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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 06:00
Dominique Derain vigneron bourguignon me déclare «J’aime l’are !» du père Grandet à François Pinault l’amour de l’are…
Dominique Derain vigneron bourguignon me déclare «J’aime l’are !» du père Grandet à François Pinault l’amour de l’are…

Dominique Derain a le sens de la chute et de la saillie… bien évidemment, je fais référence ici à ses mots écrits ou dits…

 

Ainsi le 26 octobre sur son mur de Face de Bouc, il s’interrogeait : 

Dominique Derain vigneron bourguignon me déclare «J’aime l’are !» du père Grandet à François Pinault l’amour de l’are…

« Voilà 20 ans que cette vigne est conduite selon les principes de la biodynamie, jolie petite parcelle de 30 ares qui va être amputé de deux tiers de sa surface par le célèbre GAEC Humbert de façon plus que douteuse. Comment comprendre, moi qui n'ai que cette vigne sur gevrey alors qu'il possède des grands crus et premiers crus et village, qu'il puisse s'intéresser de 18 ares d'appellation village. Ce n'est pas bien respectable!!! »

 

Comme vous pouvez vous en douter cette « affaire » d’ares grappillées par un « gros » voisin m’a intéressé et, profitant de sa présence au salon rue 89 qui se tenait à Lyon dimanche dernier, je me suis enquis auprès de lui des tenants et aboutissants du dossier.

 

Petits arrangements entre « amis », jalousie, envie, mesquinerie, du recuit, toute la panoplie des basses œuvres des parrains du coin…

 

«… te piquer 18 ares c’est vraiment mesquin… » lui plaçai-je à un moment dans la conversation.

 

Et Lui de me rétorquer du tac au tac…

 

- J’aime l’are !

 

Surpris, esbaudi, ravi, j’ai attrapé de suite au vol la saillie…

 

L’are qui se souvient de l’are ?

 

Petit a… en abrégé

 

Je n’ose évoquer le centiare et plus encore l’ouvrée

 

Même cette tête d’œuf de Bruno Le Maire, pourtant locataire du 78 rue de Varenne, le Ministère des Paysans, ignorait sur le plateau de Canal+ combien de mètres carrés faisait un hectare. La honte !

 

Et vous, êtes-vous si sûr de votre capacité de conversion ?

 

Passons et revenons à :

 

« Œuvre, œuvrée, ouvrée, ces trois termes sont pratiquement synonymes même si, aujourd’hui, le terme d’ouvrée reste seul vivace... » écrit Marcel Lachiver dans son dictionnaire du monde rural. « L’œuvrée, c’est ce qu’on peut travailler en un jour, et ce travail est surtout celui du vigneron, même si la mesure s’applique parfois aux prés et aux saulaies ; d’où sa faible valeur.

 

De la Bourgogne au Beaujolais, à la Franche-Comté et au Nivernais, c’est le terme d’ouvrée qui l’emporte ; en Beaujolais, on dit aussi hommée. La valeur type est de 4,28 ares pour les vignes de Bourgogne et de Franche-Comté, soit le huitième du journal, ou encore 45 perches carrées de 9,5 pieds de côté. »

 

Chez moi, en Vendée, nous comptions en boisselée « ce que peut contenir en boisseau. Une boisselée de froment. La superficie de terre qu’on peut ensemencer avec un boisseau de grains, superficie très variable » mais par exemple « à Nevers, deux hommées (équivalent de l’ouvrée) font un boisseau de 8,51 ares. »

 

Je sens que vous perdez pied et pourtant c’est l’enfance de l’are !

 

Je plaisante bien sûr mais, à la campagne, tout au fond de nos beaux terroirs, avoir du bien au soleil*, surtout posséder de la terre, des vignes, accumuler des hectares, arrondir ses propriétés, arranger des mariages, était, et reste encore, l’ambition d’une vie pour beaucoup.

 

Au prix de l’hectare dans les appellations les plus cotées de Bourgogne ça devient un sport qui n’est pas à la portée de la première bourse venue… Il vaut mieux s’appeler François Pinault que Jacques Berthomeau.

 

Rappelons qu’en 2012 celui-ci, Pinault bien sûr, a réalisé son rêve acquérir une ouvrée (4.28 ares) de montrachet tout près du Château de Puligny-Montrachet, pour l’épaisseur du trait, un petit 1 million d'euros et pour faire bon poids à ce petit pécule ajouté 2 ouvrées de grand cru bâtard-montrachet aux environs de 900 000 € chacune. Ce brave François était déjà implanté en Bourgogne au travers du Domaine Eugénie, ex Domaine Engel acheté 13 millions d'euros en 2006, à Vosne-Romanée, soit 6 hectares dont 2.5 de grands crus.

 

Dans ma Vendée crottée les chiffres étaient plus modestes mais je garde le souvenir de la rapacité du régisseur des propriétés de la famille de La Lézardière, grappillant au prix de basses manœuvres les petites borderies des alentours.

 

Souvenir aussi du père Grandet de Balzac, se constituant, grâce à de nombreuses spéculations foncières, une fortune qui n'avait d'égal que son avarice ; qui régnait en tyran sur son entourage : sa femme, sa fille unique, Eugénie, et sa servante Nanon ; qui enfermait tout à clé, et rationne toute la maisonnée…

 

« Monsieur Grandet jouissait à Saumur d’une réputation dont les causes et les effets ne seront pas entièrement compris par les personnes qui n’ont point, peu ou prou, vécu en province. M. Grandet, encore nommé par certaines gens le père Grandet, mais le nombre des vieillards diminuait sensiblement, était en 1789 un maître tonnelier fort à son aise, sachant lire, écrire et compter. Lorsque la République française mit en vente, dans l’arrondissement de Saumur, les biens du clergé, le tonnelier, alors âgé de quarante ans, venait d’épouser la fille d’un riche marchands de planches. Grandet alla, muni de sa fortune liquide et de la dot, muni de deux mille louis d’or, au district, où, moyennant deux cents doubles louis offerts par son beau-père au farouche républicain qui surveillait la vente des domaines nationaux, il eut pour un morceau de pain, légalement, sinon légitimement, les plus beaux vignobles de l’arrondissement, une vieille abbaye et quelques métairies. »

 

« Les habitants de Saumur étant peu révolutionnaires, le père Grandet passa pour un homme hardi, un républicain, un patriote, pour un esprit qui donnait dans les nouvelles idées, tandis que le tonnelier donnait tout bonnement dans ses vignes. Il fut nommé membre de l’administration du district de Saumur, et son influence pacifique s’y fit sentir politiquement et commercialement. Politiquement, il protégea les ci-devants et empêcha de tout son pouvoir la vente des biens des émigrés ; commercialement, il fournit aux armées républicaines un ou deux milliers de pièces de vin blanc, et se fit payer en superbes prairies dépendant d’une communauté de femmes que l’on avait réservée pour un dernier lot. »

 

« Sous le Consulat, le bonhomme Grandet devint maire, administra sagement, vendangea mieux encore ; sous l’empire, il fut monsieur Grandet. Napoléon n’aimait pas les républicains : il remplaça M. Grandet, qui passait pour avoir porté le bonnet rouge, par un grand propriétaire, un homme à particule, un futur baron de l’Empire. M. Grandet quitta les honneurs municipaux sans aucun regret. Il avait fait faire, dans l’intérêt de la ville, d’excellents chemins qui menaient à ses propriétés. Sa maison et ses biens, très avantageusement cadastrés, payaient des impôts modérés. Depuis le classement de ses différents clos, ses vignes, grâce à des soins constants, étaient devenues la tête du pays, mot technique en usage pour indiquer les vignobles qui produisent la première qualité de vin. »

 

« M. Grandet obtint alors le nouveau titre de noblesse que notre manie d’égalité n’effacera jamais : il devint le plus imposé de l’arrondissement. Il exploitait cent arpents de vignes, qui, les années plantureuses, lui donnaient sept à huit cents poinçons de vins. Il possédait treize métairies, une vieille abbaye, où, par économie, il avait fait muré les croisées, les ogives, les vitraux, ce qui les conserva ; et cent vingt-sept arpents de prairies où croissaient et grossissaient trois mille peupliers plantés en 1793. »

 

De nos jours l’amour de l’are est toujours aussi vivace, surtout dans les grands crus, mais il n’est pas insolent de se poser la question : est-ce vraiment de « l’are pour l’are » ?

 

La théorisation de « l'art pour l'art » est attribuée à Théophile Gautier (1811–1872). Elle apparait dans la préface de Mademoiselle de Maupin en 1834 :

 

« À quoi bon la musique ? À quoi bon la peinture ? Qui aurait la folie de préférer Mozart à M. Carrel, et Michel-Ange à l’inventeur de la moutarde blanche ? Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut ne servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, [...] Je préfère à certain vase qui me sert un vase chinois, semé de dragons et de mandarins, qui ne me sert pas du tout. »

 

Comme le disait Franck Zappa « L’art consiste à faire quelque chose de rien et ensuite à le vendre. »

 

Et pour faire bonne chute Derain je prends l’are et la manière de faire de l’affaire Humbert un dossier exemplaire…

 

* Locution proverbiale devenue expression française dont les origines remontent au début su XVIIème siècle dont la signification semblerait simple mais qui poserait problème quant à l’interprétation du mot soleil selon divers auteurs. Pour certain, le terme soleil ferait référence à l’époque de Louis XI, où il existait des écus d’or appelés écus du soleil car ornés d’un petit soleil. Il se pourrait aussi que le terme soleil prenne le sens d’une position sociale enviable avec la référence aux pièces de monnaie appelés couronne assez pesants et qualifier ces pièces comme étant au soleil leur attribuait une sorte de supériorité sur les autres pièces. De ce fait le soleil va définir ce qu’il y a de meilleur.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

patrick axelroud 04/11/2015 10:01

Et oui, ni l'Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) plus connu sous le nom de l 'Edit de Villers-Cotterêts ni la Révolution Française n'ont pu tordre le cou à tous ses usages. Lors de la guerre de 14 les mobilisés parlaient encore, le plus aisément , malgré l'école obligatoire, leur patois local.
P.S Cher Taulier tu existes notre curiosité : aurons nous droit à une chronique sur ce qui apparait comme une captation de terre ? Et dare-dare je te pris !

Domdrain 04/11/2015 07:31

J'aime l'are sans manière et voilà une belle manière de traiter ces quelques ares....pour finir en verre je l'espère

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