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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 06:00
81% des français approuvent les manifestations d'agriculteurs, 81% des français font leurs courses en GD, demandez-leur combien ils payent leur brique de lait UHT ½ écrémé et cherchez l’erreur…

« Ce salon de l'agriculture est une vitrine mensongère car il valorise cette industrie agroalimentaire et cette grande distribution qui sont en train de tuer les agriculteurs. » déclarait JEAN-MARCEL BOUGUEREAU dans la République des Pyrénées.

 

Une majorité de Français estime que Stéphane Le Foll est un mauvais ministre de l'Agriculture, selon un sondage Odoxa pour Le Parisien et France Info publié samedi, jour de l'ouverture du Salon de l'agriculture.

 

Stéphane Le Foll est « plutôt un mauvais ministre » pour 53% des personnes interrogées, seulement 23% jugeant qu'il est « plutôt un bon ministre », 23% déclarant ne pas savoir qu'il est ministre de l'Agriculture.

 

Par ailleurs, les sondés soutiennent très largement (81%) les manifestations d'agriculteurs, qui multiplient les actions depuis le début de l'année pour protester contre des prix trop bas.

 

Je laisse le cas Le Foll à ceux qui pensent que les crises actuelles du lait, du porc, de la viande bovine lui sont imputables. C’est tellement dérisoire que ça ne vaut même pas la peine d’être relevé. Bouc émissaire, fusible qu’importe, mais les racines de ces crises sont tellement plus profondes que crier « démission » est l’expression d’une colère légitime qui s’exerce contre celui qui, de toute façon, valsera dans quelques mois.

 

La crise actuelle du lait, liée à la chute brutale de son prix, doit bien plus à ceux qui ont voté la fin des quotas laitiers, à ceux dont Bruno Le Maire en tête qui ont fait accroire que la contractualisation serait l’instrument majeur de la régulation – oser le dire, l’écrire, valait excommunication de la part de ce grand jeune homme propre sur lui qui a une vision de l’économie que je qualifierais de romantique.

 

Le 3 décembre 2010 Jours de Pouvoir Bruno Le Maire pages 47-48

 

« Déjeuner à Matignon avec François Fillon et Dacian Ciolos. Depuis sa nomination comme commissaire européen, que le Président a obtenu de haute lutte à Bruxelles et dans une indifférence générale à paris, je parviens enfin à faire progresser nos idées de régulation des marchés agricoles, en dépit des réticences idéologiques des services de la Commission…

 

… Au passage, on regrettera que la France se donne tant de mal à obtenir les postes les plus visibles à Bruxelles, en négligeant les fonctions secondaires ou techniques, où se préparent pourtant les plus importantes, au nom de principes que nous ne partageons plus. Dacian Ciolos ne cache pas à François Fillon les difficultés de la régulation des marchés en Europe : « Le problème monsieur le Premier Ministre, c’est qu’il est plus difficile de mettre en place de nouveaux instruments que de modifier des instruments existants. Or on a tout libéralisé dans la PAC. Tout. » Il ajoute malicieusement : « Le plus souvent avec l’assentiment du gouvernement français. »

 

« Il reprend : « Alors maintenant que vous voulez avec Bruno remettre de la régulation, forcément c’est compliqué. »

 

Et de prendre l’exemple d’Almunia « …ça ne lui pas de problèmes de voir des cartels dans le secteur du lait, parce que les cartels existent déjà. Mais quand vous demandez que les producteurs puissent mieux s’organiser pour rééquilibrer les rapports de force, ça lui pose un problème ; un sérieux problème. Il refuse. Il dit que c’est une entente illégale. »

 

- C’est surtout du dogmatisme objecte Fillon.

 

- Peut-être mais ce dogmatisme est largement partagé dans le collège des commissaires, répond Ciolos.

 

- Et les Allemands ? On peut s’appuyer sur les Allemands ? s’enquiert le Fillon

 

- Les Allemands, ils veulent avoir une agriculture aussi puissante que la vôtre, monsieur le Premier Ministre, et ils s’en donnent les moyens.

 

Et puis il y a la grande masse des bons Français qui pleurent sur les malheurs des agriculteurs, des éleveurs, 81% selon le énième sondage, et qui dans le même mouvement pousse leurs caddies dans les allées de la GD pour acheter leur brique de lait UHT demi-écrémé au prix cassé.

 

Larmes de crocodiles indécentes relayées par des médias qui ne comprennent pas grand-chose au film et des exploiteurs du malheur des paysans.

 

Les manifestants samedi ont démonté le stand du Ministère de l’Agriculture laissant de côté celui de ce bon Lidl bienfaiteur de l’Agriculture Française.

 

Moi qui suis rangé des voitures je prends ma part de responsabilité dans l’histoire de ces 30 dernières années. Je l’ai écrit ICI et je ne dirai pas je vous l’avais bien dit.

 

Ma seule proposition est de supprimer le Ministère de l’Agriculture qui n’est, et a toujours été, que le Ministère des agriculteurs, favorisant une soi-disant cogestion, qui n’est plus de saison, avec ce que l’on nomme au 78 rue de Varenne les OPA.

 

La moitié des fonctionnaires de ce Ministère sont des enseignants, le reste les vétérinaires grands pourvoyeurs de normes, les ingénieurs de tous poils, entretiennent l’illusion que le Ministère a encore une prise sur la réalité, la vie des gens de la terre. Il y a belle lurette que le travail de terrain a été externalisé vers des zinzins professionnels ou des coops ou des services privés qui se nourrissent sur la bête.

 

Le 22 février 2012, encore en service de médiation sur le dossier laitier j’ai écrit :

 

Et si un instant vous quittiez vos clichés pour vous intéresser un peu à la vie quotidienne des « Fils de la Terre » 

 

Le 12 octobre 2013 piqure de rappel :

 

« Il n’y a qu’un problème philosophique sérieux : le suicide » Albert Camus et si vous vous intéressiez un peu à la vie quotidienne des «Fils de la Terre» ? 

 

Le 15 septembre 2015

 

Les larmes des urbains sur la dépression des agriculteurs sont des larmes de crocodile cher Éric Fottorino » 

 

Lors de la fermeture par Candia, en novembre 2012, du site du Lude dans la Sarthe, département du tout nouveau Ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, j’avais encore et toujours commis une chronique :

 

La filiale de Sodiaal subit de plein fouet les effets de la « guerre du lait » en Europe. « Si notre chiffre d'affaires se maintient à 1,2 milliard d'euros, nos marges se réduisent alors que nous n'arrivons pas à répercuter la hausse des prix du carburant, des emballages et autres matières premières. Nous devrions être dans le rouge en 2012 » assure M. Vandoni DG de Candia.

 

« Depuis quelques années, la grande distribution fait appel à des laits produits hors de nos frontières, en particulier du lait allemand vendu sous marque distributeur (MDD), pour faire pression sur les prix », explique M. Gérard délégué CFDT. « Celui d'une brique de lait UHT de base n'a quasiment pas bougé en une décennie à 55 ou 57 centimes », affirme M. Vandoni. Et, en début d'année 2012, sous la pression des concurrents, Candia a concédé une baisse de 12 % à 15 % du prix des laits vendus sous MDD (ils comptent pour 70 % du marché français).

 

Parmi ces agressifs rivaux, il y a le français Lactalis avec sa marque Lactel mais aussi l'allemand Muh. Ce dernier, qui a dégagé un chiffre d'affaires de 680 millions d'euros en 2011 et vient de fusionner avec le danois Arla Foods, s'est développé en vendant du lait UHT aux chaînes de hard-discompte allemandes comme Lidl ou Aldi. «  Nos plus grands sites produisent 300 millions de litres », explique M. Vandoni, alors que l'usine de Muh, à quelques encablures de la frontière luxembourgeoise, peut produire 1,4 milliard de litres par an. La capacité des sites de Villefranche et de Saint-Yorre, entrés dans le groupe Sodiaal il y a deux ou trois ans au gré de rachats successifs, sont respectivement de 15 millions et de 80 millions. Le site du Lude aurait, lui, pour désavantage de ne produire que des briques de lait et pas de bouteilles. » Nous gardons les sites "europerformants ». Nous voulons saturer les sites et assurer un équilibre géographique pour maintenir la collecte de lait, souligne encore M. Vandoni. Nous nous préparons à la fin des quotas laitiers prévus en 2015. La compétition sera alors encore renforcée. » (source Le Monde)

 

Lire ICI Le cracking moléculaire : casse ton lait cru pour faire un max pognon ! 

 

Alors je n'ai pas peur d'écrire que celles et ceux qui sortent de leur chapeau des solutions miracles sont de nouveaux semeurs d’illusions. Le mal est trop profond et l’on ne fait pas virer de bord brutalement l’agriculture française, encore la première d’Europe, avec des y’a ka et des faut qu’on. Travail de longue haleine, de courage et de conviction.

 

J’aurais aimé que Le Foll et son équipe s’engagent résolument dans cette voie mais l’inertie politique qui veut qu’un Ministre de gauche rue de Varenne ait pour feuille de route principale de ne pas heurter la toute-puissance du syndicalisme majoritaire et d’oublier les gentilles déclarations faites dans l’opposition aux bons gars de la Conf., produit la présente situation que l’on qualifie, par facilité de langage, de crise, alors qu’il s’agit d’une profonde mutation.

 

Ce n’est pas en serinant les vieilles antiennes : « regrouper et réorganiser les structures » ça fait 30 ans qu’on les chante (mais où sont passés les coopés ?) ou en faisant du bio et des fameux signes de qualité l’alpha et l’oméga d’un avenir radieux, ce qui est faux, ou bien encore en ressortant de la naphtaline la baguette magique : « créer de nouveaux outils de régulation » alors qu’on a fichu à la poubelle ceux, certes imparfaits, qui existaient.

 

Avec mon compère Pierre Fouillade, cantalou, maire rural dans son Cantal, nos collègues nous ont regardés de haut, lorsque nous avons eu l’audace de souligner que les observatoires de prix ne servaient à rien si on n’est pas en capacité d’agir physiquement sur le marché. Nous n’étions que des vieux cons venus de nulle part, non badgés IPEF, témoins d’une histoire qu’il fallait laisser dans les oubliettes du passé.

 

Voilà, c’est écrit, à un producteur de lait de Normandie qui me posait avec angoisse la question des moyens d’action dont lui et ses collègues disposeraient lorsqu’il n’y aurait plus de quotas laitiers j’avais répondu désabusé : « Aucun… » en ajoutant qu’aller déverser du purin et des pneus dans la cour de la Préfecture ne servirait à rien… »

 

Alors, conspuer Hollande, Le Foll ou tout autre visiteur politique de ce Salon qui se dit encore de l’Agriculture, en dehors de faire des images et d’exciter les réseaux sociaux, relève sans doute du désespoir mais à l’heure des choix, des choix que nous n’avons pas pu ou voulu anticiper, il faudra se souvenir que ce qui se passe est sans aucun doute la faute du système mais que nous sommes tous le système.

 

Les citoyens-consommateurs urbains ou ruraux en première ligne…

81% des français approuvent les manifestations d'agriculteurs, 81% des français font leurs courses en GD, demandez-leur combien ils payent leur brique de lait UHT ½ écrémé et cherchez l’erreur…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Joseph LE NIR 28/02/2016 12:23

Monsieur Berthomeau,
Je lis avec beaucoup d'intérêts vos commentaires, ceux concernant le monde rural en particulier. J'en suis issu j'y ai fait l'essentiel de ma carrière professionnelle.
Concernant cet article je vois toutefois une contradiction entre le texte, auquel j'adhère spontanément, et l'un des graphiques de FranceAgrimer concernant le prix du lait, son évolution entre 2004 et 2015 et la répartition de valeur.
En effet sur la valeur du produit entre ces deux années la hausse a été de 17.46 %, sur la même période (j'ai calculé de août à août) l'inflation en France m'est donnée à 15.92 % par un calculateur "monconvertisseur.fr". Dans le même temps suivant l'illustration de FranceAgrimer la répartition de valeur entre les 3 acteurs s'est faite au détriment de la GD (- 6 %) ce bénéfice étant réparti également entre industriels et éleveurs: + 3 % chacun.
Certes mon calcul d'inflation est général et ne cible pas les coûts précis entrant dans un litre de lait, mais je m'interroge néanmoins sur ce qui me parait un contre-exemple.
La répartition de valeur va d'ailleurs dans un sens plutôt favorable aux éléveurs pour les deux autres produits pris en exemple.
Je serais curieux d'avoir votre avis.

JACQUES BERTHOMEAU 28/02/2016 13:27

sur cette période il y a eu deux périodes de vaches grasses ponctuées par deux crises 2008 et 2016 qui n'est pas prise en compte dans le calcul. Dans 1 période de vaches grasses la GD pour ne pas arrêter sa bataille de prix rogne sur sa marge et les transformateurs et éleveurs voient ainsi leur part progresser.

le Taulier pour 1 grand lecteur 28/02/2016 09:12

ajouterais même, à mon grand désespoir et à la lumière de ma culture bas-bourguignonne que 81% des paysans font leur course, achètent leur viande, leurs oeufs, leurs volailles dans la GD… C'est le cas notamment de tous les céréaliers autour de chez moi qui y achètent même le lait et si Clamecy chère à François M, petite ville nivernaise possède 1 Aldi, 1 monoprix, 1 Grand Leclerc et 1 Auchan, avec de vastes rayons boucherie en pays d'élevage, ce n'est pas uniquement pour satisfaire une clientèle ouvrière aujourd'hui disparue…

iSARN 28/02/2016 09:02

Dans la même idée une interview nous concernant. C'est d'actualité et de terrain.

http://www.lpld.fr/index.php/component/k2/le-bonheur-est-dans-la-vigne

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