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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 06:00
Voir un ami pleurer… de Montaigne et La Boétie en passant par Arno chantant Brel !

Chaque matin mon écran me dit que j’ai beaucoup d’amis sur face de bouc… mais mon petit doigt me dit « sur combien pourrais-tu compter » ? Les doigts d’une main y suffiraient ! Ceux-là j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Les yeux de ma mère comme chante ce déjanté d’Arno.

 

Arno qui sait si bien redonner vie aux mots du grand Jacques Brel.

 

L’amitié de Montaigne et de La Boétie qui pourtant ne se sont connus et fréquentés que pendant les quatre dernières années de la vie du dernier. Ils avaient, en ce qui concerne l’amitié, des attentes sensiblement différentes.

 

« Ces deux textes se situent l’un en amont, l’autre en aval de la rencontre qui a vu éclore l’amitié entre les deux hommes. Cette rencontre a lieu vers 1558. A cette date, le Discours sur le servitude volontaire, est écrit depuis plus de 9 ans. Quant à l’Essai De l’Amitié, sa rédaction débute en 1572 et se poursuit avec les ajouts de l’exemplaire de Bordeaux jusqu’en 1588. Lorsque Montaigne en commence la rédaction, La Boétie est mort depuis presque 10 ans. L’idéal exigeant défini par le jeune homme et les regrets de l’homme mûr penché sur le souvenir d’une rencontre qui a beaucoup marqué sa jeunesse et que le temps écoulé idéalise peut-être, ont tous deux assez de force de conviction pour donner aux deux textes un accent différent. »

 

Montaigne et La Boétie : Deux images de l’amitié par Daniel Lefèvre Agrégé de lettres classiques Professeur honoraire 7 allée de La Pléiade 14200 Hérouville Saint Clair

 

La différence le ciment d’une vraie amitié !

 

 

« Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et se confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel qu’elles s’effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».

 

Montaigne Essais, 1-28, De l’amitié.

 

Etienne de la boétie © Radio France - 2012

 

« C’est cela que certainement le tyran n’est jamais aimé ni n’aime. L’amitié, c’est un nom sacré, c’est une chose sainte : elle ne se met jamais qu’entre gens de bien et ne se prend que par mutuelle estime, elle s’entretient non pas tant par bienfaits que par bonne vie. Ce qui rend un ami assuré de l’autre, c’est la connaissance qu’il a de son intégrité : les répondants qu’il en a c’est son bon naturel, la foi et la constance. Il ne peut y avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice ; et pour les méchants, quand ils s’assemblent, c’est un complot, non pas une compagnie ; ils ne s’entraiment pas, ils s’entrecraignent, ils ne sont pas amis, mais ils sont complices.

 

Or, quand bien cela n’empêcherait point encore, serait-il malaisé de trouver en un tyran un amour assuré, parce qu’étant au-dessus de tous et n’ayant point de compagnon, il est déjà au-dessus des bornes de l’amitié, qui a son vrai gibier en l’équalité, qui ne veut jamais clocher, ainsi est toujours égale. Voilà pourquoi il y a bien entre les voleurs (ce dit-on) quelque foi au partage du butin, pour ce qu’ils sont pairs et compagnons et, s’ils ne s’entraiment, ils s’entrecraignent et ne veulent pas, en se désunissant, rendre leur force moindre, mais du tyran, ceux qui sont les favoris n’en peuvent jamais avoir aucune assurance, d’autant qu’il a appris d’eux-mêmes qu’il peut tout, et qu’il n’y a droit ou devoir aucun qui l’oblige, faisant état de compter sa volonté pour raison, et de n’avoir compagnon aucun, mais d’être de tous maître ».

 

La Boétie Le discours sur la servitude volontaire rédigé en 1549, La Boétie a juste 19 ans.

 

Bien sûr il y a les guerres d'Irlande

Et les peuplades sans musique

Bien sûr tout ce manque de tendres

Il n'y a plus d'Amérique

Bien sûr l'argent n'a pas d'odeur

Mais pas d'odeur me monte au nez

Bien sûr on marche sur les fleurs

Mais voir un ami pleurer!

Bien sûr il y a nos défaites

Et puis la mort qui est tout au bout

Nos corps inclinent déjà la tête

Étonnés d'être encore debout

Bien sûr les femmes infidèles

Et les oiseaux assassinés

Bien sûr nos cœurs perdent leurs ailes

Mais mais voir un ami pleurer!

 

HUMAN INCOGNITO

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Hubert 03/01/2016 23:08

J'ai relu en 2012 le discours sur la servitude volontaire après le sombre classement. Son actualité ne m'avais pas frappé, étudiant. C'est la vie au sein du Conseil des Vins de Saint Emilion qui m'a rendu ce texte si éclatant de vérité toujours d'actualité, plus de 460 après sa rédaction! La servitude volontaire est dans mon pays un fait si divers... Heureusement j'ai quelques amis, fils de la terre, comme moi, qui épicent ce plat si fade servi par la grande majorité des membres de l'INAO. Je vous souhaite cher Jacques autant de piment que vous en souhaiterez durant 2016.

Frank 02/01/2016 08:27

L'amitié se doit être quelque part irrationnel, doit être evidence et exigences et se fout des contreparties... . A lire sur le sujet le petit précis de Tahar Ben Jelloun "Eloge de l'Amitié".
Belle année, cher Jacques

pax 02/01/2016 07:32

L'amitié, comme l'amour, est une vaste notion permettant toute les interprétations et définitions . Assurément la superbe et célèbre définition en forme de litote donnée par Montaigne en fait la citation par excellence en la matière. Mais comme le souligne Daniel Lefévre, je ne peux m'empêcher de penser , révérence parlée pour ces deux auteurs que je lis et relis régulièrement, que les 10 ans séparant la mort de La Boétie de la rédaction, par Montaigne, de son chapitre sur l'amitié y et pour beaucoup. pour une fois, contrairement à Alceste dans le Misanthrope, le temps fait à l'affaire. Imagine t' on Roméo et Juliette fêter leurs noces d'or ?

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