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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 06:00
Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

Dimanche dernier je vous confiais mon amour immodéré de la lecture, les livres furent les premiers ruisseaux de mon imaginaire. Tout à côté, le cinéma, celui du REX de la Mothe-Achard, puis du Modern des Sables d’Olonne, m’a livré les premières images animées d’un monde dont j’ignorais tout. En effet, je n’ai quitté le petit horizon fermé de ma Vendée bocagère qu’à l’âge de 17 ans pour entreprendre mes études supérieures à Nantes. Pas d’argent pour voyager, pas de télé si ce n’est le nez collé à la vitrine du revendeur ou 5 colonnes à la Une et le Tournoi des 5 nations au pensionnat.

 

Ma première fenêtre sur le monde, immense bouffée d’oxygène, grand accélérateur d’imaginaire, ce fut le cinéma.

 

Le REX, ciné de patronage, programmait aussi des films italiens…

 

Ainsi les Pain, amour et … de Comencini

 

Boudés par la critique et les cinéphiles, les Pain, amour… ces deux réalisations de Comencini sont des réussites commerciales exceptionnelles qui révèlent l’avènement du grand public qui souhaite renouer avec la commedia dell'arte après des années d'austérité néo-réaliste.

 

Ces 2 films sont de petits bijoux « des œuvres épanouies, rondes et parfaites (...), étrangères à toute école »

 

En français ils se déclinent en i, alors qu’en italien Pane, amore e fantasia… e gelosia riment avec l’époustouflante Gina Lollobrigida, encore très connue à cette époque, la Bersagliera dans le film, et le fabuleux Vittorio De Sica dont c’était avec ces films le grand retour en tant qu’acteur.

 

Toute l’histoire tourne autour du maréchal des logis Antonio Carotenuto (Vittorio De Sica), natif de Sorrente, qui est nommé dans un petit village isolé dans les montagnes des Abruzzes. Cinquantenaire mais toujours célibataire, charmeur invétéré, qui n'est pas insensible à la beauté simple de Maria (Gina Lollobrigida), surnommée la Bersagliera, une jeune fille très pauvre qui vit avec sa mère et ses jeunes frères et dont toute la richesse est un âne...

Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

L’interprétation de Vittorio De Sica est toujours juste, il ne charge jamais ses effets comiques. Même dans ses extraordinaires uniformes d’apparat il y a chez lui une retenue, une façon de se moquer de lui-même d’une grande élégance. Il assume avec une ironique légèreté le ridicule des situations dans lesquels il se place.

Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

Gina Lollobrigida, elle, est absolument époustouflante elle rayonne et illumine les 2 films en montrant une palette étonnante, capable de tout faire avec une spontanéité confondante et un charme érotique naturel. « Le meilleur rôle de toute sa carrière » selon beaucoup de critiques.

Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.
Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

Le ton des 2 films reste le même avec une finesse dans la caricature et une réjouissante interprétation de Vittorio De Sica et de Gina Lollobrigida.

 

Deux acteurs omniprésents : le clergé gardien de l’ordre et de la morale populaire, en penchant très souvent du côté des puissants et l’extrême misère de ces paysans, qui la vivent dans une dignité à la fois sonore et bien vivante. Le double repas de baptême auquel le Maréchal doit se soumettre est une ode à la pasta des mamma italiennes. On mange, on boit, on chante, on se chamaille, on danse, on pleure, on se console…

Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.
Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.
Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

Cette fenêtre ne s’est jamais refermée, à Nantes au Katorza 3, rue Corneille tout près de la place Graslin avec son magnifique café La Cigale, je me suis gavé de cinéma à 3 francs la place.

 

Et sans contestation le cinéma italien y a tenu la toute première place :

 

Roberto Rossellini commence sa carrière dans les années 1940, il signa ensuite de grands films comme Le général Della Rovere (1959) et dans Les évadés de la nuit (1960).

 

Vittorio De Sica adapte en 1960 le roman de Moravia : La Ciociara, puis signe Mariage à l'italienne en 1964 et Le Jardin des Fizzi Contini en 1970 avec Dominique Sanda.

 

Luchino Visconti dans les années 1960 signe sans doute ses meilleurs films. En 1960 Rocco et ses frères, un film assez proche du néoréalisme qui fait alors déjà partie du passé. Il réalise également des fresques historiques comme Les Damnés en 1969 et Le Guépard en 1963 l'une de ses œuvres les plus connues.

 

Michelangelo Antonioni atteint aussi sa maturité dans les années 1960 en réalisant sa trilogie des sentiments composée de L'Avventura en 1960, La Nuit en 1961, et L'Eclipse en 1962. À partir de 1964, il décide de voir le monde en s'aventurant dans la banlieue de Ravenne pour réaliser Désert Rouge en 1964, à Londres pour Blow up en 1967, en Amérique pour Zabriskie point en 1969.

 

Federico Fellini qui dans les années 1960, signe deux films majeurs La Dolce Vita en 1960 représentant la bourgeoisie romaine dépravée et 3 ans plus tard, il réalise Huit et demi, un film semi-autobiographique.

 

Pier Paolo Pasolini apporte lui un nouveau langage sulfureux, écrivain, homme de théâtre, journaliste, poète, artiste polémique, il dépeint souvent ses obsessions. Ainsi, en 1962, il réalise Mamma Roma, avec une formidable Anna Magnani, puis en 1964, c’est L'Evangile selon Saint Matthieu, OEdipe Roi en 1967, Théorème en 1968, Porcherie en 1969, et Médée en 1969.

 

Le cinéma politique s'épanouit aussi dans les années 1960 notamment avec des réalisateurs comme Francesco Rosi avec Salvatore Giuliano de 1961 qui traite des conditions de la mort du bandit sicilien du même nom. En 1963, il réalise Main basse sur la ville, film sur la spéculation immobilière à Naples et de l'implication de certains politiciens dans ce genre d'affaire. Rosi s'intéresse à la mafia et aux rapports étroits entre le milieu politique et le milieu des affaires avec Lucky Luciano en 1973, au problème du pouvoir personnel avec L'affaire Mattei en 1972 et à la question de la survie d'un Etat de droit avec Cadavres Exquis en 1976. Le réalisateur s'intéresse aussi au fascisme avec Le Christ s'est arrêté à Eboli (1979).

 

Bernardo Bertolucci se penche lui aussi sur la nature du fascisme avec La stratégie de l'araignée (1970), Le conformisme (1971).

 

Elio Petri signe même un triptyque politique : Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970), La classe ouvrière va au paradis (1971), La propriété n'est plus le vol (1973).

 

Ettore Scola qui débute sa carrière en 1960, s'affirme dans les années 1970 avec Nous nous sommes tant aimés en 1974, Une journée particulière en 1977.

 

Les frères Taviani signent en 1977 Padre Padrone, un film montrant l'ascension sociale vue comme une provocation du monde rural d'un berger devenu un professeur de linguistique.

 

L'Arbre aux sabots qu’Olmi réalise en 1978 a de nombreux points communs avec Padre Padrone En effet, ces 2 films sont réalisés avec de petits budgets avec des acteurs non-professionnels et des dialogues en dialectes italiens.

 

Le cinéma italien ce sont des femmes superbes : la Magnani, Silvana Mangano, Alida Valli, Sophia Loren, Monica Vitti, Gina Lollobrigida, Claudia Cardinale...

 

Et les hommes de la comédie à l’italienne, ne sont pas en reste, avec les extraordinaires Vittorio Gassman, Alberto Sordi, Ugo Tognazzi, Nino Manfredi et Marcello Mastroianni

Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.
Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.
Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

Les réalisateurs italiens aimaient aussi les acteurs français : Jean-Louis Trintignant est un habitué du cinéma italien, il avec Dino Risi Le Fanfaron, Ettore Scola La Terrasse, Passion d'amour, la nuit de Varennes, Valerio Zurlini Été violent, le désert des Tartares...), Bertolucci Le conformiste, Comencini La donna della domenica...

 

Dominique Sanda est révélée en Italie par Bertolucci également dans le conformiste et enchaîne la même année avec Le jardin des Finzzi Contini de Vittorio de Sica, tournant ensuite pour Bolognini l'Héritage qui lui vaut le prix d'interprétation féminine à Cannes en 1976, encore Bertolucci (1900) ou Visconti Violence et Passion.

 

Les deux grandes vedettes de Rocco et ses frères de Visconti sont Annie Girardot et Alain Delon. Annie Girardot fera de récurrentes incursions dans le cinéma italien au cours des années 60 avec par exemple I compagni de Monicelli avec Mastroianni ou Le Mari de la femme à la barbe de Marco Ferreri.

 

Anouk Aimée, certainement l'une des plus grandes actrices françaises du cinéma, elle est l’interprète de Fellini à deux reprises La Dolce Vita et Huit et demi.

 

Jeanne Moreau joue aux côtés de Marcello Mastroianni dans La Notte d'Antonioni.

 

Belmondo tourne dans La Viaccia de Mauro Bolognini et avec Sophia Loren sa partenaire dans La Ciociara de Vittorio de Sica.

 

Quant à Delon, il doit évidemment sa consécration à Visconti, avec Rocco et Le Guépard.

 

Pour finir, deux géants du cinéma français Michel Piccoli, Philippe Noiret et deux géants du cinéma italien Ugo Tognazzi et Marcello Mastroianni réunis dans La grande bouffe (la grande abbufatta) de Marco Ferreri.

 

Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

le Taulier pour 1 grand lecteur 17/01/2016 09:55

François Mitterrand a décoré de la légion d'honneur Gina Lollobrigida, cela fait partie des deux ou trois choses dont on se souviendra de ses deux septennats.

pax 17/01/2016 07:13

Quelle sympathique culture qui illustre, une fois encore, l'éclectisme de notre bon Taulier ! Tu nous en dira tant, te voila à même, si cela était encore à la mode, d'animer un des ciné clubs de notre jeunesse! Après La Dolce Vita et Huit et demi , Fellini réalisa Juliette des Esprits . Le Canard Enchainé qui tenait et tient toujours, très régulièrement une abondante chronique sur les films de la semaine, avec en manchette le film " dont on doit parler " ( en bien ou en mal ) titrait : Dieu qu'il avait du génie Fellini quand il n'avait que du talent ! " N'en déplaise aux cinéphiles spécialistes,cela m'a toujours paru un peu vrai. Avec ces deux films il me semble que Fellini avait tout dit et que la suite n'était que des redites quelque peu grandiloquentes. Il y aurait eu une rivalité entre Fellini et Visconti , réelle ou le fruit de journalistes avide de papiers, chi lo sa ? Un journaliste rapporte à Fellini des propos tenu par " la critique" : " On ne peut pas être en bon cinéaste avec un nom qui se termine en Ni " Réponse de Fellini : " Cette parole de vérité ne peut venir que de M.Viscontini ! "

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