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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 06:00
Au siège de l’Humanité, « le soir venu, l’escadron qui faisait sa ronde levait le coude, et faute d’épauler un fusil, d’ennui, buvait des canons. »

En mai 1947, après leur vote contre la politique du gouvernement en Indochine, Ramadier avait congédié les ministres communistes du gouvernement : Maurice Thorez, Ambroise Croizat, François Billoux, Marcel Paul et Charles Tillon.

 

La CGT, courroie de transmission du PCF, jura de mettre le régime à genoux.

 

« En octobre 1947, Paris se retrouva sans transport public. Les mines étaient en grève, suivies par les aciéries, puis les chemins de fer. Il y eut des émeutes généralisées. Jusqu’à 3 millions de travailleurs étaient dans la rue. Des pénuries alimentaires survinrent : Paris reçut moins d’un dixième de son approvisionnement en farine et un quart du lait qu’elle recevait en temps normal. Des trains furent sabotés et des caches d’armes découvertes, provoquant des craintes d’insurrections. »

 

« Des troupes furent postées devant l’Assemblée Nationale et le gouvernement sollicita les pouvoirs d’exception pour mobiliser 80 000 réservistes. »

 

La France était prête à tomber dans les bras de Moscou. « De folles rumeurs circulaient prétendant que les Russes allaient parachuter des armes, comme l’avaient fait les Alliés pour la Résistance pendant la guerre. »

 

« Quatre jours et quatre nuits durant, du 29 novembre au 3 décembre 1947, l’Assemblée Nationale se réunit pour une séance ininterrompue dont la violence verbale n’a été égalée en avant ni après. Les communistes accusaient le gouvernement et ses défenseurs, dont la plupart avaient combattus dans la Résistance, d’être, entre autres, des « chiens couchants, de salauds, de Boches, des sangsues, des partisans de Goebbels, des fascistes, des meurtriers. ». Furieux face aux attaques menées contre Schuman, Mitterrand accusa le principal orateur communiste, Jacques Duclos, d’allumer un nouvel incendie du Reichstag. Un député communiste lui rétorqua que le gouvernement auquel il appartenait n’était composé que d’ « escrocs et de faussaires ».

 

Cette année-là, l’influence communiste atteignit son paroxysme, cependant la CGT se scinda, perdant une partie de ses adhérents pour la CGT-FO qui fut financée par des fonds US.

 

Aux élections de décembre 1955, le Parti Communiste avec 25% des votes et 150 sièges devint le parti le plus fort. Les poujadistes remportèrent 51 sièges. La SFIO, le MRP et la droite traditionnelle étaient à égalité avec environ 90 sièges chacun.

 

 

L’hégémonie communiste, après avoir atteint un sommet avec les 22,5% des voix de Jacques Duclos, à l’élection présidentielle de 1969 provoquée par le départ du Général. Defferre malgré le soutien de Mendès n’obtint qu’un piteux 5,1% des voix.

 

En dépit de l’écrasement du printemps de Prague par les chars communistes les fidèles du PC se mobilisaient.

 

Ce fut le chant du cygne, le PS de Mitterrand, la vue basse et stupide de Georges Marchais, le déclin de la classe ouvrière, la chute du Mur de Berlin, réduiront son influence à une peau de chagrin : le petit Laurent et son allié le vas-de-la gueule Mélanchon.

 

Symbole de la toute-puissance du PCF, le journal l’Humanité s’était installée le 1er avril 1947, au 37 rue du Louvre, siège de l’empire Prouvost : Paris-Soir, Marie-Claire acquis en 1937, Match en 1938. C’est un building à l’américaine, construit en 1934 : au sous-sol les rotatives et aux étages les rédactions.

 

L’industriel Jean Prouvost ayant eu la malencontreuse idée de devenir le commissaire à l’Information du gouvernement Pétain, poste dont il démissionne le 10 juillet alors que l’AN donne les pleins pouvoirs au Maréchal, Paris-Soir passant sous contrôle allemand, est frappé d’indignité nationale avant de bénéficier un non-lieu.

 

Il ne parviendra pas pour autant à récupérer ses locaux. Ce n’est qu’au début de 1956, date à laquelle l’Humanité s’installe au 2-6 Boulevard Poissonnière, que le tandem Béghin-Prouvost reprend possession des lieux, imprimant Le Figaro sur les presses de la rue du Louvre. La rédaction rejoint cette adresse en 1975 lorsque le titre est racheté par Robert Hersant. 30 ans plus tard le quotidien déménagera boulevard Hausmann.

 

Donc le 10 mars 1956, l’Humanité emménage boulevard Poissonnière dans les anciens locaux du quotidien socialiste Le Populaire qui s’y trouvait depuis les réquisitions de 1946. Les murs étant alors la propriété du Matin compromis dans la collaboration ?

 

Lors de l’écrasement de l’insurrection hongroise de Budapest, en 1956, sauvagement réprimée par les chars soviétiques, le 7 novembre des manifestants, très jeunes, souvent d’extrême-droite, tentent d’incendier le siège du journal.

 

« Les assiégés ripostèrent en déversant des seaux d’eau sur les flammes et en précipitant sur les assaillants tous les projectiles disponibles : plombs d’imprimerie, bien sûr, mais aussi bustes de Lénine ou de Karl Marx. Le culte de la personnalité a parfois son utilité ! Les camarades des banlieues appelés en renfort finissent par nettoyer le boulevard à coups de manches de pioche, tard dans la nuit. »

 

La culture de forteresse assiégée des communistes s’en retrouvera renforcée. L’architecture du nouveau siège du PC, œuvre du brésilien Oscar Niemeyer, place du Colonel Fabien, en porte témoignage.

 

Maria-Antonietta Macciocchi, correspondante à Paris du journal communiste du PCI L’Unità, en témoigne au tout début des années 60 :

 

« Les communistes français […] attendaient toujours une attaque de l’ennemi au siège de l’Humanité, une guerre exterminatrice, et ils épiaient à l’horizon le signe le plus insignifiant pour donner l’alarme […] Mais il ne se passa rien. Le soir venu, l’escadron qui faisait la ronde levait le coude et, faute d’épauler un fusil, d’ennui, buvait des canons. L’alcool provoquait de curieuses dissociations chez ces soldats de la presse assiégés par le néant. »

 

Le néant, c’est presque le destin de l’Huma qui, en mars 1989, face à une diffusion divisée par 4 depuis la Libération, s’est délocalisée à Saint-Denis, un des derniers bastions de la banlieue rouge.

 

Ironie du sort, en bas du 2-6 boulevard Poissonnière, il y a un Mac Do symbole de l’impérialisme américain si cher à l’époque aux inconditionnels du parti frère de l’URSS et de ses dirigeants si accueillants sur les plages de la Mer Noire.

 

Autre ironie, l’immeuble de la rue du Louvre, dont la façade a porté l’effigie de Staline lorsque le Petit Père des peuples est défunté en mars 1953, accueille deux divisions de la Banque de France l’héritière des 200 familles et HSBC, l’une des banques qui s’est illustrée tout récemment dans la pire des prédations.

 

Enfin, touche finale à cette chronique : la culture du manche de pioche qui a régné très longtemps sur les échanges amicaux entre l’extrême-gauche et l’extrême droite, surtout à la Fac d’Assas, après avoir atteint des sommets en mai 68 et les années qui suivirent, s’est éteinte. Y’a pas à dire, comme diraient les nostalgiques, c’était mieux avant…

 

Sources :

 

  • François Mitterrand Portrait d’un ambigu Philip Short nouveau monde éditions.

  • Souvenirs de Paris : Hauts Lieux disparus ce qu’ils étaient… ce qui les a remplacés.
Au siège de l’Humanité, « le soir venu, l’escadron qui faisait sa ronde levait le coude, et faute d’épauler un fusil, d’ennui, buvait des canons. »
Au siège de l’Humanité, « le soir venu, l’escadron qui faisait sa ronde levait le coude, et faute d’épauler un fusil, d’ennui, buvait des canons. »

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