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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 00:09
Pourquoi cette soudaine danse du ventre autour des vins nus ?

D’abord il y eut le temps du mépris, de l’ignorance, puis vint celui des tirs qui se voulaient ravageurs type grosse Bertha, des railleries, voire des insultes, des pugilats, il y eut même des excommunications, certains parlaient de schisme, mais en dépit de la disproportion des camps, le bruit médiatique tournait doucement et sûrement en la faveur des ultras-minoritaires et voilà qu’aujourd’hui, en un soudain revirement de jurisprudence, sentant le vent de la tendance se retourner, des ouvriers et des ouvrières de la 25e heure, en se tortillant le popotin, se livrent à une étrange danse du ventre autour des vins nus. Beaucoup de ces Paul sur le chemin de Damas ont bien du mal à cacher que leur soudaine conversion a des motivations très mercantile : la nouvelle chalandise, souvent taxée de boboïste, est tout compte fait bonne à prendre. Mieux vaut donc la caresser dans le sens de ses beaux poils friqués à l’instar d’un Gainsbourg face à la vague yéyé.

 

Denise Glaser

Quand vous parlez des jeunes gens qui chantaient, alors cette fois il n'y a pas trois ans mais il y a deux ans, vous me disiez : « Je suis en train de m'apercevoir que leurs blousons - qui est un vêtement pour aller tous les jours, enfin pour vivre tous les jours - que leur vêtement est doublé de vison et que il serait peut-être intéressant de le retourner ».

 

Serge Gainsbourg

Le mien.

 

Denise Glaser

Oui, un jour vous m'avez dit ça ; « je vais retourner le mien ».

 

Serge Gainsbourg

Ma veste est doublée de vison.

 

Denise Glaser

Vous l'avez retournée ?

 

Serge Gainsbourg

Oui, ça y est, c'est fait.

 

Ce tout petit monde des réseaux sociaux du vin, qui se regarde surtout le nombril pour se persuader d’exister, paraît bien vain. En effet, force est de constater que la part de voix de tous ces prescripteurs autoproclamés ne dépasse guère la limite étroite de leur pré et que leur influence est donc fort limitée. Y’a un côté cour de récré, avec ses clans, ses inimitiés, ses copinages, ses fâcheries, ses rabibochages et, comme on le dit chez moi, ça ne pisse pas loin. Rassurez-vous, j’en suis, je ne place pas hors du champ de jeu, j’ai mes têtes et je les cible, parfois je participe à quelques pugilats sur Face de Bouc mais de moins en moins souvent. Cependant, contrairement à beaucoup, je n’ai rien à vendre, je ne suis ni dégustateur, ni prescripteur, ni caviste et vu mes heures de vol je n’ai plus rien à prouver. 10 ans sur la Toile ça donne du recul et je dois avouer que je ressens un certain plaisir à voir beaucoup de mes chers collègues s’essouffler ou brasser toujours les mêmes sujets jusqu’à plus soif. Ça ne relève même pas du marronnier mais plutôt d’une recherche éperdue du fameux buzz. En remettre une couche sur les affreux vins nus, ceux qui ont du poil aux pattes, sentent le foutre de lièvre et la petite culotte de la fermière, permet de redonner des couleurs à une audience bien pâlichonne.

 

Ces asticotages n’ont guère d’intérêt.

 

À partir du moment où un vin est sur le marché, car loyal et marchand, le buveur/payeur n’en a rien à foutre – c’est le cas de la dire – rien à péter des avis de ces juges aux excellences. Qu’il ait une tronche un peu trouble, qu’il frétille du popotin, qu’il pète, qu’il soit adulé par les hipsters ou les jeunes bobottes, que son père le vigneron porte des tongs ou des Richelieu, qu’il plaise ou non à Pousson, qu’il pousse la vieille RVF à draguer les résistants en peau de lapin, qu’il permette à B&D de faire ou non leur beurre, qu’il incite des blogueurs des deux sexes à se masturber gaiement ou tristement, ça ne fait ni chaud, ni froid aux abrutis comme moi car moi je bois ! Oui je bois, vieux con que je suis, toujours en bonne compagnie, et croyez-moi nous ne nous privons pas de nous foutre de la poire de ceux qui veulent nous imposer leur critère du bien boire.

 

Lâchez-nous les baskets !

 

Ce qui m’étonne dans ces petites joutes picrocholines c’est que pas grand monde prend en compte l’essentiel : les réelles perturbations provoquées par les vignerons de vins nus et autres vins différents dans l’équilibre d’un système à la française qui se veut bien huilé comme une démonstration de Vin&Société. Quand est-ce que ce beau monde va arrêter de nous gonfler avec cette histoire de Rafales ? Que le secteur du vin pèse lourd dans la balance ce n’est pas moi qui vais le contester mais il me semble que pour un produit de haute culture il serait plus pertinent d’utiliser d’autres images.

 

Revenons aux turbulences des trublions.

 

 

Pourquoi cette soudaine danse du ventre autour des vins nus ?

Pour illustrer mon propos je vais vous conter la fable du petit caillou dans la chaussure.

 

Un fermier avait une très jolie fille et les hommes venaient de très loin pour lui demander sa main, mais, respectueux des traditions, il voulait être sûr que sa fille aurait un mari qui subviendrait à ses besoins – fort, raisonnable et diligent.

 

Le père arrêta son choix sur trois jeunes garçons et leur posa une simple question : « Si vous travaillez dans les champs et que vous trouvez un caillou dans votre chaussure, pendant combien de temps travaillerez-vous dans cette condition ? »

 

Le premier jeune homme, sans réfléchir, répondit « Je peux travailler toute la journée en ignorant le caillou dans ma chaussure jusqu’au coucher de soleil. Je suis robuste et je pourrai supporter la douleur.»

 

Le fermier acquiesça et se retourna vers le second jeune homme, qui en rajouta : « Je peux faire la même chose, mais je sifflerai pour montrer que le caillou ne me dérange pas le moins du monde ! J’ignorerai la douleur. »

 

Le fermier se retourna vers le troisième jeune homme, qui déclara : « Je ne peux pas travailler une seule seconde avec un caillou dans ma chaussure».

 

Mais avant que les 2 autres pensent avoir partie gagnée, ce dernier ajouta « Je m’arrêterai, retirerai le caillou de ma chaussure et continuerai à travailler comme je l’ai toujours fait. Ainsi à la fin de la journée, mon épouse n’aura pas à laver une chaussette pleine de sang. »

 

Lui et la belle fille du fermier se marièrent au printemps suivant.

 

La morale de cette histoire est que souvent il ne s’agit pas d’être le plus fort ou d’être le plus entêté – quelque fois il s’agit d’être plus intelligent, plus subtil, et un chouia malin.

 

Le petit caillou des vins nus et de leurs cousins germains, le deuxième opus de Tronches de Vins ratisse bien au-delà la stricte frontière du « nature », dérange le confort du discours dominant qui, sous le couvert du poids économique du secteur, mélange les torchons et les serviettes. Sous les grandes ombrelles des AOC ne se cachent plus forcément des vins indignes, comme je l’avais écrit dans l’introduction de mon rapport de 2001, mais des vins qui ne sont que d’honnêtes IGP sans grand caractère, bien fait au sens de l’œnologie moderne, des ni-ni : ni vin d’artisan, ni vin industriel, écoulés dans les rayons de la GD à des prix minables qui ne sont pas en rapport avec les exigences d’une véritable AOC.

 

Le choix de Vin de France par la grande majorité des vignerons qui n’entrent pas dans le grand moule ou qui ne veulent pas se soumettre à son formatage, ne relève pas seulement du pied-de-nez, du goût de la provocation d’une bande de va-nu-pieds adeptes du laisser-aller. Ces vignerons ne sont pas que de gentils rêveurs qui ne savent pas compter ou une bande de militants qui veulent en découdre avec le système. Ce sont des vignerons à part entière confrontés à l’obligation de vendre leur vin. Si ceux-ci trouvent preneur je ne vois pas en quoi il faille les considérer comme hors-jeu, les exclure des cénacles dit représentatifs. C’est encore plus vrai pour ceux d’entre-eux qui, contre vents et marées, tracasseries en tout genre, rebuffades, se maintiennent dans le giron de leur appellation, loin de la dévaloriser, comme ils se situent le plus souvent dans le haut du panier, ils apportent un plus à la notoriété de celle-ci. Qu’ils soient des emmerdeurs, des empêcheurs de tourner en rond, des originaux, c’est l’évidence mais pour moi c’est une chance. Dans ce fichu monde mondialisé, uniformisé, sortir de l’uniformité, être original, c’est de la création de valeur. Une valeur territorialisée, le fondement même de ce qui fut l’origine.

 

Tout cela va bien donc bien au-delà des piapiapas des experts en tout genre, des intermédiaires, des conseilleurs, des vendeurs de produits en tout genre, des œnologues, des winemaker, des restaurateurs, des journalistes, des blogueurs, sur l’avenir des vins nus pour bobos, bobottes et autre engeance urbanisée face au rouleau compresseur des autres vins, auxquels on a du mal à accoler un qualificatif, destinés soit au petit peuple pousse-caddie ou soit à ceux qui peuvent s’acheter des étiquettes pour éblouir le populo.

 

Rassurez-vous, comme toujours, même si ça déplaît à ceux qui l’abhorrent, c’est le marché qui arbitrera le match, pas la danse du ventre des nouveaux convertis ou l’exécration des amortis : en effet si les déviants versent dans le fossé nul n’ira les ramasser et si les vins tous faits pareils se font tailler des croupières par la concurrence ce sera bien évidemment de la faute à loi Evin ou autre bouc-émissaire.

 

En effet, ce qui me semble important c’est de souligner que ces vignerons différents sont, à leur manière, et à leur place, des innovateurs car ils reprennent ou tentent de reprendre en main leur destin en se dégageant de l’emprise des grands systèmes massificateurs verrouillés par les multinationales et la distribution de masse. C’est en cela qu’ils sont pour moi un petit caillou dans la chaussure de ceux qui n’ont de cesse de les exclure du jeu car ils se placent là où ça fait mal : montrer que les vins de masse français sont des vins de masse comme les autres et que les parer des artifices d’un terroir qui ressemble de plus en plus à une fermière sur une boîte de camembert ne trompe plus grand monde dans notre vaste monde mondialisé.

 

Savoir boxer dans sa catégorie est le seul moyen de lutter à armes égales, c’est ce que nous avions écrit dans Cap 2010, et ces lignes n’ont guère vieillies à la différence de ceux qui les ont combattues et enterrées. Satisfaits ils dorment. Surtout ne les réveillez-pas ils ont l’éternité devant eux… D’ailleurs, ils n’ont pas trop de soucis à se faire vu que les minoritaires, comme tous les minoritaire, adorent se tailler entre eux des croupières à l’instar de ce que fut feu le PSU. Un exemple d’actualité parut dans Vitisphère : Bordelais un jour bordelais toujours Yvon Minvielle : « les vins natures portent atteinte à la représentation des vins en biodynamie »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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berthomeau 22/03/2015 10:40

Bonjour à vous,

L'état des lieux ne change pas et reste très pertinent. C'est terrible mais ce pays n'arrive pas à concevoir ce qu'il pourrait réaliser.
Nous devons seulement nous en remettre au marché. Ce qui est bien mais a quand même ses limites. Bob Dylan a justement dit: "Il faudrait arrêter de confondre ce qui se vend de ce qui est bien".

Sur le commentaire je ne peux le laisser passer. Je faisais déguster au Grenier, et j'ai croisé le Claude en question. Je ne le connais pas, mais j'étais surpris. Je pense que sur la connerie c'est un expert. Normal. Mais Grenier n'est pas un laboratoire pour lui. C'est une réserve d'Indiens. Et J'imagine sa pensée qui doit se rapporter au fait que tout bon Indien est un Indien mort.

Donc l'objectif serait pour tout ce beau monde de nous redonner de l'utilité. Un sens, du respect, de l'écoute... Au BIVB, le "gouvernement" du vin, la fin de désobéir de Thoreau:

" L’autorité du gouvernement, même de celui auquel je veux bien me soumettre — car j’obéirai de
bon cœur à ceux qui ont des connaissances et des capacités supérieures aux miennes et, sur bien des
points, même à ceux qui n’ont ni ces connaissances ni ces capacités — cette autorité est toujours impure.
En toute justice, elle doit recevoir la sanction et l’assentiment des gouvernés. Elle ne peut avoir sur ma
personne et sur mes biens d’autre vrai droit que celui que je lui concède. L’évolution de la monarchie
absolue à la monarchie parlementaire, et de la monarchie parlementaire à la démocratie, montre une
évolution vers un respect véritable de l’individu.
Le philosophe chinois lui-même avait assez de sagesse pour considérer l’individu comme la base
de l’Empire. La démocratie telle que nous la connaissons est-elle l’aboutissement ultime du gouvernement
? Ne peut-on franchir une nouvelle étape vers la reconnaissance et l’établissement des droits
de l’homme? Jamais il n’y aura d’État vraiment libre et éclairé, tant que l’État n’en viendra pas à reconnaître
à l’individu un pouvoir supérieur et indépendant d’où découlerait tout le pouvoir et l’autorité
d’un gouvernement prêt à traiter l’individu en conséquence. Je me plais à imaginer un État enfin, qui se
permettrait d’être juste pour tous et de traiter l’individu avec respect, en voisin ; qui même ne trouverait
pas incompatible avec son repos que quelques-uns choisissent de vivre en marge, sans se mêler des
affaires du gouvernement ni se laisser étreindre par lui, du moment qu’ils rempliraient tous les devoirs
envers les voisins et leurs semblables. Un État, qui porterait ce genre de fruit et accepterait qu’il tombât
sitôt mûr, ouvrirait la voie à un État encore plus parfait, plus splendide, que j’ai imaginé certes, mais
encore vu nulle part."




Cordialement
Alice de Moor

sylvain 19/03/2015 11:09

cela me rappelle une histoire du temps ou j'étais caviste. Alors que je dégustais au Grenier Saint Jean à Angers, je croise Claude, un ami, qui maintenant a des responsabilité au BIVB.
Salut Claude, que fais tu là ?
Claude un brin innervé me répond : font chier tous ces cons !
Et moi de lui répondre : détrompe toi, ils sont ton laboratoire de recherche et développement et en plus ils ne te coûte pas un rond !

C'était il y a maintenant quelques années, les choses ont certainement évoluées !!!

olivier de moor 22/03/2015 11:00

Petite erreur: Ce n'est pas ma femme mais olivier qui ai envoyé ceci

olivier de moor 22/03/2015 10:20

Le double sens des chansons de notre Gégé ; la voix en écho pour ce double sens:

" Ne les réveillez pas "

https://www.youtube.com/watch?v=PJrkRL5JYNA

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