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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 06:00
Les illusions de « la cavalcade du grand vin » par Louis Latour « … l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. »

Ce que j’aime dans ce texte, hors le fond, c’est le ton, une liberté de ton emprunte d’une grande érudition, d’une langue maîtrisée et d’un humour sans férocité.

 

Ce n’est pas faire injure à Louis Latour que de penser qu’il aurait été, s’il en avait eu le loisir et la volonté, un grand chroniqueur sur la Toile.

 

Admiration !

 

Texte dédié au nouveau directeur du BIVB Christian Vanier tout droit venu de notre beau Ministère de l’Agriculture ICI 

 

Bonne lecture…

 

« Une certaine vision de l’histoire du vignoble a depuis longtemps pris racine en Bourgogne. Elle se singularise par un panégyrique répétitif à la gloire des grands vins de la Côte. Selon cette conception, l’analyse des causes de la qualité conduit automatiquement à l’accumulation de bonnes notes décernées rétrospectivement par l’historien au « terroir » du grand vin, décliné en ses divers grands crus. Pour faire court, nous appellerons « cavalcade du grand vin » le récit coloré de sa destinée historique, telle qu’elle est perçue en Bourgogne par les divers protagonistes qui participent à sa promotion et lui manifestent, sans aucune réserve, une admiration indéfectible.

 

Les récits consacrés à la gloire des grands crus n’admettent en conséquence aucun faux pas dans un parcours de près de vingt siècles. Ils n’ont que faire de la recherche des paramètres œnologiques d’une qualité présumée absolue et définitive. Selon eux, la supériorité de nos grands vins s’impose toujours et en tout lieu. Il est donc sacrilège de la soumettre au moindre questionnement. La Côte apparaît alors comme une sorte de mine d’or, dont on a su à toute époque exploiter avec succès l’inépuisable filon. Le bruit de fond qui accompagne cette présentation simpliste est le cuivre des trompettes de la renommée, embouchées par tout ce que la Bourgogne compte de propagandistes convaincus et acharnés. Cette « réclame », comme on disait autrefois ne s’embarrasse pas de nuances et inspire encore aujourd’hui d’auteurs, dont l’unique ambition est d’entretenir une sorte d’exaltation collective. Cette appréciation, sans doute excessive de la qualité des vins de la Côte, bien qu’elle soit fondée sur des informations historiques parfaitement exactes, soigneusement choisies et mises en valeur.

 

La critique qu’on peut adresser à cette conception exaltée d’une qualité « historique », ne porte pas sur l’insuffisance de preuves qui existent, bien réelles et parfaitement convergentes, mais sur l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. Cette présentation est contraire à toute réalité, car seule l’œnologie, c’est-à-dire la mise en valeur patiente et obstinée du terroir bourguignon par des vignerons compétents et expérimentés, explique la qualité et donc le succès des vins de la Côte. Leur suprématie fut toujours contestée par les prétentions concurrentes d’autres genres, qui lui ont de tout temps disputé le champ étroit de la notoriété suprême. Elle fut aussi menacée par les faiblesses d’une pratique œnologique qui n’a pu constamment se situer au plus haut niveau, car l’œnologie est œuvre humaine et ne peut manquer d’être entachée d’erreur, ce qui veut dire que certains vins ne furent pas à la hauteur de la réputation européenne des vins de Bourgogne.

 

La faveur accordée par de grands personnages aux crus d’un vignoble connu, était autrefois par définition le ressort qui permettait d’étendre la notoriété et d’augmenter leur prix, comme plus tard pour le « vin de Nuys », remède miracle qui aurait permis la guérison de Louis XIV après l’opération de la fistule. L’usage du bourgogne en cette occasion exceptionnelle, imposait le respect et témoignait de la qualité hors du commun des vins consommés par ces personnages illustres, mais on ne peut résumer à ce seul trait l’activité viticole d’une province entière. »

 

[…]

 

« … l’orgueil bourguigno ne peut manquer d’être tempéré par la présence en Avignon du vin de Saint-Pourçain, qui eut, lui aussi, son heure de gloire au Moyen Âge avant d’être englouti dans une décadence irrésistible, dans des circonstances mal élucidées. À l’égal des vins de Beaune et malgré un parcours par voie de terre immensément coûteux, le vin de saint-Pourçain a participé, aux côtés de la Bourgogne, à l’approvisionnement des caves pontificales. Son prix d’achat était égal à celui des vins de Beaune, ce qui signifie qu’à cette époque il surclassait lui aussi, les abondantes productions provençales dont le niveau de qualité n’était pas jugé suffisant, au goût des princes de l’Église. Ces remarques seraient évidemment sans portée aucune, si les vins de Beaune envoyés au pape, auraient été des tonneaux de vinaigre. »

 

Les illusions de « la cavalcade du grand vin » par Louis Latour « … l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. »
Les illusions de « la cavalcade du grand vin » par Louis Latour « … l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
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pax 15/08/2016 06:56

Cos de Bèze un Bourgogne ? C'est nouveau ça, c'est un Bordeaux !
Quoi,comment je confonds foutbol et oenologie ? Le Chambertib et Claude Bez l'inénarrable président des Girondins de Bordeaux ?
Ah bon, désolé.

pax 13/08/2016 06:14

Dans ce palmarès je vois avec étonnement figurer Clos de Bèze que je croyais être un Bordeaux !
"Quoi ?, comment ? je confonds avec le foutbol ? Claude Bez * ? Ah ? : Vous avez raison, désolé."
* inénarrable président des Girondins

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