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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 00:09
Manger, boire et lire… « Je n’embarrasse pas ma mémoire des choses que je peux trouver dans les livres » Einstein

Enfant, tel Henri Miller, j’adorais lire aux cabinets.

 

« Quand j’étais jeune garçon, et que je cherchais un endroit où dévorer en paix les classiques interdits, je me réfugiais parfois aux cabinets. Depuis ce temps de ma jeunesse, je n’ai plus jamais lu aux cabinets. »

 

Il faut dire que les cabinets du Bourg-Pailler se trouvaient dans le jardin juste à côté de l’enclos des gorets et c’était un trône en bois sis au-dessus d’une fosse naturelle en béton. Les flaveurs puissantes, surtout l’été, ne m’importunaient pas. J’étais, le cul à l’air, dans ma bulle et, le plus souvent, je lisais la porte ouverte. Détail d’intendance, pour me faire de l’argent de poche, j’ai vidangé la fosse dans des conditions qui feraient frémir les mères d’aujourd’hui.

 

Depuis que j’habite la ville je ne lis plus aux cabinets car, même si je ne suis pas claustrophobe, j’y manque d’espace. En revanche, je peux lire partout, sauf dans le métro, mais comme je ne prends guère le métro ça restreint peu mon champ de lecture. J’adore lire dans le train, au bar dans le bruit des conversations, sur un banc public et bien sûr au lit.

 

L’un de mes profs de Droit à la Faculté m’a assuré qu’un bon juriste était quelqu’un qui savait bien utiliser sa bibliothèque. Ça n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, j’ai pratiqué ce sport avec constance. Mais pour savoir explorer sa bibliothèque il faut avoir lu les livres qui y sont rangés et être en capacité, non de retenir leur contenu, mais d’y puiser ce dont on a besoin pour réfléchir, écrire, converser…

 

J’ai toujours lu et je lis de plus en plus…

 

Mais j’adore aussi faire la cuisine : « Vous voulez savoir pourquoi je fais la cuisine ? Parce que j’aime beaucoup ça… C’est l’endroit le plus antinomique de celui de l’écrit et pourtant on est dans la même solitude, quand on fait la cuisine, la même inventivité… On est auteur. » Ce n’est pas moi qui le dit mais Marguerite Duras 

 

Je fais la cuisine à la couleur de mes envies, de ce que j’ai trouvé au marché ou chez mes fournisseurs attitrés. Je pratique une cuisine empirique fondée sur mes souvenirs d’enfance, maman aux fourneaux, et une forme de curiosité qui me fait noter sur des bouts de papier des embryons de recette. Les livres de recettes, tout comme les magazines de cuisine, n’occupent guère de place dans ma bibliothèque. Il faut dire que je cuisine simple. Lorsque je vais au restaurant je choisis toujours des plats que je ne sais faire chez moi.

 

Et je mange de tout contrairement à ceux qui ne jurent que par la tête de veau, le goret dans tous ses états, le gras, et qui conchient la cuisine de jeunes chefs inventifs sous prétexte que c’est de la mangeaille pour bobos. L’abondance du tour de taille de ces vieux cons – l’âge n’ayant ici rien à voir avec l’affaire – ne m’impressionne pas. Les défenseurs des chefs d’œuvre en péril sont le plus souvent que de purs réactionnaires, figés, confits. Pour autant je n’ai que peu de goût pour la cuisine fusion mais, comme dans d’autres domaines, je la laisse à ses admirateurs et elle ne m’empêche pas de dormir. Quant à la mainmise des grands groupes multinationaux sur l’alimentation le seul moyen de s’y opposer c’est de promouvoir des pratiques alternatives crédibles au lieu de faire des phrases creuses et redondantes pour la galerie.

 

Pour le manger, je suis, comme pour mes lectures, la musique aussi, absolument éclectique, au rythme des saisons et de la proximité. Tout a commencé dans le jardin du pépé Louis, dans la basse-cour, le clapier et le goret de mémé Marie, le poisson frais et les coquillages venus tout droit des Sables d’Olonne, de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, des baies de l’Aiguillon et de Bouin, la viande du père Ratier, le pain de 4 livres du petit Louis Remaud, que du frais, que du bon, le clan des femmes qui gouvernait la maisonnée de Bourg-Pailler me bichonnait  comme une Formule 1.

 

En écrivant ce que j’écris je ne cultive aucune nostalgie du bon vieux village d’autrefois. Il n’y avait pas que du beau et du bon sur le marché hebdomadaire de la Mothe-Achard : le beurre vendu aux négociants n’y était pas toujours de la plus belle fraîcheur et d’une hygiène irréprochable. Moi je ne mangeais que le beurre baratté à la main par la tante Valentine car lorsque j’accompagnais mon père dans sa tournée des métairies je pouvais constater l’état de malpropreté des souillardes où l’on passait le lait et stockait le beurre. Le « c’était mieux avant à la campagne » me saoule surtout lorsqu’il émane d’une engeance qui, bien sûr, a quitté ce fameux village fantasmé. Fallait y rester mon coco ! Jouer au boulanger ou au boucher !

 

Comme d’un fait exprès, alors que j’écrivais cette chronique, la mort de l’inventeur du Nutella donne l’occasion au Pousson de déverser son aversion pour une population, dont il ignore quasiment tout, il ne la côtoie pas, il brasse des idées éculées, appuyées par les commentaires d’un mec qui a passé son temps à courir, avec son petit scooter, après les fameuses foodistas et de se prendre des râteaux carabinés. Moi ça me fait gondoler cette énième antienne contre, c’est un peu rance et à côté de la plaque. Réducteur ! Le genre vieux missionnaire qui sodomise, brillamment certes, les mouches en souvenir d’un continent perdu. Le fan club applaudit, on se congratule, on se tape sur le gras du bide, le cireur de pompes se dit qu’il existe encore. C’est beau comme un moulin à prières mais Dieu que c’est chiant 

 

Ce soir que vois-je, que lis-je, dans l’Opinion : que horreur & malheur Gros Mangeur, un pote de Pousson :

 

  • Aime David Toutainqu’adorent les foodistas, car il « est un formidable cuisinier, son parcours personnel avant qu’il ouvre son propre restaurant a été aussi impressionnant que sa dextérité et sa créativité. »

  • Aime le vin nature « Dans ce bar à vins, on n'a pas fait que becter, on a bu aussi et en particulier un vin tout à fait épatant, simple, assez rond et fruité, un blanc de Bergerac : Château Lestignac, le vin de table (1)L'étiquette est quasi illisible, je l'ai donc scrutée pour vous et vous dit ce qu'il faut en savoir: sauvignon, sémillon et muscadelle, un cépage vraiment autochtone, tout doux. Ça m'a rappelé avec force le vin de mon grand-père. J'avais toujours l'impression qu'il faisait beau quand je le goutais.

 

(1) Camarade Gros Mangeur il faut changer tes lunettes, c’est du Vin  de France que tu as bu...

 

Passé ce quart d’heure de foutage de gueule, rien qu’une petite colère pour libérer mes bronches, je signale que je n’ai jamais goûté de Nutella mais que dans ma mission de médiation laitière dans le Sud-Ouest j’ai eu l’occasion de discuter avec les Ferrero qui achetaient du lait liquide aux éleveurs de Cantaveylot. Pas facile de maintenir des éleveurs dans ces zones éloignées des grands centres de consommation. Mais bon, il est plus facile de bramer le cul sur sa chaise que venir se frotter aux basses réalités que vivent ceux qui s’accrochent à leurs hectares.  Je suis trop vieux pour me taper des leçons à la con sur ce que l’on appelait de mon temps : l’exode rural et démonter des démonstrations qui mélangent causes et effets. La monoculture est toujours d’une grande pauvreté.

 

Pour le boire ce fut plus compliqué, le vin du pépé Louis était de la piquette et le nombre très important de pochtrons vineux dans la population du canton ne nous donnait, mes copains et moi, guère envie de nous adonner à la boisson, vin compris. J’y suis venu sur le tard et, jamais au grand jamais je n’ai fait ma culture du vin ni dans les livres, ni dans les revues. Pendant fort longtemps j’ignorais jusqu’à l’existence de la RVF et le seul gus que j’ai lu qui écrivait sur le vin ce fut Paul-Marie Doutrelant qui pris la succession de FH de Virieu au Monde avant de filer vers le Nouvel-Observateur. Attention, je ne nourrissais aucune aversion pour ce type d’écrit mais, dans mes choix de lecture, je n’avais aucun temps à leur consacrer. Mon expérience du vin est de terrain, celui d’un buveur assis à table. Disserter sur la nature du vin m’a toujours paru vain, je n’ai ni les mots, ni l’envie. Malheureusement je ne suis pas le seul de cet acabit et je ne vais pas vous chanter mon fameux couplet : plutôt que de se taper sur le nombril entre initiés les amoureux du vin ferait mieux de se colleter à ceux qui n’y bitent que dalle !

 

Manger, boire et lire : Et qu’ai-je lu aujourd’hui ?

 

D’une traite, entre 22 heures et 23 heures, dans un lieu improbable, plein de bruits et de fureurs, un superbe petit livre de Marceline Loridan-Ivens « Et tu n’es pas revenu » chez Grasset. Une centaine de pages lues dans ma bulle, hors tout, sans que quiconque puisse m’en extraire. Lorsque j’ai refermé le livre une jeune femme m’a dit « vous êtes beau lorsque vous lisez… » Jamais compliment m’a fait autant de plaisir car cette « beauté » c’était celle de mon âme transportée par cet hymne d’amour d’une fille, elle-même déportée avec lui, à un père « disparu » – c’est l’appellation officielle » après avoir quitté Drancy le 13 avril 1944 pour le camp Auschwitz, transféré à Mauthausen et Gross-Rosen.

 

« Il y a deux ans, j’ai demandé à Marie, la femme d’Henri : « Maintenant que la vie se termine, tu penses qu’on a bien fait de revenir des camps ? » Elle m’a répondu : « Je crois que non, on n’aurait pas dû revenir. Et toi qu’est-ce que tu en penses ? » Je n’ai pas pu lui donner tort ou raison, j’ai juste dit : « je ne suis pas loin de penser comme toi. » Mais j’espère que si la question m’est posée à mon tour juste avant que je m’en aille, je saurai dire oui, ça valait le coup »

 

Qu’est-ce qu’une heure ou deux dans une vie à consacrer à la lecture d’un livre d’une justesse de ton et une vérité d’écriture absolus ?

 

Le temps de s’épargner une mauvaise émission de télé ou d’un match de foot…

 

Bonne lecture et bonne journée…

 

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Manger, boire et lire… « Je n’embarrasse pas ma mémoire des choses que je peux trouver dans les livres » Einstein

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Colette 17/02/2015 11:08

Merci! je me suis régalée. Vous écrivez bien et ça faisait longtemps que je n'avais pas repensé à ces moments d'enfance dans lesquels je me suis complètement retrouvée même si ce n'était pas dans votre région.Quant à votre "humeur" elle me réjouit.
Bonne journée!

HPTroussicot 17/02/2015 09:09

Dès q'il est question de Bourg-Pailler, de Monte à peine, d'Arsène ou Alfred, enfin La Mothe-Achard, je remers ma culotte courte et je sors mon petit vélo rouge pour faire le tour du canton. Je ne vais pas marcher sur les plates-bande du taulier, mais faire une ou deux parallèles. La création et la cuisine, le travail au chevalet et aux fourneaux, mêmes combats,les ingrédients, les "recettes" et l'invention, dans la tradition (c'est mon cas ou l'innovation..M'essayant à l'écriture depuis quelque temps,c'est pareil (en plus difficile pour moi, je ne connais pas les recettes!) Je ne sais pas joindre un doc au commentaire, sinon je vous aurais offert une toile des cabs où Jacques aurait pu lire tout à son aise... Nouvelles de la Mothe, l'ancien maire Albert B. ex minotier s'en est allé s'allonger au-dessus du Bourg-Paillers hier matin à 95 ans. Il va retrouver ses anciens conseillers, les nôtres..

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