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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 06:00
« Trente nuances de gros rouge » : « Le premier qui bouge, j’le sulfite ! »

Ce petit livre rouge j’l’ai lu en soirée d’un trait à la terrasse d’un bar culte de Montparnasse accompagné d’un tartare et d’une Pilsen Urquell.

 

« Les tempes cendrées, le cheveu rare, un léger relâchement de la sangle abdominale – l’embonpoint en appui sur la ceinture – le geste à peine plus lent… » … des qui ont en leur jeunesse soixante-huitarde été de « sacrés rebelles qui se permettaient de parler à table sans y être invités, qui disaient « vachement » à tout bout de champs… »… des qui ont eu « des cheveux longs et gras, des jeans moulants, des chemises fleuries »… des qui ont eu une 4L version TL… des qui ont eu une tente labellisée étanche et inviolable au système de fermeture à base d’épingles à linge, estampillée « Goulague »

 

Bande de mâles ripailleurs patentés, soiffards tendance plutôt naturiste, adeptes de virées, présentement représenté dans ces menus récits par Philippe Quesnot.

 

Qu’en dire ?

 

Que j’ai goûté tout le piquant et la saveur du compliment du mec qui sert à Nicolas de Almeida, leur hôte, un « Monsieur – vraiment – merci beaucoup pour ce repas exceptionnel que vous nous avez offert, surtout quand je pense à la somme que nous aurions dû débourser dans un restaurant ! »

 

Que pour la séquence pneu percé et maréchaussée je me suis franchement bidonné : « Jacques me signalait, à toutes fins utiles, qu’une certaine Mano, prostituée de profession, entretenait des rapports forts douteux et même sodomites, me semble-t-il, avec une ribambelle d’ouvriers de l’usine Peugeot. Il ne précisait pas si cela était valable pour l’ensemble des sites de production de la marque au lion, ou applicable uniquement au siège social de Sochaux… »

 

Itou pour la traversée de Paris en Vélib direction 13e en sortant du Verre Volé « je sentais poindre en moi l’esprit de Christophe Colomb, une forme d’espoir désespéré face à cette aventure totale, ce saut dans l’insondable nuit parisienne. Reverrions-nous un jour nos êtres aimés ? Existe-t-il une vie au-delà du treizième arrondissement ? »

 

Et ce couple venu se coller à eux lors d’une halte au cours d’une escalade initiatique, qui, après les avoir vu s’enfiler « un petit en-cas diététique » : terrines de pâté, rillettes, saucisson… arrosé d’un « Rosé d’un jour 2001 de Mark Angeli en apéro, le blanc d’Hervé Souhait 2000 pour garder la bouche fraîche et Briand 99 de Gérald Oustric en dessert. » qui leur lançait « des SOS désespérés du regard » les suppliants « de déverser par mégarde dans leurs gobelets en plastique quelques gouttes de notre breuvage en lieu et place de cet horrible liquide inodore et sans saveur qui occupait tout l’espace de leur gourde, guettant, tels deux piafs affamés, le morceau de pain que nous abandonnerions chargé de sa strate de rillettes. »

 

La vengeance est un plat qui se mange froid arrosé de « flacons douteux, voire exécrables », que l’auteur « traque sans relâche » en se renseignant « sur les millésimes les plus pauvres des vignerons les plus incompétents » dans les foires aux vins des grandes surfaces en repérant ici et là la pépite qu’il ouvrira lors de petits repas et qu’il leur présentera de façon ostentatoire.

 

L’art et la manière de la formule percutante pour prôner le magnum comme unité de mesure « 75 cl, même chez les Quakers c’est peu, alors pour une tablée de 10, c’est une gourde pour un troupeau de dromadaires au sortir du Ténéré. »

 

Ou cet « autre atteignant instantanément la transe du derviche-tourneur à la simple vue d’un magnum de Selosse. »

 

Finir par le mythique Château Moulin Pey Labrie 1961

 

«L’immense souvenir que je garde de cette soirée, c’est précisément ce vin que Grégoire avait trouvé dans la cave de son domaine au moment de son achat, la saveur incomparable du perdreau, sa peau craquante aux légers aromes de brûlé caramélisé, cédant pour une chair juteuse et chaude à la cuisson à peine rosée qui m’envahissait la bouche, le sucré de l’oignon s’opposant au calciné amer, l’amalgame en bouche des trois composants soutenus par le velours du merlot dans toute sa splendeur. Si je n’étais point mécréant, ces instants proches de la jouissance et attestés du sceau de la gourmandise m’auraient immédiatement portés à réserver ma place pour une confession en place publique, suivie d’une séance de flagellation mortifère. Mais au lieu de cela, j’en repris deux fois et sauçai le plat, sans plus penser au salut de mon âme. »

« Trente nuances de gros rouge » : « Le premier qui bouge, j’le sulfite ! »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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