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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 06:00
Les Grands crus, les Grands corps : et si Macron avait raison de se poser des questions qui fâchent ?

Un Ministère sans Grand Corps c’est comme un vignoble sans Grand Cru ou un lait sans crème, une boutique n’ayant pas pignon sur rue, disons plutôt sur une belle avenue, genre celle de Montaigne à Paris où crèchent les Grands couturiers.

 

Au 78 rue de Varenne, lorsque j’officiais, nous en avions un, sûr de lui et dominateur, le corps des IGREF : Ingénieur du Génie Rural, des Eaux et des Forêts, une fort belle appellation, des têtes bien pleines, même que certaines comme NKM provenaient direct de l’X, Polytechnique. Au-dessous, la plèbe qui lorgnait sur le beau pactole des RIP, revenus d’Ingénierie publiques, petits travaux rémunérés pour les communes rurales. Eux-mêmes ne rêvaient que du statut des Ingénieurs d’en face, ceux de l’Équipement, le puissant Corps des Ingénieurs des Ponts et des Chaussées, qui leur faisaient la honte avec une fin de carrière plus reluisante que la leur. De haute lutte ils sont arrivés à leurs fins, les voilà devenus Ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts : IPEF, appellation plus poussive où nos Ingénieurs ont perdu leur Génie Rural alors que les autres n’ont laissé de côté que leurs Chaussées (z’auraient pu mettre et de rond-points).

 

Ce sont les gens d’en-haut, souvent compétents, ayant pour la plupart un sens bien ancré du Service Public, de bons cadres supérieurs, à mon sens surdiplômés pour les missions qui leur sont attribués. Certes ils sont moins emblématiques que leurs collègues issus de l’ENA et sortis dans la botte : les Inspecteurs des Finances, les Conseillers d’État et ceux de la Cour des Comptes, mais ils font partie du même grand charroi qui gouverne l’État. Les Ministres passent, les hauts-fonctionnaires restent et bataillent ferme pour investir les fameux cabinets ministériels à chaque alternance.

 

Une remarque très personnelle fondée sur mon vécu : avons-nous encore besoin d’une haute justice administrative pléthorique et d’une Cour des Comptes, jamais en reste de donner la leçon aux autres mais fort coûteuse et sourcilleuse de ses avantages ?

 

Se poser la question n’est pas attentatoire à l’idée que je me fais d’une gauche réformatrice, soucieuse de déverrouiller le fameux ascenseur social en panne. Il n’y a pas de vaches sacrées, sauf que l’essentiel du haut personnel politique, de gauche comme de droite, est issu de ces crémeries de luxe bien barricadées.

 

Tout ce beau monde, tout comme le petit fonctionnaire de catégorie A, B ou C, est protégé par le fameux Statut de la Fonction Publique égratigné par cet empêcheur de tourner en rond d’Emmanuel Macron.

 

Et c’est là que le bât blesse, et où pour moi Macron a raison, faut-il traiter de la même façon, au nom de l’égalitarisme, le haut-fonctionnaire et l’attaché d’administration centrale ou l’instituteur ?

 

Pour moi, et depuis toujours, la réponse est : NON !

 

Au temps où je passais de longues heures, au nom de mes Ministres qui n’en avaient rien à cirer, à recevoir et à écouter patiemment les syndicats catégoriels du Ministère, moi qui n’étais pas fonctionnaire mais un contractuel, je me suis forgé une conviction forte : il faut aérer, dépoussiérer, la haute-fonction publique de notre pays, l’exposer bien plus qu’elle ne l’est.

 

Deux attitudes sont fort commodes : soit taper systématiquement sur les fonctionnaires en général, soit se draper dans les grands principes dit de gauche pour proclamer ne touchez pas au statut des fonctionnaires !

 

« Qu'un ministre de l’Économie, chargé de remettre un pays fatigué en route, se pose des questions sur les moyens de le faire, devrait donc, au minimum, être accueilli, avec bienveillance, quitte à le renvoyer dans les cordes en cas de dérapage objectif. Après tout, la Suède et la Suisse, qui ne passent pas pour des contrées de sauvages sous-administrés, recrutent leurs fonctionnaires comme les entreprises privées et leur appliquent le même statut contractuel. »

 

Moi, ça ne me choque pas et je reste dubitatif en entendant les ébraiements unanimes des hiérarques du PS, de la gauche de la gauche et des syndicats qui réclament la tête du trublion. Le vannes de la droite sont tout aussi risibles vu leurs brillants états de service sur ce sujet.

 

Il ne s’agit pas d’aimer ou de ne pas aimer Macron, de savoir s’il est de gauche ou de droite, mais de se poser la question de notre conformisme, de notre conservatisme, de notre goût mêlé d’un égalitarisme de façade et d’un penchant affirmé pour les privilèges, et en définitive d’un immobilisme qui fige tout et préserve les avantages de catégoriels.

 

Qu’on ne vienne pas m’accuser de cracher dans la soupe, je n’ai jamais été fonctionnaire – ça m’a été proposé à de nombreuses reprises, même dans un grand corps – mais contractuel de l’État pour 60% de ma carrière, le reste étant passé dans le privé comme en attestent mes 5 caisses de retraite.

 

Nulle acrimonie non plus, mes émoluments n’ont rien eu à envier à ceux des grands corps de ma maison, et ils auraient été bien plus élevés si j’étais resté dans le privé. J’ai fait le choix de mettre mes pas dans ceux de mon mentor, Michel Rocard, et je ne le regrette pas.

 

Ce que je regrette profondément c’est la domination des révolutionnaires en chaise-longue, qui piapiatent en long en large et en travers, courent les plateaux de télévision, refont le monde bien à l’abri sur Face de Bouc en s’accrochant farouchement à leurs avantages petits ou grands, au détriment de ceux qui se mettent les mains dans le cambouis. C’est sale le cambouis, faut utiliser du Briochin pour avoir les ongles propres chez Ruquier.

 

 

Souvenir d’une remarque inscrite dans mon rapport en 2001 à propos des réticences françaises à la réforme :

 

« Dans notre beau pays il y a beaucoup d’architectes, de généralistes, très peu de maçons qui acceptent de se colleter aux tâches d’apparence peu gratifiantes. On ne fait pas évoluer les mentalités par décret. Si l’on souhaite que la puissance publique pèse sur les évolutions, joue un rôle de catalyseur, pas pour faire mais aider à faire, il faut avoir le courage, en période de crise, de prendre sa part de responsabilités, d’écouter, de comprendre, pour ensuite proposer, expliquer, convaincre pour enfin être en capacité de mener des politiques de moyen terme avec l’appui du plus grand nombre. »

 

« Le poisson pourrit par la tête »

 

Érasme pense que cet adage « emprunté aux gens du commun », concerne « les mauvais princes dont la contagion infecte le reste de leur peuple. »

 

Nous y sommes nos Princes, les partis dits de gouvernement, sont massivement rejetés par une part de plus en plus grande de l’électorat qui s’abstient ou qui se tourne vers les partis extrêmes de gauche ou de droite, dit protestataires. Les premiers préfèrent la rue aux lieux de pouvoir mais font des scores médiocres ; le second, dans la grande tradition de l’extrême-droite française drague dans le vivier des déboussolés en prônant le repli et l’exclusion pour se hisser au pouvoir. La dernière fois que c’est arrivé, ce fut l’État Français du vieux Maréchal avec des ralliés populistes dit de gauche comme Doriot et Déat.

 

« Le sortez les sortants » de Pierre Poujade le papetier de Saint-Céré, qui a fini sa vie dans les fourgons du Mitterrand de 1981, la vrai gauche selon Onfray « Pour ma part, je n’ai pas renoncé à la gauche, celle du 10 mai 1981 », est le dernier avatar des démagogues.

 

C’est risible : le couple Mitterrand-Marchais, la vraie gauche qu’il vénère avec le tombé du ciel Chevènement…

 

« Mon refus de ceux qui, chez elle, relèvent du canal historique du FN, ainsi que mon dédain de toutes les classes politiques dont elle fait partie, tout cela fait que Marine Le Pen n’est pas plus ma tasse de thé que Hollande ou Mélenchon, Sarkozy ou Bayrou. Qu’ils s’en aillent tous comme dirait l’autre. Je suis devenu et resterai abstentionniste. »

 

C’est toujours de l’hyper-médiatique Onfray.

 

Tout ça pour vous dire que, oui il faut réformer le statut de la haute fonction publique d’État mais aussi la territoriale, car c’est une caste endogame qui, depuis l’avènement de la Ve République, tient entre ses mains la destinée de ce pays.

 

Plutôt que de mettre tous les fonctionnaires dans le même grand sac, de les conchier en permanence, d’en faire de commodes bouc-émissaires, de se moquer, si l’on commençait par faire bouger les lignes en haut, chez ceux qui gèrent leurs carrières plutôt que le personnel dont ils ont la responsabilité, chez ceux qui se mettent en disponibilité pour aller dans le privé ou faire de la politique et revenir, chez ceux qui se permettent même de donner des leçons sur la nécessité d’une France plus économe, bref contractualisons l’emploi des nouvelles compétences dont le gouvernement a besoin pour redonner du sens à ce qu’on nomme encore le Service Public. L’embauche de CDD sur la base d’une convention collective n’est pas forcément symbole de précarité.

 

Mais c’est à ce stade que le débat se politise en agitant le symbole de l’emploi à vie des fonctionnaires, les journalistes en raffole, alors que certains sont des salariés quasiment à vie sous la protection de la clause dites de conscience. Dans les grandes industries, beaucoup de cadres et d’employés ont faisaient toute leur carrière dans la même entreprise sans que cela n’empêche celles-ci de prospérer.

 

Non, le rêve de ces post-thatchérien c’est le dégraissage opéré par des sièges anonymes pour plaire aux marchés. C’est leur religion, ça les fait bander aux Échos, ils ânonnent une bien-pensance qui en rajoute à l’insécurité sociale, celle qui alimente le Front National. Les mêmes versent des larmes de crocodiles sur les laissés-pour-compte du monde rural dont le tissu n’était pas fait que de paysans mais aussi de PME aujourd’hui balayées par la mondialisation.

 

Attention, le statut de la fonction publique n’englobe pas les salariés des grandes entreprises publiques, la SNCF par exemple.

 

Ces fameux fonctionnaires, recrutés sur concours, les enseignants, les policiers, les juges, les militaires, qui forment les plus gros bataillons doivent avant tout avoir à leur tête des cadres exemplaires, responsables et jugés sur leur compétence. Qu’il faille réajuster les effectifs en fonction de l’évolution des missions de l’État est une évidence combattue par les extrémistes des 2 bords. C’est très Français cette solidarité des extrêmes.

 

C’est un grand chantier auquel nul politique ne s’attellera préférant soit utiliser des règles mécaniques stupides comme le non-remplacement systématique des partants ou un statu quo frileux qui préserve les privilèges de la haute fonction publique.

 

J’ai toujours soutenu ce point-de-vue d’un recrutement plus diversifié, plus fluide pour la haute fonction publique, sans grand succès quelle que soit la couleur politique du Ministre. La réponse à toujours été : courage fuyons les emmerdements !

 

Glané sur Twitter hier sous la plume d'un journaliste qui aime le vin :

 

 

dit ce qu'il pense. Pire: il aimerait faire ce qu'il dit. Qu'on soit d'accord ou pas, c'est assez rare pour être signalé.

 

Un jour où je serai face à l'angoisse de la page blanche je vous conterai l'histoire du Tour de Bête cher au chef de Corps des IGREF pour le tableau d'avancement. Un grand moment de solitude et de stupéfaction pour moi...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Dan 22/09/2015 13:46

Oui, une réforme de la fonction publique serait salutaire et ... courageuse. J'ai moi-même servi l'Etat 29 ans durant et sans un jour n'absence, voire de grève. Nous devrions nous inspirer de certains pays comme l'Allemagne ou chez nous avec l'Armée, où le fonctionnariat n'est pas automatique et où le droit de grève reste conditionné ou carrément interdit.
Par ailleurs, il faudrait aussi imposer à nos ministres un passé d'au moins 3 ans dans le privé afin de les rendre plus réalistes!

Olivier Borneuf 22/09/2015 10:29

Bonjour Jacques,
Je suis sceptique sur les propos réformistes de M. Macron. Que Laurent Bazin souligne la franchise de notre Ministre c'est une sorte de "mieux que rien" ou si vous préférez "c'est un début"… Mais on n'en est plus à des prises de conscience, vous ne croyez pas ? Le temps de la réforme est passé, je le crains. Si je me trompe, alors tant mieux, si j'ai raison alors Macron pisse dans un violon.
NB : Je ne vois plus de M. Rocard à l'horizon, je dirai même que je ne vois plus de fenêtre pour un nouveau M. Rocard.
Bonne journée.

William Munny où Tom Joad 22/09/2015 08:32

"le poisson pourrit par la tête": le poisson pourrie par la tête, nage entre deux eaux; ça pourrait nous faire ma Raie, ou marée... Mais méfiez-vous de nos rires assassins !

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