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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 06:00
La belle et triste histoire de Don Papè le pépé de Salvatore Adamo «maître des eaux» de Comiso en Sicile

« À notre arrivée en Belgique, mes parents et moi avons vécu trois ans «à l’écart», au purgatoire si j’ose dire, dans une cité de baraques en bois, au toit en tôles ondulées, à un jet de pierre de la mine où trimaient mon père et ses amis émigrés. Ils ont broyés du noir, au sens propre et sale. Le charbon était partout. Il noircissait le ciel, le vert des arbres, les prairies, les nuages, les mineurs, leur femme, leurs enfants, leur repas, et sans doute leur esprit. »

 

 

Né à Comiso (Sicile) en 1943, Salvatore Adamo est fils unique pendant les sept premières années de sa jeune existence. 


Antonio, son père, est puisatier. Quant à sa mère, prénommée Concetta, elle s’occupe de son petit garçon. Quatre ans après la naissance de leur fils, Antonio trouve un travail de mineur en Belgique et laisse femme et enfant. 

Salvatore apprend bien plus tard que l’Italie, au lendemain de la guerre, reçoit une tonne de charbon belge pour chaque mineur émigré. Quelques mois après le départ d’Antonio, Concetta et le petit Salvatore le rejoignent à Ghlin, en Belgique. 

Puis toute la famille s’installe dans la cité minière de Jemmapes, non loin de Mons, traversée par deux rivières dont les noms sont peu rassurants : La Haine et La Trouille. Les distractions sont rares et la vie est difficile. 


Le père de Salvatore part chaque jour au fond du puits numéro 28 de la mine, afin de gagner suffisamment d’argent pour nourrir sa famille. Pourtant, parfois, il emmène Concetta au dancing de Jemmapes et pendant qu’ils virevoltent enlacés sur la piste, portés par les mélodies de Nat King Cole, leur petit garçon rêveur est perdu dans ses pensées. 

 

Salvatore, le prénom de son grand-père paternel, Adamo, est retourné en Sicile à l’âge de onze ans.

 

Après avoir visité nono Turi, diminutif de Salvatore, à Vittoria, sa mère décide de le conduire chez ses parents à Comiso où il retrouve son autre grand-père, Giuseppe alias Don Papè.

 

 

Il écrit : « Me voici donc élevé au rang de « Petit-fils du maître des eaux », rien de moins ! Don Papè était simplement cantonnier et responsable de l’eau de la ville. Mais vous savez l’importance du titre en Italie. Tous les matins, à sept heures, il montait à son château… d’eau, et ouvrait les vannes.

 

Tout Comiso pouvait recommencer à vivre, à se désaltérer, à se laver… jusqu’à 19 heures, quand il remontait imperturbable pour ramener implacablement, à deux mains, les immenses rosaces en cuivre des robinets à leur point mort ; et c’était fini. Plus une goutte du précieux liquide ne sortait. Tels étaient les ordres. La survie du village passait par cette intransigeance. Ce qui faisait de mon pépé l’homme le plus aimé de Comiso le matin, et le plus haï le soir.

 

J’ai donc vécu au rythme de ses journées pendant deux semaines ; l’après-midi, après la sieste, il m’emmenait au cercle des anciens combattants où il jouait aux cartes en attendant de devoir remonter au château. Bien entendu les parties étaient arrosées de vin du pays.

 

 

 

Quelques années plus tard, dans une lettre que grand-mère Tatedda nous écrivit à Jemmapes, nous apprîmes qu’un jour Don Papè avait un peu plus éclusé que de coutume pendant la briscola (lire ICI ), belote italienne, il s’était assoupi au cercle dans un fauteuil… Personne n’avait pensé à le réveiller, ou n’en avait pas simplement eu l’envie, pour le punir, se moquer de ce qui chez lui pouvait passer pour de la superbe. Grand-père laissa couler l’eau deux heures de plus. Tout le village s’en réjouit et en profita, pensant que le temps de la disette était derrière lui. Hélas, Don Papè reçut le lendemain même un blâme très sévère de la part des responsables des eaux et forêts, parce qu’il avait dilapidé le capital phréatique du bourg en pleine sécheresse, et par conséquent mis son avenir en péril. Il fut donc destitué et se retrouva au chômage, humilié au plus profond de son âme d’homme de devoir. Il se mit à boire, et par conséquent à dépérir.

 

La lettre de ma grand-mère nous avait angoissés à juste titre, puisque quelques mois plus tard, il s’éteignit dans le parc dont il était devenu le gardien, allongé sur un banc, sous le caroubier qui lui faisait de l’ombre. Dès qu’il sombra apaisé dans son dernier sommeil, le ciel, comme pour réhabiliter le souvenir de mon aïeul, ouvrit grand les vannes pour verser une immense larme et rafraîchir le village d’une pluie salvatrice qui fit crier au miracle. Le maître des eaux était béatifié dans la mémoire collective populaire.

 

Bon ! D’accord. J’ai sans doute embelli sa fin, mais je la préfère à la vraie. »

 

Ce texte est tiré de la préface que signe Salvatore Adamo à la superbe BD : MACARONI sur laquelle je chroniquerai demain.

 

Salvatore Adamo: Torno a Comiso, per cantare

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

jean Thevenet 07/08/2016 20:13

Bravo pour Salvatore Adamo, et pour le courage de ses parents.
Ce jour, j'ai rencontré une parente "par alliance", d'origine sicilienne, cousine de Salvatore.
D'après elle, il y avait trois frères, l'un part au USA, un autre en Belgique, un rejoint la France.
Elle est attachée à la Sicile.
Elle donnera peut-être elle même des nouvelles à son cousin.
Jean Thevenet

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