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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 10:50
Raphaël Schirmer : si je me mets dans la peau des gros vendeurs de vin-PQ, excusez-moi l’expression, je n’irai pas me faire chier à sourcer dans le pays des black-bérets !

Cher Raphaël Schirmer,

 

Merci de me donner une telle visibilité sur le grand média qu'est le POINT.

 

Mon titre est très FOG mais comme le fait remarquer sa biographe Marion Van Rentergheim FOG Don Juan du pouvoir, c’est la clé de la vente.

 

Oui je sais, vendre, ce n’est pas la tasse de thé des Français, comme l’écrivaient certains alters le vin n’est pas une marchandise.

 

Excusez-donc ma vulgarité Fogienne mais comme l’écrivait un grand amateur de Bordeaux, Jean-Paul Kauffmann dans Le Matin de Paris lors de la sortie du roman de FOG en 1982. « Vaste pot-pourri giesbertien, un roman d’initiation sentimentalo-politique, écrit dans un style hussard à la Nimier […] Le paradoxe de FOG est déjà en place : la politique suscite chez lui une fascination dégoûtée. Il renifle une odeur de purin, mais il aime le purin. »

 

Je sais que FOG coule des jours de bienheureux dans la cité phocéenne mais son ombre tutélaire plane toujours sur le Point qui vient d'émigrer dans le XVe...

 

Vous me reprochez de vous avoir mal lu je pourrais vous renvoyer la balle d’un revers, qui ne serait pas forcément gagnant, en vous répondant que la vôtre est bien partielle.

 

Lire ICI 

"La ferme des mille vignes"… Le débat est ouvert !

Jacques Berthomeau a réagi, sur son blog, à l'article "La fin des droits de plantation ou la ferme des mille vignes". Raphaël Schirmer lui répond.

 

Je ne fais pas partie de la « communauté scientifique », comme me le disaient si souvent les chercheurs de l’INRA lorsque j’étais basé au 78 rue de Varenne, et bien sûr je ne suis pas en possession de la boîte à outils nécessaire aux belles démonstrations macro-économiques, aux analyses bien huilées qui ne débouchent sur aucune décision stratégique.

 

Et, ne vous en déplaise, Raphaël Schirmer, celle d’implanter une vigne sur le modèle «du Nouveau Monde» pour faire court, en est une, aussi bien pour les gros zinzins que pour le vigneron de base.

 

La libéralisation, bien relative, des droits de plantation va-t-elle dans les 30 années à venir modifier radicalement le modèle français, en attirant sur nos beaux terroirs des investisseurs avides de beaux retours sur investissements ?

 

Je ne le pense pas, même si, comme vous le faites remarquer il est bien difficile de se risquer, dans un monde en mutation radicale, à faire des prévisions.

 

Au passage me reprocher de n’avoir qu’une vision franco-française sur le sujet relève un peu de l’arrogance du chercheur en chambre. Sans flagornerie j’ai vendu du vin dans une filiale de Pernod-Ricard ce qui me permet de discuter stratégie mondiale avec celui qui reste encore un conseiller important Pierre Pringuet, et du côté du lait j’ai passé ma fin de carrière à dialoguer avec les nains du secteur : Lactalis, Bongrain, Danone, Sodiaal sur la fin des quotas laitiers et les conséquences sur le paysage laitier français.

 

Je suppose que c’est aussi votre cas Raphaël Schirmer car c’est à ce niveau que se prennent les grandes décisions stratégiques d’investissements tout comme au niveau de chacune des entreprises viticoles ou laitières individuelles ou sociétaires.

 

Bref, ma réponse à votre chronique m’a pris 30 mn chrono car je n’ai ni le temps ni le goût d’aller au-delà de cet effort pour contribuer au débat collectif. Je ne suis qu’un petit chroniqueur de la Toile qui s’intéresse à ceux qui boivent le vin au-delà de l’impérialisme intellectuel des sachants.

 

Lorsque j’écrivais que Mondavi a échoué en France je ne faisais pas référence ni à la bataille ridicule d’Aniane, ni au scandale du pinot noir de Sieur d’Arques destiné à la marque Red Bicycle destinée au seul marché US, mais à son échec commercial cuisant sur notre marché domestique.

 

Hé oui, cher Raphaël Schirmer, le commerce du vin en France et dans le monde ne répond pas toujours aux tables de la loi des 5 P du marketing. Ça peut bien sûr changer, je n’en disconviens pas mais ce dont je suis sûr c'est que miser sur l’océan rouge du vrac mondial nécessitera une révision radicale du sourcing à la française 

 

Quant à mon ironie sur les champs de betteraves à sucre ou de céréales des grandes plaines elle n’était qu’un clin d’œil au géographe qui doit sans doute se souvenir de la dualité de la Champagne chère à Vidal de la Blache. Champagne Céréales et Nicolas Feuillatte même combat !

 

Le pire n’est jamais sûr et loin de moi l’idée qu’une partie de notre vignoble, le Languedocien en priorité, retrouve le modèle qui fut le sien à l’époque glorieuse des VCC. Pour l’heure ce n’est pas le choix qui a été fait pour des raisons qui tiennent pour beaucoup au déni de cette période. Je ne fais que le constater : les ex-vins de pays d’Oc chers à Jacques Gravegeal sont les héritiers de ce temps et le «succès» de Gérard Bertrand s’est construit sur le socle de l’incapacité des coopératives viticoles de vendre leurs vins.

 

Si vous me permettez cette expression Raphaël Schirmer descendez de votre socle macro-économique qui, certes est bien utile à l’analyse des tendances, pour aller à la rencontre du terrain des décideurs économiques tels In Vivo qui veut fédérer les coops du Sud, Pernod-Ricard, Grand Chais de France, LF Latour, Christophe Navarre, les grands d'Espagne, les grands Ricains, les winemakers et des vignerons qui savent vendre leurs vins sur les marchés mondiaux.

 

Je vous cite :

 

« J’ai en ce qui me concerne en tête plutôt Walmart (484 milliards de $ !) ou Costco. Costco dont on se souviendra que l’influente Annette Alvarez-Peters avait déclaré que vendre du vin ou du papier toilette, c’est la même chose. Comme quoi, le parallèle avec la bière n’est peut-être pas si bête que cela, certaines font pire. Et d’ailleurs, Starbuck a lancé avec succès la vente de vin dans ses enseignes américaines ; on peut s’attendre à ce qu’il fasse de même en Europe ou ailleurs. Au bas mot, 19 000 sites dans le monde. Il faudra bien les approvisionner. Et je suis prêt à parier que les fast-foods vont suivre d’ici peu. »

 

Bien d’accord avec vous mais si je me mets dans la peau de ces grands vendeurs de vin-PQ, excusez-moi l’expression, je n’irai pas me faire chier à sourcer dans le pays des black-bérets ! La palette de mes choix est telle, et ce n’est pas à l’un des auteurs de l’Atlas Mondial du vin que je l’apprendrai, que je n’aurai que l’embarras du choix, y compris chez nos voisins ibériques.

 

Pour faire des vins aromatisés ou des rosés à 2 balles, le négoce français a lui-même fait ce choix :

 

« Les importations françaises de vins sans indication géographique (IG) ont affiché de fortes hausses au cours des dix premiers mois de l’année 2015 par rapport à la période précédente. Selon FranceAgrimer, les importations de vins sans IG en vrac sans cépage ont progressé de + 13 %. Ceux mentionnant le cépage affichent, de leur côté, + 34 % d’augmentation. Les importations de vins sans IG en bouteilles enregistrent également une progression de + 34 %, mais ce type de vente reste encore limité au profit du vrac.

 

Au total, les vins sans IG, dont la majorité provient d’Espagne, représentent 66 % des importations françaises de vins. Une proportion en hausse de deux points par rapport à 2014. Année au cours de laquelle de nombreuses marques de vins sans IG tricolores ont choisi de s’approvisionner en Europe plutôt qu’en France. »

 

Pour terminer cette discussion bien inégale, si j’ai qualifié de phantasme la crainte d’une ferme des mille vignes ce n’est pas pour affirmer que ce risque n’existe pas, loin de moi cette affirmation, mais pour dire qu’à moyen terme la Vigne France, face aux défis mondiaux, à d’autres sujets de préoccupations bien plus vitaux à affronter. Rien de plus rien de moins, la capacité des dirigeants du monde du vin à exhiber des leurres pour les masquer est un grand classique du genre.

 

Enfin Raphaël Schirmer votre conclusion m’étonne, puisqu’elle évoque les stigmates sur les paysages de notre politique viticole dites régulée par les droits de plantation et autres mesures de gestion.

 

« La « ferme des mille vignes » n’est qu’une image, à ne pas prendre au pied de la lettre. Il est pourtant des secteurs du Bordelais, de la Loire ou de Champagne qui sont complètement banalisés. Grandes parcelles monotones, absence de toute autre végétation que la vigne, et rectitude des horizons. Hélas si, je suis déjà bien « inquiet pour nos chers paysages viticoles ».

 

Je n’ai pas pris votre image au pied de la lettre puisque j’ai écrit que la fameuse ferme des 1000 vaches n’était qu’un cache grossier masquant le choix de beaucoup de fermes laitières du Grand-Ouest toutes tournées vers l’hyper-productivité sourcing des grandes tours de séchage alimentant le marché chinois.

 

Pendant que j’y pense, les soucis du porc breton, face à la concurrence allemande, devraient amener à réfléchir sur le concept de rentabilité d’une exploitation face à la mondialisation.

 

Merci de m’avoir lu attentivement... Mon blog un espace de liberté ouvert à tous les contributeurs qui souhaitent s'y exprimer pour faire avancer les idées... Je forme le voeu que la communauté scientifique s'ouvre elle aussi au grand large plutôt que de rester confinée dans des colloques accadémiques et ennuyeux....

 

PS. Pourriez-vous m'expliquer pourquoi mon rapport tardif de 2001 ait émané d'un type comme moi et non de la communauté scientifique du vin ? 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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