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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 06:00
L’herbe naît après la pluie, les paroles après le vin, post vinum verba, post imbrem nascitur herba…

Samedi dernier dans mon éloge du trouble je plaidais pour que toujours soit ouvrir le champ des possibles, revendiquais le droit d’être curieux de tout !

 

Halte aux œillères des rabougris… Sus aux carcans, aux espaces exigus, aux limites artificielles…

 

Dimanche je défendais la gourmandise qui n’est pas un péché mais une vertu car l’aliment nourri le corps et l’esprit.

 

Dans son discours de Robinson sur la morue, Manuel Vásquez Montalbán, ode au péché de gourmandise, met en scène la rencontre de son texte inédit avec une sélection de peintures, du XVIe au XXe siècle, illustrant avec force la puissance d’inspiration de ce délicieux péché. Cet ouvrage offre une plongée sensuelle et jubilatoire dans l’univers de la gourmandise par une association élégance et inattendue entre littérature et peinture.

 

Je vous propose donc d’en découvrir un extrait qui illustre bien ma philosophie de la vie de chroniqueur impénitent.

 

 

« Piscis captivus vinum vult, flumina vivus : poisson pêché réclame le vin, poisson en liberté recherche l’eau. Et la morue ? Elle veut des vins rouges, et je le proclame après avoir stupidement ratissé mon île en essayant de croire que, sous ces latitudes, j’aurais pu trouver de quoi en élaborer un jour ou l’autre. Je fais ici référence à la morue ressuscitée, non à la fraîche, qui peut se manger avec tout ce que l’on veut, bien que le vin blanc, si possible fruité, lui convienne mieux. Mais la morue ressuscitée appelle des rouges légers, jeunes, à ceci près que certaines recettes portugaises tolèrent un vin du Duero un peu plus mûr, et les plats basques un bordeaux ou un rioja ayant déjà du corps. Enfin, post vinum verba, post imbrem nascitur herba, l’herbe naît après la pluie, les paroles après le vin, et moi je parle, je parle de vins et je fais comme si j’en avais bu en réalité, alors qu’il s’agit seulement pour moi d’enivrer mon imagination.

 

D’après la tradition hébraïque, Noé fut le premier homme à planter une vigne, à élever du vin, à se soûler, et à se conduire comme un poivrot jusqu’à finir par se faire remarquer et par susciter des réactions diverses de ses fils. Il devait être fort rancunier, ce Noé – à moins que ce ne fut son dieu, Jehovah –, puisqu’il chargea Sem et Japhet, les deux enfants qui avaient voulu étouffer le scandale, de fonder les dynasties d’Asie et d’Europe, alors que Cham, pour s’être moqué du vieux soûlard, fut condamné à devenir le père des Africains, c’est-à-dire des peuples les plus maltraités par une Histoire qui, pour reprendre un principe nietzschéen, accepte de se laisser faire par certains mais exige des autres qu’ils se contentent de la subir.

 

Descendant de Japhet, j’endure pourtant un bien triste sort : me voici devant plusieurs douzaine de morues séchées, intransformables, qui ne font que proclamer peu charitablement mon impuissance. Non sans frémir, j’ai lu un jour quelque part que l’avenir alimentaire de l’humanité d épendra essentiellement des levures, riches en protéines et en vitamines B, ainsi que des algues et du soja, toutes ces herbes folles asiatiques dont on dit, comme du porc – que rien ne se perd, et donc le potentiel protéinique attend le Girardet du XXIe siècle. Il y aura aussi des concentrés nutritifs comme l’incaparine, mélange de maïs et de sorgho moulus, de farine de de graines de coton et de vitamine A. Comment cuisiner pareil élixir ? On m’a assuré qu’il est possible d’obtenir une autre mixture, appelée « laubina », obtenue à base de blé, de pois chiches et de lait écrémé, ou encore du « fortiflex », composé de farine de soja et de cacahuètes. L’étonnement horrifié qu’avaient provoqué chez moi ces informations ne fut rien devant la révolte qui me saisit en lisant que nous pourrions bien finir par nous nourrir de scarabées, de fourmis, de libellules, de sauterelles, de punaises, de poux et de cigales, qui, d’après le National Geographic, sont particulièrement appréciées pour leur saveur[…]

 

Vive le monde selon Aymeric Caron : « La protection animale est le marxisme du XXIe siècle » 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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