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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 06:00
En finir avec le déni : l’abus de pesticides nuit d’abord à la santé des utilisateurs !

Comparaison n’est pas forcément raison mais rappelons-nous le scandale sanitaire de l’amiante.

 

« M. Henri Pézerat a rappelé, lors de son audition, les circonstances de l'apparition de l'affaire de l'amiante sur le campus de Jussieu, en 1974 : « Un jour, un de nos collègues est venu expliquer que la poussière que nous retrouvions sur nos paillasses trouvait son origine dans l'amiante qui se trouvait dans le flocage qui avait été fait au-dessus des faux plafonds. Nous ignorions totalement les conséquences de l'amiante sur la santé. Nous en avons pris conscience lorsque ce collègue nous a affirmé que l'amiante était probablement cancérigène »

 

  • Le drame de l'amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l'avenir (rapport) ICI  

 

  • L'amiante : récit d'un scandale sanitaire  ICI 

  • L'amiante pourrait faire jusqu'à 100 000 morts d'ici à 2050  ICI 

Depuis une mission en duo avec un vieux de la vieille de la Protection des Végétaux j’ai pris une conscience aigüe de la dangerosité des pesticides pour la santé publique avec en première ligne les utilisateurs.

 

Jusqu’à cette date je ne m’inquiétais que de la santé des sols, de la pollution des eaux, mais après cette information très pointue, à la fois sur la mécanique d’agrément de ces produits, avec les conflits d’intérêts, la pression des grands de la chimie, et sur les pratiques d’épandage, mon opinion était faites : les dirigeants professionnels et la puissance publique ne pouvaient laisser cette bombe à retardement monter en puissance.

 

Mettre des mots, nommer un sujet sulfureux, ce n’est pas stigmatiser ceux qui, souvent de bonne foi, utilisent ces produits sans en mesurer l’extrême dangerosité pour leur santé.

 

En revanche, ce qui n’est pas admissible c’est le discours syndical du type de celui de madame Christiane Lambert vice-présidente de la FNSEA, affligeant, porte-voix des lobbies, chapelet d’arguments du type « puisque le gouvernement a interdit le diméthoate, capable de lutter contre un insecte dévastateur des cerises, les consommateurs ont acheté des cerises importées très chères… »

 

Faux, archi-faux, j’ai acheté des cerises des PO à prix guère différent de celui des années précédentes.

 

 

Dans le secteur de la vigne, là aussi les dirigeants ont préféré le déni à une prise en charge du problème. Conséquence ils sont maintenant dans les cordes, admettent, ergotent, réagissent avec plus ou moins d’à-propos et de convictions.

 

Le mal est fait et je n’arrive toujours pas à comprendre que Vin&Santé, qui fait un bon travail d’explication, n’ai pu, faute d’un consensus professionnel, faire cause commune sur ce sujet. Il est difficile de convaincre qu’on se préoccupe de la santé de ses concitoyens lorsqu’on laisse sur le bas-côté celle des primo-utilisateurs de produits dangereux.

 

Du côté des pouvoirs publics c’est courage fuyons, ne mettons pas à mal la sacro-sainte cogestion avec le syndicat majoritaire, discourons, esquivons, affichons des ambitions qui resteront lettres mortes.

 

Ayant pratiqué le cambouis du 78 rue de Varenne je ne nie pas l’extrême difficulté de mettre sur la table ce type de sujet épineux mais j’étais en droit d’espérer mieux de l’actuel Ministre de l’Agriculture qui s’est contenté de discourir sans vraiment agir.

 

Dernier épisode en date Embarras autour d’un rapport explosif sur la nocivité des pesticides

 

LE MONDE | 27.07.2016 par Stéphane Foucart

 

Je reproduis intégralement pour cause d’utilité publique :

 

Ni communiqué ni conférence de presse. C’est pourtant un rapport singulièrement explosif que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié, lundi 25 juillet au soir, sur son site.

 

En sept volumes et près de 1 000 pages, il rassemble les connaissances disponibles sur l’exposition des travailleurs agricoles aux pesticides et montre notamment que les risques encourus par cette population de plus d’un million de personnes sont insuffisamment documentés et pris en compte dans le processus d’autorisation des insecticides, fongicides et autres herbicides. « Il est plausible que les informations colligées dans le texte permettent à des victimes d’attaquer l’Etat pour carence », dit un familier du dossier.

 

Les modalités de la publication ne sont donc pas allées de soi. Elles ont même suscité de vives tensions entre la direction de l’Anses et les experts mandatés pour établir le rapport, au point que l’arbitrage du Comité de déontologie de l’agence a été nécessaire. Courant juin, même si les grandes lignes du rapport avaient fuité (Le Monde du 23 juin), les organisations non gouvernementales (ONG) redoutaient que le texte ne soit jamais publié.

 

« L’ANSES SE LANÇAIT UN DÉFI À ELLE-MÊME »

 

Que s’est-il passé ? En 2011, l’Anses s’autosaisit de la question brûlante de l’exposition des travailleurs agricoles aux pesticides. Ce faisant, décrypte un fin connaisseur de l’agence de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), « l’Anses se lançait un défi à elle-même, car il était clair que se pencher sur ce sujet conduirait inévitablement à interroger la manière dont les propres experts de l’Anses évaluent les risques de ces produits, avant qu’ils soient mis sur le marché ».

 

Quinze chercheurs de plusieurs disciplines (toxicologues, médecins, sociologues…), presque tous extérieurs à l’agence, sont alors sélectionnés. Et ils planchent, quatre années durant, sur le sujet.

 

Le rapport est finalisé début 2016 et officiellement présenté le 15 avril aux ministères de tutelles – santé, environnement, agriculture – de l’Anses, la publication officielle étant prévue pour le 1er juin. Jusqu’ici, tout va bien. Mais, quelques jours avant la date dite, les parties prenantes (ONG, industriels, etc.) sont informées que la restitution n’aura pas lieu et qu’elle est remise au 22 du même mois. Mais là encore, la réunion est annulée au dernier moment.

 

En cause, la brusque désolidarisation de deux des quinze experts du groupe. Le 13 juin, un bref texte d’une page, exprimant une opinion divergente, est adressé par Sonia Grimbuhler (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture, Irstea) et Guy Milhaud (Ecole vétérinaire d’Alfort) à la direction de l’Anses.

 

VOLTE-FACE

 

Trait particulier des deux sécessionnistes : tous deux sont membres du comité d’experts spécialisé (CES) de l’Anses chargé d’évaluer les risques des pesticides préalablement à leur homologation… dont la pratique est précisément interrogée par le groupe d’experts.

 

La volte-face des deux scientifiques choque leurs pairs. « Tous les membres du groupe ont eu une totale liberté d’expression au cours des discussions et chacun a eu la possibilité d’exprimer d’éventuelles positions divergentes, témoigne Onil Samuel, toxicologue à l’Institut national de santé publique du Québec et seul membre du groupe à avoir accepté de s’exprimer. J’ai été très surpris, comme d’autres, de voir une opinion divergente surgir après la finalisation du rapport. » L’événement est inédit.

 

La direction de l’Anses envisage alors d’annexer la fameuse opinion minoritaire au document le plus important du processus d’expertise : l’avis de l’agence, texte d’une vingtaine de pages synthétisant le volumineux rapport.

 

Mais la présidente du groupe, Catherine Laurent (Institut national de la recherche agronomique, INRA), et la vice-présidente, Isabelle Baldi (université Bordeaux-II), s’y opposent et saisissent le comité de déontologie de l’agence. L’Anses fait de même, sollicitant à son tour le même comité… dont l’avis est publié au côté de celui de l’agence et du rapport proprement dit.

 

L’EFFICACITÉ DES ÉQUIPEMENTS REMISE EN CAUSE

 

Les déontologues notent en substance que Mme Grimbuhler et M. Milhaud ont pu se sentir ostracisés au sein du collectif, mais ils valident les protestations du reste du groupe. « Nous estimons qu’annexer la position divergente à l’avis de l’agence lui aurait donné trop d’importance, dit le philosophe Pierre Le Coz, président du comité d’éthique de l’Anses. En revanche, sans juger de sa pertinence scientifique, nous estimons important qu’il en soit tenu compte, en l’annexant au rapport lui-même. On a vu dans le passé des scandales sanitaires rendus possibles par le fait que des avis minoritaires ne pouvaient pas s’exprimer au sein de collectifs d’experts : il faut donc trouver le moyen de les faire exister. »

 

Ce n’est pas tout : Mme Grimbuhler n’a pas consigné dans sa déclaration d’intérêts tous ses liens avec l’industrie des pesticides. L’une de ses collaborations avec l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) y est bel et bien mentionnée, mais, contactée par Le Monde, la chercheuse reconnaît avoir « omis d’indiquer le projet pédagogique Educ’risk », un logiciel développé en collaboration avec la société agrochimique BASF Agro, réalisé « dans le cadre de [s]es fonctions à l’Irstea ». Mardi 26 juillet, Mme Grimbuhler disait avoir rectifié sa déclaration d’intérêts, mais que celle-ci « ne sera disponible que dans quelques jours ».

 

Non missionné pour éplucher les déclarations d’intérêts, le comité de déontologie ne s’est pas précisément exprimé sur ce point. « Mais si cette omission est avérée, cela pose la question de la participation de l’experte au groupe de travail », dit M. Le Coz.

 

La question se pose d’autant plus que le fameux rapport et l’avis associé ne sont pas seuls en cause. Car pour compliquer encore l’affaire, l’Anses publiait le 13 juin, soit le jour même de l’envoi de l’opinion divergente, un autre avis sur le port d’équipements de protection lors de la « réentrée » des travailleurs agricoles dans les vignobles ou les vergers. Précisément l’un des aspects les plus embarrassants du rapport, qui remet en cause l’efficacité de ces équipements…

 

ONG EN COLÈRE

 

Or cet avis du 13 juin, commandé en février par le ministère de l’agriculture, a été en partie rédigé par le comité ad hoc de l’Anses, dont sont membres Mme Grimbuhler et M. Milhaud, les deux scientifiques ayant soumis l’opinion divergente qui a retardé la publication du rapport.

 

L’avis précise aussi qu’« aucun lien ou conflit d’intérêts n’a été mis en évidence » parmi les experts : l’affirmation est démentie par la déclaration d’intérêts, même incomplète, de Mme Grimbuhler.

 

L’affaire n’est donc pas finie et certaines ONG parties prenantes sont furieuses. « Nous avons été invités le 1er septembre par l’Anses à une “réunion d’information” sur son avis et non à une restitution du rapport en présence des auteurs, fulmine Nadine Lauverjat, de l’association Générations futures. Or l’avis nous semble refléter assez mal certains points cruciaux du rapport… Tout cela, et ce qui a précédé, semble indiquer une volonté d’enterrer coûte que coûte ce texte. »

 

Publication du rapport sur les expositions professionnelles aux pesticides : mieux connaître et réduire les expositions

COMMUNIQUÉ de Presse ICI 

 

Le Rapport ICI 

 

Visionnez la vidéo de la séquence de la Mort aux trousses Cary Grant se fait "sulfater" dans un champ de maïs par un avion d'épandage elle a un petit côté parabole :

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

PPHILIPPE 30/07/2016 21:29

édifiant ...

- Les difficultés d’accès à l’information pourraient faire croire à l’absence de problème et induire un
sentiment de sécurité. Mais elles traduisent avant tout des obstacles dans la mise en œuvre des
études, l’absence de cadre institutionnel ou de support de recherche pour un recueil systématique
ou ciblé de ces données d’exposition ( PAGE 162/215)

- Plusieurs travaux d’expertise collective menés ces dernières années, tels que ceux de l’INSERM (2013) ou de l’EFSA (Ntzani et al., 2013), concluent à des relations entre la survenue de maladies chroniques (cancers, maladies neurologiques, troubles de la croissance et de la reproduction...) et
l’exposition professionnelle aux pesticides agricoles, sur la base de données épidémiologiques, toxicologiques et mécanistiques disponibles. ( PAGE 163/215)
source : Expositions professionnelles aux pesticides en agriculture
https://www.anses.fr/fr/system/files/AIR2011SA0192Ra.pdf

pphilippe 30/07/2016 12:22

Bonjour Jacques
"Last but not least" il ne faut pas oublier la génération des opérateurs qui, l'hiver filtraient les vins à l'amiante (interdit en 1982 ... oups ! ) et l'été balançaient en toute bonne foi tous les produits du catalogue aujourd'hui interdits pour cause de cancer avéré ou supposé ... silence ... j'en suis ... silence ...

olivier de Moor 30/07/2016 08:07

Bonjour mon cher vigneron pour le Taulier,

La fin économique, et les moyens qu'elle peut nous procurer est sans doute une approche de la solution mais contrairement à toi elle ne me parait pas suffisante.
Il est des dogmes dans ce métier que l'on ne peut contester sinon notre sort sera comme Giordano Bruno. En outre en tant vignerons, si nous sommes là pour nourrir le monde, cette nourriture est différente en cela qu'elle est plus symbolique et esthétique. D'où la prégnance des dogmes. Le dogme ici étant la technique, le moyen que l'on se doit d'utiliser. Comme par exemple le Pinot noir en Bourgogne. Je sens déjà les flammes du bûcher me chatouiller la plante des pieds. Chaque question est souvent prédéterminée par une réponse.
Le professeur Carbonneau qui avait mis au point les systèmes de palissage en Lyre étudie voir préconise la non-taille. De même dans cette projection environnementale, il se bat pour inscrire au catalogue les variétés résistantes au catalogue.
La résilience qui nous concerne dans le vin restera un mythe tant que nous n'oserons pas et tant que nous ne nous donnerons pas les moyens de poser toutes les questions.

Le Taulier pour un vigneron 29/07/2016 09:04

Bonjour Jacques,

Je viens de lire ta chronique de ce matin.
Je me suis longtemps interrogé sur cette réticence à bouger à l’intérieur de cette famille de professions qu’est l’agriculture.
Elle se trouve face à un dilemme quasiment insoluble. D’un côté, une mission, lourde, très lourde : nourrir le monde, pour pas trop cher normalement. Mission sacrée. De l’autre cette remise en cause de l’outil qui permet d’assumer cette mission : les traitements.
Le débat se termine toujours par : « s’ils veulent qu’on arrête de produire… », qui ne permet pas d’avancer si on n’a pas remis en cause la première partie.
J’en ai pris conscience il n’y a pas très longtemps. La première fois, lors du passage du certiphyto il y a un an et demi, cette mascarade d’endoctrinement encore une fois, où je me suis rendu compte de l’indépendance acquise par la filière viti par rapport aux conseils. Mais surtout il y avait une dissonance : cet argument est répété au sein de la filière viticole. Mais elle n’a pas pour charge de nourrir le monde, juste de produire.
Le rappel qui a suscité la réaction immunitaire est survenue il y a un mois environ.

Le discours du certiphyto est révélateur. Il y est dit (entendu) : « vous utilisez des produits toxiques, c’’est sûr. Mais ce n’est pas de gaieté de cœur, ce n’est pas ar plaisir, c’est parce que c’est nécessaire ». Il y a une dimension sacrificielle dans cette pratique. Les agriculteurs exposent leur vie, mais pour assurer leur mission : nourrir le monde.
Aucun médecin ne travaille pour sauver l’humanité, aucun garagiste n’est chargé de réparer toutes le voitures, aucun n’enseignant n’est là pour éduquer tous les élèves. Les agriculteurs sont là pour nourrir le monde.
Imagine la charge morale. L’échec est impossible. Donc la prise de risque ne peut exister.
Pour accomplir cette mission, « on » a eu l’idée de la pulvérisation de traitement. Et c’est cette idée aujourd’hui qui est remise en cause par ceux-là même à qui est destinée cette production, pour qu’ils se nourrissent.
Avec en amont, l’industrie phytopharmaceutique et aval l’agroalimentaire.
La plupart des agriculteurs ont bien conscience des problèmes de pollution et des dangers. Comment s’en sortir ?
En réalité, il y a moins de noblesse dans cette exposition aux risques que de nécessité de produire à des fins purement économiques.
En regardant le problème sous cet angle, justement, des solutions peuvent se dessiner.

olivier de moor 29/07/2016 07:45

Merci pour cet article. Comme toujours, il faut bien que tout change pour que rien ne bouge.
Quand notre ministre ira à l'épicerie s'acheter une botte de courage ça ira mieux pour nous et pour lui.

Sinon, ici la saison a été fatale pour une majorité de "bio" ici. Pourquoi ? Il reste quelques résistants heureusement que je salue pour leur courage que trop de nos dirigeants n'ont pas.

le dimanche à Tchernobyl
j'empile torchons vinyles
évangiles
mes paupières sont lourdes
mon corps s'engourdit
c'est pas le chlore
c'est pas la chlorophylle
tu m'irradieras encore longtemps
bien après la fin
tu m'irradieras encore longtemps
au-delà des portes closes
le dimanche à Tchernobyl
j'harangue le soleil
j'harangue les sardines
dans la rougeur des canaux
à la centrale y a carnaval
java javel
cerveau vaisselle
chaque jour se rit de moi
indolore
tu m'irradieras encore longtemps
bien après la fin
tu m'irradieras encore longtemps
le dimanche à Tchernobyl
j'empile torchons vinyles
évangiles
sortir en lamé
en ciré
sortir du chapeau
comme à l'accoutumée
tu m'irradieras encore longtemps (2 fois)
le dimanche à Tchernobyl
tu m'irradieras encore longtemps
tu m'irradieras encore longtemps
au-delà des portes closes
tu m'irradieras encore longtemps
bien après la fin
tu m'irradieras encore longtemps

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