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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 06:00
Que reste-t-il ? La langue maternelle. C’est ce que répond Hannah Arendt à propos de son lien personnel à l’Allemagne, sa terre natale.

J’aime ma langue maternelle !

 

Ce samedi, après déjeuner, je suis allé piller l’Écume des Pages sise sur le boulevard St Germain et voisine du café de Flore où ne chalutent plus que les touristes en mal d’images fanées du temps où les « intellectuels » venaient s’y réchauffer.

 

J’ai acheté, entre autres livres, « La langue maternelle » d’Hannah Arendt.

 

On y trouve une conversation entre elle et Günter Gauss, alors journaliste célèbre avant son investiture au sein de l’administration de Willy Brandt en tant que haut-fonctionnaire, et qui fut diffusée sur une chaîne de la télévision ouest-allemande le 28 octobre 1964.

 

50 ans déjà, la préhistoire pour ceux qui ne vivent que dans l’immédiateté.

 

La question posée est essentielle : «Que reste-t-il ? La langue maternelle reste.

 

- Günter Gauss : … je m’interroge sur votre rapport à cette Europe de l’époque pré-hitlérienne à jamais disparue : vous manque-t-elle ? Lorsque vous vous rendez en Europe, avez-vous l’impression que certaines choses demeurent et que d’autres sont irrémédiablement perdues ?

 

- Hannah Arendt : L’Europe de le période pré-hitlérienne ? Je ne la regrette pas, soyez en assuré. Que reste-t-il ? Et bien la langue reste.

 

- Günter Gauss : Et cela a beaucoup d’importance pour vous ?

 

- Hannah Arendt : Oui, beaucoup. J’ai toujours consciemment refusé de perdre ma langue maternelle. Mais j’ai toujours gardé une certaine distance aussi bien avec le français que je parlais autrefois très bien, qu’avec l’anglais qui est la langue dans laquelle j’écris aujourd’hui.

 

« J’écris en anglais, mais j’ai toujours gardé le sentiment d’une certaine distance avec cette langue. Il existe une différence et une autre langue… Je fais des choses en allemand que je ne me serais jamais permise de faire en anglais… »

 

Même dans les temps les plus amers ?

 

Toujours. Je me disais : que peut-on y faire ? Après tout, ce n’est pas la langue allemande qui est devenue folle. Et par ailleurs, rien ne remplace la langue maternelle.

 

Langue maternelle, un féminin bien singulier ?

 

Nous qui cherchons des repères, en voilà un d’une force insoupçonnée…

 

Cultivons notre langue sans l’enfermer en des frontières qui n’existent que dans les discours de ceux qui veulent nous enfermer, nous barricader !

 

Aimer sa langue maternelle c’est pouvoir s’ouvrir au monde, l’accueillir, sans se renier…

 

« La notion de langue maternelle est en elle-même complexe. De quoi parle-t-on à ce propos ? On peut déjà faire un premier constat : la question « quelle est ta langue maternelle ? » ne laisse personne indifférent. Après un temps d’arrêt, elle engendre parfois l’hostilité, le rejet mais le plus souvent, un plaisir à raconter.

 

Mais de quoi s’agit-il ? Est-ce la langue que parle la mère ? Est-ce la langue de l’enfance, une langue intime, la langue particulière dans laquelle on a prononcé les premiers mots, la langue dans laquelle on a été parlé ? Ou faut-il y voir une langue fantasmée après-coup comme originelle? Une fiction nécessaire participant du mythe et du fantasme des origines ? Ce n’est qu’une notion, rien à voir avec les termes conceptuels dont le sens est fixé. Elle est incernable et se présente comme une sorte de point de fuite.

 

« Langue maternelle » s’oppose à « langue étrangère » mais, pour l’infans, toute langue n’est-elle pas étrangère au début ? La rencontre entre l’enfant et la langue que l’Autre lui transmet n’est-elle pas nécessairement traumatique ? La langue maternelle ne porte-t-elle pas les traces d’une perte structurante, traces par lesquelles elle est chevillée au corps ?

 

En faisant ce travail, je me suis rendu compte que j’associais toujours la langue maternelle à l’idée de perte et de langue étrangère. J’ai une langue maternelle, au sens le plus courant du terme, la langue de mon enfance qui n’est pas la langue française. Pendant longtemps, j’ai pensé que les Français nés en France, ayant de tout temps baigné dans cette langue, parce qu’ils n’ont jamais eu à quitter la France, n’avaient pas de langue maternelle, puisqu’ils n’avaient rien perdu, et ne s’étaient jamais confrontés à une langue étrangère qu’on leur faisait obligation d’utiliser. »

 

La suite ICI

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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