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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (6) : Je vous présente mon fiancé Eugène Tarpon, le privé pouilleux qui enquête sous les jupons de Saint-Émilion

Après avoir pris congé, de la manière que vous savez, Émilia et moi avons filé jusque Bordeaux pour rejoindre une fête. Nous l’avons fait sur son gros cube, une Ducati Diavel Titanium, bicylindres en L, 1198,4cc, 106 CV, un beau monstre en série limitée 500 exemplaires. Comme nous n’étions pas équipés de combinaisons Émilia ne poussa pas la bête fauve dans ses derniers retranchements mais je dois avouer que ce fut grisant de filer sur l’asphalte en l’enserrant fort par la taille. Comme la chevauchée de moto ne favorise guère la conversation, avant de nous joindre à la fête, nous en avons grillé une sur le quai des Chartrons afin de mieux faire connaissance.

 

Émilia me bluffa. C’était un oiseau rare.

 

Je me sentais gros et laid. Je le lui avouai.

 

Elle me répondit qu’elle s’en foutait.

 

Moi pas, je lui rétorquai-je en lui disant que je faisais mienne l’interrogation de Houellebecq, dans Extension du domaine de la lutte : « Au métro Sèvres-Babylone, j'ai vu un graffiti étrange : «Dieu a voulu des inégalités pas des injustices» disait l'inscription. Je me suis demandé qui était cette personne si bien informée des desseins de Dieu. ».

 

Oui Émilia son Tisserand c’était moi Tarpon Eugène de la seconde génération, un type « dont le problème – le fondement de sa personnalité, en fait – c'est qu'il est très laid. Tellement laid que son aspect rebute les femmes, et qu'il ne réussit pas à coucher avec elles. Il essaie de toutes ses forces, ça ne marche pas. Simplement elles ne veulent pas de lui… »

 

- Que sera sera… ce qui doit arriver arrivera me répondit-elle en m’entraînant par la main vers l’hôtel particulier où se tenait le pince-fesses.

 

Je dois avouer que, pour la première fois de ma putain de vie, je me sentais à l'aise prêt à affronter les zozos du marigot du beau Bordeaux des châteaux.

 

Là encore, dans cette volière de luxe, je pus mesurer le pouvoir d’attraction d’Émilia sur la faune des héritiers.

 

Ils bourdonnaient lourdement.

 

Elle les ignorait superbement.

 

Nous n’étions pas là pour des plans culs mais pour chaluter les ragots dans le marigot. Le Sonar d’Émilia nous dirigea sans hésitation vers le lieu le plus poissonneux où siégeait la nouvelle compagne de Michel Roncevaux, l’homme des plus beaux tonneaux de Bordeaux, monsieur 100/100. Je ne fus pas déçu du voyage, la pêche fut miraculeuse sans pour autant me donner le moindre indice sur qui pouvait bien coucher avec la baronne des Sables de Saint-Émilion.

 

Pour m’aérer les neurones je fis un raid en direction d’un splendide balcon donnant sur le fleuve. Des fumeurs y tiraient diverses fumées aux arômes pas toujours catholiques. Dans un coin, une grappe de winemakers échangeaient autour de Stéphane Detoutautourdelacour et, à ma grande surprise, j’étais leur sujet de conversation.

 

Plutôt que de disserter sur les raisins mûrs et sains ils se perdaient en conjectures sur mon intrusion dans le fleuve si tranquille de Saint-Émilion.

 

Étais-je là pour enquêter sur les dessous affriolants du nouveau classement ?

 

Quel était mon commanditaire ?

 

Pourquoi m’étais-je rendu à l’invitation du maître du Logis de la Caserne ?

 

Ce privé minable ne pouvait que nager en eaux troubles ?

 

Mais pourquoi était-il accompagné de la belle Émilia ?

 

Quelqu’un affirma que, selon le Nicolas qui ne dit jamais rien pour rien, il y avait là la main de la perfide et redoutable Supportable.

 

Un murmure de désapprobation courru à la seule évocation de ce nom honni de la Bordeaux Connection.

 

Émilia, qui m’avait rejoint discrètement, me tirait par le bras jusqu’à la brochette des rois de la vinification :

 

- Je vous présente mon fiancé Eugène Tarpon, le privé pouilleux qui enquête sous les jupons de Saint-Émilion…

 

Les princes de l'oxygène manquaient d'air, je les achevai en leur balançant : « Oui, Eugène Tarpon, un nom de poisson...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

patrick axelroud 17/08/2015 19:51

R.I.P. ( pourtant m'avait semblé le voir hier au cinoche faut qu'j'aille chez l'occuliste...)

patrick axelroud 17/08/2015 15:02

Dis donc Taulier, sauf erreur de flambard de TARPON avait un associé. L'aurait il fait disparaître pour tirer la couverture à lui ? Sois assuré que ce qui précède n'est en aucune façon une tentative de noyer le poisson.

JACQUES BERTHOMEAU 17/08/2015 15:32

Il s'agit de Tarpon Junior alors l'associé du père a aussi rejoint le royaume des ombres littéraires...

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