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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 06:00
Deux sculptures en biscuit du XVIIIe siècle, représentant Madame de Pompadour en sphinge;  Circa 1780. Photo Artprice
Deux sculptures en biscuit du XVIIIe siècle, représentant Madame de Pompadour en sphinge;  Circa 1780. Photo Artprice

Deux sculptures en biscuit du XVIIIe siècle, représentant Madame de Pompadour en sphinge; Circa 1780. Photo Artprice

« Qu’importe le flacon pourvu qu’on est l’ivresse ! »

 

« L’habit ne fait pas le moine… »

 

« Si derrière toute barbe il y avait de la sagesse, les chèvres seraient toutes prophètes. »

 

Chacun sait que l'apparence peut être fausse, qu’elle peut tromper les gens, et pourtant quel individu n’est pas sensible au maquillage, à la façon de se vêtir, de se coiffer, de se mettre en scène pour séduire…

 

Séduction vient du latin se ducere, qui signifie conduire à l’écart ou amener à soi.

 

Séduire, c’est tirer quelqu’un à l’écart du groupe avec lequel il se confondait, le sélectionner, le persuader qu’il est unique, remarquable, et qu’il a été remarqué.

 

Ceci dit, la séduction opère de deux façons différentes, voire opposées : de façon active, quand une personne cherche à s’imposer à une autre par des moyens qui vont de la manipulation violente à la persuasion douce; de façon passive, quand quelqu’un cherche à attirer une personne vers soi ou, comme le dit le langage populaire, à « la prendre dans ses filets ».

 

La manière active est qualifiée de virile, la seconde de féminine. Séducteur d’un côté, séductrice de l’autre.

 

Comme on n’attrape pas des mouches avec du vinaigre depuis la nuit des temps les commerçants ne se privent pas d’appâter le chaland pour le prendre dans leurs filets. La réclame autrefois, puis la publicité, le marketing, le packaging, le merchandising… depuis l’irruption de la société de consommation, se veulent des outils de séduction.

 

Dans le vin, depuis qu’il est vendu très majoritairement en bouteilles, l’étiquette, la forme de la bouteille, son poids, son habillage, sont des instruments de séduction et de différenciation. Les naturistes ne s’en sont d’ailleurs pas privé, leurs étiquettes se veulent, et sont parfois, transgressives.

 

Brigitte Lahaie sur une étiquette - AIA/Rue89

 

Alors permettez-moi, à propos de l’étiquette, et plus particulièrement celle de la cuvée La Pompadour 2013, de la coopérative emblématique d’Embres&Castelmaure, de jouer un moment sur les mots.

 

Au temps de la Pompadour « les femmes abusaient du rouge… il devait être plus rouge à la cour qu’à la ville, au point que « l’on avait peine à voir les yeux ». « Ce rouge, qui semble vouloir être naturel, est une vraie ridiculité », reproche une mère à sa fille. »

 

« Mais il était de mauvais goût d’en mettre le matin, excepté en habit de cour. La jeune Infante qui venait épouser le Dauphin, reçue en France par ses dames trop fardées, envoya demander au Roi « la permission de mettre du rouge », afin d’être au diapason pour les fêtes des noces.

 

Quant aux mouches, c’était le point final du maquillage, il ne pouvait être question de les oublier.

 

Que de fastidieuses règlementations pour se plier aux usages ! On quittait les fleurs avant l’âge de 30 ou 35 ans ; on prenait une coiffe noire à 50 ans. »

 

« Les négligés à la Pompadour dont les formes sont telles qu’ils ressemblent aux vestes à la turque, pressent le col, et sont boutonnés au-dessus du poignet ; ils sont adaptés à l’élévation de la gorge et collent juste sur les hanches, rendant sensibles toutes les beautés de la taille, en paraissant vouloir les cacher. »

 

Henrielle Vannier étiquettes et élégances au temps de Madame de Pompadour

 

Comme certains l’ont peut-être compris ma chronique de ce matin est une fable qui met à mal l’ego des faiseurs de beaux plumages lorsqu’ils veulent faire accroire que le succès d'un vin est le fruit de leur seul talent. Le vin, et la manière de le faire, compterait pour du beurre ou presque

 

Face à une telle fatuité l’alternative est simple : soit ils nous bourrent le mou en nous vendant de la soupe pas fraîche, soit ils expriment avec un réel talent le travail et la sueur d’une poignée de vignerons…

 

Mon pluriel est bien singulier mais ce serait faire trop d’honneur que de personnaliser en effet « Les cimetières sont remplis de gens qui se croyaient indispensables. »

 

Dansla vie il faut savoir tirer sa révérence avec élégance, assumer le passé, ne pas le renier, le travestir, jouer les martyrs, la vie des hommes n’est jamais un long fleuve tranquille et dans toute rupture chacun porte sa part de responsabilité. La belle aventure humaine du petit village du fin fond des Corbières n'a pas soudain basculé dans un obscur kolkhoze du seul fait d'une rupture brutale. 

 

Pour ma part, je ne vois pas au nom de quoi je renierais mes amitiés anciennes. Chacun sa route, chacun son chemin...

 

Cette chronique est le pur fruit du hasard. Jeudi soir dernier de passage à Bottles , un bar à vin de la rue Sainte Anne, pour y déguster des huîtres de Bretagne , je suis tombé nez à nez avec La Pompadour 2013 dans ses nouveaux atours.

 

 

J’ai acheté 11 euros et j’ai chroniqué.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Luc Charlier 10/11/2015 11:33

Cette chronique se lit à plusieurs niveaux. Son vrai sujet – si j’ai bien saisi – est que le vin d’E&C dont tu parles te plaît autant que quelques années auparavant, alors que la structure des producteurs (inchangée ou si peu) a réorganisé la manière dont ses produits sont présentés au public, et donc à toi. Est-ce que j’ai compris ? Je ne souhaite pas commenter, d’autant qu’il y a en plus affaire de personnes.
Mais l’autre niveau, qui m’intéresse plus, est l’importance relative de TOUS les facteurs qui font le merchandising, comme tu l’écris justement. Avec la délicatesse et le sens des nuances qui m’ont fait connaître (!), je classe les intervenants en 3 types : les producteurs (variés, grands ou petits), les marchands (même diversité) et tous les autres, que j’appelle « parasites ». C’est bien sûr de la provoc’ mais j’y vois plus qu’un fond de vérité.
Il est crétin de nier que ces 3 groupes influencent l’achat, même si je déplore que le client ne se fie pas aux deux extrêmes seulement : le pauvre brave type qui fait le vin qu’il va boire (ou la grosse salope de multinationale qui le lui fait aussi) et le passionné expert devenu caviste par vocation (ou la GD qui remplit ses gondoles où il en achète la majorité) qui le lui vend.
Il va de soi que j’inclus dans la « production » tous ceux (verriers, bouchonniers, oenologues, cartonniers, pépiniéristes, mécaniciens, tonneliers ....) qui participent à la naissance du vin. Et leur importance ne fait que croître aussi.
Je crois cependant que l’influence du parasitage n’a fait qu’augmenter et qu’elle est d’autant plus grande que le volume de bouteilles à vendre est important. Je pense que le DRC a besoin de moins « d’aide » extérieure que E&J Gallo pour écouler sa producction.
Du temps de mes parents, on achetait une appellation (parfois un domaine précis) chez un « négociant », qui faisait parfois la mise lui-même, ou bien on allait au domaine. Au restaurant, les sommeliers étaient immuables ou en tout cas stables dans le temps et ils connaissaient toute la cave. Il y avait quelques journalistes spécialisés pour quelques revues seulement. En dehors de la production, du négoce, de la vente au détail et des restaurants, peu de gens gagnaient leur vie grâce au vin. Actuellement – peut-être des chiffres exacts existent-ils – il me semble que beaucoup plus de gens bouffent grâce au vin (presse, guides, agences de com ou de pub, oeno-tourisme, interpros tentaculaires, salons, concours, avocats ...).
Conclusion : la place du vigneron (je veux dire de son équipe proche) est devenue très réduite dans le mix qui mène au succès commercial. Quel paradoxe au moment où les vins sont devenus si divers, si « publics » et si ... bons en fait!

Aredius44 10/11/2015 09:48

Ils n'y ont pas pensé les vignerons de Branceilles, les pétarous* (les pieds terreux) - c'est le nom qu'on donnait aux gens du pays de Brive qui venaient vendre sur le marché de St-Yrieix (87) les melons, fruits etc

http://www.vindebranceilles.com/

. Pourtant Pompadour n'est pas loin. Et aurait bien besoin de promotion depuis que le Club Med a fermé.
http://lacorreze.com/chateaux/arnac-pompadour/chateau_de_pompadour.htm

* pétarou est aussi le nom donné aux vélomoteurs

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