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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 06:00
« S’ennuyer, c’est chiquer du temps pur », disait Emil Cioran je préfère chroniquer chaque jour pour avoir l’occasion de faire usage de ma liberté.

Trop !

 

Dépasserais-je la mesure ?

 

Avoir une idée par jour que Dieu fait puis, la pétrir, la faire se lever, avant de l’accoucher pour la coucher sur une page blanche n'est-ce pas le lot du chroniqueur du quotidien.

 

Écrire c’est son pain quotidien tel celui de Louis Remaud le boulanger de mon enfance qui, pendant que tout le village dormait, dans son fournil, reproduisait chaque jour les mêmes gestes : de la farine, du sel, de l’eau et du levain.

 

Pourquoi s’en étonner ?

 

Je m’étonne que certains puissent s’en étonner.

 

Je ne sème, ni ne moissonne, je me contente de glaner autour de moi des idées, je suis curieux de tout, de la vie que l’on vit, des autres, de leurs amours, de leurs joies, de leurs peines…

 

Écrire une page par jour, au petit matin, avant d’aller dormir, à toute heure, en tout lieu, en toute circonstance, sur tout et rien, tout et le contraire de tout, pour le plaisir, l’envie de faire plaisir, de dire, de conter, de raconter, même de se raconter, quoi de plus naturel ?

 

Le temps on le prend, je le prends, je l’ai toujours pris, « une chronique il faudrait la faire pousser comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps » paroles du sage Alexandre Vialatte grand chroniqueur devant l’éternel.

 

Etienne Klein, philosophe et physicien, un physicien qui fait aimer la science, expert français de la question du temps le 20 mai 2009 avait eu la gentillesse de répondre à mes 3 Questions.

 

La 1ière Question concernait le temps dit perdu à écrire des chroniques :

 

- Un de mes lecteurs, dans bref un commentaire sur l’une de mes récentes chroniques Vins d’Hippopotame : us et coutumes des carnivores buveurs de vin, écrivait : « c’est passionnant, vous on peut dire que vous avez du temps à perdre ! » L’ironie sous-jacente de ce commentaire, vous vous en doutez Etienne Klein, me pique au vif, pourriez-vous m’aidez à panser cette blessure d’amour-propre en livrant à mes lecteurs vos réflexions sur le temps que je perds ?

EK : Je comprends votre trouble. Cette phrase a dû vous vexer : vous avez pensé qu’on vous accusait de vaquer inutilement, de vous occuper de choses vaines et sans importance qui, au bout du compte, vous font stagner dans un retard ontologiquement irrattrapable alors que l’impératif contemporain est de saturer son calepin, de se donner corps et âme à l’imminence du futur. Et vous en avez du coup éprouvé un sentiment de honte. Mais cette expression, «avoir du temps à perdre», que signifie-t-elle vraiment ? Si je me pose cette question, c’est parce que j’ai constaté que la polysémie du mot temps est devenue si fulgurante qu’il est désormais capable de (presque) tout désigner : la succession et la simultanéité, la durée et le changement, l’époque et le devenir, l’attente et l’usure, le vieillissement et la vitesse, et même l’argent ou la mort… Cette largesse sémantique est le plus souvent gênante, notamment parce qu’elle rend ipso facto nos réflexions sur le temps imprécises ou confuses, mais elle a aussi la vertu d’autoriser une certaine marge d’interprétation. À mes oreilles, « avoir du temps à perdre » signifie «avoir l’occasion de faire usage de sa liberté». Or, par les temps qui courent, c’est sans doute la meilleure chose qui puisse être accordée à un être humain. J’en tire la conclusion suivante : soit votre lecteur est un homme qui aime lui-même la liberté et il était simplement jaloux de vous ; soit, angoissé par elle, il venait vous féliciter d’avoir le courage de jouir de la vôtre.

 

Etienne Klein toujours : « Notre façon de confondre temps et vitesse en dit long sur notre rapport à la modernité »

 

« Le temps n’accélère pas. Il est indifférent à nos agitations : une heure dure une heure, que nous la passions à jouer aux boules ou à souffrir mille morts. Le cours du temps ne dépend en rien de notre emploi du temps, ni même de notre perception du temps : ce qui s’écoule dans le temps n’est pas la même chose que le temps même. Mais, par un effet de contagion entre contenant et contenu, nous sommes portés à attribuer aux temps les caractéristiques des processus qui s’y déroulent. C’est ainsi que la vitesse est une sorte de doublure métaphysique du temps : lorsque nous disons que le temps passe plus vite, nous imaginons un quelque chose qui coule à vitesse croissante. Mais ce quelque chose n’est pas le temps : c’est la réalité tout entière qui « passe » et le temps qui la fait passer ne cesse jamais d’être là pour la faire passer. Il existe donc bien, à l’intérieur de l’écoulement temporel lui-même, un principe actif qui demeure et ne change pas, par lequel le présent ne cesse de se succéder à lui-même. Pareille immobilité agissant au creux même du temps nous étonne, car elle vient contredire l’idée commune selon laquelle le temps serait toujours associé à la fuite. »

 

« Qui prend son temps n’en manque jamais. » est ma devise empruntée à Mikhaïl Boulgakov.

 

Enfin, puisqu’il se dit, dans les milieux autorisés - en langage non diplomatique ceux que j’insupporte, ce qui n’est pas pour me déplaire - que mon ego est surdimensionné, ce que j’ai toujours assumé, la fausse modestie n’est pas ma tasse de thé, oui je l’avoue je suis trop, too much quoi…

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

peyronnet 16/06/2016 16:19

Laissons les frénétiques incapables de "perdre leur temps" à leur pathologie.
Une citation de Paul Morand pour la route : "Que de temps perdu à gagner du temps !"

pax 16/06/2016 11:39

Le seul temps vraiment perdu est celui prit à ne pas pas en perdre.
" Je n'aurais pas assez de toute ma vie à ne rien faire " proclamait mon prof de philo.
Le temps à perdre est une richesse inestimable. Les vacances ( congés payés ) ne faisaient pas partie du programme du Front Populaire. Ils sont dus à une initiative de Léon BLUM, grand bourgeois et d'infinie culture qui en connaissait la saveurs et le prix.
" Ecrire tous les jours " intimait STENDHAL.
Paul VALERY s'y est astreint quotidiennement dés potron-minet après quoi, ajoutait il en manière de boutade, « ayant consacré ces heures à la vie de l'esprit, je me sens le droit d'être bête le reste de la journée ». Dans une lettre à son ami Gustave FOURMENT il disait " se garder de n’être pas celui qui ne pense que pour écrire, ni celui qui ne peut écrire que pour être "

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