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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, « Je ne protège personne mais il m'arrive d'avoir peur. Je n'ai pas envie d'apprendre à nager dans 20 centimètres d'eau comme Robert Boulin »

Alors que j’attendais, au premier étage de l’hôtel de Matignon, dans l’antichambre de mon ancien petit camarade devenu Premier Ministre, je ne pouvais m’empêcher, tout en feuilletant la presse du jour, de pester contre la géolocalisation. Sans contestation, c’est l’une des pires calamités du XXIe siècle, plus d’intimité, de petits secrets, de beaux mensonges, de tranquillité, vous êtes pisté comme un vulgaire malfrat en cavale. Bien sûr il vous reste toujours la possibilité de balancer à la Seine votre crapaud plein de puces – c’est con comme image, les crapauds n’ont pas de puces, me disais-je – mais, il y a toujours un ou plusieurs mais, qui vous scotchent à ce satané téléphone. Ne m’en déplaise je ne suis qu’un vulgaire phubbers. « Nous sommes tous des phubbers ». Pour les allergiques à l’intrusion d’un anglais de cuisine sur les réseaux sociaux et dans les échanges sms le « Phubbing » est une contraction de « phone » (téléphone) et « snubbing » (snober), donc en gros snober son interlocuteur en passant son temps à regarder l’écran de son téléphone alors qu'on lui parle. Agaçant, frustrant, grossier, pratique devenue très commune, on regarde en moyenne son smartphone 221 fois par jour, pour une utilisation quotidienne de 3h16.

 

« Le phubbing est un mal qui s'est insinué dans les diners, dans les apéros, dans les réunions, devant la télé et au cinéma, voire même au lit. Une récente étude de l'université Baylor au Texas (Etats-Unis) met en lumière plusieurs situations de plus en plus communes dans les couples :

 

Il/Elle sort son téléphone de sa poche durant un diner ;

 

Il/Elle positionne son portable de manière à pouvoir le voir ;

 

Il/Elle conserve son smartphone dans la main ;

 

En pleine conversation, il/elle se détourne après une sonnerie ou un bip ;

 

Il/Elle jette un regard à son téléphone tout en parlant ;

 

Au premier temps mort dans une conversation, il/elle saisit son portable.

 

Il y a aussi les phubbers jusqu'aux-boutistes qui ne lâchent pas leur téléphone, même pendant l'acte sexuel : 36% des Britanniques se disent prêts à répondre à un appel pendant l'amour, et une Européenne sur 5 affirme consulter son portable lors de l'accouplement. »

 

Si je vous dis ça c’est tout bêtement parce qu’en attendant Manuel je venais de lire dans l’Obs. une très sérieuse chronique « Le phubbing serait-il le mal du siècle ?» 

 

Consulter son téléphone en faisant l’amour, ça il fallait le faire. Je me déridais en tentant de m’imaginer le modus operandi de la manœuvre. Même que je pensais que l’un des mais, le plus important, qui m’empêchait de foutre mon smartphone à la poubelle c’était elle, une belle qui ensorcelle. À nouveau, en dépit de l’érection de défenses soi-disant inexpugnables, je venais de tomber.

 

Tomber !

 

Il y a sous ce verbe une fatalité bien commode dont je m’accommodais pour mieux planquer ma faiblesse côté coeur.

 

À cet instant précis j’aurais dû prendre mes cliques et mes claques et me tirer de ce cloaque où, j’en étais certain vu mes états de service, la main ferme du pouvoir voulait me précipiter. Chez Manuel, il y a du Clémenceau.

 

L’huissier m’introduisait dans son bureau. Tête à tête, mazette, ça devait chauffer. La poignée de mains énergique, l’œil bleu, le sourire un peu crispé, le café. Je souriais. Allais-je prendre une avoinée ou me voir flatté ? Pour ne rien vous cacher je n’en avais strictement rien à fiche, et Manuel, comme s’il lisait dans mes pensées, laissait de côté la carotte et le bâton, pour fendre l’armure. Se confier. Je l’écoutais sans l’interrompre tout en pensant à ce qu’écrivait Flaubert : « L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour cela que le présent nous échappe. » et insensiblement je m’évadais de la conversation.

 

Zoom arrière !

 

Nourri de la sève de mes précieux livres, adolescent ambitieux, ne doutant pas un seul un instant que ma vie serait belle, je rêvais d’enlever, aux premières lueurs de l’aurore, l’une des belles qui ensorcellent, tirée de son sommeil, au nez et à la barbe de son barbon de père, au grand désespoir de sa mal aimée de mère. Nous fuirions juchés à cru, sur un grand cheval alezan, vers des terres ignorées où nous fonderions une dynastie. Filer le parfait amour, l’amour fou, exigeaient de grands desseins et ne pouvaient se soumettre aux petits accommodements d’une geste étriquée.

 

De temps à autre j’opinais sans rompre le fil de mes pensées. Chacun de nous était dans l’intime et je me persuadais, en l’écoutant, que seule une telle radicalité – l’enlever – pourrait me sauver.

 

Me sauver de qui ?

 

Mais d’elle venue du diable vauvert troubler mon voyage en solitaire alors que je voguais en des eaux enfin apaisées. Stupéfait, sans défense, je contemplais mon absolue faiblesse ; sa jeunesse limpide m’émouvait, me troublait, m’embrasait.

 

Que m’arrivait-il ?

 

Je me raillais : « Tu es tel le bois mort d’un vieux chêne abattu, pas encore sec, mais prêt à être fendu, bardé d’échardes vives, qui luit en un dernier éclat, prêt à un embrasement soudain à la première étincelle avant de se consumer au cœur en une infinie lenteur. »

 

J’appelais Aragon à la rescousse « Il n’y a pas d’amour heureux »

 

Rien n’y faisait…

 

Alors je décidai de l’enlever et de l’embarquer dans mon roman.

 

Cette perspective me permettait d’atterrir en douceur dans le monologue de Manuel. Je lui tendais immédiatement une perche :

 

- Je suis ton homme, ne t’inquiète pas…

 

- Mais tu ne sais pas ce que je vais te demander…

 

- L’important pour moi n’est pas dans ce que tu vas me demander mais dans mon désir d’aller au bout de mon destin…

 

- Je ne comprends pas…

 

- C’est mieux ainsi car tu peux tout me demander.

 

- Sans contrepartie ?

 

- Aucune, sauf mon entière liberté d’action. Je ne rendrai compte qu’à toi.

 

- Je vais y réfléchir…

 

- C’est de suite ou jamais !

 

- Toujours le même, inflexible, je prends mais ne compte pas sur moi pour te couvrir…

 

- Ça va de soi.

 

Le ciel de la rue de Varenne charriait un flot de nuages moutonneux. En marchant je convoquais ma fine équipe pour le début d’après-midi.

 

Ils étaient tous content de me revoir. Pour reprendre le fil de notre mission je débutai mon speech en citant un Twitte de Michel ONFRAY ‏@michelonfray

 

Juppé. « C'est une catastrophe d'entendre ces intellectuels prédire l’effondrement de la civilisation occidentale ». La preuve? Sa candidature.

Haute élévation de l’esprit pour le nouveau chroniqueur qui fait la Une du magazine d'extrême droite « Eléments» 

 

C’est le « vieux » qui a déclenché les hostilités sur son blog du 10 octobre :

 

Faisons-nous confiance

 

Piquer une bonne colère est parfois salutaire. Et aujourd’hui les raisons d’être en colère ne manquent pas !

 

Contre l’abaissement du débat public, la course à la vulgarité, la recherche du bon mot, ou mieux encore du gros mot qui fera la une des médias … et en même temps nourrira la dérision quotidienne que ces mêmes médias entretiennent avec délectation au détriment des hommes politiques.

 

Contre le nouveau « politiquement correct » que nous serinent à longueur de bavardages télévisés les chantres du déclinisme, les nostalgiques d’un prétendu « âge d’or », les Cassandre qui annoncent l’effondrement de la civilisation occidentale.

 

Contre les partis qui jouent sur les peurs des Français et dessinent le visage d’une France ratatinée dans ses égoïsmes, frileuse devant le monde global, barricadée dans d’illusoires frontières nationales, prête à jeter aux orties l’union construite si patiemment avec nos voisins européens.

 

Contre les falsificateurs qui diffusent le mensonge sur les réseaux sociaux et profitent d’un lâche anonymat pour attiser les haines.

 

Contre la sottise qui inspire la caricature d’une France de race blanche et insulte du même coup les Français de Guadeloupe, les Français de Martinique, les Français de Guyane , la belle société multiraciale de la Réunion , je n’oublie pas les Polynésiens , les Calédoniens de toutes origines , nos compatriotes venus d’Asie , du Vietnam par exemple… pardon de ne pas citer tous les Français qui savent que la patrie française ne se définit pas par la couleur de la peau mais par le partage du bien commun que constituent les valeurs de la République, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen , l’égalité entre les femmes et les hommes, le respect de la laïcité.

 

Contre l’arrogance des bien-pensants qui se réclament bruyamment des racines chrétiennes de la France sans y être vraiment fidèles. Certes notre pays a des racines chrétiennes, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient exclusives ! J’ai été élevé dans la religion catholique et j’y demeure attaché. C’est pourquoi j’ai retenu des Evangiles, des Pères de l’Eglise, de l’enseignement des papes que les valeurs chrétiennes, c’est l’amour du prochain, l’accueil de l’étranger, le respect de l’autre, l’attention porté au plus petit, au plus faible, au plus pauvre.

 

Voilà, j’avais envie de vous dire tout cela. Naturellement, on se calme. J’ai une confiance inébranlable dans le bon sens des Français. Alors, ensemble, résistons aux vents mauvais. Faisons-nous confiance. »

 

Meeting commun, Sarko-Juppé, mercredi 14 octobre à Limoges en soutien à Virginie Calmels, candidate de la droite et du centre en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Ils pensent à la primaire matin, midi et soir. Mais, officiellement, l’automne politique sera collectif.

 

L’ex dans son français approximatif a comme d’habitude surjoué :

 

« On n’a pas besoin de s’expliquer. Il sait ce que je pense. Je sais ce qu’il pense. Nous avons lui et moi une responsabilité sur les épaules, celle d’être unis sans faille pour assurer l’alternance »

 

Mais dans son discours, il n’a par contre fait aucune allusion à l’actualité politique de la journée. Dans un entretien à L’Obs. du jeudi 15 octobre, Jérôme Lavrilleux, ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé, emploie des mots très durs à l’égard de l’ancien chef de l’Etat au sujet de l’affaire Bygmalion. 

 

« Je vais vous dire quelque chose que je n'ai jamais dit, et dont j'ai la certitude, conforté par la lecture du dossier aujourd'hui : les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ont débordé de tous les côtés Et pas seulement le budget consacré aux meetings. Il ne faudrait plus appeler cette affaire « Bygmalion », mais celle des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. Rien n'a été contrôlé. (…) Il n'y a que Nicolas Sarkozy pour dire dans sa déposition que cette affaire ne concerne pas sa campagne... » 

 

C’est chaud. Ma petite troupe frétille, elle pressent que je vais de nouveau les remettre sur les sentiers de la guerre… Je cite Herriot avant de leur dresser leur feuille de route :

« La politique c'est comme l'andouillette, il faut que ça sente la merde mais pas trop»

 

Ils m’applaudissent. Dans ma poche mon smartphone frétille : et si c’était-elle ?

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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patrick axelroud 18/10/2015 09:25

Le portable que,on le devine, je n'ai pas de difficulté à appeler l'insu-portable est l'invention certainement la plus conne du XX et XXI siècle ( en cours) du monde occidental. C'est l'aboutissement de ce que veut le monde de l'industrie , séparer les individus pour en faire plus aisément des consommateurs dociles . Il est vendu comme le summum de la liberté exactement comme étaient vendues les voitures , alors qu'on le voit bien, il n'y a rien de plus aliénant que ce bidule au point que les addictes ne se contentent pas de ne pas quitter leur fétiche mais n'hésite pas à le renvoyer aussitôt qu'on leur parle d'une nouvelle version. On file vers l' overdose . Personnellement c'est fait : de portable point ! Et qu'on vienne pas me vanter l'utilité de cet objet dans les printemps arabes. Que je sache, 1789, La Tea Party ,la Révolution de velours , celle des Oeillets et beaucoup d'autres révolutions se sont faites sans lui. La seule utilité qui sauve ce truc à mes yeux : la panne de nuit en rase campagne , pour appeler du secours . Et encore, faut il qu'il y ait du réseau et que la batterie ne soit pas déchargée ce qui est loin d'être sur, en fin de journée. C'est pourquoi, je n'ai pas de portable ou plutôt, j'ai un Bi-Bop . Mais si souvenez vous cette merveilleuse invention de l'industrie téléphonique française que, nous autres Strasbourgeois, avons pu tester dans les années 1992/97. on pouvait appeler mais non être appelé. C'est ce que j'explique à ceux qui veulent absolument m'extorquer un numéro de portable. Cela m'évite : 1) d'être dérangé n'importe quand pour n'importe quoi. 2) de perdre du temps à relever une messagerie ou la presque totalité des messages sera : " J't'appel par ce que tu m'as appelé - rappel moi ! " Dring..Dring..Allo ? Raccrochez , je n'ai pas le téléphone !

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