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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 06:00
"Fou d'amour", par Wolinski (p. 56).  (©Wolinski / Cherche-Midi)

"Fou d'amour", par Wolinski (p. 56). (©Wolinski / Cherche-Midi)

J’ai lu sur le blog du mec qui sait tout, avec un intérêt ironique, que dans vin nature il y avait vin.

Comme s’exclamait le commissaire Bourrel dans les 5 Dernières Minutes : « Bon Dieu ! Mais c'est… Bien sûr ! »

Allez définissons d’abord le vin !

 

Pour la qualification nature c’est une autre paire de manches qui s’apparentent à la définition du sexe des anges puisqu’il s’agit d’une transformation du raisin en vin…

 

En France la définition légale du vin remonte à la loi Griffe du 14 août 1889 : « produit exclusif de la fermentation du raisin frais ou du jus de raisin frais ».

 

Cette définition fut établie dans une période de fraude générale, où le vin manquait et où des boissons frelatées inondaient le marché.

 

La définition du vin à l’échelon de l’UE résulte d’une nouvelle codification élaborée lors du conseil du 17 mai 1999 :

 

Le vin est « le produit obtenu exclusivement par la fermentation alcoolique, totale, ou partielle, de raisins frais, foulés ou non, ou de moûts de raisins. »

 

Cette définition ne donne pas d’indications sur le titre alcoométrique, l’acidité, les pratiques œnologiques autorisées… Ces indications sont précisées au niveau des différentes catégories de vin.

 

Au plan mondial l’office international de la vigne et du vin (OIV) 4 ans après sa création en 1924, a adopté une résolution qui stipule « nul autre produit que celui qui provient de la fermentation alcoolique du jus de raisin frais ne puisse recevoir l’appellation de vin ». Ce texte fut complétée en 1929, par une recommandation aux états adhérents pour que ne puisse être vendu « sous le nom de vin la boisson provenant de raisins secs ou de la fermentation de fruits et de légumes ».

En 1973, l’OIV a adopté la définition suivante « le vin est exclusivement la boisson résultant de la fermentation alcoolique complète ou partielle du raisin frais foulé ou non ou du moût de raisin ». Il est précisé que son titre alcoométrique ne pourra être inférieur à 8,5 % en volume ».

 

La France ainsi que 45 États est membre de l’OIV.

 

EN 2001 les USA ont quitté l’OIV et ont créé le Word Wine Trade Group, groupe informel de gouvernements et de représentants des pays producteurs de vin de l'Argentine, l'Australie, le Canada, le Chili, la Géorgie, la Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud.

 

La définition du vin de l’OIV n’a aucun caractère obligatoire, chaque État ou groupe d’États peut en adopter une autre. Reste que dans les traités de libre-échange ce n’est pas un sujet de petite importance.

 

Cependant les divergences, tout particulièrement les pays producteurs du Nouveau Monde, portent sur les pratiques œnologiques.

 

En cela nous rejoignons le débat sur une définition légale du vin nature car celui-ci revendique la naturalité de sa vinification.

 

Qui a demandé à l’INAO de se pencher sur ce sujet ?

 

Très clairement les représentants de l’agriculture biologique qui, selon un bon connaisseur du dossier, se sentent doublés « à gauche » par la notoriété naissante et de plus en plus constante des vins nature.

 

Je ne vais pas vous retracer la longue de marche du bio mais rappeler que pendant fort longtemps le logo AB certifiait que les raisins ayant servis à élaborer le vin étaient issus de l’agriculture biologique avec certification à l’appui.

 

Ce n'est qu'en 2012 que le vin biologique a été défini par la Commission Européenne par le règlement R(UE) 203/2012 adopté par le Conseil des Ministres qui est entré en application à compter du 1er août 2012. Il fait l’objet d’un logo européen.

 

Comme vous vous en doutez ce vin bio à la sauce européenne n’a guère été prisé des purs et durs du bio des origines.

Le vin bio sent le soufre 

 

Alors me direz-vous pourquoi diable les représentants officiels de la viticulture biologique souhaitent-ils faire définir le vin nature ?

 

Je ne suis pas bien évidemment dans le secret de leurs intentions mais il me semble qu’ils digèrent mal que beaucoup de vignerons pratiquant le naturisme ne sont pas certifiés bio. Les faire rentrer dans le rang de celle-ci apparaît comme leur objectif prioritaire.

 

Fort bien mais dans cette affaire sont oubliés les biodynamistes certifiés Demeter ou Nature&Progrès.

 

Et bien sûr de la certification US 100% OrganicOrganicMade with Organic Ingredients et Some Organic Ingredients

 

Les seuls vignerons nature sollicités par l’INAO pour débattre sont ceux de l’AVN association pionnière des vins nature comme son acronyme l’indique.

 

Que veut l’AVN ?

 

Faire le ménage Vincent Riffault de l’AVN est clair : « dans le film de Nossiter, quand on regarde les viticulteurs qui se disent produire des vins nature, on s’aperçoit qu’ils sont plus intéressés par l’opportunité de business que par la philosophie des vins nature ».

 

« Pour les émissaires de l’AVN, l’objectif est de permettre aux vignerons concernés et qui le souhaitent d’inscrire « vin naturel » sur leurs étiquettes.

 

Mais aussi d’interdire aux vignerons qui ne respectent pas la définition de promouvoir leur « faux » vin naturel. On sait en effet que l’industrie agro-alimentaire s’intéresse de plus en plus au phénomène, notamment en surfant sur la confusion entre « sans soufre » et « naturel ».

 

Il s’agit donc de protéger les vignerons… mais aussi les consommateurs. »

 

Lilian Bauchet est plus direct :

 

« Tempête dans un verre de vin ! On veut juste pouvoir écrire sur les bouteilles "issu d'une vinification naturelle" quand le vin est produit à partir de raisins bios et réalisé sans intrant ni technique agressive.

 

On comprend que cela gêne certains, qui s'autorisent un pesticide quand la pression mildiou est trop importante, une flash pasteurisation pour les brett, un coup de lisosyme pour la volatile, qui achètent du raisin non bio via leur négoce qu'ils commercialisent en vin de France non pas parce qu'ils ne veulent pas s'emmerder avec les AOC mais parce que la limite de rendement est plus haute, ce qui permet à leurs sous-traitants d'optimiser leur rendement hectare, à grand renfort de phytos, comme me l'a expliqué récemment une icône du vin naturel, à mes oreilles ébahies.

 

Et cette histoire de récupération par les gros faiseurs, qu'est-ce que cela peut faire ? Il est de bon ton de critiquer Gérard Bertrand, sauf qu'une grande partie de son vignoble est en bio, tout le monde ne peut pas en dire autant, j'ai autour de chez moi des tas de petits "vignerons artisans" qui ont scrupuleusement suivi leur calendrier de traitement phytos cette année quand bien même il n'était pas tombé une goutte de pluie depuis des mois.

 

Et en quoi cette mention sur nos bouteilles va-t-elle faire de nous des petits soldats de l'Inao ? Le consommateur a le droit de savoir ce qu'il boit, nos prescripteurs ont le droit de savoir ce qu'ils vendent. Après libre à eux de porter intérêt ou non à cette mention. Je lis « seul le goût compte », mais la perception individuelle de ce goût est fortement influencée par notre adhésion à son mode de production. Il est donc essentiel d'apporter toute la clarté nécessaire là-dessus. »

 

En résumé, les représentants de la viticulture biologique veulent encadrer les vins nature mais il n’est pas sûr qu’ils aient la même approche que les représentants de l’AVN même si une part de leur approche est commune.

 

Pour ma part j’ai et je reste partisan des fondamentaux de ce qui a distingué pendant longtemps le vin d’origine des autres produits alimentaires avec « j’écris ce que je fais et je fais ce que je dis… »

 

Alors tous à vos plumes les avec comme les sans béquilles… dites-nous comment et avec quoi vous faites vos vins et nous ferons notre choix… Nul besoin de l’écrire en lettres microscopiques sur une étiquette longue comme un jour sans pain. Il existe via les petits joujoux, dit applications, la faculté de le faire et de permettre ainsi au consommateur de se renseigner s’il le souhaite.

 

L’empilement des réglementations, des logos, n’empêche en rien les fraudeurs de frauder, les opportunistes de surfer sur les tendances, recréer le lien de confiance entre le producteur, ici le vigneron, et le consommateur passe par des chemins de traverse et non par les autoroutes balisées par l’Administration.

 

C’est simple comme un verre de vin…

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Aredius44 15/02/2016 14:37

Ah le naturel ! Didier Nordon en a très bien parlé :

http://lefenetrou.blogspot.fr/2008/11/cirage-polyglotte.html

Quant aux définitions, '"entourer d'un mur de mots un terrain vague d'idées" a dit l'autre, en voici une qui est est claire :

http://lefenetrou.blogspot.fr/2016/02/analfabete-une-etymologie-une-definition.html

Lilian Bauchet 15/02/2016 10:12

Jacques, puisque tu reprends un de mes commentaires laissés sur Facebook, je me permets d'y apporter un complément. Je précise avant tout que si je suis fier d'appartenir à l'AVN, je ne participe pas à la discussion en cours auprès des instances viticoles sur l'éventuelle réglementation des vins naturels, d'autres adhérents de l'asso bien plus légitimes que moi s'en chargent, et tout ce que j'écris ici et là est donc tout personnel.

En prolongement de mon propos repris dans ton post, j'ai écrit ailleurs sur Facebook que "chaque vigneron est libre de faire les vins qu'il a envie de faire, lysosyme, filtration tangentielle etc. ne sont pas interdits. Je ne cherche pas à faire des procès d'intention, chaque vigneron fait ce qu'il veut, chacun fait surtout ce qu'il peut, chacun a le droit d'avoir une idée de ce qu'est un vin réussi, avec "une âme". Il y a aussi les exigences de sa clientèle constituée. Pas de procès donc."

La seule chose qui me tient à coeur dans cette histoire de définition du "vin naturel", c'est la portée symbolique que peut revêtir cette expression auprès de ceux qui boivent ces vins, auprès de ceux qui les distribuent. Sébastien Riffault parle de "philosophie du vin naturel". C'est finalement à ces buveurs de philosophie qu'il faudrait réussir à poser la question, "qu'est-ce, pour vous, un vin naturel ?". Peut-être un sujet pour le prochain bac de philo ! :-) Ou une question ouverte à poser sur ton blog ! Bonne journée

Kimmel 15/02/2016 09:39

Si je me réjouis sans retenue devoir ce courant naturel se développer, je ne puis qu'être réticent à l'absence totale de sulfite ajouté. Certes, il y en a un peu dans le vin sans ajout, mais j'ai eu de tristes expériences de vins "tournés" qui avaient sans doute dépassé un peu les 14°C fatidiques, et qui étaient devenus imbuvables et même pas utilisables pour faire un fond de sauce ! Je pense entre autres à des blancs de Mark Angeli, qui est pourtant un vigneron sérieux et talentueux. Je crois qu'il est revenu de ses essais et sulfite à la mise avec modération. La conservation des vins reste un critère important si nos vignerons veulent continuer à contribuer à la balance commerciale du pays et ne pas diffuser leurs quilles uniquement dans quelques bars ou restos branchés (parisiens). De plus, nombre de vignerons "nature" sont de petits producteurs qui n'ont peut-être pas les moyens d'avoir une cuverie aussi propre qu'un bloc opératoire…ce qui est quasi indispensable si l'on ne veut pas sulfiter ! J'ai ainsi goûté de très bonnes bouteilles et d'autres qui offraient des déviations aromatiques insupportables gâchant tout plaisir.

ISSALY Michel 15/02/2016 08:43

La volonté de certains producteurs bio est bien d’avoir un maximum de surfaces engagées sous certification, même s’il faut faire des arrangements entre amis… la discussion sur le cahier des charges « vin bio » début des années 2010 nous le rappelle encore. Beaucoup ce sont complètement assis sur la naturalité des raisins à l’entrée de la cave, il suffit de le relire pour constater l’autorisation des filtres tangentiels, flash pasteurisation, thermovinification et j’en passe.
Je serai très curieux que ces mêmes personnes (qui repointent le bout de leur nez 6 ans après) nous décrivent ce qu’est la philosophie « vin nature » ? Surtout quand on voit celle qu’ils ont eue pour les « vins bios ».
Les mots « pas de techniques agressives », « naturalité du vin » peuvent cacher beaucoup de choses s’ils ne sont pas en priorité définis de manière très claire.
Certains responsables des vins bios savent aussi que de plus en plus de vignerons engagés dans cette démarche n’indiquent plus sur leurs étiquettes le logo et surtout ceux qui sont en « vin nature ». A un moment donné il faudra peut-être commencer à respecter le consommateur qui est pris en otage derrière un cahier des charges beaucoup trop laxiste.

Jungmann 15/02/2016 06:20

Et les "vins naturellement doux" comme les Sauternes et autres vendanges tardives ?

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