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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 07:00
Jean Lacouture, en 1991, quai de l'Horloge, à Paris. (Photo Robert Doisneau. Gamma-Rapho)

Jean Lacouture, en 1991, quai de l'Horloge, à Paris. (Photo Robert Doisneau. Gamma-Rapho)

Ce dimanche, sur cette terrasse ensoleillée, à déjeuner, face à elle, si belle, tout comme Paul Nizan dans Aden Arabie … je ne laisserais personne dire que mes 20 ans furent le plus bel âge de ma vie… Celui-ci, sans préavis, m’est tombé dessus le jour où je l’ai vu gravir, de son pas léger, des marches… qui était-elle… mon cœur déjà prisonnier allait rendre sans combattre les armes… embrasement… ne serait-il que passager ? Allait-il durer et allais-je tenir le choc de ce grand bonheur impossible ? Pourquoi venait-elle si tard ? Lui dire je t’aime relevait du rêve inaccessible. Alors l’aimer au fil des jours, tout simplement. Bonheur à chaque fois renouvelé que de la voir arriver, s’asseoir face à moi et de me glisser avec un plaisir non dissimulé dans mes habits de profiteur de bonheur. Élixir d’éternelle jeunesse, ce temps que je n’espérais plus me ravive, me fait vivre, et si elle prénommait son fils Arsène ? Ou pourquoi pas Andrea ? Mon imagination sans limite se nourrit d’elle mais, comme j’ai appris la patience, en flirtant un temps avec la jalousie, je garde mes mots, je les freine, les refreine, c’est si neuf, si éblouissant. Prendre les choses comme elles viennent, laisser le temps suspendre son vol, goûter, savourer, se laisser transporter par la musique en ce cabaret sauvage où elle est une reine que j’aime. Et si, au-delà de mes rêves, j’érigeais au bord de la mer, tout au bout de la dune, une grande maison pleine de lumière, offerte aux embruns, avec sa longue plage de sable fin où elle irait courir le matin… La voir aller et venir, vivre, sans crainte, sans contraintes, simple témoin ravi, toujours ébloui, au milieu de mes livres. Je capterais sa lumière, m’en infuserais. J’écrirais sans crainte.

 

Un post-it sur la porte du réfrigérateur « je t’aime… »

 

« Je me rappelle, étudiant, lorsque je lisais Polyeucte, je me disais : c’est de l’histoire ancienne, l’acte insensé d’un délirant, d’un possédé, un écho lointain des temps obscurs. Des gestes aussi extrêmes seraient inconcevables aujourd’hui au XXe siècle. Nous vivons dans des temps éclairés et modernes. Autour de moi – j’étais encore jeune –, toutes les voix me le garantissaient. Nous sommes toujours assurés, quel que soit notre siècle, de ne pas « retomber dans les erreurs d’autrefois ». Dans les années 1950, après les abominations de la guerre, nous redessinions le monde, dont nous ne doutions pas qu’il serait meilleur.

 

Et mes illusions d’étudiant se sont enfuies, une après l’autre. J’ai vu tomber les tours de Manhattan. J’ai vu un cameraman se faire sauter, avec son complice, pour assassiner le commandant Massoud, en Afghanistan. J’ai vu des attentats à Madrid, à Paris, à Londres, à Boston, à Gaza, à Mumbai, à Bagdad, à Alep, à Jérusalem, à Damas, à Beyrouth, à Tunis, à Paris encore, la tragédie au coin de chaque rue. Je sais qu’on fabrique, ici et là, des bombes portatives pour attentats-suicides, et qu’on les attache, parfois, à la ceinture des enfants, qu’il est ainsi possible de faire sauter à distance.

 

Je sais aussi qu’on ouvre parfois la cuisse d’un adolescent pour y introduire un explosif, et qu’on l’envoie marcher, en boitant, vers sa mort promise.

 

J’ai vu, l’année dernière encore, l’image de deux jeunes filles, dans l’État d’Uttar Pradesh, en Inde, pendues par une justice villageoise, parce qu’elles avaient été violées, ce qui les rendaient impures aux yeux ces indouistes intransigeants. Double et horrible peine.

 

Et d’autres abominations, un peu partout. Nous sommes toujours autrefois.

 

Et, quoi qu’on nous dise, qu’on nous parle de traditions millénaires, de relativité culturelle et de religions normatives, nous ne pouvons plus l’accepter. Ce n’est pas parce que les Aztèques pratiquaient les sacrifices humains que nous allons les remettre en faveur dans les environs de Mexico. »

 

Jean-Claude Carrière écrit, bien mieux que je puisse le faire, ce que furent mes espoirs de jeunesse et mon profond désappointement face à la pente de ce monde encore et toujours barbare. « À se demander si la violence – celle qui bâillonne, qui emprisonne et qui châtie, celle qui incendie (…) – n’est pas la preuve même de l’irréalité, de la fausseté d’un discours ; et même la seule preuve indiscutable (…). Nous pourrions dire avec certitude : celui qui, pour amener l’autre à sa croyance, à sa théorie, à sa vision des choses, utilise force et douleur est nécessairement dans l’erreur. Nous tenons là un critère qui ne souffre, peut-être dans l’histoire de notre monde, aucune exception. Il n’est pas possible d’imposer une vérité par la souffrance, à plus forte raison d’établir « la » vérité malgré elle. Aucune technique de cruauté n’y a réussi, n’y réussira. Pour la raison très simple que toute vérité qu’on impose, par le fait même qu’on l’impose, n’est pas, ne peut pas être une vérité. La raison du plus fort serait ainsi la pire. »

 

Glisser un signet dans son livre « tu es belle… »

 

Jean Lacouture est mort.

 

« Pour les journalistes, il était l’aîné de Gascogne. Il n’avait plus l’âge des cadets mais il en gardait la pétulance, le panache, le sens de l’amitié et une plume qui était comme la rapière de d’Artagnan, aussi rapide qu’acérée. Pour la gauche, il était une référence, dans ses convictions comme dans ses errements, qu’il rachetait par une sincérité pleine d’élégance. En tirant sa révérence vendredi, Jean Lacouture entraîne avec lui un pan de l’histoire de France, celle de la décolonisation, du gaullisme honni et respecté, du mitterrandisme ambigu, des grands hommes du XXe siècle et des journaux admirables de ces années-là, le Monde ou l’Obs, engagés et parfois pontifiants, boussoles faillibles mais aussi pièces d’orfèvre. »

 

« Avec De Gaulle, les Français « suivaient le grand druide dans la forêt pour aller couper le gui avec lui ». Avec Pompidou, « nous avons un conseil d’administration qui nous annonce le cours des valeurs mobilières »

.

« Son style d’écriture imagé, sensible à l’émotion et au détail, parfois emporté par son talent, exaspère les sobres. Ses scrupules humanistes énervent les tiers-mondistes. Son parti pris incommode les défenseurs de la neutralité, notion qu’il juge « absurde », car « toute enquête part d’un point de vue ». Pour autant, il a toujours nié être un journaliste militant et souligné que le reportage est par essence une menace « pour les idées qu’on s’était faites auparavant »…

 

Il confessera cependant avoir « à trois ou quatre reprises (…) tu certaines choses pour ne pas nuire à un certain camp », et notamment avoir minimisé les divergences au sein du FLN algérien, pour ne pas faire le jeu des adversaires de l’indépendance : « Une faute professionnelle », insistera-t-il. Sur la Révolution culturelle — imposée par Mao Zedong de 1966 à 1976 —, il fut banalement aveugle, déclarant : « Il me semble qu’à long terme, ce sera une action positive. » Cécité également très partagée à l’époque, il salue en 1975 l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges cambodgiens, puis tarde à constater leur dérive génocidaire, pour lui inimaginable venant d’intellectuels qu’il avait côtoyés. Reconnaissant dès 1976 ses torts sur le sujet, il s’efforce de les réparer… »

 

« J’ai pratiqué une information sélective en dissimulant le caractère stalinien du régime nord-vietnamien. Je pensais que le conflit contre l’impérialisme américain était profondément juste et qu’il serait toujours temps, après la guerre, de s’interroger sur la nature véritable du régime. Au Cambodge, j’ai péché par ignorance et par naïveté. Je n’avais aucun moyen de contrôler mes informations. J’avais un peu connu certains dirigeants actuels des Khmers rouges, mais rien ne permettait de jeter une ombre sur leur avenir et leur programme. Ils se réclamaient du marxisme sans que j’aie pu déceler en eux les racines du totalitarisme. J’avoue que j’ai manqué de pénétration politique.» Difficile d’être plus sincère.

 

Et pendant ce temps-là nos petits médiocres s’épanchent, s’étalent sur les pages de nos journaux d’été « Les policiers qui me rejoignent en août s'entraînent en juillet. Sinon, même sportifs, ils auraient du mal à grimper. Et je ne les attendrais pas, ce n'est pas dans mon tempérament ! »

 

Qu’est-ce qui vous fait vibrer ?

 

« La souffrance, la compétition, la beauté. J’aime la montagne. A vélo, je ne fais pas de sorties en plaine. Je m’ennuie sur le plat, il faut que ça grimpe. Je monte assis sur ma selle, en force, alors que je préfère les coureurs qui grimpent en danseuse, comme Contador. Quand je suis en vacances dans le Haut-Var, tous les matins, je fais 60 kilomètres et je franchis deux ou trois cols. J’aime les paysages, mes vélos, le bruit du boyau sur la route. Mon fils Jean vient parfois avec moi. C’est le seul de mes enfants qui m’accompagne ; les autres trouvent qu’il est trop dur de me suivre ! »

 

« Hollande?

 

Bayrou le voit dépourvu de ces attributs moraux qui vous posent le grand chef d’Etat : « Sur l'Europe, c'est criminel de (sa) part cette absence complète de virilité ». Attention ! Bayrou ne fait pas dans le Zemmour. S’il dénonce le manque de virilité de Hollande, c’est à la fois pour jouer de l’image d’un président dont les soucis du corps privé ont fini par attenter au corps public et dénoncer le fait que chez Hollande, l’apparence d’un accord conclu sur la Grèce vaut plus que la réalité de l’accord lui-même.

 

Bayrou dénonce en Hollande l’homme des plasticités successives, ce coussin politique qui prend la forme des événements plutôt que de les inspirer. Hollande est l’homme des accommodations plus que des ambitions. En cela, il manque de virilité. Peut-on dire que c’est mal jugé?

 

Sarkozy ?

 

Bayrou lui reconnait de la virilité : « Nous appartenons tous les deux à la race des grandes fauves. Indécourageables ». Mais Bayrou démonte le Sarkozy acculturé, ce qui rend ces indécourageables irréconciliables : « J'ai lu dans la presse qu'il disait lire beaucoup de livres. J'ai aussi lu qu'il regardait beaucoup de films. Ce que je sais c'est qu'on ne peut pas faire les deux en même temps ».

 

Hollande manque de virilité. Sarkozy manque de culture. Et Alain Juppé dans tout cela?

 

Parce qu’après tout, voilà des mois que dans les déjeuners en ville on évoque le rapprochement que les deux hommes auraient opéré depuis de longs mois, soudés par la volonté d’évacuer Nicolas Sarkozy du paysage politique français. »

 

Un petit bristol glissé dans sa boîte aux lettres « … nous nous retrouvons le 25 juillet pour déjeuner… »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

patrick axelroud 20/07/2015 08:16

Chaque âge a ses plaisirs dit on et chaque époque ses malheurs . Dans l'inventaire de l'horrible dressé par le Taulier on peut rajouter les bonzes qui s'immolaient par le feu lors de la guerre Vietnam ou de l'emprise chinoise sur le Tibet.ou encore les détournements d'avions très à la mode un temps pour différentes causes. Rien n'est réglé et l'imagination perverses des hommes est dans fin...

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