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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 06:00
Exilé dans les bois à la Chapelle-en-Serval chez Georges Halphen grand amateur de textiles précolombiens exposés au musée des arts premiers de Jacques Chirac.
Exilé dans les bois à la Chapelle-en-Serval chez Georges Halphen grand amateur de textiles précolombiens exposés au musée des arts premiers de Jacques Chirac.

Dans les tourments du 78 rue de Varenne, le déjeuner mensuel chez Allard, avec mon ami Jacques Geliot, toujours à la même table, la sienne, je n’y dérogeais jamais, c’était une bulle de paix. Jacques, vieux monsieur, socialiste, amateur de pur-sang, me couvait comme le fils qu’il avait perdu jeune homme. Il n’avait de cesse de s’occuper de mon intendance que je négligeais, en célibataire de fraîche date. C’est lui qui m’avait dégoté le petit 2 pièces de la rue de Lagny à l’orée du Bas-Montreuil.

 

Un jour, dans la conversation, je lui lance « J’aimerais bien vivre à la campagne, pourquoi pas dans les bois, en solitaire… J’ai besoin d’air… » Ce n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd (même si Jacques était dur de la feuille à 80 ans) car le lendemain il m’appelait au téléphone pour m’annoncer « Je t’ai trouvé la maison de tes rêves, dans les bois, chez mon ami Georges Halphen. » Pour faire bon poids, il ajouta « Tu sais Georges Halphen est un grand admirateur de Michel Rocard… »

 

Je vous épargne les détails mais je me retrouvai locataire de l’ancien pavillon d’honneur du château de Georges Halphen – vendu et transformé en hôtel de luxe : l’hôtel du Mont-Royal – à la Chapelle-en-Serval dans l’Oise, sur la route de Plailly, donc dans les bois.

 

 

Georges Halphen avait été maire de la Chapelle-en-Serval pendant 33 ans. Nous sympathisâmes de suite et nous devînmes de vrais complices lorsqu’il s’agit de faire capoter une déviation monstrueuse qui éventrait la forêt pour soi-disant faire sauter le fameux bouchon du dimanche de la Chapelle-en-Serval. Le nouveau maire plastronnait, il tenait sa revanche sur le hobereau riche et cultivé. Sauf que je connaissais les arcanes de la procédure et que je levai des lièvres cachés par nos amis de l’Équipement. Le préfet de l’Oise, en personne, vint à pied jusqu’à la demeure de Georges Halphen, il avait laissé sa voiture et son chauffeur à l’entrée de l’allée, pour tenter de nous convaincre. C’était l’ancien directeur de cabinet de Jean-Louis Debré lorsqu’il fut Ministre de l’Intérieur. Nous déjeunâmes et le Préfet s’en retourna bredouille. L’affaire fit grand bruit mais rien n’y fit. Aujourd’hui, la déviation envisagée passe, comme nous le préconisions, dans la plaine de Plailly.

 

Mais, dès ma première visite chez Georges Halphen j’avais été fasciné par le grand éclectisme de ses collections d’art. Il éprouvait un appétit inextinguible pour aussi bien les arts et civilisation de la Chine et de l’Egypte, les objets de la Mer de Béring, les textiles précolombiens. Ce n’était pas un collectionneur mais un amateur discret. Lorsque nous nous connûmes très bien il me fit pénétrer dans ses chambres secrètes. Et puis un jour, Georges Halphen me dit que l’homme chargé de la configuration du futur musée des arts premiers du quai Branly l’avait approché. Voilà encore un contre-feu qui va calmer les ardeurs de nos chers fonctionnaires aménageurs-défricheurs lui dis-je. Avec son petit sourire, il me dit « vous devriez vous présenter aux prochaines municipales… ». Je soupirai avant de lui répondre gentiment que je ne me voyais pas dans la peau d’un élu.

 

En 2002, Georges Halphen a fait don au musée des arts premiers d’une tunique de plumes qui décline les thèmes figuratifs d’une iconographie consacrée par les cultes et les cérémonies funéraires des cultures péruviennes anciennes.

 

En 2004, par dation, le musée a reçu de Georges Halphen, 7 pièces remarquables de textiles en provenance du Pérou.

 

Ces 9 pièces appartiennent aux cultures wari (500-1000 après JC), chimu (1100-1450 après JC), et nazca 5200 et 700 après JC).

 

Cette acquisition n’aurait pu être possible sans la compréhension de ses héritiers et de son assistante Nivedita Kinoo.

 

Voir ICI 

Portrait de Fernand Halphen enfant peint par Auguste Renoir, 1880. Huile sur toile 46cm x 38 cm. Paris, Musée d'Orsay. Avec l'aimable autorisation de M. Georges Halphen, fils du compositeur et donateur du tableau au Musée d'Orsay.

Portrait de Fernand Halphen enfant peint par Auguste Renoir, 1880. Huile sur toile 46cm x 38 cm. Paris, Musée d'Orsay. Avec l'aimable autorisation de M. Georges Halphen, fils du compositeur et donateur du tableau au Musée d'Orsay.

Georges Halphen, mon propriétaire, était le fils de Fernand Halphen et d’Alice de Koenigswarter. Son père était lui-même le fils de Georges Halphen, banquier, négociant en diamants et administrateur de la Compagnie des chemins de fer du Nord, et d’Henriette Antonia Stern, fille du banquier Antoine Jacob Stern.

 

Dès l'âge de dix ans, il travaille sous la direction de Gabriel Fauré avant d'entrer au Conservatoire de Paris où il suit les cours de composition d'Ernest Guiraud, qui fut également le professeur de Paul Dukas, Claude Debussy et Erik Satie. Après sa mort en mai 1892, il suit la classe de Jules Massenet. Premier prix de fugue en 1895, Halphen remporte l’année suivante le deuxième second grand prix de Rome avec sa cantate Mélusine. Fernand Halphen est connu principalement comme compositeur.

 

Capitaine au 13e régiment d'infanterie territoriale durant la Première Guerre mondiale, Halphen est mort pour la France le 16 mai 1917.

 

La mère de Georges Halphen, Alice de Koenigswarter, a créé la Fondation Halphen destinée à aider les élèves de composition musicale du Conservatoire en faisant exécuter leurs œuvres. Elle a également constitué une importante collection de peintures comprenant des toiles de Monet, Pissarro, Van Gogh et du douanier Rousseau, et le portrait de Fernand Halphen enfant peint par Renoir en 1880.

 

On doit encore à Fernand Halphen, qui s'intéressait à toutes les formes d'art, la construction en 1909 par l’architecte Guillaume Tronchet d'un château, dans le style du XVIII° siècle, situé en pleine forêt de Chantilly à la Chapelle-en-Serval. Celui-ci, qui comportait à l'origine une salle de théâtre, fut vendu par la suite au début des années 1990 et rebaptisé "Chateau Hôtel Mont Royal". Il est actuellement la propriété d’une chaîne d’hôtels de luxe. C'est Carlotta Zambelli (1877-1968), danseuse étoile de l'Opéra de Paris où elle était entrée en 1894, qui avait été à ses débuts élève de Fernand Halphen, qui lui avait conseillé les services de Tronchet, après qu'il ait refusé les plans de l'architecte Sargent, responsable du Trianon Palace de Versailles. La célèbre chanteuse Mistinguett (Jeanne Bourgeois pour l'état-civil, 1873-1956) compte également parmi ses élèves.

 

Georges Halphen, né le 9 mars 1913, époux de Monique de Rothschild, avait une sœur née le 26 février 1911. C'est lui qui a offert en 1995 au musée d’Orsay le portrait de son père par Renoir.

 

Le château, dont j’ai occupé le pavillon d’honneur, a été érigé entre 1907 et 1911 par Fernand Halphen qui avait acheté le domaine de La Chapelle-en-Serval, près de Chantilly (Oise) pour offrir à sa femme une vue qui l'avait émerveillée. Après avoir rejeté le projet de style anglo-normand de l'architecte René Sergent, puis un premier projet de style médiéval de l'architecte Guillaume Tronchet (dessins au musée d'Orsay), il fixe son choix sur le second projet de ce dernier, d'un château célébrant la chasse à l'extérieur et la musique à l'intérieur. Sur les façades, des bas-reliefs dus à Georges Gardet célèbrent les plaisirs de la chasse. L'intérieur comprend notamment un théâtre, réplique de celui de l'Opéra-Comique.

 

Le château est aujourd'hui transformé en hôtel et dénommé château Mont-Royal.

 

 

« Fernand Halphen a privilégié son fils Georges au détriment de sa fille Henriette. Dans son testament rédigé le 19 février 1917, il déclare : « Je lègue à mon fils Georges ma propriété de la Chapelle-en-Serval que j’estime à 1 100 000 francs et qui comptera dans sa part pour ce prix. Ma femme en sera usufruitière pendant toute sa vie. » Il précise plus loin : « Mon fils Georges ayant par le fait de la propriété de la Chapelle en Serval une charge assez élevée, je lui lègue une partie de a quotité disponible égale au deux tiers. Toutefois ne connaissant pas le chiffre de ma fortune à la date où je mourrai et ne voulant qu’il y ait entre sa part et celle de mes autres enfants une différence trop grande, je fixe dès à présent à trois millions au maximum la part d’avantage qui lui reviendra en plus de sa part légale. »

 

Qui sont les Halphen ?

 

« Les Halphen, largement représentés dans les annuaires mondains fournissent un exemple de ces quelques familles d’origine « française », membres des plus hautes franges de la société juive. D’origine messine, la famille est installée à Paris depuis la fin du XVIIIe siècle. On peut considérer Salomon Halphen comme son fondateur. Né à Metz en 1773, fils de boucher, il est le huitième d’une fratrie de onze enfants. Il part très jeune à Paris en 1787 où il rejoint la colonie judéo-messine, alors regroupée dans le quartier Saint-Martin. Il effectue divers petits métiers. En 1796, il retourne à Metz pour se marier avec Malka Cahen dont le grand-père va l’aider à s’installer comme « marchand mercier ». C’est dans les premières années du XIXe siècle qu’il crée une affaire de joaillerie située tout d’abord au numéro 4 de la rue de la Feuillade. Il s’associe à Nitot, autre joailler pour la fourniture des insignes du Sacre de Napoléon 1er. En 1811, il achète une maison 24 rue de Richelieu qu’il habite jusqu’à son décès en 1841. En 1928, il est l’un des quatre juifs les plus riches de Paris après James de Rothschild, Olry Worms de Romilly et à égalité avec Berr Léon Fould. Signe de sa position de notable au sein de la communauté, il est membre du Consistoire de Paris de 1818 à 1825 et du Consistoire central de 1825 à 1832. À sa mort, il laisse une descendance nombreuse et une fortune importante de 10,86 millions de francs. »

 

Source Une élite parisienne Les familles de la grande bourgeoisie juive (1970-1939) Cyril Grange CNRS éditions

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