce que le fatras de nos appellations et dénominations ne serait pas un atout face à un mode de distribution qui tend à tout normaliser, la mosaïque viticole ne constitue-t-elle pas un rempart ? Le succès du caviste, justement, et sa résistance face aux grandes surfaces trouvent leur source sans ce labyrinthe où, pour dénicher la sortie, la bonne bouteille du soir se démarquant de celle de la veille, il est le conseiller de confiance, celui qui connaît le solfège. Et qui ne doit en aucun cas mépriser ceux qui ne le connaissent pas et aiment simplement déguster la symphonie des vins. »

 

Je suis globalement assez d’accord avec cette approche sauf que la diversité pour moi n’est pas une question de nombre d’appellations ou de dénominations, mais dans la capacité qu’ont certains vignerons de quitter les autoroutes que suivent la majorité de ses confrères pour emprunter les chemins de traverse, de rompre avec l’uniformité, d’exploiter les espaces de liberté, et là le nouveau caviste joue pleinement son rôle de chercheur, d’aiguilleur. L’extension du domaine des AOP-IGP n’a guère apporté de la diversité bien au contraire, les ODG n’ont de cesse de faire rentrer les récalcitrants dans le rang. La technologie lamine, gomme, uniformise.

 

Alors pour faire simple, dans ce renouveau des petits cavistes de quartier ou de gros village, il faut souligner, et ce n’est pas qu’une affaire de parigots tête de veaux, le rôle moteur joué par les cavistes engagés, ce qui ne signifie pas bornés, ils sont aussi des commerçants, qui créent des liens forts avec leurs vignerons, organisent des dégustations ludiques, décomplexées, qui ne consomment pas de l’idéologie, même s’ils ne cachent pas leurs convictions. Croyez-moi, ces gars-là, il y a aussi des filles, sont de bons artisans de l’extension du domaine du vin. Ils attirent à eux une foultitude de gens qui n’auraient jamais mis les pieds auparavant chez un marchand de vin. Même s’ils sont minoritaires ils impulsent une tendance forte qui ne fera que s’amplifier. Et ne me faite pas dire ce que je n’ai pas écrit, ces ludions sympathiques et francs buveurs ne vendent pas que des vins nus qui puent, loin s’en faut.

 

Pas vrai Philippe et Paco, l’un avec son Lieu du Vin est sis dans l’un des derniers quartiers populaires de Paris, à côté du Père Lachaise, qui en bon Aveyronnais fournit même le curé de la paroisse en vin de messe ; l’autre a planté son drapeau rouge dans l’un des derniers bastions rouge de l’ex-ceinture rouge de Paris : Ivry. Chez eux ça déménage, ça lève le coude et ça ripaille.

 

Combien de références chez ces héritiers du vin « une boisson d’époque » chère à Françoise Rosay dans le Cave se rebiffe (notre Jacques peut aligner dans le même article, Audiard, Voltaire ou Benoît Duteurtre) ?

 

La grande nouveauté c’est que dans ces antres de vin on a le vin joyeux loin des simagrées prout-prout ma chère des grands amateurs…

 

 

C’est une Révolution !

 

Je dis ça pour me faire bien voir de Philippe Cuq et Paco Mora, et bien sûr d’Antoine Gruner et de Christophe Ligeron… les tontons flingueurs du litron…

 

Merci à Jacques Dupont et Antoine Gerbelle pour leur éminente contribution à la défense du petit commerce de proximité. Ce n’est qu’un début, continuons le combat !

 

Pour faire le Jacques je chute sur une citation de James Joyce, poète et écrivain d’un pays de bière :

 

« Le bon commerçant vous fait acheter ce qu’il a besoin de vendre. »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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