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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 06:00
Badinguet, alias Napoléon III fit 75 fautes à la dictée concoctée par Prosper Mérimée… et nos ardents défenseurs de l’orthographe pure et dure en feraient combien ?

Notre vieux pays fourbu, ronchon, vient de vivre l’un de ces emballements médiatiques dont il raffole à propos d’une réforme, qui n’en était pas une, avec le summum de l’outrance badine d’un Jean d’Ormesson « Quand il y a des gens qui n’ont pas de travail, quand le niveau de vie a baissé comme il a baissé et que les agriculteurs se suicident, je refuse de parler d’accent circonflexe » c’est le Cercle d’Or un Club Belge d’orthographe qui m’a mis la puce à l’oreille. Grevisse, Charlier, la fine fleur de l’écrit de notre belle langue…

 

 

 

« Il arrive parfois qu'entre gens de bonne société la conversation tombe sur une question d'ordre orthographique.

 

Si quelqu'un évoque alors la dictée de Mérimée, dictée dont on a généralement entendu parler, mais que l'on n'a pas toujours vue, chacun craint que cette épreuve ne lui soit proposée.

 

Songez donc! Lorsque Mérimée, voulant donner ce divertissement à la cour de Compiègne, lui soumit la dictée qu'il avait composée, l'impératrice Eugénie, qui, ne l'oublions pas, était née Espagnole, fit soixante-deux fautes.

 

Il est probable que les fautes d'accents, de traits d'union, de trémas, etc., furent sévèrement relevés par Mérimée, pour que Napoléon III ait, de son côté, fait quarante-cinq fautes (ndlr 75 fautes), tandis qu'Alexandre Dumas et Octave Feuillet, tous les deux académiciens, en commettaient, le premier dix-neuf, le second vingt-quatre ; à moins qu'empereur et courtisans en aient commis sciemment par un souci de galanterie, assurés d'avance que l'impératrice en ferait beaucoup.

 

Quant à la princesse de Metternich, elle était responsable de quarante-deux fautes.

 

Mais le grand vainqueur de ce petit tournoi fut le prince de Metternich, l'ambassadeur d'Autriche, avec trois fautes seulement.

 

Et pourtant, cette fameuse dictée n'apparaît pas tellement hérissée de difficultés. »

 

« Si Mérimée éprouve une véritable tendresse pour Eugénie, il montre davantage de réserve face à l'Empereur. Il l'a écrit maintes fois à ses amis : "je suis trop bien avec elle pour être bien avec lui". Cependant, il apprécie peu à peu certaines qualités de Napoléon III : "il a un talent singulier pour gagner la confiance et mettre les gens à leur aise... Il est extrêmement poli et bienveillant mais réservé. Il sait faire parler." Selon Prévost-Paradol, peu soucieux de sympathie à l'égard de l'Empereur, "c'est un parfait gentleman" et pour Mérimée ce point est d'importance. »

 

Les ébraiements des politiques, les coquetteries de Jean d’Ormesson, même Bernard Pivot s’y est mis, sur le dernier avatar d’une soi-disant atteinte féroce à notre belle orthographe m'a incité à proposer cette dictée pour contrôle des connaissances de celles et ceux qui en ont fait des tonnes.

 

1-Voici le texte de « la fameuse dictée » publiée par Léo Claretie en 1900.

 

Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l'amphitryon, fut un vrai guêpier.

 

Quelles que soient et quelque exiguës qu'aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu'étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d'en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis et de leur infliger une raclée alors qu'ils ne songeaient qu'à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.

 

Quoi qu'il en soit, c'est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s'est laissé entraîner à prendre un râteau et qu'elle s'est crue obligée de frapper l'exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés, une dysenterie se déclara, suivie d'une phtisie.

 

  • Par saint Martin, quelle hémorragie, s'écria ce bélître ! À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l'église tout entière.

 

2-La dictée de Mérimée avec ses difficultés expliquées par le menu*, règles d'orthographe et de grammaire et digressions sur la langue 

 

 

3-La dictée du bicentenaire de Mérimée

 

En septembre 2003, en hommage à Mérimée, Bernard Pivot a créé la dictée de Compiègne du bicentenaire de Mérimée, texte qui est publié dans l'ouvrage de Françoise Maison, La Dictée de Mérimée, Château de Compiègne, Séguier, 2003, 64p.

 

NAPOLÉON III : MA DICTÉE D'OUTRE-TOMBE

 

Moi, Napoléon III, empereur des Français, je le déclare solennellement aux ayants droit de ma postérité et aux non-voyants de ma légende : mes soixante-quinze fautes à la dictée de Mérimée, c'est du pipeau ! De la désinformation circonstancielle ! De l'esbroufe républicaine ! Une coquecigrue de hugoliens logorrhéiques !

 

Quels que soient et quelque bizarroïdes qu'aient pu paraître la dictée, ses tournures ambiguës, Sainte-Adresse, la douairière, les arrhes versées et le cuisseau de veau, j'étais maître du sujet comme de mes trente-sept millions d'autres. Pourvus d'antisèches par notre très cher Prosper, Eugénie et moi nous nous sommes plu à glisser çà et là quelques fautes. Trop sans doute. Plus que le cynique prince de Metternich, à qui ce fieffé coquin de Mérimée avait probablement passé copie du manuscrit.

 

En échange de quoi ?

 

D'un cuissot de chevreuil du Tyrol ?

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

pax 13/02/2016 08:54

Encore une fois, la comédie du monde selon Shakespeare " Beaucoup de bruit pour rien " mais qui en dit long sur les moeurs politique actuelles : ressortir ,tant d'années après, une ancienne réforme, comme beaucoup de lois annoncées démagogiquement avec pertes et fracas, qui restent lettres mortes faute d'arrêtés d'applications. Les querelles autour de l'or taux graphe sont vieilles comme ces règles nées au 17 éme siècles en continuation de l'initiative de François I de faire du Français la langue officielle de son royaume et chacun y va, à chaque fois, de son commentaire comme présentement la mouche du coche. "Orthographe science des ânes" dit on d'un côté ( Voltaire ? Napoléon ?) et de l'autre "l'orthographe est la politesse de la langue "( Jean Guéhenno ) Pour ma part je ne peux m'empêcher de me souvenir de l'immense Cavanna cet immigré, ce rital, ce tayaya comme on disait avant guerre, par cheu nous, qui était capable de nous faire de très marrantes chroniques sur l'ésperluette et/ou la ligature carolingienne où, sous l'ironie , l'humour et la truculence perçaient les yeux de Chimène qu'il avait pour la langue française et son extraordinaire orthographe.

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