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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 06:00
De sang-froid : l’exécution d’Aldo Moro par les Brigades Rouges

Ce matin-là, il a enlevé le survêtement de gymnastique et a revêtu le costume sombre qu’il portait le 16 mars (jour de son enlèvement)

 

- J’étais là, Moro n’avait pas à me dire adieu…

 

- … Moro savait qu’il avait été condamné à mort, il était au courant de l’ultime tentative, il savait qu’il n’y avait pas eu de réponse, il savait que c’était la fin. Il n’a pas été trompé. Je lui ai dit de se préparer parce que nous devions sortir. Vous n’imaginez pas ce que quelqu’un peut éprouver en pareille situation. J’avais beau me dire qu’il s’agissait d’une décision politique, qu’elle était inévitable, que nous l’avions prise collectivement, que nous n’étions pas responsables s’il n’y avait pas eu de négociation… Le temps de la réflexion était arrivé à son terme. Quelqu’un devait maintenant prendre une arme et tirer.

 

- Vous ?

 

- ​Oui.

 

- … J’en parle pour la première fois, je ne l’ai jamais fait, pas même avec mes camarades. Ce n’était pas dans nos habitudes. Mais cette fois-ci, c’est différent. Il ne me semble pas juste de laisser indéfiniment le poids de cela sur d’autres personnes, même si politiquement et judiciairement ça ne compte. Quand j’ai décidé de faire avec vous ce travail sur les années de la lutte armée, j’ai décidé, en même temps, que je ne me tairais plus sur rien et que je prendrais mes responsabilités pour ne laisser non seulement aucune zone d’ombre, mais pour qu’aucun élément important ne soit encore dissimulé dans cette histoire. Les camarades qui ont les mains propres… ils ont bien de la chance de s’en être sorti comme cela. Pour ma part, j’ai bien plus de respect pour ceux qui ont pris la responsabilité de frapper quand il avait été décidé de frapper, de tuer quand il avait été décidé de tuer, bref, ceux qui ont endossé la responsabilité des actes d’une guerre assumée, mais aussi le poids des blessures dont ils ne se débarrasseront pas pour le restant de leur vie. Et c’est bien qu’il en soit ainsi.

 

- Pour vous aussi, c’est comme cela ?

 

- ​Voudriez-vous que tout cela ne m’ait pas marqué ? Je porte ce passé en moi, et je le revendique même, il m’appartient autant que tout le reste. On en parle parce que ça concerne Moro, mais que croyez-vous, cela a également été lourd à porter pour les autres, de tirer via Fani (là où Moro a été enlevé). Pour moi, cela a même été pire, parce que Moro, je le connaissais, j’avais passé cinquante-cinq jours enfermé avec lui… Les agents de son escorte, nous ne les avions jamais vus en face. On dit souvent que la mort d’un ennemi anonyme est supportable, allez savoir si c’est vrai...

 

- Même si c’est vraiment, ce n’est pas juste.

 

- C’était une guerre. Si cela avait été possible, si la plus petite ouverture s’était présentée, nous aurions épargné Moro. Je suis en paix avec cet homme.

 

- Vous êtes en paix avec toute cette histoire ?

 

- Je n’ai pas de regrets, je n’oublie pas. Je n’oublie pas non plus que de nombreux camarades sont morts. Que je m’en sois sorti vivant est un hasard, j’avais mis ma mort dans la balance de la même façon que celle que nous infligions aux autres. Je n’ai jamais laissé reposer sur personne d’autre une responsabilité que je n’aurais pas prise moi-même. Cela peut sembler bien peu de chose mais cela aide dans une histoire où tout le monde a laissé pas mal de plume.

 

- Cela vous pèse d’en parler ?

 

- Vous le voyez, je réussis à le faire avec plus d’objectivité que d’autres. Je pense que c’est parce que je ne cherche pas à en retirer quoi que ce soit. J’ai déjà fait treize ans de prison, je pense qu’une amnistie devrait libérer tous les camarades qui sont en prison ou à l’étranger. Mais si cela n’arrive pas, je ferai le reste de ma peine. Il y a pire que d’être en prison.

 

- Qu’est-ce qui est pire ?

 

- Perdre sa propre identité, renier ce qu’on a été, se démener pour paraître différent de celui qu’on a été.

 

 

Texte intégral 

 

Moretti a été condamné à la prison à vie. Après 15 ans de prison, un régime de semi-liberté lui a été accordé en 1998.

 

LE MONDE DES LIVRES | 25.11.2010 à par Robert Solé

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Tietie007 22/11/2015 17:56

A voir le beau film de Dino Risi, "Cher Papa", avec un prodigieux Vittorio Gassman, sur l'Italie des années de plomb.

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