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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (7) : Eugène Tarpon, mon arsouille de père, se murgeait au Castelvin rouge 13°

Les protestations des rois de la vinification s’enlisèrent dans les sables infinis de mon indifférence. Pour les achever je leur assénai « Eugène Tarpon, mon arsouille de père, se murgeait au Castelvin rouge 13°, sur la fin en briques car c’était plus pratique. Un vrai mécène pour Pierre Castel mon paternel… Faudrait lui ériger une stèle ! »

 

Ils s'esclafèrent de concert. J'aurais pu leur montrer mon cul je suis persuadé qu'ils auraient affirmés avec une belle unanimité qu'il était beau.

 

Je fis mon Denisot en leur plaçant une histoire de blonde qui consulte son médecin :

 

- Docteur j'ai mal partout 

 

 

et, joignant le geste à la parole, elle posa son doigt d'abord sur son cou.

 

-  Aïe !

 

Puis sur sa poitrine.

 

- Aïe !

 

Puis sur son ventre.

 

- Aïe !

 

Puis sur sa cuisse.

 

- Aïe !

 

Et le praticien de lui dire :


- Vous êtes une vraie blonde et vous avez le doigt cassé...


Désolé !

 

 

Rires gras et commentaires gratinés.

 

Aussi bizarre que ça puisse paraître, moi, le couche-tôt, je tenais une pêche d’enfer. Je fis une proposition indécente à mes admirateurs-vinificateurs « Je suis preneur d’une horizontale d’un grand millésime de la crème des GCC de Saint-Émilion. »

 

Ce fut le plus beau flop de ma misérable carrière, seul un branleur dont j’ignorais le nom ironisa « demandez à Jean-Marc Quatrain il adore bourrer le moût des ignorants. C’est son fonds de commerce… »

 

Je me retins de lui rétorquer « et le droit bouchon ça existe aussi pour les cons ? »

 

À ce stade de la nuit, très proche du lever du jour, j’avais une folle envie de me retrouver dans un rade pourri pour siroter un expresso acide et m’empiffrer d’un croissant graisseux, marre de ce binz de faux-culs et de faux-semblants. Mais Bordeaux n’est pas Paris, la nuit on y dort. Après avoir récupéré et endossé des combinaisons au club d’Émilia nous partîmes à moto, à fond les ballons, au long de l’estuaire, par la rive droite, pour rejoindre l’une de ces petites cabanes montées sur pilotis d’où l’on descend les carrelets dans l’eau, située à Port-Vitrezay.

 

Port-Vitrezay, petit port de pêche charentais, se situe en retrait de Saint-Bonnet-sur-Gironde, au lieu-dit « Terres à Raimond », à l'ouest du marais Duchâtel, près du hameau de Vitrezay. Autrefois c’était aussi un petit port de commerce où transitaient vins, céréales et farine. Comme la plupart des ports estuariens des environs : Port des Callonges, Port-Conac, Port-Maubert, Port des Monards… il est de taille modeste et se déploie en bordure d'un chenal, qui forme l'extrémité du canal de la Comtesse, et vient se jeter dans l'estuaire de la Gironde.

 

La cabane était sans confort mais pourvue de tout ce qu’il fallait pour se restaurer. Nous avions acheté des croissants et du pain en passant à Blaye. Émilia nous prépara, sur le réchaud à gaz, un café filtre bien serré. Dans cette bogue posée, haut perchée, au-dessus des eaux de l’estuaire nous nous sentions coupés de tout, libres de nous laisser aller à déballer nos vies. Ce moment rare fut à nous, rien qu’à nous, ce nous dont j’ignorais à peu près tout. C’était la première fois que je trouvais face à moi une belle personne, je tentais de rattraper goulument le temps perdu.

 

Soudain sur la table le Smartphone d’Émilia s’ébrouait. Numéro inconnu, elle hésitait à répondre. Un étrange pressentiment me poussait à lui dire qu’il le fallait. Bonne pioche, c’était le Préfet. Elle me le passait. Ce cher homme couronné de feuilles de chêne voulait me voir de toute urgence. Il me demandait de me rendre à son bureau en fin de matinée, pour 12 heures 30 très précisément. J’acceptais en y mettant une seule condition non négociable : qu’Émilia se joigne à moi. Quoique surpris, face à ma fermeté, le représentant de l’État accepta.

 

Face à nos bols, dans cette cabane du bout du monde, loin du bal des vanités des 2 Rives, nous éclatâmes de rire.

 

Quel cataclysme avais-je donc déclenché pour que le Préfet en personne me convoque de vive voix à venir m’expliquer ?

 

Tout ce petit monde devait penser qu’il y avait anguille sous roche et que la venue d’un petit fouille-merde de mon acabit, fils d’un père vaguement gauchiste, risquait de mettre à jour des secrets enfouis…

 

Ça me trouait. Je soupirais d’un ton goguenard :

 

« Et si je me contentais de demander à ce cher Préfet de m’aider à identifier qui couche avec la baronne des Sables de Sainte Émilion ? »

 

Pour la première les joues d’Émilia se teintèrent de rose…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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