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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 06:00

Question : Kennedy est un personnage assez pauvre ?

 

Réponse d’Ellroy : Délibérément. C’est une coiffure.

 

Question : De Gaulle n’aimait pas du tout Kennedy, il le décrivait comme un play-boy et un garçon coiffeur. En France, lors de la parution de vos premiers livres, vous avez été qualifié d’écrivain de droite ou d’extrême droite. Pourtant vous dénoncer la chasse aux sorcières et le racisme. Comment êtes-vous perçu aux USA ?

 

Réponse d’Ellroy : De Gaulle avait beaucoup d’humour. Je suis content que le Chacal ne l’ait pas tué. Il y a eu plusieurs tentatives d’assassinat contre de Gaulle. Pour Kennedy, la première a réussi. Nos tueurs sont plus doués.

 

Les Américains se contrefoutent de l’opinion politique de leurs écrivains. La droite ne m’a jamais attaqué, ni la gauche. Une fois, une lesbienne radicale-féministe m’a traité de fasciste homophobe antisémite, et un journaliste d’antisémite, d’antimexicain et de néo-nazi. Pour le reste, rien, ni d’un côté, ni de l’autre. »

 

Les 3 Questions à James Ellroy tirées d’un entretien de James Ellroy mené par Bernard Sichère et Jean-Luc d’Asciano. Elles ont trait à John Kennedy dans American Tabloïd

 

Lire aussi «Je suis l'Aznavour de la littérature américaine» James Ellroy 

crédit photos Sandro Baebler pour Télérama et Edouard Caupeil pour Le Monde

crédit photos Sandro Baebler pour Télérama et Edouard Caupeil pour Le Monde

Perfidia, le premier tome de son second “Quatuor de Los Angeles”, vient d’être publié en France.

 

« Je vis entièrement dans le passé, la ville d'aujourd'hui, je ne la vois pas. »

 

Patchwork d’Ellroy mégalo assumé et fieffé réactionnaire tiré de :

 

 

Rendez-vous dans son repaire habituel, le Pacific Dining Car, un restaurant ouvert en 1921, quand la Cité des anges était en plein boom.

 

 

« Il est venu en coup de vent de sa maison dans les collines, où il peut s'isoler pour écouter Beethoven à fond. Et brûle d'envie d'y retourner au plus vite. Dans le restaurant baigné de pénombre, il s'est installé seul dans le vaste salon, les serveurs le traitent comme un roi. Il commande un cocktail de crevettes, l'engloutit vite fait, affalé dans son siège, et répond aux questions avec une expertise rare dans l'art de souffler le chaud et le froid. Quatre-vingt-dix minutes d'entretien sous tension. »

 

« Avec la tétralogie qu’ouvre Perfidia, je suis déterminé à tout rassembler, comme pour créer une cosmologie.

 

« C'est Dieu qui m'a guidé vers eux et m'a donné la vision. L'ensemble de la saga m'est apparu d'un coup. J'ai su qu'elle se composerait de quatre romans et que le premier s'appellerait Perfidia, comme une chanson d'amour de l'époque, magnifique et ensorcelante [popularisée par Xavier Cugat, on l'entend dans Casablanca, ndlr]. »

 

« Avec ce quatorzième livre, j’ai enfin compris le roman. J’ai en effet beaucoup réfléchi à ceux que j’ai lus enfant, pourquoi j’aimais les gros volumes, comme ceux de Dumas, que j’ai dévorés pendant les vacances à l’âge de 13 ou 14 ans, et comment certains pavés avaient décidément trop de gras, un ventre mou. J’en ai tiré des leçons. Comment ajuster le romanesque pour obtenir l’effet voulu, comme le cadrage au cinéma… 

 

« Mes livres sont gros et très maîtrisés, très méticuleux et bien exécutés. A la passion d’écrire, j’allie le sens de la concision, pour rendre les histoires aussi précises et effrénées qu’il est humainement possible de le faire. Pas un seul mot gâché. Un style riche et profond. »

 

« Durant trois semaines, Los Angeles vit dans la peur que les Japonais bombardent la ville. DCA, couvre-feu… Les gens sont effrayés. Tout le monde boit, prend des drogues, multiplie les histoires d’amour illicites et est passion­nément impliqué dans les affaires du monde. C’est une grande fête. Mais Perfidia est parfait comme titre. Cette magnifique chanson qu’on entendait à l’époque parle d’amour et de trahison. Or c’est ce que font les personnages. Ils aiment et trahissent : leurs amis, leur patrie, leurs idées, leurs convictions. »

 

Vous vous êtes décrit vous-même comme un enfant « raçophobe » et « xénophobe »…

 

  • Ça fait partie de mon passé. Je refuse d’en parler.

Vous l’avez écrit…

 

  • Je vous interdis de me poser cette question ! Vous m’avez bien compris ?

(Un ange passe, suivi de quelques autres…)

 

Alors : qu’est-ce que vos recherches vous ont appris sur l’ambiance raciale de l’époque ?

 

  • Je me suis rendu compte à quel point l'antisémitisme était virulent et insidieux dans l'Amérique de ces années-là. Les Juifs contrôlaient les banques, ils avaient créé le communisme… Personne n'appelait à les éliminer, comme en Allemagne, mais un discours plein de ressentiment s'insinuait partout, jusque sur les bancs du Sénat. L'époque était folle, l'Amérique sortait tout juste de la dépression et le populisme le plus délirant s'exprimait par l'intermédiaire de figures que l'on retrouve dans Perfidia : Gerald K. Smith, leader de la « croisade nationale chrétienne », et le père Charles Coughlin, un prêtre pro-nazi très influent. Je suis romancier. J'épouse le point de vue de mes personnages, je parle leur langue, j'utilise leurs mots. Je vis avec eux, à leur époque. Quand vous considérez les préjugés à l'œuvre dans Perfidia, vous devez penser au contexte. Mon personnage principal est un Irlandais catholique, il a vécu la guerre civile, il déteste les protestants. Les Chinois de Los Angeles, eux, haïssent les Japonais, le massacre de Nankin vient d'avoir lieu. Et, soudain, l'attaque de Pearl Harbor ! L'Amérique est prise d'une hystérie anti-Japon. Il faut les attraper – et, à la différence des Américains de souche allemande ou italienne, on peut les reconnaître dans la rue. Il n'y a qu'avec les Chinois qu'on peut les confondre. D'où l'idée grotesque des Japonais de se faire tailler le visage à coups de bistouri, pour avoir l'air chinois – enfin, ça, c'est moi qui l'invente… Mais l'époque était pleine d'idées franchement délirantes.

 

James Ellroy en quelques dates

1948 Naissance à Los Angeles.

1958 Meurtre de sa mère à El Monte, dans la banlieue de L.A. où ils viennent de s'installer. Le coupable ne sera jamais retrouvé.

1981 Brown's requiem, premier roman après des années de dèche.

1991 White Jazz clôt le « Quatuor de Los Angeles ».

1995 American Tabloid ouvre la trilogie « Underworld USA ».

1997 Adaptation de L.A. Confidential au cinéma, en compétition à Cannes.

2011 La Malédiction Hilliker, deuxième essai autobiographique, après Ma part d'ombre.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

patrick axelroud 10/05/2015 09:15

Tout a fait d'accord avec cette appréciation de Kennedy le premier homme politique vendu comme un produit de beauté avec la maffia comme agent publicitaire ! Il faut entendre Guy BEDOS raconter son aventure alors qu'avec Sophie DAUMIER ils étaient dans le même avion vers New York que Kennedy et ses hommes de main.Il a cru être invité avec elle par Kennedy quand les sbires ont précisé pas vous, la jeune femme. Et BEDOS termine son histoire :Alors vous savez, Kennedy, l'ami des jeunes...
L'avis de De GAULE est comme souvent cinglant mais approprié.
En beaucoup moins crapuleux certes , OBAMA après deux mandats et un piètre résultat ( La promesse de supprimer cette honte que constitue Guantanamo - crime contre l'humanité? - ou l'amélioration de la condition des noirs ) apparaît avec son élégance,son incontestable charme, sa grâce - il faut le voir se mouvoir-, comme un " mannequin cabine " une gravure de mode. Piètre bilan après avoir été porteur d'un tel espoir !

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