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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 06:00
I have a dream, et si les GCC bordelais s’inspiraient de la démarche Pontet-Canet… ce serait un grand pas vers la résilience…

Dans le dernier LeRouge&leBlanc, Philippe Barret, à son retour de Pontet-Canet s’écrie par écrit : « C’est à peine croyable ! Quand on découvre qu’après avoir dégusté le Pontet-Canet 2010, Robert Parker le note 100/100 et qu’Emmanuel Zani, sans doute un des moins « bordeauxphiles » des dégustateurs di comité de LeRouge&leBlanc, lui attribue un 18/20 (autrement dit 120/100 à l’échelle de la revue !), c’est qu’il doit se passer quelque chose d’important concernant le vin de ce domaine ! Réconcilier dans le verre, le plus bordelais des critiques et celui qui se délecte souvent dans son quotidien de vins très proches de « Dame nature », n’est pas en effet un mince exploit. »

 

« Une première visite au château fin 2009 (n°96) nous avait donné envie de revenir sur place pour approfondir ce qui apparaissait déjà, à l’époque, comme une formidable aventure. »

 

Comme je suis immodeste, comme sur la cour de récré j’ai fait prem’, en effet le 10 mars 2008 je me déclarais Pontet-Canet addict. 

 

« Au temps, c'était en 1986, où je passais mes jours sur les rives enchanteresses du merveilleux port de pêche de Gennevilliers à mettre du vin en bouteilles – des 6 étoiles et des verres perdus – à le distribuer avec mes petits camions dans le Grand Paris, à discuter avec les syndicats de notre avenir, à ferrailler avec mon PDG et sa cour pour obtenir le financement de mes investissements, le soir venu, fourbu, je rentrais chez moi à Courbevoie. J’avais acquis, en ce lieu merveilleux, sur une dalle de béton recouvrant un complexe commercial érigé sur l’emprise de l’ancienne caserne Charasse, un atelier d’artiste. Il y en avait une douzaine face à une barre UAP, c’était un ilot ignoré, calme et paisible, comme une anomalie dans un urbanisme dévoyé. Sous mes 6 mètres de plafond, comme dans une grosse bulle, je décompressais. Dans ce havre au parfum new-yorkais, mon vin quotidien était le Pontet-Canet. »

 

Et, cerise sur le gâteau 11 mars 2008 Alfred Tesseron acceptait de répondre à mes 3 questions.

 

À lire ICI

 

Morceaux choisis :

 

 

« Tout le travail réalisé à Pontet-Canet est celui d’une équipe soudée avec qui je partage les mêmes valeurs. Avec le Régisseur, Jean-Michel Comme, nous partageons la même passion pour la vigne et le travail bien fait. Nous formons une bonne équipe depuis plus de 19 ans et grâce à ce travail et cette compréhension mutuelle, nous avons pu améliorer la qualité des vins de Pontet-Canet.

 

Il faut de la passion car nous avons eu des périodes difficiles, notamment lorsque mon père, qui était d'une autre génération ne comprenait pas les efforts et les sacrifices que je souhaitais pour monter la qualité. Nous avons toujours essayé de respecter les objectifs que nous nous étions fixés, quel que soit les difficultés rencontrées. Parfois, il a fallu plusieurs années mais on a gardé le même cap. Nous n'avons jamais cédé à la facilité. »

 

« Nous pensons que l'amélioration de la qualité que nous avons connue depuis 20-25 ans notamment à Bordeaux ne peut que nous amener à un palier si on conserve toujours les mêmes « recettes ». Depuis quelques années, Jean-Michel « épure » sa viticulture de toute action agressive pour revenir aux fondamentaux qui ont conduit à la suppression du rognage, de l'effeuillage et des vendanges vertes, qui ne sont plus que des actions chirurgicales. C'est une viticulture ambitieuse mais complexe à mettre en œuvre.

 

Si on veut progresser encore, il faut réellement s'intéresser au terroir; ce qui n'a pas toujours été le cas dans le passé. Pour cela, il faut d'abord le comprendre puis le respecter. Les vrais gains de qualité à venir devront obligatoirement passer par lui, c'est-à-dire par des actions visant à redonner de la vie au sol. Un sol vivant donnera des ceps de vigne en « meilleure santé » qui eux-mêmes produiront des « bons » raisins et donc des vins de meilleure qualité. »

 

8 ans déjà !

 

 

« C‘est en 2004 que tout bascule à Pontet-Canet pour ce qui concerne le travail des vignes. Jean-Michel Comme, entré en 1989 au domaine comme chef de culture, en est devenu en 1999 le régisseur général, supervisant à la fois la viticulture et les vinifications (avec les conseils de Michel Rolland). De formation technique classique (ENITA Bordeaux, complétée par un diplôme d’œnologue), Jean-Michel Comme n’est, à priori, pas un doux rêveur de l’écologie. C’est en reprenant en 1997, avec son épouse Corinne, le domaine familial de Sainte-Foy-Bordeaux qu’il va découvrir avec elle, et sous l’influence de références prestigieuses, comme le domaine Leroy en Bourgogne, l’intérêt d’orienter leur propre domaine vers le bio puis, très vite la biodynamie dès l’année 2000 » note Philippe Barret.

 

Expérience réussie alors pourquoi pas la transposer à Pontet-Canet ? Oui mais là c’est Alfred Tesseron qui décide !

 

Pas facile sans aucun doute mais ce fut fait et ce ne fut pas un long fleuve tranquille. Philippe Barret retrace avec précision cette longue marche vers un autre monde du vin.

 

Allez donc acheter LeRouge&leBlanc.

 

Mon propos de ce matin, comme l’indique mon titre, est sans ambiguïté : je crois en la vertu de l’exemplarité, sans pour autant faire de Pontet-Canet un modèle, disons plutôt une source d’inspiration pour une refondation.

 

En période de vaches grasses, une saine allocation des profits à l’essentiel me paraît le gage le plus sûr pour asseoir dans la durée la pérennité des marques que sont les châteaux bordelais. Sinon gare, si tout n’est que communication, à ce que celle-ci perde l’essentiel de son intérêt. Trop de luxe tapageur tue le vrai luxe, et Pontet-Canet le démontre en se hissant au niveau d’un must, d’une élégance alliant les codes traditionnels et une modernité authentique.

 

Alors les GCC qui font la Une, ceux dont les critiques de tout acabit se gargarisent, les toujours bien notés, les biens nés, les bien vendus, qui disposent de moyens financiers considérables qu’ils mettent prioritairement au service de ce qui se voit, les signes extérieurs de leur richesse, des chais pharaoniques par exemple, une communication de nouveaux riches, seraient bien inspirés s’ils redonnaient à leurs belles marques un contenu environnemental, sociétal, en étant exemplaire, sinon la même mésaventure que celle de Bernard Arnault piégé dans Merci Patron a de fortes chances d’écorner leur belle image.

 

Que James Bond se rinça la bouche à l’Angélus pourquoi pas mais il me semble que le respect des sols, de ceux qui travaillent dans les vignes, du voisinage et un retour à une œnologie bien plus douce, moins chimique, seront les marqueurs du XXIe siècle dans le monde des vins de haute-couture (les nouvelles stars ne sont plus dans les grandes maisons).

 

Investir c’est préparer l’avenir affichait le Ve Plan mais qui aujourd’hui se soucie de l’avenir ? La goinfrerie immédiate, le paraître ostentatoire, la mise en avant de ceux qui font les paillettes, le ressassement de concepts creux, tel le fameux terroir souvent massacré, marque l’appauvrissement intellectuel et moral de nos sociétés, une forme de tout pour ma gueule de plus en plus insupportable.

 

L’obsession du pognon pour le pognon rend le storytelling des grands châteaux lisse, répétitif, insignifiant. Nous sommes loin du génie des grands bâtisseurs. Créer de la richesse, gagner de l’argent, même beaucoup, ne me pose aucun problème, bien au contraire ça me va. J’applaudis !

 

« Commence par faire le nécessaire, puis fait ce qu'il est possible de faire et tu réaliseras l'impossible sans t'en apercevoir. »

 

Alors sans accoler à Alfred Tesseron une étiquette de visionnaire et le parer de toutes les vertus – il est lui aussi un habile communicant, comme en témoigne l’affaire du déclassement des hauts de Pontet-Canet en Vin de France  – il faut lui reconnaître une réelle capacité d’anticipation, le courage de faire des choix hautement risqués. Tout ce qui manque à la grande majorité des nouveaux investisseurs.

 

« En acceptant de cautionner les projets ambitieux de Jean-Michel Comme, Alfred Tesseron a pris un vrai risque de chef d’entreprise. Mais là aussi la réussite est totale : le prix de Pontet-Canet s’est envolé, bien au-dessus des crus auxquels il était comparé il y a une dizaine d’années et, si les rendements ont légèrement baissé, la part de grand vin ayant considérablement augmenté (de 60 à 90%), il est clair que l’économie de Pontet-Canet est au beau fixe. »

 

À Pontet-Canet c’est 50 employés à plein temps.

 

Bientôt 16 chevaux pour travailler les 81 ha de Pontet-Canet !

 

 

Alors, plutôt que de geindre sur un soi-disant Bordeaux bashing qui ravagerait les ventes et la notoriété, pour une fois solidaire des vignerons d’en-bas et de ceux d’au-dessous, les GCC stars devraient s’engager résolument dans ce type de démarche, ils en ont les moyens, jouer à plein leur rôle de locomotive du grand vignoble bordelais – quand on pense que le sieur Hubert caricature absolue du paraître, représente Bordeaux au CN de l’INAO – entraîner la place de Bordeaux vers les attentes nouvelles de la consommation.

 

Le CIVB, en 2010, avait baptisé son plan stratégique Bordeaux demain, et, sans être mauvaise langue, je n’ai pu que constater qu’il était sitôt né obsolète car originellement à côté de la plaque. Alors, chers amis bordelais, un petit effort, remettez l’ouvrage sur le métier en acceptant d’aborder tous les sujets, même ceux qui fâchent. Et, de grâce, n’allez pas chercher des plumitifs extérieurs pour le faire.

 

Bon courage

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Gérard Poirot 08/04/2016 08:12

Et les tarifs ? Exorbitants, plus de 100 euros la bouteille en boutique, quelques centaines au resto. Vous en avez bu récemment ? Où ?

JACQUES BERTHOMEAU 08/04/2016 08:15

Pauvre Poirot !

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