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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 06:00
Les coups de marteau des tonneliers retentissaient sur les barriques sonores ; on respirait une odeur vineuse, chaude, subtile...

« Parmi les choses qui énervaient François Mitterrand, il y avait le goût «immodéré» qu'on lui prêtait pour Jacques Chardonne. Il appréciait encore moins que, Chardonne à l'appui, on lui attribue «un tempérament de gauche et une culture de droite», hypothèse avancée par Régis Debray dans les Masques. Sans aller jusqu'à l'insolence d'un autre ex-conseiller (le roman Grand Amour d'Erik Orsenna donnait une vision farce des chausse-trapes élyséennes), Régis Debray avait touché un point sensible. Mitterrand n'aimait pas (tous les lecteurs au monde ont horreur de ça) qu'on l'enferme dans sa culture d'origine, les Barrès et Bourget de la bibliothèque maternelle, ou les grands stylistes secs dont le pessimisme hautain est, en effet, rarement de gauche. Et l'auteur des Destinées sentimentales était pro-allemand pendant la guerre. »

 

« Grâce à la NRF, l'adolescent d'Angoulême a découvert Montherlant, Gide, Drieu, Claudel. Avec Claude Roy, ils échangent Gobineau, Suarès, Rosamond Lehmann. Le jeune homme qui débarque à Paris en 1934 va bientôt écouter Valéry à la Sorbonne, Benda et Malraux à la Mutualité (Malraux sera trop cruel en 1965 pour qu'il le mette en bonne place dans sa bibliothèque). Il est déjà lecteur de son temps. Il n'est pas ­ pas encore du genre à rencontrer les mythes en chair et en os, à l'exception de François Mauriac (autrefois ami d'un oncle), dont la bienveillance lui est longtemps garantie dans le Bloc-notes : «C'est un garçon romanesque : je veux dire, un personnage de roman.» (1954). «Il aurait pu comme moi-même être un écrivain.» (1959)

 

Claire Devarieux

 

 

« Comme l’eût fait une femme bien née pour son rejeton, Chardonne débarbouillait sa phrase avant de la présenter au monde; littérature affinée, écrémée – écrêtée même! – car débarrassée du superflu qui encombre et affadit. En bon artisan, il polissait son oeuvre à l’infini, réécrivant, réduisant, remaniant jusqu’à ce que son propos prît la tournure souhaitée et reflétât au mieux la richesse de sa pensée. Un Flaubert sans gueuloir en somme.

 

Laissons aux anges la part qui leur revient. Les mortels auront le reste. Le cognac n’est jamais bien loin. D’une lente maturation, d’une savante élaboration et d’une fantaisie bien orchestrée auxquelles se mêle un soin tout particulier porté à l’exécution, la prose de Chardonne trahit sa double nationalité littéraire et familiale: cognac et Charentes pour le père, porcelaine et Amériques pour la mère. »

 

Patrick Bonney

 

 

« Regardant son tailleur de serge dans la glace de l'armoire, un matin Pauline eut envie de robes légères. Elle mit un canotier de paille blanche, une voilette de dentelle à grands dessins opaques et prit son ombrelle foncée à long manche. Elle voulait voir madame Corbeau, la couturière et s'arrêta au bureau pour demander de l'argent.

 

Elle sortit par l'écurie après avoir frôlé d'un petit coup des doigts les naseaux de son cheval et le cou soyeux, puis elle suivit les quais.

 

Les caisses de sapin rosé s'entassent au bord de la Charente, des barriques neuves roulent sur les rails de bois vers une gabare, et les laveuses agenouillées parmi les roseaux battent le linge; la rivière brille dans la lumière, glisse et se perd entre les prairies sous un ciel bleu, traversé de petits nuages effilés et ambrés qui portent encore des reflets de la côte marine. Devant une rangée d'ormes, les maisons d'un gris délicat, en pierres grenues, simples, solides, sans mystère, des persiennes blanches, un balcon en fer en corbeille, ont toutes leurs fenêtres ouvertes au soleil.

 

Pour s'abriter du sol étincelant, Pauline traversa le quartier des chais, par des ruelles ombreuses, entre des murs noirs, percés de larges portes basses, toujours ouvertes, qui lui soufflaient au visage une fraîcheur de cave. Les coups de marteau des tonneliers retentissaient sur les barriques sonores; on respirait une odeur vineuse, chaude, subtile.

 

Jacques Chardonne,

Les coups de marteau des tonneliers retentissaient sur les barriques sonores ; on respirait une odeur vineuse, chaude, subtile...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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