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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 06:00
Après avoir bien mangé spaghettis au brocciu et bien bu mon 100% fait main du pur Sciacarellu nu je vais faire la mariennée à l’ombre d’un cocotier…

Je plaisante, en Corse il y a des palmiers mais pas de cocotiers.

 

Il est une expression « secouer le cocotier » dont peu de personne aujourd’hui comprennent le sens originel et beaucoup l’emploient à contre-sens pour qualifier une personne qui dérange l’ordre établi.

 

Cette expression remonte au XIXème siècle et elle puiserait ses origines dans le milieu de certaines ethnies polynésiennes où il était d’usage d’éliminer les vieilles personnes qui devenaient trop faibles pour grimper sur les cocotiers et réaliser la cueillette.

 

En argot « secouer le cocotier » c’est se débarrasser des vieux, faire de la place pour les jeunes et Galtier-Boissière dans « Mon journal dans la drôle de paix » en 1947 écrivait « Une fois de plus, l'Etat fait banqueroute, ruinant les braves gens qui lui ont fait confiance : les pensionnés, les retraités, les vieux sont délibérément sacrifiés. Ainsi qu'après chaque guéguerre, les gens en place secouent le cocotier… »

 

De nos jours, les DRH, après avoir parlé plaisamment de «dégraissage» font des plans sociaux qui mettent les seniors sur le carreau.

 

En politique, les jeunes loups surtout, rêvent de secouer le cocotier pour voir le chef et ses affidés tomber.

 

Mais revenons au sujet du jour : la mariennée.

 

Qu’est-ce ?

 

En Anjou, dans l’Anjou cher à Patrick de la Chaudefonds sur Layon, c’est « le repos de midi, la sieste après le repas et avant la reprise du travail « à chaque fois qu’il faisait mérienne, c’était la même chose… […] il rêvait » Étienne Pérochon, Nène.

Dans le Vendômois c’est la mérienne aussi et dans ma Vendée profonde : la mariennée sans doute parce que dans l’Aunis tout proche mérienner se dit « des brebis qui, à midi, se serrent toutes ensemble, la tête de l’une sous le ventre de l’autre, pour sommeiller, un peu à couvert du soleil » (in les mots du passé de Marcel Lachiver).

 

Mon pépé Louis, pendant tout l’été, faisait la mariennée à l’ombre du pailler.

 

Matisse - Intérieur à Collioure, la sieste -

 

Dans son opus « L’art difficile de ne presque rien faire » chez Denoël, Denis Grozdanovitch, qui vit entre Paris et la Nièvre, écrit à propos de la sieste méridienne :

 

« Le moment préféré de mes journées d’été demeure celui où, après le repas de midi, je m’achemine tranquillement jusqu’à notre ponton au bord de la rivière, sous le grand marronnier où j’ai installé mon hamac. Je m’y installe alors confortablement, un gros livre de philosophie (de préférence bien abstrus) à la main, et la lecture distraite d’une dizaine de ligne suffit amplement, en général, à me faire glisser dans ce que j’appellerais un sommeil de surface – très différent en cela de la profonde et souvent angoissante plongée nocturne – au cours duquel ma conscience, engourdie par une sorte d’agréable hypnose, continue d’enregistrer avec une sourde volupté le bruissement de la brise dans les feuillages, les dialogues entrecroisés et compliqués des oiseaux , le doux ronronnement du nid de guêpes dans l’aulne voisin et même le subtil friselis du courant le long des berges.

 

Je goûte alors – plaisir de la vraie vacance – au luxe suprême du demi-sommeil et de la demi-conscience qui sont les meilleures voies pour rejoindre ce fameux « cours des choses » si cher aux taoïstes de l’ancienne Chine, lesquels aimaient précisément à répéter que pour bien vivre il valait mieux ne vivre qu’à demi. »

 

L’auteur donne ensuite la définition par le Littré du mot « dormition » qui est un terme ecclésiastique, Le mot dormition, est utilisé, dans le vocabulaire chrétien pour désigner la mort des saints et des pieux fidèles, quand ce n'est pas une mort violente. Le mot cimetière exprime la même idée de sommeil provisoire.

 

Au son du Tango Corse, cher à Fernandel, après avoir mangé mes spaghettis au brocciu et bu un verre du vin nature de mon propriétaire « 100% fait main du pur Sciacarellu nu… »

 

« Qui n’en a pas goûté ne connaît pas l’île » affirme Émile Bergerat dans son livre Souvenirs d’un enfant de Paris 1887. Le brocciu ou encore broccio est une « friandise » qui se consomme tout au long de son vieillissement. Frais, il se prête à toutes les fantaisies, nature ou agrémenté de sucre, d’eau-de-vie, de fruit ou de confiture sur une belle tranche de pain. Avec l’âge, il s’affermit et son goût s’affirme, et alors le brocciu s’allie avec tous les moments du repas, chaud, froid, frit : entrées, légumes, pâtes, poissons, viandes, œufs et, bien sûr, desserts. »

Après avoir bien mangé spaghettis au brocciu et bien bu mon 100% fait main du pur Sciacarellu nu je vais faire la mariennée à l’ombre d’un cocotier…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

patrick axelroud 07/09/2015 16:56

La sieste a été sacrifiée sur l'autel de la productivité et de la rentabilité puis réhabilitée, de temps en temps par des gourous qui auraient observé qu'une sieste sur le lieux de travail améliorerait cette productivité. Autre temps, autre moeurs ! Et la roue tourne . A l'époque ou le prolétariat travaillait dans les champs ou sur les chantiers et s'en trouvait tout rougeaud il est était de bon ton pour ceux de la haute , leurs filles et épouse de présenter un teint d'albâtre chanté par les poètes et les amoureux transis . Quand au nom du progrès il fut cantonné au fin fond des mines, parqué dans les usines, enfermé dans des bureaux ces bienfaiteurs de l'humanité se devaient d'arborer un hâle ,que dis je, un bronzage de bon aloi témoignant de leurs loisir , en mer, au ski, etc.etc. Le plus ridicule fût le sieur Giscard dont pour une certaine classe la minceur et le bronzage était signe incontestable d'intelligence ! Simon LEYS observe un nouveau paradoxe qui n'arrange pas les choses : la condamnation aux loisirs forcés d'un chômage chronique et dégradant pour ce prolétariat ( paresseux, forcément paresseux ) pendant que " l'élite éduquée, dont les professions libérales ont été transformées en démentes machines à faire de l'argent, de condamnant elle même à l'esclavage d'un travail accablant qui se poursuit sans relâche - jusqu'à ce qu'ils crèvent à la tâche, comme des bêtes écrasées sous leur fardeau." In Le bonheur des petits poisons" en 2008.
P.S.
Dis donc Taulier, tu récidives ? Combien de fois devra t on te dire que le prix Goncourt 1920 se prénomme ERNEST et non Etienne ? Errare humanum est, perseverare diabolicum ! Non mais !

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