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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 00:09
J’Écluse de Gordon Zola : un inspecteur de la sûreté nationale, amateur de vers de vin, embringué dans un complot historique à l’origine de l’Affaire Dreyfus

« Quand un Français est con, on dit :

« Quel sale con ! »

Quand un Juif est con, on dit :

« Quel sale Juif ! »

Je revendique pour les Juifs,

le droit d’être cons ! »

 

Pierre Dac

 

La rue Daguerre est un repaire de marchands de vins, 5 sur 630 mètres, 3 dans la portion piétonne pas les meilleurs, 2 sur la partie avec autos avec la célébrissime cave des Papilles. Paradoxalement les cafés, eux, sont pas plus nombreux et ils sont presque tous accoumussés sur le secteur piétonnier. J’y fais parfois mes courses car il y a de bons commerces de bouche. Je ne m’aventure guère au-delà de la cave des vins nus sauf un beau dimanche un peu frisquet, pas le dernier qui fut très ensoleillé, où je l’ai remonté à pied pour aller repérer un nouveau restaurant La Cantine du Troquet Daguerre, de Christian Etchebest et Nicolas Gras.

 

Et je suis tombé nez à nez avec une devanture un peu rétro tout de jaune vêtue et affichant en bandeau « Les éditions du Léopard démasqué ». La maison n’avait rien de compassée, elle affichait au contraire des titres déjantés, parodies de Tintin « Le 13 heures Réclame le Rouge » et autres opus aux titres évocateurs « Le père Denoël est-il une ordure ? » tous signés par un auteur unique signant Gordon Zola.

 

Petite photo, retour at home et dès le lundi j’ai poussé l’huis de ce qui est aussi une librairie pour faire l’emplette de quelques bouquins. Ensuite je suis allé manger en face à la Cantine du Troquet tout à côté d’un couple d’huissiers dont la conversation valait son pesant de propos réactionnaires. Du côté assiette, honnête sans plus, vins sans grand intérêt. Ce ne sera pas ma cantine.

J’Écluse de Gordon Zola : un inspecteur de la sûreté nationale, amateur de vers de vin, embringué dans un complot historique à l’origine de l’Affaire Dreyfus

Retour at home, j’ai feuilleté les 4 bouquins achetés du dénommé Gordon Zola. Je dois avouer que ses parodies de Tintin me sont un peu tombées des mains car y’a du lourd, du lourdingue même, des calembours par charretée, des jeux de mots comme s’il en pleuvait, ça lasse un peu. Cependant, dans ses romans historico-déconnant lorsqu’il abandonne son penchant déconnant, par trop répétitif, l’auteur s’appuie sur fond historique très bien documenté. L’homme pond beaucoup, il commet 5 à 7 romans par an, mais l’ensemble est assez bien ficelé.

 

Je me suis donc attelé à la lecture de celui qui m’apparaissait le plus abouti J’Écluse dans lequel Émile Bonplaisir*, Inspecteur de la sûreté nationale, pochtron limite délirium « très mince » en parodiant le parodieur, addict à l’absinthe, va se retrouver impliqué malgré lui dans un complot historique à l’origine de l’Affaire Dreyfus. Au cours de son enquête imbibée, chez son pote Clopin le bistroquet il croisera des gens illustres tels Edmond Rostand, l’autre Zola, Félix Faure, Louise Michel, Gustave Eiffel, Theodor Herzl, le capitaine Esterhazy et bien sûr l’ignoble Édouard Drumont. « Drumont le sauvage ! […] le fondateur de la Ligue nationale antisémitique […] le déboucheur de saloperies […] l’homme de « la France aux Français ! »

 

« Il existe chez l’énorme majorité des militaires un sentiment de répulsion instinctive contre les fils d’Israël. On reconnaît en ceux-ci l’usurier qui consomme la ruine de l’officier endetté, le fournisseur qui spécule sur l’estomac du soldat, l’espion qui trafique sans pudeur des secrets de la défense nationale. Partout et toujours, en paix comme en guerre, l’armée a vu le Juif se dresser contre elle, contre ses devoirs, contre son bien-être, contre son bonheur. »

 

La Libre Parole de Drumont

 

Tout d’abord un petit focus sur le héros :

 

« Pourtant, l’Émile, il en avait eu du flair avant que son tarin se fleurisse et s’épate aux mille vins sucrés des bistroquet (…) Aujourd’hui, plus bon qu’à démusquer un coteau prometteur, à dénicher une bonne poire… »

 

« - T'as aucune poésie, Clopin ! T'as l'esprit turgescent, voilà ce que t'as ! L'esprit pleurnicheur et turgescent d'un mémorialiste aigri et salace ! Tu te dilates dans la médiocrité ! Je te parle magie éthylique, caressage de goulot, passion viticole, tu me réponds Mauricette, Gertrude ou Nana ... Tu sais pourtant que l'alcool et l'alcôve ne font pas bon ménage ! Tu as l'âme du petit ... Troquet étriqué !

- Je vends du vin, j'fais pas des vers !

- Justement, tu devrais ! Oui, tu devrais servir des vers de vin ! »

 

« Les petites orphelines que tu nous débouches tous les matins, c’est du réel, du palpable ! C’est aussi doux, aussi frais que les petites fringuettes de chez madame Léonce… Mieux, peut-être ! Moins vachardes, moins perverses… plus attentives à nos misères, à nos désirs ! »

 

Ensuite un petit florilège des sévices textuels de Gordon Zola la bête humaine de l'humour

 

«… des tripes à l’air à la mode des chefs de camp… Tous ces destins grêles… »

 

L’inspecteur Louis Javert-Héson

 

« … cet acerbe à cerveau croate ? »

 

« … Je parie le tonneau de rhum d’un saint-bernard contre un haut-marc thermidor qu’il s’agit d’un stylet ! »

 

« …les absinthes ont toujours tort »

 

« … fluctuat sex vergeture, comme dit si mal la fumeuse locution latrine… »

 

« … Ramassis d’âmes rassis… »

 

« Le commerce de spiritueux du père Pouillot qui fait l’angle (de deux rues) était ouvert aux quatre vins… »

 

« Tout travail malhonnête ne mérite-t-il pas sale air ? »

 

« - Oui, mais pas à la fausse Commune ! »

 

« … l’évidence, elle en voulait plus à sa vie qu’à son vit ! »

 

« 25 novembre 1892 – entre 1 heure moins le kir et 2 heures Ricard »

 

« En Israël, tout finit par des Samson ! »

 

« Chez lui, le vin n’était pas vérité comme le disait le vieil adage latin, mais vers il était. In Vino vers et tasse ! »

 

« L’Opération bouc à misères »

 

Enfin, un zeste de la face de Gordon Zola que je préfère

 

A propos de Sainte-Pélagie « prison des intellectuels, des dissidents, des endettés aussi… les plus nombreux. »

 

« Courbet, le peintre qui n’avait jamais voulu se plier aux diktats des Académies, celui qui n’avait pas eu peur d’appeler un chat une chatte… »

 

« Il arriva rapidement au carrefour du « Puits d’Amour ». Nom charmant… Autrefois, lorsque la vanité des hommes ne les poussait pas encore à attacher leurs noms aux rues de leurs villes, on pouvait comprendre l’histoire des lieux… Rue de la Grande-Truanderie, rue des Petites-Boucheries, ruelle Casse-Cul, rue Joli-Cœur, impasse de la Putte, rue du Chat-qui-Pêche, rue des Femmes-Fraîches… Que des choses qui fleuraient bon la vie. »

J’Écluse de Gordon Zola : un inspecteur de la sûreté nationale, amateur de vers de vin, embringué dans un complot historique à l’origine de l’Affaire Dreyfus
J’Écluse de Gordon Zola : un inspecteur de la sûreté nationale, amateur de vers de vin, embringué dans un complot historique à l’origine de l’Affaire Dreyfus

« Notre choix s’est porté sur un certain Alfred Dreyfus. Une transparence… Capitaine stagiaire dans les différents services du Deuxième bureau. Type intelligent, officier brillant, bien marié, petite fortune personnelle du côté de sa femme. Voix désagréable, plutôt arrogant, peu apprécié de ses collègues… »

 

Correspondance entre le colonel Schwartzkoppen attaché militaire de l’ambassade d’Allemagne à Paris au major Panizzardi son homologue à l’ambassade d’Italie :

 

« Mon gros artilleur,

 

Quel souvenir que ce fût brûlant où mon obus s’est bien éclaté ! Tu as pu, de ton côté, constater que mon frein n’était pas qu’hydraulique… Aux prochaines grandes manœuvres, je te ferai découvrir un nouveau canon qui tire à boulets rouges.

 

Avec toi, c’est de la bourre, toujours de la bourre… »

 

Alexandrine

 

Gordon Zola a du talent, sa verve sait se faire impitoyable lorsqu’elle se débarrasse de la facilité, l’homme est cultivé, bien documenté, il sait pourfendre « les vérités admises et les lieux communs en une fantaisie jubilatoire (comme le dira un jour Patrick Besson) ! Quand l'Histoire nous prouve qu'elle sait être burlesque ! »

 

En APÉRITIF de J’Écluse il prévient le lecteur :

 

« Ce n'est pas, à proprement dit, l'affaire Dreyfus que vous verrez exposée dans cet ouvrage de facture policière, cette affaire mille fois exposée et commentée, mais la mécanique implacable qui porta un innocent à être sacrifié sur l'autel de... Enfin, vous verrez bien !

 

Mais attention, il va falloir vous accrocher au pinceau de la fantaisie parce que nous allons enlever l'échelle du raisonnable ! Nous ouvrons là des portes dangereuses, désoclons des certitudes, violons des préjugés...

 

Aux détracteurs qui se demanderont une fois de plus si on peut rire de tout, je répondrai comme mon ami Grégoire Lacroix : «Oui, si c'est drôle !»

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

CHEVALIER Chantal 21/05/2015 13:59

Magnifique travail. Je suis nostalgique des quartiers de Paris...
Comment acheter ce livre, J'Écluse!", quand on habite en province?
Meilleurs sentiments

JACQUES BERTHOMEAU 21/05/2015 20:17

Allez sur le site de l'éditeur http://www.leopardmasque.com/

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