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Un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes...

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Mardi 19 août 2014 2 19 /08 /Août /2014 00:09

Comme j’ai beaucoup écrit, trop ironiseront certains, en 2007, en faisant référence au vin populaire, pas celui qui trônait sur la table chaque jour, de consommation courante ou de gros VDQS comme le Corbières ou même des AOC tel le Côtes-du-rhône de comptoir en litre  étoilé, mais le vin bouché du dimanche. Précision d’importance, il ne s’agissait pas pour autant de vins fins, mais de vins de belle provenance mais au statut aussi flou qu’indéterminé. Des rouges essentiellement, « déclassés » disait-on, achetés à des VRP, voyageant en fût et mis en bouteille chez l’habitant.


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Pas la fine fleur des AOC bien évidemment ainsi j’écrivais : « Pour nos pères, un bon vin, devait être vieux, tuilé, précisaient-ils. Le vin bouché par eux ou par d'autres, couché dans la pénombre de la cave, sa bouteille se nimbant de poussière et de toiles d'araignée, se bonifiait disaient-ils.


Plus c'était vieux plus c'était bon. Combien de bouteilles nazes ai-je vu ainsi déboucher, la couleur était belle : très pelure d'oignon, et mon père disait, pour nous rassurer, qu'il était madérisé.


Bref, le socle de l'excellence du bon vin de France pour monsieur Tout le Monde - bien évidemment je n'englobe pas dans ce vaste cercle, le Cercle raffiné et restreint des connaisseurs, dont certains, du côté de la Sorbonne, s'apparentent aux Précieuses Ridicules - c'est le chenu, le mature, le sage, celui qui a jeté sa gourme et qui, dans la sérénité du grand âge, donne sa pleine mesure.


Alors, les vins ordinaires pour jouer au grand se paraient des charmes tranquilles de la vieillesse. Pour preuve, le dernier survivant de cette lignée, le Vieux Papes, reste la référence de ces consommateurs baptisés par la statistique : les réguliers. Quand on puise dans le stock des vieilles étiquettes on y découvre une profusion de vieillards : Vieux Ceps, Vieille Treille, Vieil Ermite, Vieux Logis, Vieux Moulin, Vieille Réserve, Vieil Ermite, les Vieux Pampres, les Vieux Fagots, Vin des Aïeux, Vieille Souche, Le Vénérable, et pour finir j'ai même découvert le Vin Vieux des Coteaux (c'était un vin de coopérative).


Mais la vieillesse ne suffisait pas forcément à asseoir la réputation du vin quotidien, très souvent les nectars se voulaient royaux, ou impériaux, ou s'anoblissaient. Par bonheur, notre chaîne nobiliaire qui recèle des déclinaisons : prince, duc, comte, vicomte, baron, marquis, et si on y ajoute les chevaliers, les connétables, les troubadours, donnait, et donne encore, aux marqueteurs une inspiration inépuisable. Nous avons coupé la tête de notre roi, aboli les privilèges, vendus les châteaux comme Biens nationaux, mais le bon peuple reste fasciné par la particule et le titre nobiliaire.


Restait aussi à côté du sabre, le goupillon : nos étiquettes de vin aimaient aussi se parer de moines rubiconds, car n'en déplaise à notre éminent Pitte, dans les monastères on ne produisait pas que des nectars pour gosiers de riches. Tout ce passé, que certains voudraient occulter sous l'étrange prétexte que le vin était alors une boisson, pèse très lourd, aussi bien en positif qu'en négatif, dans la perception que nous-même avons eu du vin. Dans une certaine mesure, l'irruption des AOC nous a dédouané : boire moins, boire mieux et c'est cette vision un peu repentante, parfois élitiste, que nous avons transmis à la génération de nos enfants. »


Ce monde est presque totalement englouti, adieu les réguliers et leurs cubis, vive les occasionnels ! Pour autant, la vieillesse n’est point un naufrage dans le nouveau monde des amateurs de vin puisque le fin du fin de nos jours est de se délecter dans les milieux bien sous tous les rapports de vin issus de vieilles vignes.


Je vois déjà des sourires se dessiner sur certaines lèvres, vraiment ce Taulier est un VC « plus une vigne est vieille plus elle donne sa quintessence, loin des pulsions de la jeune sève, du démon de midi de la force de l’âge, elle a la sagesse de ses vieilles racines… »


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Vieillevigne vient du latin "vetula vinea" (vieille vigne).

 

Moi je veux bien tout ce qu’on veut mais j’aimerais que l’on me dise à partir de quel âge une vigne est vieille ?


Je souhaiterais au-delà de ce seuil où, loin de prendre sa retraite, elle donnerait le meilleur d’elle-même, qu’on m’indiquât tout bêtement son âge. Ce serait plus honnête, ça me permettrait de faire des comparaisons entre vieilles.


Mais, qu’est-ce au juste que la vieillesse d’une vigne ? N’est-ce qu’une question d’âge seulement, le mode de vie, c’est-à-dire la conduite de la culture de ces vignes tout au long de leur vie, n’est-il pas tout aussi important ? Une vieille vigne hyper productive fourbue est-elle un gage d’excellence ? Je ne sais pas, mais ce que je sais c’est sous les bons sentiments se cachent souvent des réalités pas forcément bonnes à dire.


Sous-jacente à cette notion de vieilles vignes se niche la question de leur productivité, quand on est vieux on produit peu, le petit rendement est au bout des vieilles vignes. Mais est-ce là le nirvana de l’authenticité ? Je ne sais, tout ce que je souhaite c’est que l’on m’explique, que l’on sorte du flou, de l’ambiguïté, afin que la vieillesse ne se réduise pas à un nouvel argument de séduction pour ceux qui pensent que c’était mieux avant.


Entendez-moi bien je n’ai rien contre la préservation, la sauvegarde des vieilles vignes, bien au contraire, mais l’inflation de la mention « vieilles vignes » sur les bouteilles participe à ce que j’ai qualifié de dilution de la notion d’appellation car j’ai le sentiment que l’âge de la vieillesse dans les vignes aurait, contrairement à nous les humains,  plutôt tendance à régresser.


Ne m’engueulez pas pour mon ignorance, éclairez-moi plutôt pour que, sans pour autant fixer un âge pour la retraite des vignes, la mention « vieilles vignes » ne soit pas galvaudée car dans notre monde mondialisé le nouveau vieilli vite…  

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 18 août 2014 1 18 /08 /Août /2014 00:09

« Mon désir initial de vivre en Italie est né entre autres de l’idée que je n’épuiserais jamais les ressources de cette terre sans fin – ses arts, ses paysages, sa langue, sa gastronomie, son histoire… »


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C’est France Mayes, professeur de littérature à l’Université de San Francisco qui l’écrit dans son beau livre Bella Italia publié au Quai Voltaire en 1999. Voir son blog link


L’Italie est ma seconde patrie, alors je vous propose de lire deux textes extraits de ce beau livre. Dans ce monde de brutes un peu de douceur ne saurait nuire à votre santé…


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« - On va à Montepulciano. On n’a plus beaucoup de vin.


-         Parfait. Je veux passer chez le pépiniériste pour acheter du statice à planter sous le noisetier. Et on prendra de la ricotta fraîche dans une ferme quelque part. » (…)


« Nous allons donc nous réapprovisionner en sfuso, au litre. Bien des viticulteurs produisent du vin de table à usage domestique, pour les amis et les clients locaux. La plupart des Toscans ne boivent pas de vin en bouteille chaque jour ; soit ils le font eux-mêmes, soit ils connaissent quelqu’un, soit encore ils prennent du sfuso. Prévoyant, Ed lave notre énorme dame-jeanne et le récipient chromé d’acier inoxydable au robinet rouge, une innovation qui menace d’éteindre la tradition de la dame-jeanne.


Une fois celle-ci remplie, pour que le vin ne s’oxyde pas, nous avons appris à verser une rasade d’huile d’olive par-dessus, qui forme un joint, avant d’enfoncer un bouchon de la taille du poignet. Notre moderne « bonbonne » est dotée d’un couvercle plat, lui aussi inoxydable, qui flotte à la surface du vin. On verse un léger filet d’une huile insipide dans le mince espace qui se trouve entre le couvercle et les bords, puis on ferme le tour sous un autre couvercle. Lorsqu’on ouvre le petit robinet en bas pour remplir son pichet, le couvercle mobile descend avec le vin, et le joint reste intact.


Les familles qui disposent de sept ou huit dames-jeannes conservent en général celles-ci dans une pièce fraîche, la cantina, réservée à cet effet, et ne les débouchent qu’au fur et à mesure. Nous avons fait de même, hissant nos dames-jeannes sur la table avant de les incliner pour remplir à l’entonnoir une douzaine de vieilles bouteilles, puis assurer leur assurer leur étanchéité avec de l’huile d’olive. Nous sommes passés maîtres dans l’art de jeter l’huile d’un geste sec en ouvrant la bouteille. Quelques gouttes, pourtant, demeurent toujours à la surface. »


Bon appétit et large soif !


à suivre…


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Dimanche 17 août 2014 7 17 /08 /Août /2014 09:00

Pourri, tout semblait pourri, même le temps, sur les vitres de la véranda de la Mouzaïa la pluie faisait des claquettes matin, midi et soir, tout suintait l’ennui, comme une envie de passer ma vie sous la couette avec Émilie. Privé de la lumière du petit matin m’extraire de la ouate du sommeil pour écrire me pesait, alors pour ne pas perdre pied je me plongeais dans mes petits carnets. Mes miettes de vie, et avec la bénédiction du hasard je retrouvais les notes  que j’avais griffonnées lors de ma lecture de « Qu’as-tu fait de tes frères ?» de Claude Arnaud acheté à l’Écume des Pages après avoir entendu Guy Bedos en dire grand bien. La quatrième de couverture m’avait conforté « c’est la confession d’un enfant d’une époque qui continue de hanter notre imaginaire. » Né en 1955, l’auteur fut un adolescent post-soixante-huitard – à 12 ans il était allé traîner ses belles grolles à la Sorbonne et à l’Odéon – et sa plume vive, ironique, sans concession m’a scotché à ce roman autobiographique. Heureux comme un gamin au lendemain de ses premiers émois, j’exultais. Si je ne m’étais pas retenu je serais remonté me blottir dans la douce chaleur de notre lit. Tout était soudain si neuf pour moi que je m’efforçais, sans grand succès, de serrer tous mes freins. Mes derniers feux, je vivais au présent avec une seule ambition être à la hauteur, m’infuser d’elle avec légèreté, à la bonne distance. Tout me ramenait à elle, j’en goûtais le plaisir sans aucune restriction.


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Je ne me lassais pas de relire mes notes écrites comme toujours au crayon :


« En survolant la Giraglia, j’ai l’impression de toucher des yeux ce caillou couvert de myrte et de lentisque. Les hublots deviennent autant de masques qui grossissent les contreforts du cap Corse, un index tendu vers le golfe de Gênes… »


« Une forte odeur de maquis me gagne à l’aéroport de Bastia-Poretta, quelque chose d’âpre et d’entêtant qui fait battre mon cœur et me confirme que je suis Corse aussi…»


« Mince et Coquet, Jean se parfume, se laque et parle pointu sans accent ou presque. Chef incontesté du clan, il dirige la section corse du Parti radical, a ses entrées à Paris, salue Pierre Mendès-France et François Mitterrand à la Chambre et se voit presque chaque jour consacrer un article dans la presse locale que ma grand-mère collectionne dans un grand scrapbook.


Ayant longtemps plaidé au barreau de Bastia, Jean Zuccarelli se fait régulièrement élire au conseil général depuis 1932, à la députation depuis 1962, et s’apprête à conquérir la mairie. Son propre beau-père, Emile Sari, l’a fait avant lui et durant tout l’entre-deux-guerres, où il a été un indélogeable sénateur de la Corse après avoir succédé en 1912 à son propre oncle, maire de Bastia et membre du conseil général : les Sari sont les piliers du clan Landry, opposé aux gavinistes conservateurs, un qualificatif qui pourrait désigner un peu tout le monde en l’occurrence, les Casabianca ayant eux-mêmes tourné casaque au début du siècle… »


 « Une partie de la population dépend de leur entregent ou de leur art, Bastia est la ville des Zuccarelli, c’est ainsi… »


« Les jours d’élection, une partie de la famille est conviée à apposer sa signature sur les listes électorales comportant des disparus jamais radiés et soudain ressuscités, un miracle qu’accomplit aussi bien l’autre parti. Ainsi se garde-t-on des mauvaises surprises, en rusant avec la mort.


Toutes les intrigues se nouent et se dénouent chez les Jean, place Saint-Nicolas, une esplanade que l’impératrice Eugénie et le prince impérial ont inaugurée en 1869. Des coups de poing puis de feu sont parfois échangés dans l’immense escalier d’honneur, les soirs d’élection : les gros bras du parti adverse disputent les urnes à ceux du clan Zuccarelli pour savoir qui les bourrera. L’un des ballots manquera finir à la mer, lors des bagarres de 1967. Et l’on parle encore de ce soir de 1962 où la famille était partie fêter l’élection de Jean : la foule avait envahi l’hôtel de ville, le balcon s’était effondré, faisant un mort et de nombreux blessés… »


« Les règles du jeu sont ici inversées. C’est l’invalidité qui vaut un salaire, autant que le travail, le bourrage d’urnes qui assure la victoire, autant que la bonne gestion. Le mensonge et l’extorsion sont choses sues. On enfreint la loi avec le consentement d’une République qui, soucieuse d’assurer la paix civile, exonère des droits de succession et abandonne une parties des taxes sur l’essence, les alcools et les cigarettes… »


« L’omniprésence familiale renforce le sentiment de propriété qu’on éprouve, sur les plages de Lavasina et d’Erbalunga, exploitées par presque personne et fréquentées par une poignée de familles locales, ou sur les rives délaissées du golfe de Saint-Florent : le village homonyme se résume à vingt maisons de pêcheurs, une citadelle en ruine et un littoral semé d’algues offert au premier venu, avec ses tours génoises que mes frères et moi partons explorer à mains nues. Les côtes paraissent encore appartenir à tous les Corses, comme l’immense territoire âpre et sauvage que délimite le maquis, à l’intérieur de l’île… »


 « Dans le jardin long et mince qui donne sur la montagne, nous sommes parfois trente-cinq à dévorer la tarte aux herbes et les beignets au brocciu de Jacqueline, les gnocchi de semoule que ma mère découpe à l’aide d’un verre, les salades d’aubergines venues des jardins de Sermano, le village des Turchini, relevées de menthe et de ciboulette, le tout arrosé d’un vin produit dans le Patrimonio par des petits-cousins, les Orenga de Gaffory. »


Ces notes sommeillaient rien que pour elle, en avalant mon café bouillant je n’avais qu’un seul regret : jamais je n’irai au village avec elle… La Corse « une île à faire rougir de honte les toutes les autres…»

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 17 août 2014 7 17 /08 /Août /2014 00:09

Notre bon docteur Charlier donne parfois des consultations sur ce blog prouvant par là le grand  éclectisme de cet espace de liberté. Sans prétendre le concurrencer, au risque de me faire poursuivre pour exercice illégal de la médecine par le Conseil de l’ordre, je me permets d’évoquer le temps de mon enfance où l’expression « avoir les vers » faisait partie du vocabulaire de nos mères, « démangeaisons, agitation le soir… c’était l'oxyurose résultant de l'infection par des petits vers blancs. Fréquente et ennuyeuse, cette maladie parasitaire de l'intestin facilement transmissible, ne présentait aucun caractère de  gravité et pouvait facilement être pris en charge… »


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Mais ce matin c’est d’un autre médecin dont il s’agit Pierre Chirac, né en 1650, docteur en médecine de l’Université de Montpellier, premier médecin du Roi Louis XV en 1730, surintendant des eaux minérales de France, surintendant du Jardin royal des plantes médicinales à Paris de 1718 jusqu’à sa mort en 1732. Nous sommes donc avec lui aux antipodes du Dr Luc Charlier plutôt porté sur le jus de la vigne et la « Révolution permanente » du Léon qui apprécia moins le pic à glace que Sharon Stone.


Ce cher homme était un iatrochimiste convaincu, il concocta donc un opiat vermifuge qui porte son nom. Le terme opiat, ou opiate, désignait à l’origine un électuaire renfermant de l’opium. L’usage s’est toutefois établi d’appeler opiat des préparations à consistance de pâte molle. La préparation de Chirac appartenait sans conteste à cette catégorie des opiats dépourvus d’opium mis contenait de l’absinthe.


Alors me direz-vous pourquoi ce titre racoleur ?


Tout simplement parce que notre Pierre Chirac, surintendant du Jardin royal des plantes médicinales à Paris, nomma Bernard de Jussieu, docteur en médecine de l'Université de Montpellier, à la charge de « sous-démonstrateur de l'extérieur des plantes » dudit jardin.


Si vous ne le saviez pas je vous l’apprends « C’est sur la première initiative des Pays-Bas que le Caféier a été répandu à travers le monde. »


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La fresque des Lyonnais : Antoine de Jussieu, Marcel Mérieux, Claude Bernard auteur Daum, Nicolas

 

Rassurez-vous je ne vous embrouille pas, en effet, après la paix d’Utrecht en 1713, qui mettait fin à la guerre entre les deux pays, c’est « à l’aide de plants venus d’Amsterdam qu’Antoine de Jussieu, donna la description du Caféier (le neveu de Bernard).


« L’Europe a l’obligation de la culture de cet arbre aux soins des Hollandais qui, de Moka, l’ont porté à Batavia, et de Batavia au Jardin d’Amsterdam ; et la France en est redevable au zèle de M de Resson, lieutenant général de l’artillerie et amateur de botanique, qui se priva, en faveur du Jardin Royal, d’un jeune pied de cet arbre qu’il avait fait venir de Hollande. Mais M. Pancras, bourgmestre régent de la ville d’Amsterdam, nous a fourni le moyen de décrire la plante en fleurs par le soin qu’il prit, l’année dernière, d’en faire transporter un autre à Marly, où il fut présenté au Roy et, de là, envoyé à Paris, au jardin de Sa Majesté, dans lequel nous l’avons vu donner successivement des fleurs et des fruits. 


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Mais… Antoine de Jussieu ne se contenta pas de décrire le Caféier et de recommander le café à ses malades. Les graines qui avaient mûri dans les serres du Jardin du Roy y furent semées et donnèrent de jeunes pieds en abondance.


L’introduction de ces jeunes plants dans nos colonies semble avoir été la préoccupation du Régent de France, Philippe d’Orléans, de Chirac, superintendant du Jardin du Roy, d’Antoine de Jussieu, enfin des membres de l’académie des Sciences. »


« Malheureusement, la puissante Compagnie des Indes, qui détenait le monopole du commerce extérieur du Royaume par mer, contrecarra ces projets. Elle lutta plus tard contre les colonies en vue de sauvegarder son monopole, lorsque les cultures furent établies. »


 

Chirac Pierre « Né à Conques-en-Rouergue en 1650 de parents peu fortunés qui le destinèrent à l’état ecclésiastique, il fit ses humanités à Rodez et se rendit en 1678 à Montpellier pour y étudier la théologie. Placé chez un pharmacien en qualité de précepteur, il y puisa le goût de la médecine, et ne tarda pas à s’y distinguer parmi les élèves de l’Université.


Michel Chicoyneau, qui en était le chancelier, lui confia l’éducation de ses enfants. Extrêmement laborieux et très assidu aux leçons publiques des professeurs, Chirac fut bientôt en état d’en donner lui-même de particulières.

 

Revêtu du doctorat en 1683, il obtint en 1687 une chaire qu’il remplit avec autant de zèle que de succès, et fut nommé médecin de l’armée de Roussillon en 1692, commandée par le maréchal de Noailles. Une épidémie de dysenterie s’étant mise dans les troupes, et l’ipécacuanha étant resté inefficace, il donna avec succès du lait coupé de lessive de sarment de vigne. Il ne quitta ces fonctions que pour occuper celles de médecin du port de Rochefort, ville alors insalubre où sévissait la Maladie de Siam. Il n’hésita pas à pratiquer plusieurs centaines d’autopsies. La suite ICI link

 

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Samedi 16 août 2014 6 16 /08 /Août /2014 09:00

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Question écrite n° 10645 de Mme Nicole Bonnefoy (Charente - SOC) publiée dans le JO Sénat du 27/02/2014 - page 507


Mme Nicole Bonnefoy attire l'attention de M. le ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt au sujet des risques pour les abeilles et les pollinisateurs posés par l'autorisation de mise sur le marché et la commercialisation du produit « Luzindo », de la société Syngenta Agro.


Le Luzindo est un insecticide larvicide et adulticide à base de thiamétoxam et de chlorantraniliprole, visant à lutter, dans le traitement de la vigne, contre la cicadelle de la flavescence dorée, le metcalfa et les vers de grappe.


Réponse du Ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt publiée dans le JO Sénat du 05/06/2014 - page 1305.


 

L’ensemble de la question et de la réponse ICI link

 

 

La fiche Luzindo de chez Sygenta link


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Le Metcalfa pruinosa, ou cicadelle blanche, est un insecte piqueur suceur s'alimentant de la sève de différentes plantes hôtes. Il rejette le trop plein de sève absorbée sous forme de miellat, butiné et transformé par les abeilles. Le miel ainsi produit est foncé, presque noir. Il a un goût puissant et persistant, des arômes balsamiques, fruitées (fruits cuits), aux notes maltées et évoquant la figue.

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Samedi 16 août 2014 6 16 /08 /Août /2014 00:09

Bien évidemment c’est un auteur italien Prezzolini qui fait cette constatation dans son livre Maccheroni&C publié en 1957 et le monde dont il parlait se limitait au rayonnement des pâtes à l’italienne, « mais sa remarque peut s’étendre à l’autre civilisation  des pâtes, celle qui, née en Chine, a gagné le Japon, la Corée et la plupart des pays du Sud-Est asiatique… » notent dans l’Avant-Propos de leur superbe livre « Les pâtes » Histoire d’une culture universelle chez Actes Sud Silvano Serventi et Françoise Sabban.


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Ils ajoutent « Mets du quotidien par excellence, les pâtes alimentaires se dégustent sous d’innombrables combinaisons de saveurs, et leur cuisine, d’essence principalement familiale, est dans l’ensemble plutôt simple et d’exécution rapide. Cela explique sans doute en partie pourquoi elles constituent l’un des plaisirs de table le mieux partagé du monde… »


Dans ma Vendée profonde les pâtes je les ai découvertes sous leur forme sèche de longue conservation et au blé dur bien sûr. Les pâtes fraîches c’est à Paris que j’en trouverai dans les magasins de comestibles italiens. Bien évidemment, les pâtes sèches se prêteront le mieux au passage de l’artisanat à l’industrie pastière dont l’Italie gardera longtemps le quasi-monopole.


Ces fabricants sont, dès l’origine, principalement présents dans le Sud, notamment en Sicile « qui apparaît à partir du XIIe siècle comme le pôle de production le plus important de cette denrée. »


« Au vrai, on sait peu de chose de la fabrication artisanale de pâtes sèches au Moyen Age, mais les rares sources dont nous disposons indiquent que la Sicile en a été son berceau. Le géographe arabe Idrisi (env. 1100-1165) témoigne de l’activité pastière sur l’île, qu’il présente comme le centre d’un important trafic maritime : « À l’ouest de Termini il y a un bourg qui se nomme Trabia [la carrée], résidence enchanteresse, riche en cours d’eau pérennes qui actionnent de nombreux moulins. Trabia est située dans une vaste plaine où sont de grands domaines dans lesquels on fabrique de grandes quantités de pâtes que l’on exporte partout et en particulier en Calabre et autres pays de musulmans et de chrétiens ; on en envoie de nombreuses cargaisons de navires. »


Les auteurs notent que cette citation, maintes fois cité, est très intéressante car c’est le seul passage de l’œuvre monumentale d’Idrisi qui fait allusion à une production de pâtes alors que l’auteur a voyagé dans tous les pays de la chrétienté et de l’espace musulman « de l’Angleterre au Maghreb, de la France au Moyen-Orient » qui lui ont permis de se faire une opinion assez précise du monde de son temps. Il « n’aurait pas manqué de signaler d’autres lieux de production s’il en avait eu connaissance. »


« Si, comme cela est communément dit, les Arabes ont bien introduit en Sicile la technique du séchage, on constate que les Siciliens ont très vite dépassé leurs maîtres en développant cet art comme nulle part ailleurs. »


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La Sicile cumulait tous les atouts.


« De tout temps considérée comme un grenier à blé, la Sicile est au Moyen Age avec les Pouilles l’un des grands terroirs de blé dur du monde méditerranéen et a fortiori de la chrétienté occidentale. »


« … à l’époque d’Idrisi, la production de pâtes semble le fait de grands domaines fonciers dont les propriétaires possèdent aussi très probablement des moulins. En d’autres termes, les fabricants de pâtes sèches de Sicile ont la singularité de contrôler l’ensemble de la filière, depuis la culture du blé jusqu’à la fabrication du produit fini, en passant par la transformation de la matière première en semoule. »


« Ce sont des opérateurs aux moyens financiers importants doublés d’un savoir-faire commercial certain qui leur permettait de valoriser au mieux leur activité. D’autant que la situation géographique de l’île, aux confins des mondes chrétien et musulman, place celle-ci au centre des échanges commerciaux. »


« Enfin et surtout, les Siciliens, qu’ils soient habitants des villes ou de la campagne, sont des mangeurs « privilégiés » de blé dans un monde occidental où dominent généralement le seigle, l’orge et d’autres céréales pauvres. »


« Coupé de la terre, journalier plus souvent qu’exploitant, habitant un gros bourg de plusieurs milliers d’habitants sinon une ville rurale, le paysan sicilien est un consommateur urbain. » Maurice Aymard et Henri Bresc Nourritures et consommation en Sicile entre le XIVe et le XVIIIe siècle.


« Nous sommes en effet convaincus que la commercialisation des pâtes n’a pu se développer que dans une société fortement urbanisée, et, à cet égard, l’extraordinaire extension qu’elle prend en Italie dès le XIIe-XVe siècles n’est pas tout à fait fortuite. »


« … dès 1371, les autorités de Palerme règlementent la vente au détail des « macaroni et lasagnes blancs de semoule » et des « macaroni et lasagnes de farine », en fixant leur prix maximum respectivement à 30 et 20 deniers la mesure. Or l’on sait que le contrôle des prix s’effectue en priorité sur les produits de première nécessité. »


« Le même document distingue 2 qualités de pâtes : l’une axutta, c’est-à-dire sèches, l’autre bagnata (mouillées) c’est-à-dire fraîches, sans donner de précision sur leurs prix respectifs. »


À noter tout de même l’écart important entre les pâtes de semoule et celles à base de farine, « qui traduit naturellement une différence de coût de la matière première mais aussi une plus grande valorisation commerciale des pâtes de semoule »


Enfin, « selon certains auteurs, un foyer tout aussi ancien, voire antérieur de deux siècles à celui de la Sicile, ce serait implanté sur la côte amalfitaine parallèlement à une activité meunière qui s’y serait développée entre le IXe et le XIe siècle. »


Ce qui est certain c’est que « la région sera un lieu de fabrication de pâtes sèches important et réputé, bien avant que Torre Annunziata et Gragnano ne deviennent célèbres pour cette industrie à partir du XVIIIe siècle. »


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« …le pôle de production le plus dynamique après la Sicile s’est développé en Sardaigne, autre célèbre terroir de blé dur et surtout île occupant une position clé au carrefour des voies commerciales de la Méditerranée. »


« Hors de l’espace italien, seule la Provence atteste d’une production de pâtes sèches. En 1397, la gabelle d’Avignon fait état de menudez, une variété  de pâtes visiblement très en vogue dans la Provence médiévale, puisqu’on en fabrique également à Grasse où, en 1428, les boulangers sont menacés d’une amende de 5 sus s’ils vendent leurs menusda plus de 8 deniers la livre. »


« La même gabelle avignonnaise de 1397 inclut d’ailleurs dans la rubrique « grains » la semola de fideis, autrement dit, la semoule pour faire les fideis, ce qui semble indiquer la présence dans la cité des Papes d’une confection artisanale de pâtes de semoule de blé dur. »


« Curieusement alors que les Espagnols, et surtout les Catalans sont très actifs dans le commerce des pâtes sèches, nous n’avons pu identifier aucun foyer de fabrication dans la péninsule Ibérique.

 

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Vendredi 15 août 2014 5 15 /08 /Août /2014 09:00

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Entre Francis et moi c’est une vieille histoire commencée du côté de Montreuil-sous-Bois au temps où aller trainer ses guêtres dans ce genre d’endroit relevait de l’apostolat car aimer les vins différents attirait l’ironie des bien-installés de la RVF et autres critiques patentés.


« Bio cons ! » était leur cri de ralliement, on ne parlait pas ou peu en ce temps-là de vin nature, Claude Courtois préférait vin paysan, nous n’étions pas nombreux sur la planète des vins réprouvés, nous parlions même de créer un salon des refusés. Bref, les Rachais de Francis m’ont procuré l’une de mes plus belles émotions esthétiques de ma vie link Ça créé des liens.


Depuis nous ne nous sommes plus quittés, façon de parler, et je ris dans ma fine barbe de 3 jours grisonnante lorsque j’entends les ouvriers de la 25e heure s’extasier devant le brut nature de l’ami Francis. Par bonheur, et c’est tout à son honneur, notre Jacques Dupont plaçait haut le Boulard. Pour les autres le coq ne chantait pas trois fois mais je n’ai guère de respect pour ces gens de mauvaise foi. Nous avons même, Francis et moi, envisagé la venue  de celui-ci avec son tracteur enjambeur Loiseau bleu place du Palais Bourbon afin de nous Invigner.


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Comme pour mon amie Catherine Bernard, où certains d’entre vous m’ont suivi, je vous demande de lire ce qui suit :


Bonjour

 

 

Je m’appelle Francis Boulard, et voici ma fille Delphine Richard

 

 

Nous sommes propriétaires des Champagnes Francis Boulard à Cauroy-les-Hermonville, au nord de Reims.

 

 

Nous nous trouvons sur les hauteurs du village de Cormicy au massif de Saint-Thierry, c’est la région la plus extrême nord de la Champagne.

 

 

Nous avons créé un petit vignoble en 2009, un petit jardin de vignes de 3 hectares dans lequel nous avons pris l’initiative de travailler qu’en bio dynamique, la moitié de  nos vignes ont été certifiées en 2009 et maintenant nous sommes en reconversion complète depuis 2011.

 

 

Notre vignoble est réparti sur la moitié du massif de Saint-Thierry où nous sommes et sur l’autre moitié sur la vallée de la Marne où on a tous nos Pinot Meunier (…) »

 

Foudre-F6B.jpg

 

« A l’heure actuelle nous avons un foudre qui nous permet seulement de loger un tiers de la base de la Petraea, c’est une réserve perpétuelle à laquelle chaque année nous ajoutons 25% de la nouvelle vendange pour faire l’année suivante et nous pouvons seulement loger un tiers des vins en foudre, pourquoi en foudre parce que l’on a beaucoup moins d’oxydation que sur des barriques bordelaises ou bourguignonnes où les merrains sont beaucoup plus fins et donc sur des barriques il y a beaucoup plus d’oxydation.

 

 

Le projet aujourd’hui est donc de racheter un foudre pour compléter le logement de la cuvée Petraea, la réserve perpétuée.

 

 

Nous avons donc besoin de vous pour nous aider à concrétiser ce projet qui nous tient à cœur et ainsi faire évoluer nos vins comme nous le désirons.

 

Par avance, merci !

 

Francis Boulard et Delphine Richard


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Ouvrez ce lien link et faites comme-moi !


Merci par avance les petits ruisseaux font les grandes rivières même en Champagne

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Vendredi 15 août 2014 5 15 /08 /Août /2014 00:09

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Hier sur Twitter Jacques Dupont le sage – oui, oui, vous ne rêvez-pas notre Jacques Twitte depuis sa Basse-Bourgogne où il s’use les yeux, mais ça repose son nez, sur les ultimes lignes de son Spécial Vins du Point – « tous les indicateurs sont dans le rouge. Encore une attaque contre le vin ! »


 Et pendant ce temps-là Michel Smith concède « Je sais, je sais : je suis un « chieur » de première. Je devrais mettre un peu d’eau dans mon vin. Mais que voulez-vous, un rien m’emporte. Et c’est pour cette raison que bien des attachées de presse ne m’invitent plus dans leurs sauteries. Comme je les comprends…


Tant mieux, d’ailleurs, car je ne m’en porte pas plus mal…


Tout ça pour proclamer, à la manière d’un héros de Molière « Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir ! - Comment ? - « Ôtez-moi ces bouteilles d’eau que je ne saurais voir ! »


Et moi dans tout ça je sens le gaz !


Qui suis-je ?

 

Où vais-je ? 

 

Comment vais-je me faire entendre dans le monde impitoyable des réseaux sociaux ?

 

Dois-je comme le petit bedonnant taper sur la GD à bras raccourcis ou comme les naturistes me vouer corps et âme à la promotion du vin nu ?


Non, ce matin j’ai décidé de faire un blanc !


Ça fera plaisir à mes détracteurs qui rêvent que je sois soudain atteint du syndrome de la page blanche.


Désolé vous faites chou-blanc mes cocos !


page Blanche2

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Jeudi 14 août 2014 4 14 /08 /Août /2014 09:31

Le dernier n° de Socialter titrait : « Économie collaborative on refait le monde ? »


Socialter2.jpg

 

Enthousiasme de jeunes bobos « À première vue, l’économie collaborative peut apparaître comme une manière de consommer intelligemment en temps de crise ou encore comme une pratique de jeunes geeks idéalistes. »


« … comme tout élément perturbateur d’un système en place, l’économie collaborative subit de virulentes critiques : néolibéralisme déguisé, concurrence déloyale, précarisation des travailleurs… Les doléances sont multiples. »


Entre ceux qui rêvent du retour de la charrette à bras et ceux pour qui tout ce qui est nouveau est innovant il y a de l’espace pour réfléchir, se poser des questions et tenter d’y répondre.


Pour ceux d’entre vous que ça intéresse en voici un exemple.


« Perçue comme un outil de promotion de la transition écologique, l'économie partagée peut aussi avoir des effets néfastes sur l'environnement. Une étude publiée par l'Institut de recherche sur les politiques publiques (Iddri) montre que ces nouvelles pratiques peuvent mener à l'hyperconsommation et ne garantissent pas la production de produits durables. »


La promesse environnementale du partage Voiture, perceuse, poussette du petit dernier… Nombreux sont les biens matériels que nous produisons et qui semblent – intuitivement – « sous-utilisés ». Revente, don, troc, location de court terme, emprunt : tous ces modèles de l’économie du partage – monétarisés ou non, entre particuliers ou par l’intermédiaire d’entreprises ou d’associations – peuvent permettre d’augmenter la durée d’usage de ces produits, de les utiliser au maximum de leur potentiel technique. L’intuition est qu’ils peuvent assurer un même niveau de service tout en réduisant la production de biens et donc les prélèvements de ressources et les déchets qui y sont associés.


Vêtements, automobiles, meubles, téléphones, TV, jouets, articles de sport, de bricolage, de jardinage…, les biens « partageables » représentent environ un quart des dépenses des ménages et un tiers de leurs déchets. Et si les modèles de partage étaient utilisés « au mieux », c’est jusqu’à 7 % du budget et 20 % des déchets des ménages qui pourraient être économisés.


Des modèles de partage variés et en plein renouvellement


Les modèles de réemploi (revente, don et troc) sont déjà courants – surtout le don aux associations et aux proches – et concernent tous les biens, avec des intensités variées. Ils sont aujourd’hui renouvelés par les plateformes internet comme ebay ou leboncoin, d’ores et déjà utilisées massivement par les particuliers, ou par l’émergence de nouveaux modèles d’affaires dans lesquels les entreprises ne vendent plus les biens, mais les louent sur longue durée, les récupèrent et peuvent les réemployer.


Les modèles de mutualisation (location et emprunt de courte durée) sont beaucoup moins développés – ne serait-ce que parce peu de biens s’y prêtent aisément, comme les livres, les DVD ou le matériel de bricolage. Là encore, ils se trouvent renouvelés par des modèles en pair-à-pair encore émergents, à l’image de Zilok, qui jouent sur la proximité entre l’offreur et le demandeur.


La location courte durée de voitures est un cas particulier de mutualisation, qui peine encore à se développer : la propriété reste la norme en matière de voiture. Aux côtés d’acteurs traditionnels comme Avis ou Hertz, s’ajoutent aujourd’hui des acteurs innovants dans l’auto-partage comme Autolib ou Mobizen, et des plateformes de location entre particuliers comme Buzzcar, Drivy ou Deways. Les constructeurs automobiles également se positionnent sur le partage de voitures. En parallèle, le covoiturage se transforme avec l’émergence rapide de plateformes internet comme Blablacar.


Tous ces modèles construisent une véritable économie du partage, qui n’est pas nouvelle, mais se renouvelle sous l’essor des technologies numériques et de la baisse associée des coûts de transaction, et qui porte un espoir : mobiliser le potentiel environnemental du partage de biens. Mais ces modèles sont-ils si vertueux d’un point de vue environnemental ?


De l’intuition environnementale aux conditions de sa réalisation


Parfois mis en avant par les « entrepreneurs » de l’économie du partage et plus souvent par les promoteurs de ce concept, le bilan environnemental est moins évident qu’il n’y paraît. Il est difficile de porter un jugement général sur des modèles tellement divers, et pour des biens aussi variés. Les études disponibles ne sont pas légion, et le research gap en la matière est béant. Notons surtout que le bilan environnemental actuel de ces pratiques, qui vont a priori continuer de se développer, importe moins que les conditions d’amélioration de leur durabilité.


La qualité des biens partagés apparaît comme une condition clé de la durabilité environnementale des modèles de partage, qu’il s’agisse de réemploi, de mutualisation ou même de mobilité partagée. Biens recyclés et à durée de vie longue : les modèles de partage doivent valoriser les biens les plus durables sur le marché, voire – dans le cas des modèles business to consumer (B2C) où les entreprises peuvent influencer ou contrôler la production très en amont – mettre sur le marché de nouveaux biens éco-conçus pour être partagés. Deux autres conditions clés pour la durabilité des modèles de partage ont trait à l’optimisation du transport des biens et aux modes de consommation : les modèles de partage peuvent être le vecteur d’une consommation durable, moins matérielle, comme celui d’une hyperconsommation matérielle.


Si ces conditions ne sont pas toujours respectées par les modèles actuels de l’économie du partage, il apparaît que les modèles de mutualisation et ceux reposant sur le don sont déjà plus clairement vertueux d’un point de vue environnemental.


L’exemple de l’auto-partage, le système le plus étudié, montre surtout que la contribution environnementale des modèles de partage ne se limite pas à – éventuellement – optimiser les véhicules qui ne roulent pas : en effet, une voiture partagée n’est pas utilisée comme une voiture individuelle, ses usagers parcourant jusqu’à deux fois moins de kilomètres au bénéfice des transports en commun. Est-ce à dire que le partage en général, en distanciant les usagers de l’objet par une remise en cause plus ou moins radicale de la propriété, ouvre de nouveaux espaces d’innovation pour la transition écologique ? Que le partage peut transformer les usages ? La question reste ouverte, et les réponses certainement spécifiques.


Enfin, notons que l’éventuel « effet rebond » peut être vu sous deux angles : l’angle environnemental, qui n’est pas positif (plus d’impacts) ; et l’angle économique et social, qui l’est beaucoup plus (plus de services rendus).


Faire de l’économie du partage une économie durable


L’analyse de la durabilité environnementale des modèles de partage révèle des conditions qui sont autant de leviers d’actions et de choix. Choix du consommateur, choix des pouvoirs publics, choix des entrepreneurs ; l’économie du partage peut contribuer si c’est l’objectif que ses acteurs se fixent.


Le rôle des pouvoirs publics


Pour rendre durable l’économie du partage, les pouvoirs publics doivent tout d’abord construire – ils le font en parallèle et généralement en retard sur les pratiques – un cadre économique et réglementaire favorable aux modèles « vertueux ».


Concrètement, la fiscalité écologique, les réglementations promouvant l’éco-conception des produits, le recyclage ou encore des transports en commun performants renforcent l’intérêt et le bilan environnemental du partage.


Dans le cadre d’une stratégie visant à sélectionner les modèles performants d’un point de vue environnemental et à les soutenir, notre analyse conduit à considérer que, tant qu’elles sont émergentes et à petite échelle, les initiatives du partage peuvent être soutenues par les pouvoirs publics car elles permettent d’explorer de nouvelles pistes. La cartographie par les pouvoirs publics locaux et nationaux de tous les modèles de l’économie du partage serait un outil pour rendre visible des pratiques souvent ignorées. Mais passée une certaine échelle, les entrepreneurs doivent faire des efforts pour analyser leur bilan environnemental puis l’améliorer.


Comment soutenir les modèles durables ? Les demandes du mouvement du partage peuvent être regroupées en quatre axes de travail :


-         une visibilité accrue via des campagnes de communication, voire une labellisation ;


-         des financements et incubateurs pour les projets innovants ;


-          l’adaptation de la réglementation aux nouveaux modèles ;


-         des pouvoirs publics exemplaires.


Notons que des institutions « para-publiques » au sens large, telles que l’Institut de l’économie circulaire ou le Conseil économique, social et environnemental (CESE), pourraient créer un groupe de travail sur l’économie du partage, et en faire un lieu de dialogue entre tous les acteurs, d’étude des opportunités environnementales, de proposition d’évolutions réglementaires, et d’incitation des acteurs privés à intégrer les enjeux environnementaux dans leurs modèles d’affaires.


Le rôle des entrepreneurs


Les entrepreneurs (associations ou entreprises) et surtout les promoteurs de l’économie du partage utilisent souvent l’argument environnemental pour faire la promotion de leurs activités. Au risque de tomber dans le greenwashing. Pour agir sur ce modèle et en optimiser sa durabilité, les entrepreneurs du partage doivent commencer par mieux comprendre les conditions de durabilité de leurs modèles.


Quels types d’actions peuvent dès lors être réalisés ? Les offres de location longue durée pourraient éviter le renouvellement des biens à un rythme élevé, les plateformes de revente sur internet pourraient valoriser les produits les plus durables, les plateformes de covoiturage pourraient cibler le marché des déplacements domicile-travail, etc. Les entrepreneurs du partage sont les mieux placés pour élaborer des solutions concrètes. Ils doivent aussi user de leur pouvoir d’influence sur la production des biens pour adapter les produits au partage, les recycler, et optimiser les déplacements induits par le transport des biens. Les entrepreneurs et les promoteurs du partage doivent donc se fixer l’objectif d’optimiser leur impact environnemental : la protection de l’environnement doit passer du statut d’argument à celui d’objectif, et dans les coalitions d’entreprises du partage, le lobby interne pour assurer leur durabilité pourrait avoir une place équivalente au lobby externe pour changer les réglementations.


Le rôle des consommateurs


Les modèles en pair-à-pair exacerbent le rôle et la répercussion du choix individuel du consommateur. La contribution environnementale de ces modèles dépend beaucoup du comportement des utilisateurs, des valeurs qui les animent. Si certains sont portés par la recherche d’un « épanouissement personnel détaché de la consommation symbolique », d’autres sont des « hyperconsommateurs » et la majorité sont les deux à la fois. Les études sur les motivations actuelles des usagers de l’économie du partage ou de la consommation collaborative convergent vers l’idée que la motivation principale est l’optimisation de son pouvoir d’achat, même si les considérations environnementales ne sont pas absentes des motivations individuelles.


Mieux comprendre


Si les modèles de l’économie du partage sont anciens et se renouvellent grandement, la littérature reste pauvre et nombreux sont les décideurs politiques et les promoteurs du partage qui insistent désormais sur le besoin de mieux comprendre le potentiel de l’économie du partage et ses impacts. C’est vrai pour son impact environnemental, c’est vrai aussi pour son impact économique et social (voir annexe). À l’heure où les premières tensions se concrétisent, à l’image des enjeux fiscaux et réglementaires autour d’Uber ou d’Airbnb, la recherche doit anticiper ces tensions, les analyser et contribuer à les mettre en dialogue pour faire émerger des pistes d’action.


Encadré 1. Les définitions de l’économie du partage


Rachel Botsman, figure emblématique du mouvement du partage, remarque elle-même que « l’économie du partage manque d’une définition partagée ». En effet, on observe des définitions plus ou moins inclusive selon qu’elles :


-         se concentrent sur le partage de biens matériels (c’est le cas dans cet article) ;


-         intègrent les échanges de services et de biens immobiliers1 ;


-         voire le partage de nourriture et l’habitat partagé2 ;


-         si ce n’est – dans son acception la plus large – le partage de tous les « communs » via des coopératives, des services publics, de la démocratie participative, etc.3


Par ailleurs, les définitions peuvent être plus ou moins larges, acceptant ou non :


-         les modèles « anciens » qui ont un recours limité au numérique, alors même que la frontière est mince et mouvante (Novel et Riot4 les intègrent, pas Rachel Botsman) ;


-         les modèles en B2C : si Botsman n’exclut pas ces initiatives, pour d’autres attachés à l’idée de « pouvoir d’agir » des individus – seules les pratiques entre particuliers relèvent de l’économie du partage (Shareable) ;


-         l’échange monétaire ou marchand : l’enrichissement personnel empêche pour certains le partage5 et seules les pratiques non monétarisées mérite raient d’y être associées, ou les pratiques monétarisées gérées par des structures dont l’objectif prioritaire n’est pas le profit, comme les associations. Il apparaît que définir l’économie du partage n’est pas exempt de considérations de nature politique, et que les débats sur les définitions révèlent des « visions idéologiques » contrastées6


1. Rachel Botsman et Roo Rogers (2011). What’s Mine Is Yours: The Rise of Collaborative Consumption.

2. Shareable & Sustainable Economies Law Center (2013). Policies for shareable cities.

3. Agyeman et al. (2013). Sharing Cities. Briefing for Friends of the Earth.

4. Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot (2012). Vive la co-révolution, Éditions Alternatives.

5. Matthew Yglesias, “There is no ‘sharing economy’”, Slate.com.

6. Adam Parsons (2014). The sharing economy: a short introduction to its political evolution.

 

L’étude Économie du partage : enjeux et opportunités pour la transition écologique link

 

N°03/14 juillet 2014 | nouvelle prospérité

Damien Demailly (Iddri), Anne-Sophie Novel (consultante indépendante)

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Jeudi 14 août 2014 4 14 /08 /Août /2014 00:09

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Et pourtant sur l’étal du poissonnier si l’on organisait un festival de mochetés la raie ne serait pas élue miss « délit de sale gueule ». En effet, la tronche de la lotte « mi-crapaud mi-dents de la mer » comme l’écrivait en 2008 le blogueur « cuisine de la mer qui reconnais que les lottes avaient « une bouille un peu ingrate, avec leur mufle prévu pour aspirer les proies qu'elles attirent en brandissant au-dessus de la gueule une manière de canne à pêche, au bout de laquelle flotte un leurre comme un petit poisson, que le prédateur moyen va tenter de s'approprier, dès qu'il approche, il est gobé »


20805080.jpg

 

Donc  le jour qu’il est revenu avec cinq têtes de lottes, qu’il a soigneusement disposées sur le muret de pierre à la porte de la cuisine, où « il a semé quelques galets avec l'espoir qu'y pousse une plage.  Même le chat a eu la trouille, il est prudemment resté perché sur un rebord de fenêtre » pendant qu'il s’expliquait avec ces trophées.


20805127.jpg

 

Bref si la lotte ne décroche pas le pompon de la mocheté c’est tout simplement parce que le poissonnier ne présente d’elle que sa queue et ses joues qui sont, pour ces dernières, le meilleur de sa chair. Une soupe de joues de lotte c’est un must ! link


Mais je ne suis pas là pour tresser des lauriers aux joues de la lotte mais pour vous causer de la gueule de la raie.


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Signification : Avoir  visage laid, désagréable


Origine : Expression française familière servant de formule injurieuse qui s'appuie sur une comparaison courante entre face et fesses. En effet, la raie a une tête peu sympathique mais l'expression a été prise à ses débuts pour décrire une tête extra plate.


Selon d'autres interprétations, la gueule de raie serait tout simplement un type de nœud dans la marine mais le sens reste le même car une tête de raie ou de nœud reste un visage aussi laid. »


gueulederaie3

 

« Les raies appartiennent au groupe des chondrichtyens, les poissons cartilagineux. Ces animaux magnifiquement adaptés à la vie sur le fond, sont du point de vue évolutif, des requins aplatis.


Les raies sont des poissons aplatis mais ne sont pas des poissons plats.


Il ne faut pas confondre les raies avec d'autres poissons au corps plat, notamment les espèces désignées par le terme commun poissons plats comme la sole ou la plie.


Raies et requins sont inclus dans le groupe des chondrichtyens, qu'on appelle plus communément les poissons cartilagineux, par opposition aux poissons osseux, ce dernier groupe comprenant la majeure partie des espèces actuelles, tels le bar, la carpe ou encore la truite.


De fait, il existe près de 30 000 espèces de poissons osseux de par le monde alors qu'on ne compte qu'un peu plus de 800 espèces de poissons cartilagineux.


Les poissons cartilagineux ont pourtant une origine beaucoup plus ancienne, et ont prospéré par le passé, avant d'arriver à la richesse spécifique actuelle, beaucoup plus modeste. D'un point de vue évolutif, une raie n'est rien d'autre qu'un requin aplati, suite à des millions d'années d'évolution. Il faut dire que les chondrichtyens existent depuis 450 millions d'années, le temps et la sélection naturelle ont pu faire leur oeuvre. » La suite ICI link


« Sur les côtes françaises on trouve près de 20 espèces, notamment la raie bouclée, la raie brunette, la raie étoilée, le pocheteau gris, la raie lisse, la raie pastenague, la torpille marbrée, la raie fleurie, la raie radiée, la raie circulaire, la raie douce et la raie mêlée.


Au bourg-pailler nous ne consommions que de la raie bouclée et surtout pas de la raie pissouse qui est la raie fleurie dégageant une forte odeur d’ammoniac. Improprement mémé Marie dénommait plie la raie d’où l’origine du titre de cette chronique. Et bien entendu Gilles de Rais, dit Barbe Bleue, sodomite, pédophile et tueur en série pendu le 26 octobre 1440 sur la prairie de l'île de Biesse à Nantes (je note ça car le vieux château détruit de la Mothe-Achard appartenait à Gilles Rais) n’a rien à voir avec la choucroute.link


Mode de vie :


« Les raies vivent posées sur le fond et évoluent au ras du fond. Souvent posées ou enfouies sur le sables ou autres fonds plats, les raies respirent en captant l’oxygène par les fentes branchiales situées sur leur face ventrale blanche. Elles ne s’interdisent pas une virée en surface pour se saisir d’une proie. Leurs proies principales sont les crustacés (crabes) et les poissons. Les raies s’alimentent surtout la nuit et se reposent dans la journée. Parmi les raies qui longent les côtes françaises, certaines disposent d’un dard qui envoie un venin (très) douloureux voire mortelle (raie Pastenague). Attention donc de ne pas vous piquez lors de la capture d’une telle raie. Les raies ont une croissance lente et leur maturité sexuelle arrive tardivement. »


La raie, une espèce menacée : link


Enfin pour terminer je vous propose une recette politically incorrect : l’aile de raie au beurre noir… link


Pour faire passer le beurre noir je ne peux que faire confiance à un blanc qui porte avec joie et fraîcheur une belle acidité. La liste est ouverte !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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