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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 06:00
Pour ne pas bronzer idiot lisez Dialogues politiques entre trois ivrognes de Nakae Chômin.

Mes amis Claire Naudin et Jean-Yves Bizot reviennent d’un séjour au Japon je leur dédie ce texte.

 

Avec Les Gouttes de Dieu vous avez pu constater avec quelle passion les japonais abordent notre civilisation du vin. Curieux, ils cherchent à mieux nous connaître mais nous, que savons-nous de l’histoire du Japon ?

 

Pas grand-chose, des bribes, alors que sous ce texte au titre étrange Dialogues politiques entre trois ivrognes se cache un texte essentiel qui anticipa les débats politiques du Japon moderne.

 

 

Publié au printemps 1887, alors qu’un vent de contestation répond à l’élaboration d’une constitution autoritaire par le gouvernement d’Itô Hirobumi. C’est un succès foudroyant. L’auteur Nakae Chômin (1841-1909), le « Rousseau de l’Orient » après un séjour universitaire à Paris et fondé à son retour une école d’études françaises, qui rassemblera plus de cinq cents étudiants, met en scène l’affrontement entre le mouvement démocratique et le camp nationaliste. Il participe dans les années 1880 au Mouvement pour les libertés et les droits du peuple. Député quelques mois à la suite des premières élections de l’histoire japonaise, il quittera la scène politique pour se consacrer à son oeuvre philosophique et littéraire.

 

Les trois ivrognes incarnent cette polémique toujours actuelle au Japon : le Gentleman occidentalisé, apôtre du pacifisme intégral, le Vaillant guerrier, champion de l’expansionnisme, et le Professeur, arbitre de la dispute.

 

Miroir des ambitions, des doutes et des conflits de l’esprit nippon, cette satire enlevée s’affirme comme un modèle de dialectique.

 

Une oeuvre exceptionnelle devenue un grand classique de la rencontre des civilisations.

 

Texte traduit, présenté et annoté par Christine Lévy et Eddy Dufourmont.

 

 

« Le penchant de maître Nankaï pour les discussions politiques n’a d’égal que celui qu’il montre pour le vin. Dès qu’il se met à boire un peu, une ou deux petites carafes de saké, il s’enivre avec bonheur. Au fur et à mesure que son énergie vitale s’élance vers le Vide Suprême*, tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend l’enchante et le ravit crescendo, à tel point que, de son horizon, s’effacent tous les maux et souffrance de ce monde.

 

S’il continue de boire, en sus, deux ou trois bouteilles, son cœur, son esprit s’envolent hors de toutes limites, sa pensée bondit et fuse. Son corps demeure dans sa chambre exiguë, mais son regard embrasse le monde entier, et en un éclair de temps, il remonte mille ans en avant. Il se met alors à prophétiser sur la marche du monde, et à donner des directives en matière de politique générale. En son for intérieur, il se dit alors :

 

« C’est moi, le vrai timonier de la voie que la société humaine doit suivre ! Hélas ! À cause de ces hommes atteints de myopie politique, et qui ne veulent pas lâcher la barre, la barque tantôt se heurte à des écueils, tantôt échoue sur un gué. Quelle misère de les voir attirer le malheur sur eux et sur les autres ! »

 

[…] La prochaine fois qu’il me sera donné d’exposer mon opinion sur des questions politiques actuelles, je devrais, avant d’être complètement éméché, couché par écrit les points les plus importants. Je pourrais les récupérer quelques jours plus tard, développer ces idées pour les rédiger, en faire un livre. J’en tirerais autant de satisfaction pour moi que pour les autres. Oh oui ! Je vais le faire, je vais le faire ! »

 

Mais de longues journées de pluie se succédèrent, sans que le moindre rayon de soleil n’apparaisse. Le maître tomba dans la mélancolie et se sentit gagné par une forte mauvaise humeur. Il commanda du saké, et commença à le boire, esseulé. Alors qu’il en était à son premier degré d’enivrement, le plus agréable, celui où l’on accède au Vide Suprême, deux visiteurs apparurent avec une bouteille d’alcool de marque occidentale, sur laquelle était collée une étiquette aux caractères chinois Hache d’or*. Le maître n’avait jamais eu l’occasion de les rencontrer et ignorait jusqu’à leur nom, mais la vue de cette eau-de-vie ne fit qu’exciter son désir d’ivresse.»

 

* Notion confucéenne : « seul le vide suprême, étant inébranlable, est le comble du plein. Il permet de développer un esprit exempt de tout préjugé. »

 

* Il s’agit probablement d’une bouteille de cognac Hennessy. L’entreprise a commencé à exporter au Japon dès 1868. Ses bouteilles avaient pour emblème une petite hache.

 

Politique étatique et débats politiques à l'ère Meiji Christine Lévy 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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