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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 06:00
Nous ne sommes pas à la hauteur : seule la mobilisation de la société française peut détruire le défi  djihadiste

J’écris nous, nous tous, même si nos dirigeants politiques, de par leurs fonctions, sont bien sûr en première ligne. Cependant, nous contenter de les vilipender pour nullité ce serait nous exonérer de notre part de responsabilité. Ils sont à notre image, ils se sont modelés sur nos attentes pour nous plaire, nous rassurer, nous envelopper de belles promesses, nous endormir, faire de nous des consommateurs de tout, passifs, cul sur canapé, yeux rivés sur nos écrans d'ordinateurs, oreilles scotchées à nos smartphones. Ils sont le reflet de nos contradictions, de nos craintes, de nos comportements frileux, de nos renoncements, de nos abandons, de notre immaturité citoyenne.

 

À juste raison Gilles Kepel dénonce une « classe politicienne nulle face aux changements du monde. »

 

« Débat minable, pas du tout à la hauteur du défi. Notre classe politicienne est nulle face à cela, elle donne le sentiment de courir derrière l'événement, d'être intéressée surtout par ses chamailleries »

 

Même Juppé s’est vautré dans un « « si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu »

 

La palme de l’outrance revenant à Henri Guaino. « On doit pouvoir stopper un camion qui ne répond pas aux sommations. (…) Il suffit de mettre à l’entrée de la promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquettes et il arrêtera le camion »

 

Jacques Myard, le souverainiste à lui prôné, parmi huit propositions, « d’expulser tous les binationaux en voie de radicalisation » et « d’appliquer partout sur le territoire national l’interdiction du voile ». Il recommande également de « renouer des relations diplomatiques avec Damas pour obtenir des renseignements » dans la lutte contre l’EI, implantée en Syrie et en Irak.

 

En les entendant, en les lisant j’ai eu honte pour eux mais aussi pour nous. Pour ne pas m’exonérer à bon compte j’ai cité Chateaubriand sur mon mur de Face de Bouc :

 

« Il faut dépenser le mépris avec une grande parcimonie à cause du grand nombre de nécessiteux. »

 

La boue des réseaux sociaux charrie la haine ordinaire des éradicateurs, des partisans du rond-up sociétal, du repli sur soi, de l’illusoire protection d’une ligne Maginot sécuritaire, le toujours plus qui nous ferait accroire que tout peut redevenir comme avant. Un simple camion frigorifique, un petit malfrat ordinaire et toutes les caméras de Nice comptent pour du beurre.

 

Moi qui circule à vélo dans Paris, de jour comme de nuit, il m’arrive de penser à la facilité qu’il y a de pratiquer le terrorisme low-cost.

 

En face des partisans d’une nouvelle bataille d’Alger se drapent les héritiers de l’esprit de Munich, concéder, espérer que les petits accommodements nous ferons retrouver notre confort douillet d’avant. Illusion de l’autruche, déni de la réalité, postures commodes adossées à des idéologies usées mais si rassurantes.

 

Si le problème était aussi simple à régler qu’une équation du second degré ça se saurait. Même la classe politicienne, aussi nulle et décrédibilisée fut-elle, a des excuses car elle est confrontée à une opinion publique anesthésiée par un demi-siècle de paix, et qui serait devenue en grande partie toute aussi immature ?

 

L'opinion publique française a-t-elle les politiques qu'elle mérite?

 

La question mérite d’être posée. Et vite.

 

Kepel a raison c’est d’abord un problème de changement de logiciel :

 

D’une part, en ce qu’ils ne comprennent pas l’ennemi et son fonctionnement, pourtant transparent: « le logiciel de ce terrorisme-là n'a toujours pas été compris par le pouvoir politique, quel qu'il soit (...) On est dans une autre dimension, il ne s'agit pas de dire qu'on va faire appel à la réserve, tout le monde sait que les forces de l'armée et de la police sont épuisées ».

 

D’autre part, en ce qu’ils n’en discernent l’objectif, présent en toutes lettres dans « les textes mis en ligne depuis 2005 par ce djihadisme de troisième génération: il faut épuiser les forces de l'ordre et il faut faire en sorte que la société, qui est totalement déboussolée, se prépare à une logique de guerre civile entre enclaves de confessions différentes ».

 

Face à ce danger, le gouvernement, chaque fois dans l’urgence, procède à des annonces qui ont pour objet de rassurer, autant que faire se peut, l’opinion. A chaque tragédie, le curseur du déploiement des forces policières et militaires monte d’un cran. Après Nice, c’est la Réserve qui est convoquée. Et l’état d’urgence maintenu pour trois mois encore. Le gouvernement pouvait-il faire autrement, dans les heures qui suivent un acte de la nature de celui commis à Nice? Non. Il fallait envoyer des signaux de rassurance l’opinion inquiète. Mais cette même opinion inquiète, en demande d’actes immédiats, sait aussi que ce qui a eu lieu à Nice relève de la menace auscultée par Gilles Kepel. Des sentinelles déployées ici et là ne suffisent pas à empêcher un individu déterminé à passer l’acte.

 

Partenaire du gouvernement, ses oppositions de droite, d’extrême droite et d’extrême gauche paraissent aussi éprouver de la peine à se hisser à la hauteur du rendez-vous de l’histoire. On ne sait pas encore tout du scénario de la tragédie de Nice que certains sont déjà affairés à dénoncer le pouvoir en place, à l’accuser les uns à dénoncer le manque de précautions et les failles sécuritaires. »

 

Lire 10 juillet 2015 « Génération radicale » de Boutih : au placard « le rapport de droite » ? 

 

«Génération radicale», l'étude fumeuse de Malek Boutih sur le jihad

 

Face à la nécessité de ce changement de paradigme, le fait que les extrémistes ont toujours un tour d’avance, ce qui le propre de la stratégie, il est capital, face à leur niveau d’intelligence, aussi monstrueuse soit-elle, de se soumettre à une analyse non biaisée, cesser de les considérer comme des fous, des abrutis, et surtout se mettre dans la tête que ce ne sera pas en quelques mois que nous rattraperons ce tour d’avance.

 

Pour les comprendre, non pour les excuser, mais pour mieux les combattre avec efficacité il nous faut se mettre dans leur peau, se fondre dans leur écosystème, le pervertir, le faire s’autodétruire.

 

Ils combattent notre modernité mais ils ont mieux compris que nous les failles de nos démocraties représentatives, au pouvoir centralisé, bureaucratisé, lourd, alors qu’eux fonctionnent en réseau diffus. L’Internet dupliqué au niveau de la société. « Ils déplacent, ils transforment l’utilisation de nos outils, de nos moyens de vie, vers d’autres finalités : un avion, une voiture… On a tout dichotomisé : objet de confort, transport, armes. » Comme me l’écrit l’un de mes lecteurs.

 

Bref, agir plutôt que réagir « J’ai toujours voulu que l’avenir ne soit plus ce qui va arriver mais ce que nous allons faire. »

Henri BERGSON

 

En ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, je suis et je reste mendésiste, le parler vrai cher à Michel Rocard :

 

« Pour les dirigeants d’abord. Le premier devoir, c’est la franchise. Informer le pays, le renseigner, ne pas ruser, ne pas dissimuler ni la vérité ni les difficultés ; ne pas éluder ou ajourner les problèmes, car dans ce cas, ils s’aggravent ; les prendre de face et les exposer loyalement au pays, pour que le pays comprenne l’action du gouvernement ».

 

« Au final, la démocratie donne à voir principalement les conflits entre les hommes, pour le pouvoir d’abord (ceux que tout pouvoir autoritaire cherche à cacher) et pour le partage de la richesse évaluée en monnaie. Ce qui justement, dans les activités humaines, n’est déclencheur ni de bonheur ni d’enthousiasme, et laisse place souvent à la tentation de la violence et de l’immoralité. » Michel Rocard

Nous ne sommes pas à la hauteur : seule la mobilisation de la société française peut détruire le défi  djihadiste

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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