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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 00:09
« L’ambassadrice d’Uruguay montre sa culotte à Buckingham Palace » tribulation d’un cordon bleu chez Franco, Brejnev et la Queen Élizabeth II « Aujourd’hui caviar, demain sardines »

S’il est un livre dont j’ai savouré chaque page, dont je me suis délecté en souriant, c’est bien «Aujourd’hui caviar, demain sardines» de Carmen et Gervasio Posadas, aux éditions de l’Épure. Sœur & frère, enfants de l'ambassadeur d'Uruguay, dotés d’une mère capable « avec quatre sous, beaucoup d’imagination et en mettant tout le monde à l’ouvrage, du premier au dernier membre de la famille (d’où le Posadas Inc.), pour nettoyer, peindre et cirer… capable de transformer une ruine en ambassade de rêve. »

« L’ambassadrice d’Uruguay montre sa culotte à Buckingham Palace » tribulation d’un cordon bleu chez Franco, Brejnev et la Queen Élizabeth II « Aujourd’hui caviar, demain sardines »

Madame l’ambassadrice d’Uruguay était aussi un cordon bleu capable de faire prendre des vessies pour des lanternes à ses invités pour pallier les petits moyens que leur octroyait leur Ministère des Affaires Étrangères. Ainsi, son gâteau de fausse langouste confectionné avec de la lotte était du plus bel effet présenté avec des carapaces de langoustes vides qui pouvaient resservir plusieurs fois. Plat dont raffolait le redoutable Manuel Fraga Iribarne, Ministre du Tourisme et de l’Information sous un Franco qui commençait à sucrer les fraises, membre du conseil des ministres qui refusa la grâce à Julián Grimau, dirigeant du Parti communiste Espagnol, arrêté, torturé, défenestré, condamné à mort et exécuté en 1963 que Fraga qualifiera alors de criminel et justifiera son exécution. En 1964, il se baignera à Palomares sur la côte d'Almería à l'endroit où un avion militaire américain a perdu accidentellement quatre bombes H, pour y démontrer que les eaux n'y sont pas polluées par la radioactivité.

 

« … quelles que soient mes résolutions, chaque fois que je viens ici, je mange comme un ogre… c’est impossible de respecter un régime. »

« Nous supposâmes qu’il s’agissait du régime alimentaire, car il commença immédiatement à manger et se resservit de l’entrée le fameux gâteau de fausse langouste… »

 

L’humour est au coin de chaque page, pour preuve l’épisode d’un déjeuner chez une vieille marquise, l’une des plus célèbres de Madrid, dans un palais décrépi, aux murs recouverts de Greco, Velasquez et Goya, où elle fut accueillie par un majordome dont la bouche « s’ornait d’une moue de lassitude et d’un mégot » lui contant l’histoire de la rencontre de Fabiola « fille des marquis de Cas Riera, l’une des meilleures familles de Madrid… Je n’ai jamais vu fille aussi laide et avec aussi peu de grâce… Comme elle était très croyante, tout le monde pensait qu’elle entrerait au couvent… » et de Baudoin au ski en Suisse. Celui-ci « très croyant voulait à tout prix se trouver une fiancée en Espagne parce que c’est le pays le plus catholique du monde et il eut la chance de tomber sur la femme la plus catholique d’Espagne. »

 

« Je suis allé au mariage à Bruxelles. C’était spectaculaire. La robe de la mariée était une merveille de Balenciaga, mais Dieu que la mariée était laide. Je ne sais ce que l’on va penser dans le monde d’une reine aussi peu gracieuse… »

 

  • Vous savez comment on appelle maintenant les 2cv Citroën ? demanda l’une des invitées qui n’avait pas ouvert la bouche jusque-là.

  • Comment ?

  • Les Fabiola, parce qu’elles sont très laides, mais très fiables.

L’épisode moscovite est aussi un petit bijou que nos petits enfants pour qu’ils puissent mesurer ce qu’était l’enfer bureaucratique de l’ex-URSS.

 

« Ce pays devrait s’appeler l’Union bureaucratique. Il faut tout faire par l’intermédiaire de l’UPDK qui est l’organisme du Ministère des Affaires étrangères chargé de s’occuper des ambassades, évidemment avec ces initiales, on dirait plutôt une annexe du KGB. Vous voulez un menuisier ? UPDK. Vous voulez une voiture ? UPDK. Vous voulez faire réparer votre voiture ? UPDK, madame et quand on s’adresse à eux, ils disent toujours que ce qu’on demande est très difficile et qu’ils ne savent pas combien de temps ça va prendre. »

 

L’épisode du « domovoï » (revenant) de la résidence est aussi très drôle. L’ancien propriétaire, un commerçant riche à millions, « un porc réactionnaire » tomba amoureux de la plus belle des « zingari » (bohémienne) avec « d’immenses yeux verts de chat ». De retour plus tôt que prévu d’un voyage il la trouva dans les bras de l’un des zingari. Il les tua tous les deux sur place et « il donna le cadavre de l’amant à manger aux chiens et celui de la femme… il le découpa en morceaux et le fit brûler dans la cheminée de la bibliothèque. »

 

La recette du poulet à la Kiev, farci de beurre fondu, plat phare de la cuisine russe, délicieux, servi au restaurant Berlin, datant d’avant la révolution et qui gardait « son ancien charme, avec ses grands miroirs, ses candélabres et ses fresques du XIXe. »

 

À la recherche de l’Archipel du Goulag de Soljenitsyne :

 

« À l’entrée de ce qui était autrefois le quartier chinois (à côté des murs du Kremlin à quelques cinquante mètres de la fameuse Lubianka, le siège du KGB) se trouve un marché clandestin de copies artisanales de livres interdits, que l’on appelle « samizdat »

 

« Cela semble incroyable, mais il (son mari l’ambassadeur) raconte qu’un jour, il a rencontré là-bas Molotov, celui du cocktail, le célèbre ministre des Affaires étrangères de Staline, qui est aujourd’hui dans la disgrâce la plus totale. Ce que Luis n’a pas réussi à savoir, c’est s’il vendait de la littérature interdite, s’il en achetait, s’il promenait tout simplement sa nostalgie au pied du Kremlin ou s’il cherchait à se procurer un kilo d’oranges en contrebande »

 

« Ici, en Union Soviétique, il y a beaucoup de restrictions, de manques et d’incommodités, mais si tu ne cherches pas les problèmes et si tu regardes ailleurs, tu peux avoir une vie assez tranquille : les gens ont un logement assuré, même s’il est insalubre ; l’électricité et le chauffage ne coûtent pas cher et les gens travaillent très peur. Comme ils disent par ici : « Nous faisons semblant de travailler et l’État fait semblant de nous payer. » Mais si on affronte le système, la vie devient un enfer : harcèlement, perte d’emploi, prison et dans le pire des cas, traitement de « rééducation » en clinique psychiatrique. »

 

Mais le bijou d’humour est les pages consacrées à la présentation à la Queen Élizabeth II qui n’aime que les couleurs « vivacious » ou gaies. Donc pas de noir, « dans ce cas, elle pensera immédiatement que vous êtes en deuil, et elle vous présentera ses condoléances, ce qui serait une gaffe (en français dans le texte) très désagréable qu’il nous faut éviter. »

 

Je brûle de vous raconter l’épisode, mais je ne le ferai pas, vous laissant le soin d’acheter le livre pour 18€ seulement pour le découvrir tout à la fin de l’opus.

 

Accueillie à Buckingham par Lady Pirrit qui « aimait aussi les couleurs vivacious. Elle portait une très élégante robe en taffetas jaune poussin et un châle jaune canari… » l’ambassadrice avait choisi « pour l’occasion une robe en voile de mousseline fuchsia, très léger et printanier » qui lui allait très bien. Elle portait « bien entendu les gants règlementaires ainsi qu’un chapeau blanc et pour tout ornement, une longue et fine chaîne en or qui m’arrivait jusqu’à la taille et d’où pendait une médaille qui avait appartenue à ma mère. »

 

Alors pourquoi diable « Embassador’s Wife shows Knikers to the Queen? »

 

  • Petits incidents de travail qui arivent, me dit-elle (la Queen) avec un doux sourire, moi aussi j’en ai eu quelquefois “So, don’t worry, mistress Pilladas”.
« L’ambassadrice d’Uruguay montre sa culotte à Buckingham Palace » tribulation d’un cordon bleu chez Franco, Brejnev et la Queen Élizabeth II « Aujourd’hui caviar, demain sardines »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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Luc Charlier 20/03/2015 08:30

La France est un grand pays d'élevage et de cavaliers. Je monte moi-même moyennement bien à cheval. J'ai appris (après une chute initiale qui m'a cassé le bras gauche) dans un petit manège démocratique (oxymoron) à la Côte belge, dont le propriétaire - formidable cavalier lui-même - avait été le "piqueur" de la cour de Belgique, ayant notamment mis Baldovinus primus en selle. Il DETESTAIT Fabiola de Mora y Aragon car celle-ci avait fait supprimer - d'après lui - les écuries royales à son arrivée, parce que ce sont les "femmes légères" qui aiment cela ! Il faut dire que sa belle soeur, la ravissante Paola Ruffo di Calabria a toujours été proche des écuries, des chevaux et des cavaliers. Le prof d'équitation en question possédait son cheval à lui, un alezan merveilleux avec une balzane, Pirate, qu'il sortait du box quand les gens le "bassinaient" avec leurs prouesses, pour leur montrer ce qu'est un vrai écuyer! Il m'a demandé un jour "de le faire travailler un peu" à la morte saison. Je croyais que je devais le longer. Non, il me l'a "prêté", à moi, sous la selle, sans aucun spectateur pour me faire la honte. Je n'ai jamais vécu cela de ma vie. Ce cheval faisait TOUT, sans les aides ou presque, même avec un balourd comme moi sur le dos! Magique. Elle n'était pas que laide, Dona Fabiola, Dios Mio !

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