www.berthomeau.com

               Vin&Cie, l'espace de liberté

Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est
" un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..."
Bon appétit ! Diffusez le message autour de vous.
Si vous souhaitez recevoir mes chroniques chaque matin abonnez-vous à la newsletter, colonne de droite (c'est gratuit) et surtout ne décochez-pas la case chroniques (sinon vous ne recevrez rien).
ou placez
www.berthomeau.com dans vos favoris.
Merci pour votre fidélité et n'hésitez pas à faire des commentaires.
Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.

Pour les amoureux du bien vivre à la française l'adhésion à l'Amicale des Bons Vivants s'impose afin d'affirmer notre engagement et notre détermination face aux provocations des prohibitionnistes. 
C'est simple comme un clic via : commentaire ou contact ou
berthomeau@gmail.com

  

La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Mercredi 20 août 2008 3 20 /08 /Août /2008 00:03

En ces temps olympiques rappeler que Claude Piquemal fut médaillé de bronze olympique au relais 4 x 100 m en 1964 avec Genevay, Laidebeur et Delecour et 1968 avec Fenouil, Delecour et Bambuck en 38"4, c’est évoquer un temps où les athlètes couraient le 100 mètres au-dessus des 10’’ et ressemblaient à des gens normaux. Excellent vireur, ce merveilleux troisième relayeur, fin et élégant, portait les couleurs ciel et azur du Racing Club de France et, dans mon petit club des sportifs que j’admirais, Claude Piquemal occupait une place privilégiée car l’athlétisme en général, et le sprint en particulier, me fascinaient.

Aujourd’hui si vous tapez Piquemal sur Google la première rubrique qui s’affiche est : Domaine Piquemal et ça va me permettre de vous raconter ma petite histoire catalane du jour. Lorsque je débarquai en août 1998 à Perpignan en tant que médiateur de la crise des Vins doux naturels, la sortie de crise ne me semblait ni évidente, ni surtout rapide. Mes séances de psychothérapie collective salle Pams ajoutaient à ma perplexité. Le préfet Dartout soulagé du fardeau me choyait. Le président du CG me gonflait. L’Indépendant de Perpignan m’élevait au rang de vedette de l’été. Sur France Info Perpignan Louis Monich le rédacteur en chef – qui sera assassiné en fin septembre 2005 – suivait avec gourmandise mes pérégrinations. Guy Bringuier le DDAF se régalait. Je ressentais de plus en plus le besoin d’aller humer l’air des vignes, de prendre le pouls de vignerons que j’aurais choisi. Jacques Fite du CIVDN, un matin à l’heure du café me dit « tu devrais aller voir Pierre Piquemal, lui a tout compris… » Rendez-vous est pris. Avec ma petite auto direction Espira-de-l’Agly en fin de journée. Pierre Piquemal me reçoit avec simplicité et franchise. Le courant passe. Je l’écoute avec attention. Son histoire, à lui et à Annie son épouse, est exemplaire. Alors qu’ils auraient pu, comme tant d’autres dans ce beau département, se laisser bercer par la petite musique de la petite rente des Vins Doux, ils ont choisi une autre voie celle de devenir des vignerons à part entière. Voie difficile, la vigne, le vin, vendre le vin, autant de métiers différents et prenants. Se faire connaître, reconnaître, les salons, les concours, parcours du combattant, beaucoup de temps passé. C’est toujours avec grand plaisir que je retrouve Pierre et Annie Piquemal lors de Vinisud ou du salon des caves particulières, toujours avenant et souriant. La réussite ne leur a pas tourné la tête. Moi je leur dois un grand merci, ils m’ont beaucoup appris. Comme je le dis souvent à mon ami Eric, pour moi un vrai vigneron-indépendant c’est l’équivalent d’un boulanger-artisan qui fait du bon pain et Pierre et Annie Piquemal, et maintenant leurs enfants, en sont l’image-type.


Ce matin j’ai choisi Les Terres Grillées 2003 rouge signés des enfants : Marie-Pierre et de Franck Piquemal, c’est un Côtes du Roussillon Villages

Fiche technique :

Cépages : Assemblage de Grenache noir (35 %), de Carignan Vieilles Vignes (35 %) et de Syrah (30%)

Terroir : Sélection de schistes en coteaux.

Vinification : Traditionnelle en rouge. Vendanges éraflées. Cuvaison de trois semaines.
Macération carbonique pour le Carignan. Pigeage et délestage alternés.

Elevage : En fût de chêne pour la Syrah ; traditionnel en cuve pour le Grenache et le Carignan.

Titre alcoolmétrique : 14 % vol.


Comme vous le savez j’ai assez peu de goût pour la description des vins, avec son vocabulaire convenu, très fleurs et fruits, parfois cocasse : l’autre jour c’était goudron et colle très goûtu ces petites choses, car je m’y sens à l’étroit, bridé et surtout je trouve que les mots expriment souvent mal les sensations que procure la consommation de notre divin nectar. Je suis un amateur pas un dégustateur mais je vous dois quand même de m’expliquer sur les raisons de mon choix de ce matin. En faisant une pirouette je pourrais écrire que c’est pour la beauté du titre : de l’ocre de la cendrée au rubis des Terres Grillées mais ce serait trop facile et peu respectueux. Mon choix est esthétique. Mes amis catalans aiment à cultiver une image très proche du rugby pratiqué par l’USAP, disons rude. Terres Grillées pour moi c’est un costaud qui n’exhibe pas ses biscotos. Il ne roule pas des mécaniques. Il allie l’ampleur, la grâce et la finesse, à la manière de l’écossais Sean Connery dans les premiers James Bond : classe british avec juste ce qu’il faut de force mâle. Œil de velours et Aston-Martin, pour moi c’est un vin qui plaît aux femmes qui aiment les hommes. Propos peu orthodoxes que je complète par un commentaire trouvé sur le Net Apprécié pour « son magnifique parfum de cassis, de garrigue, de confit, de musc et de grillé. Des tanins soyeux étayent une matière ample et généreuse en bouche, laissant en finale une impression de noblesse gourmande sur des notes de cerise à l'eau de vie et cacao. »

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 19 août 2008 2 19 /08 /Août /2008 00:08

Quand on s’appelle Goudeau, en un temps, l’après guerre de 1870, où les clubs littéraires fleurissaient dans les villes, et que l’esprit bohème régnait dans les cabarets, créer le club des hydropathes (étymologiquement : ceux que l'eau rend malades) allait de soi. Ce cercle connaîtra un grand succès dès sa première séance en octobre 1878, soixante-quinze personnes, et au faîte de sa gloire lorsqu’il se réunira au Chat Noir de Rodolphe Salis à Montmartre il comptera jusqu’à trois cent cinquante participants. On y célébrait la littérature et tout particulièrement la poésie : les participants déclamaient leurs vers ou leur prose à haute voix devant l'assistance lors des séances du vendredi soir. Mais les membres professaient également le rejet de l'eau comme boisson au bénéfice du vin. Charles Cros écrivit :

Hydropathes, chantons en cœur

La noble chanson des liqueurs

L’intérêt de ce club, au-delà bien sûr de son « militantisme » affiché pour le vin, tenait à ce qu’il permettait, sous le couvert du bel esprit, de déraper vers des sujets plus contestataires. Nos hydropathes inaugurèrent l’esprit « fumiste » et leur club, même s’il disparut en 1880, au travers de la Revue Les Hydropathes – qui compta trente deux numéros entre 1879 et mai 1880 – permirent de mettre au jour à chacun de ses numéros, des talents non-conformistes : une personnalité proche du groupe d’André Gill à Sarah Bernhardt et de Charles Cros à Alphonse Allais. De nombreux jeunes artistes : Léon Bloy cousin d’Emile Goudeau, Paul Bourget, François Coppée, Guy de Maupassant, furent membres du club.

Autre temps autres mœurs mais, sans vanter les délices de l’ivresse ou le border line de ceux qui goûtaient sans modération aux fruits défendus – position politiquement incorrecte dans nos sociétés propre sur elles et cultivant le culte de l’immortalité et du risque zéro – ce qui me frappe dans ce joyeux cocktail liberto-littéraire c’est que le vin était de plain pied dans son époque. Certes, il y était avec les débordements du fléau de l’alcoolisme liés aux conditions économiques et sociales de l’époque (voir le rapport Villermé Tableau de l'état physique et moral des ouvriers dans les fabriques de coton, de laine, et de soie, (1840) mais l’hypocrisie n’était pas de mise : si les ouvriers, les classes dangereuses, claquaient dans les bistros le peu d’argent du ménage c’était pour supporter une condition inhumaine. L’ivrognerie d’ailleurs régnait aussi dans les campagnes où la condition des journaliers n’avait rien à envier à celle des ouvriers urbains.

Pour être encore plus précis, alors que le vin, boisson alimentaire, est un produit en voie de disparition, qui laisse la place à un produit festif, statutaire et ludique, les tenants de l’hygiénisme, nos penseurs de la santé publique, devraient réviser leurs fondamentaux, appliquer à notre époque une nouvelle stratégie. La pure stigmatisation, l’interdit pur et simple dans une société où tout ou presque est a portée de mains, relève d’une méconnaissance grave des ressorts de ceux qui se ruent vers les boissons alcoolisées, dans lesquelles d’ailleurs le vin ne tient plus une place prédominante. C’est d’un labour profond dont nous avons besoin non d’une cosmétique fondée sur des campagnes de communication.

Enfin, je voudrais m’adresser aux gens du vin en France pour leur dire qu’ils ont aussi, d’une certaine manière, participé au mouvement de mise hors la vie du vin en le cantonnant dans le Saint des saints des amateurs, produit d’élite pour les élites, tout en continuant de vivre dans un vignoble de masse produisant des nectars bien moins prestigieux. La distorsion entre l’élitisme et la production de masse est évidente mais jamais reconnue alors que nos voisins dits du Nouveau Monde, eux, ne s’embarrassent pas de nos scories historiques. Face à la mondialisation de la consommation ils sont en train d’imposer leur modèle dans les pays nouveaux consommateurs. En être est-il péché mortel ? Est-ce participer à la « corruption » du monde que de proposer nos petits vins ? La réponse est non. La stratégie de ligne Maginot, comme celle adoptée vis-à-vis de l’Internet, relève de la bêtise la plus noire. Comme si nous claquemurer dans notre hexagone allait faire stopper à des frontières, qui n’existent plus physiquement, le flux des informations de la Toile en provenance du Monde.

Alors que notre grand ami, le médiatique Hervé Chabalier, va voir son best-seller : «  Le Dernier pour la route » être le sujet d’un film produit par Philippe Godeau, je ne peux m’empêcher d’écrire que ce sont toujours ceux qui, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, dérapent qui viennent faire la morale à ceux qui « tiennent la route ». Nous avons une culture des repentis et des « ce n’est pas de ma faute » ça émeut les chaumières, ça fait pleurer Margot. Les « Sots d’eau » (1) ne me tirent aucune larme...   


(1) Sot d'eau
"Tout le monde critique Hervé Chabalier. Mais moi je le comprends. ...
L'une des meilleures choses sur terre est le vin et Hervé n'a plus le droit d'en boire.
Ce serait supportable pour lui si personne n'en buvait."...
"Pour Hervé, tout verre de vin est mauvais car il le mènerait à la bouteille, puis à la caisse, puis à la cave, puis au cercueil.
Il ne lui viendrait pas à l'esprit que nous n'avons pas ce problème-là avec l'alcool. Que lorsque nous buvons une slivovica le matin, nous sommes au thé le soir.
Que le vin arrose nos meilleurs déjeuners de copains mais que l'eau ruisselle sur nos adorables dîners familiaux. ...
"S'il a eu la faiblesse de se laisser ligoter par l'alcool au point d'être aujourd'hui condamné à la sobriété pour le restant de ses jours, il n'y a aucune raison pour que nous, qui avons su conserver notre liberté face à la boisson, nous devions matin, midi et soir baigner notre bouche heureuse, notre langue délicate et notre palais sensible dans l'eau et uniquement dans l'eau."...
"Les gens qui boivent de l'eau vivent plus vieux que les gens qui boivent du vin, mais moi je ne veux pas vivre vieux dans un pays où les anciens alcooliques exigent que tout le monde boive de l'eau.
Il y a un génie dans le vin et il est mauvais, comme tous les génies. Dans l'eau, il n'y a rien de mauvais, car il n'y a rien." (...)

Patrick Besson

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 18 août 2008 1 18 /08 /Août /2008 00:00

L’anecdote est tirée du manga du vin vu par les japonais, best-seller absolu Les Gouttes de Dieu tome 1. Elle est très caractéristique de l’extrême érudition des auteurs, une érudition pointilleuse, très attachée à une forme de lecture du vin à la fois descriptive et lyrique, très pédagogique aussi. Les protagonistes sont pour la plupart des œnologues et non des œnophiles marquant ainsi la primauté d’une approche très technique sans pour autant brider l’inventivité des commentaires et les références les plus inattendues : l’Angélus de Millet pour un château Mouton-Rothschild 1982 je cite : « C’est là que se révèle la légère muscade et la figue mûre… Le grain de poivre et autres arômes matures… » « C’est là que la terre ouvre les yeux après un long sommeil… «  « Ce vin est un tableau. Avec des traits de pinceaux qui rappellent la terre labourée, pinceau qu’il a fait repasser sur la toile en plusieurs couches telle la charrue dans le sillon… » « C’est la tableau le plus connu de Jean-François Millet… » « L’ANGÉLUS ! » Ça peut prêter à sourire mais ça fonctionne auprès des lecteurs c’est donc que ça leur parle. C’est l’essentiel. Une telle adéquation devrait nous amener à réfléchir sur la façon dont nous transmettons auprès des jeunes générations la culture du vin. Conjuguer la tradition avec les codes des jeunes, leur raconter des histoires sur leurs supports favoris, les intéresser, les captiver, n’est pas chose facile mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faille s’y atteler. Sur mon petit blog je m’y essaie en élargissant le cadre, en sortant de la vision du seul dégustateur, en tentant à ma manière de conter des histoires et de toucher un éventail le plus large possible de lecteurs.

 

Le héros de l’histoire Shizuku Kansaki fils d’un célèbre œnologue qui vient de décéder, dégoûté par lui du vin par une éducation entièrement tournée vers la connaissance de la dégustation est confronté aux dernières volontés de son père et il engage un parcours difficile. L’épisode qui suit est très caractéristique de ce manga. Pour obtenir l’aide d’un étrange clochard Monsieur Robert connaisseur de vin Shizuku accompagné d’une apprentie sommelière Miyabi doit élucider une énigme. Je vous livre le script :

Monsieur Robert : « jeune demoiselle connais-tu ces deux vins ?

Miyabi : « Oui, ils sont issus de l’un des plus célèbres domaines de Bourgogne, celui de Jean Gros. Le domaine Gros frère et sœur.

« Vosne-Romanée Village » 2001 et…

L’un des meilleurs Grands Crus  « Échezeaux » 2002.

Monsieur Robert : « Bah, un imbécile le saurait, il suffit de lire l’étiquette. Cependant…après avoir bus, en saurez-vous autant ? C’est un tout autre problème.

N’est-ce pas très chers ?

Monsieur Robert : « Essayez de savoir en les dégustant… pourquoi j’ai choisi ces deux Vins. »

Shizuku : « C’et équitable. Le temps presse alors… allons-y !

Celui-ci c’est l’Échezeaux. Commençons par le Grand Cru.
Ooh…Bien sûr délicieux. Bon au suivant »

Miyabi intriguée pense « Pourquoi a-t-il parlé d’énigme ? Un « Village » et un Grand Cru sont censés être aussi différents que le jour et la nuit en matière de goût et de bouquet…

Qu’est-ce qu’il pourrait y avoir de plus ? »

Shizuku goûtant le « Village » intrigué « Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Celui-ci est…

Miyabi parmi les Bourgogne, un Village et un Grand Cru sont censés être totalement différents, n’est-ce pas ? »

Miyabi « Hein ? Oui en effet, si je me souviens bien… un Village de Gros frère et sœur coûte dans les 3000 yens*… et le très en vogue Grand Cru « Échezeaux » par contre… coûte plus du double au moins. » * 19 euros

Shizuku « Je me fiche du prix. Explique-moi avec des mots pas des chiffres.

Miyabi « O… OK !

Ce qui fait un Grand Cru, c’est que tout l’environnement du vignoble… la qualité de la terre, l’ensoleillement, le drainage sont reconnus comme de qualité supérieure… Le vin produit à partir du raisin qui y est récolté exprime cette qualité dans son goût et son arôme… On appelle tout ceci, autrement dit la qualité de la terre et de l’environnement de la vigne : LE TERROIR.

Par contre pour les Village soit on mélange des raisins récoltés en différents endroits de la commune… soit on emploie des raisins de moins bonne qualité et les caractéristiques du terroir ne se ressentent en fin de compte pas bien dans le vin.

Shizuku « Je vois…

J’ai l’impression que la robe de l’Échezeaux est légèrement plus épaisse… C’est peut-être dû à la différence de millésime… La récolte de raisin de 2002 a été bonne en Bourgogne, ce qui en fait une « grande année » et les vins riches y sont nombreux… 2001 n’était pas aussi bonne…

Shizuku se concentre, se parle intérieurement «  Ne pas avoir d’à priori sinon je ne résoudrai jamais l’énigme qu’ils posent…

Un verger entouré de fleurs rouges… sous mes pieds de la menthe et de la cannelle… et bien d’autres herbes déploient leurs feuilles.

Entre mes mains je tiens des cerises noires, des prunes, des fraises mûres… et je sens la fragrance très légère d’une sorte d’orange… dans ma main droite comme dans la gauche, je sens exactement les mêmes poids en arômes et goûts de fruits… Je ne vois aucune différence… Je m’en doutais… ces deux vins sont…

Monsieur Robert  « Tu as fini ? »

Shizuku « Oui… »

Monsieur Robert  « Alors je te repose la question… Quelle est l’énigme de ces deux vins ? »

Shizuku « Dans les deux bouteilles… il y a le même vin. »

Miyabi« Mais… Qu’est-ce que tu racontes Shizuku ! C’est impossible ! Regarde les étiquettes ! Là, un Village ! et là un Grand Cru Échezeaux ! Deux rangs de différence ! Le producteur a beau être le même, ce ne peut être le même vin ! »

Shizuku « Je ne me trompe pas. Ils viennent du même vignoble. Ils sont sublimes tous les deux… Mais en les buvant maintenant je trouve le 2001 meilleur, le goût fruité ne l’alourdit pas… il est mature et juste à point pour être bu. Par contre, comme tu l’as dit, le Grand Cru de 2002 a été une bonne récolte mais… c’est pour ça que j’y sens davantage de lourdeur. »

Miyabi «  Oh ! »

Shizuku «  Je persiste et je signe. Ces deux vins viennent du même vignoble. Ce sont des frères d’âge différents. »

Monsieur Robert  « Ha, ha, ha, ha! Tu es drôle toi ¡ Vraiment très drôle ! Alors que tu n’as aucun savoir théorique sur le vin… en matière de nez et de goût, tu es aussi doué qu’un vétéran avec 20 ans d’expérience ! »

Miyabi «  Hein ! Mais alors il aurait… »

Monsieur Robert  « Oui ces deux vins ont été faits à partir de raisins venant de la même vigne, celle d’Échezeaux. Bien que la différence de prix entre les deux soit de plus du double… ce sont bien des « frères ».

Miyabi « Comment cela est-il possible monsieur Robert ? »

Monsieur Robert  « À cause des principes du producteur Bernard Gros. Il était d’une famille de fameux viticulteurs… Le fils cade de Jean Gros. Le vignoble où l’on récolte le raisin pour le Village faisait au départ partie de la parcelle du Grand Cru Échezeaux. Parce qu’il trouvait que trop peu de temps s’était écoulé depuis le replantage des ceps. Il a décidé de se contenter de l’appellation Village jusqu’en 2001. »

Miyabi « Ça alors…C’est si radical… »

Monsieur Robert  « Les vrais vignerons se soucient peu de leur bénéfice… Tout ce qu’ils veulent, c’est pouvoir proposer de bons vins dont ils sont fiers. »

Shizuku « Mais pourquoi une vigne jeune est-elle dédaignée ? »

Monsieur Robert  « Pff… Il y a plusieurs raisons… La première c’est que les racines d’un jeune cep ne plongent pas assez profondément… pour  pouvoir aller puiser la force qui dort au cœur de la terre… et n’ont donc pas assez de minéraux et d’aliments pour se nourrir au mieux. »

Shizuku «  Je vois… »

Miyabi « C’est pour cela que tu as senti la différence de millésime. Lae Village te semblait plus léger. »

Monsieur Robert « Shizuku…

Shizuku « Ou… Oui ?

Monsieur Robert  « Rappelle-toi toujours…ce que tu viens de ressentir… C’EST LE TERROIR ! »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 17 août 2008 7 17 /08 /Août /2008 00:07

Je dois dégager un magnétisme particulier qui pousse les filles aux confidences car nous nous assîmes, côte à côte, en tailleur, face à la flamme du Soldat Inconnu et Chloé, après avoir posé sa tête sur mon épaule, entamait un long monologue. « Moi ce type, qui repose-là, broyé par les shrapnells allemands au fond de sa tranchée pourrie, bouffé par la vermine, shooté à la gnole, et qui voit maintenant défiler autour de sa tombe les culottes de peau qui l’ont envoyé à l’abattoir, comme de la chair à canon, anonyme, reproductible, simple paysan ou ouvrier, brave mec, plus con que la moyenne, il s’est sacrifié pour que moi fille de putain de luxe je vive le cul dans la soie. Ça me donne envie de gerber mon beau légionnaire. Toi, j’en suis sûr, t’es pur comme de l’eau de roche alors que moi je suis de l’eau vaisselle maquillée en n°5 de Chanel. Madame ma mère, intrigante de haut vol, après s’être vautrée dans le pieu des dignitaires du Grand Conseil fasciste de Benito s’est recyclée avec aisance et sang froid dans celui d’un général américain de l’état-major allié. Je suis le fruit de cette copulation rédemptrice entre une grande brute blonde du Middle-West et d’une catin pur sang bleu de l’aristocratie florentine. Comme ça tu comprendras mieux, mon beau légionnaire, que j’ai une envie folle que toute cette pourriture, maquillée sous le vernis aristocratique, leur pète à la gueule… »

 

Chloé, pour reprendre son souffle, se roulait une minuscule cigarette. La flamme de so briquet vacillait sous le souffle léger d’une brise tiède. Moi, la bière ça me coupe les pattes et ça me donne envie de dormir. Je luttais pour ne pas me laisser choir sur le flanc et me recroqueviller dans ma position fœtale favorite. La bouiffe de Chloé exhalait une douceur odeur d’herbe qui me poussait plus encore à m’abandonner au sommeil. Je me sentais, comme lorsque j’étais enfant, étendu sous la peau de la mer, les yeux encore plein des pépites du soleil éteint, prêt à me laisser engloutir dans les abysses. Chloé me tendait son mini pétard. J’en tirais quelques bouffées qui me réanimaient. La voix rauque de Chloé, en contrepoint, me maintenait dans une conscience molle. « En Italie, tout naturellement je me suis retrouvée à la Sinistra Proletaria qui n’a rien à voir avec les enculeurs de mouches d’ici. Là-bas ce sont de vrais durs. Des brutes. Je suis sûre qu’ils iront au bout de leurs idées. Moi je suis une pétocharde, une goutte de sang et je m’évanouis, alors les amours de ma traînée de mère m’ont bien servi : Paris a des douceurs inestimables. Jamais à Milan je n’aurais trouvé un aussi beau légionnaire. Je veux dire jamais je n’en aurais trouvé un qui n’a pas envie de se foutre du sang sur les mains. Toi, je le sens, tu es là par je ne sais quel hasard, et j’ai la certitude que tu ne leur ressembles pas. Comme tout le monde tu caches quelque chose mais je m’en fous mon beau légionnaire. Je vais profiter de ton corps avant que tu me jettes dehors… »

 

Après je ne sais plus ce qui s’est passé parce que j’ai basculé comme une masse dans un sommeil de béton. Tout ce dont je me souviens c’est que j’ai rêvé de Marie. Jamais plus depuis mon départ de Nantes je n’avais rêvée de Marie. Elle se promenait pieds-nus sur une plage de sable fin, tout au bord de l’ourlet mousseux qu’inlassablement les vagues dessinaient en venant mourir sur la grève. À ses côtés, Achille, le chien de Jean gambadait en pataugeant dans des flaques qui ressemblaient à des continents. Dans mon rêve cerné d’un cadre noir je me sentais extérieur à l’image, tel un spectateur dans une salle obscure. Le souffle d’une légère brise de mer, que je sentais lécher mes épaules nues, gonflait le vêtement immaculé de Marie. Tout mon corps semblait désassemblé, flasque, tel une poupée de son aux membres désarticulés, pendouillant, incapables d’assumer leurs fonctions : ni marcher, ni étreindre. Ma rage impuissante consumait toute l’énergie que fabriquait ma volonté. Je n’étais plus qu’une chaudière au bord de l’implosion, incandescente, pleine d’une fureur inutile. Je luttais. Dans ma bouche sèche je sentais du goût du sel. Mes lèvres articulaient des mots que je n’entendais pas. Supplice atroce, lent, inexorable, les pas de Marie ne marquaient pas le sable mais je ne voulais pas admettre ma défaite. Il me suffisait de garder cette image froide, de la tenir dans les rets de ma volonté. Cette fois-ci Marie tu ne m’échapperas pas. Je te garderai à tout jamais. Mes doigts, soudain, s’agrippaient. Je prenais peur. M’éveillait. Chloé, assise sur son céans, me contemplait avec des yeux de mère. « Mon beau légionnaire, qu’est-ce que tu as du l’aimer cette Marie…     

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 16 août 2008 6 16 /08 /Août /2008 00:02

 

Le Nouveau Parisien boit son vin au verre et son eau en bouteille

 

Dans mes références comme on dit, culturelles, je conserve une prédilection pour le cinéma italien des Monstres et des Nouveaux Monstres : Vittorio Gassman, Alberto Sordi, Ugo Tognazzi, grands moments d’autodérision comme seuls les italiens savent le faire dans la démesure et la gesticulation, la tendresse aussi. Le texte d’Alain Schifres sur le Nouveau Parisien participe de cet état d’esprit de toile émeri plus que de brosse à reluire qui semble être la marque de fabrique de beaucoup de nos plumitifs contemporains. Avant d’en terminer, hier j’ai omis une brève du Canard Enchaîné qui en dit long sur la facilité dans laquelle se vautre notre monde mondialisé « Les jeunes n’étaient pas légion dans les maigres foules qui ont défilé devant la dépouille d’Alexandre Soljenitsyne, mais le correspondant du « Monde » (7/8) en a tout de même déniché une, « une étudiante de 19 ans » dénommée Olga Ovdeeva, qui confesse : « Parmi mes amis, tous savent qui est Soljenitsyne, bien sûr, mais très peu l’on lu. Peut-être parce que nous vivons à une époque plus facile, on ne veut pas ressasser le passé et l’on préfère lire Beigbeder (traduit en russe et très populaire auprès des jeunes). C’est dommage… » D’autant que ça fait du tort à Houellebecq… »

 

« Le Nouveau Parisien a la chair plus ferme, les naseaux dorés, le poil ras et brillant. Il sent l’hygiène corporelle. Il est trait régulièrement, par prélèvement automatique. Il s’abreuve dans des wines bars. (Le Nouveau Parisien boit son vin au verre et son eau en bouteille) Il assaisonne son café avec des sucrettes. Il s’habille en sportswear. Il a 40 ans et les aura longtemps. Il a divorcé au bout de cinq ans, c’est ici le délai de rigueur : les mariages d’aujourd’hui ont la durée des fiançailles d’autrefois.

Sa rage de distinction est insatiable. Tout va si vite, il ne veut rien laisser perdre. C’est un déraciné du cervelet, il se remplit d’informations à mesure qu’il se vide de pensée. Arrivé par le train ou par le mérite, ou par les deux, il est terrassé par la hantise de  « faire plouc ».

Le Nouveau Parisien, c’est la chapelure qui rêve au gratin. Son Paris intime : il a le dada des lieux de mémoire. Il est prêt à mourir pour la piscine Molitor ou le Fouquet’s, Léo Mallet ou l’Hôtel du Nord.

Il aime aussi les ambiances jazzy et les cafés conceptuels. Il signe des pétitions pour l’environnement. Il est fou d’opéra, mais seulement à écouter. Il vote à gauche pour emmerder Chirac. Il vote écolo pour emmerder la gauche. Il découpe les articles de Baudrillard.

Il rit aux films de Woody Allen même quand c’est pas drôle. Il se gondole de confiance. Woody est une garantie, comme la Woolmark.

Il a une réédition de la chaise longue du Corbusier. Il dit : Corbu. Il explique que c’est du contemporain intemporel.

Il achète des surgelés dans des magasins qui ressemblent à des nécropoles, avec leurs tombeaux vitrés qui pourraient abriter des filets de Lénine aussi bien que la dépouille d’un cabillaud. Il raffole des restaurants latinos (à l’heure où j’écris ces lignes) comment il adorait trois ans plus tôt les Delikatessen. Il a son réseau d’épiceries orientales, d’employées lusitaniennes et de « petits boulots au noir ».

Le Nouveau Parisien se reproduit assez peu. Le mâle a fait un ou deux petits à ce qui n’était pas encore son exe, puis un autre, sur le tard, à une jeune femelle sevrée qui pourrait être la sœur de sa fille aînée : avoir des enfants, cela va bien un peu, ce qu’il veut maintenant, c’est avoir des bébés.

Une variété intéressante du Nouveau Parisien est le faubourgeois à poil raide. Le faubourgeois est un de ces pionniers qui, au nord et à l’est, disputent l’espace aux faubouriens. C’est qu’il ne veut pas vivre chez les bourges (le voudrait-il, il n’en a pas les moyens). Les bourges sont chiants, leurs femmes ont de petits sacs avec une chaîne dorée.

Le rêve du faubourgeois est d’habiter un vrai quartier populaire – à l’intérieur d’un entrepôt si possible, retapé entre potes dans le genre cargo (coursives et passerelles), avec le concours du copain architecte, ou « quelqu’un qui magouille dans l’immobilier », est essentiel à la vie du faubourgeois). Il voit son environnement comme un trésor de Trauner.

À mesure qu’avance le faubourgeois, hélas, le faubourien recule. C’est que l’animal fait monter les prix comme il respire. Il est à la recherche du fameux tissu urbain, mais la ville se démaille à son approche. L’endroit tourne au vrai-faux, avec ses lampadaires assez ridicules, des arbres nains, des immeubles couleurs d’escalope, des pavages en demi-lune, une clarté d’halogène. Cette sorte d’ambiance qu’on appelle le cachet.

Des ouvre-portes à code sont visés à la hâte. Dans les bureaux de tabac, on installe des caves à cigares.

Un bourgeois des années 30 ne donnerait pas deux sous au faubourgeois d’élite. Son allure est celle d’un insomniaque sorti acheter des cigarettes. Il porte une barbe de trois jours soigneusement épilée tous les matins. Il se coiffe à la Rourke*. Elle se maquille à la Dalle*. Ils sont en noir. Ils ressemblent à des croque-morts mondains dans un cimetière branché. Par les nuits sans lune, ils sortent avec des lunettes de soleil. Ce sont des inconnus qui préservent leur anonymat. »

 

  • - Le people vieillit vite vous êtes donc prié de consulter les revues spécialisées pour opérer la substitution à ces patronymes quasiment tombés dans l’oubli.

  • - Bien sûr depuis ces temps héroïques Paris s’est enrichi de Paris-plage, du Vélib, du non-fumeur total dans les lieux publics, d’un tramway, d’un musée des Arts Premiers, de pleins de couloirs de bus made in Vert ; Tonton est monté au ciel, Chirac loge sur les quais, Nicolas est là, Bertrand a repiqué au truc en espérant mieux, et bien sûr les Parisiens sont à un degré très élevé des addicts du cellulaire, du Black Berry et dans leurs rêves fous les bobos pensent qu’ils ont presque gagné la partie…
Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 15 août 2008 5 15 /08 /Août /2008 00:06

Le creux du mois d’août à Paris, le 15 août, l’Assomption de Marie, comme je suis un mécréant j’ai écrit à une amie qu’avec ce temps la Vierge aurait du mal à décoller cette année même du Jardin André Citroën. Je range mes papiers. Parfois je relis des textes découpés dans des magazines et je me dis que si pour les vins on parle de vins de garde, ceux qui doivent attendre pour exprimer leur plénitude, pour les textes qui traitent de l’air du temps, le temps peut-être redoutable. Moi qui suit plus un rat de bibliothèque qu’un rat de cave j’aimerais que de nos merveilles en bouteilles on puisse dire : vins de demain et, pour ceux qui sont le bonheur d’un jour : vins d’aujourd’hui. Ainsi, en opposition avec les nouveaux riches et les parvenus qui achètent des bibliothèques au mètre, et des vins à la cote Parker, les esthètes et monsieur et madame tout le monde pourraient s’y retrouver : d’un côté les vins de bibliothèque, valeur de toujours, de l’autre les vins Google, pressés, évanescents et turbulents.

 

Alors en ce début de pont je vous propose pour aujourd’hui et pour demain, deux textes du même auteur : Alain Schifres, tiré d’un livre de 1990 « Les Parisiens » chez Lattès. Ils n’ont pris aucune ride. Je vous les offre. Vous pouvez les consommer sans aucune modération.

 

« PARIS est une entrecôte. Tous les garçons bouchers qui l’ont survolé en ULM vous diront que c’est sa forme, vu d’en haut. Au moins la ville a-t-elle une forme, cela n’est pas donné à n’importe qui chez les capitales.

Paris est un endroit où il n’y a pas de placards. Ou alors, vous aurez des cuisines dedans. En revanche, il y a des entresols, comme des étages clandestins : on s’est moins soucié de ranger les choses que de serrer les gens. C’est une cité horizontale, grise et beige, selon des nuances qui vont du café crème avec beaucoup de lait au torchon sale.

C’est une ville franche, pas du tout perverse, qui sent l’hygiène sociale en dépit de ses rubicoins populistes où le balai n’a pas accès. Elle plafonne à vingt mètres environ sous une carapace de zinc et de plomb, avec des tours qui percent par endroits, des petits Manhattan arrogants sur les bords, des parcs et des jardins, des théâtres fin XIXe, des arbres malades, des plaques aux gardiens de la paix tombés en 1944, des passages qui ressemblent à des traboules, des logements de la Ville de Paris réservés aux copains sur présentation de leur carte de copinage, des Grands Travaux du Président, des églises vides et des bistrots pleins, des cours, des impasses et des villas pavées qui font dire aux New-Yorkais mais c’est la campagne ici, des Palais nationaux et un Palais des Sports où on fait de tout sauf du sport et ce n’est qu’un exemple : on peut voir à Paris des musées dans des gares, des boîtes de nuit dans des établissements de bain, des boucheries transformées en boutiques, des bureaux dans des garages changés en bureaux, des ateliers d’ébéniste changés en appartements, sans parler des appartements changés en ateliers de confection, bizarres comme la rencontre d’un Tamoul et d’une machine à coudre dans un salon XVIIIe.

Ma cité, on notera que j’en parle comme d’un être humain. C’est une habitude ici. Les gens disent : « Paris est terriblement nerveux ce matin » ; « Paris commence à me courir » ; « Paris en a marre d’être coincé tous les soirs au volant sous les guichets du Louvre ».

 

à suivre demain avec Le Nouveau Parisien

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 14 août 2008 4 14 /08 /Août /2008 00:05

Chère Tatie Danièle,

 

Comme tu le sais, toi qui est experte en la matière, je suis un incorrigible garnement qui n’aime rien tant que papoter sous la tonnelle avec ses copains et ses copines, en sirotant un blanc limé ou un verre d’eau fraîche coupée d’une petite rasade de rouge (Rouge de Plaisir http://www.berthomeau.com/article-21565135.html),  en taillant au passage quelques costards, plus ou moins bien coupés, sur le dos de ceux qui passent leur temps à nous donner des conseils, à nous dire qui faut manger-ci avec ça et boire-ça avec ci. On s’en donne à cœur joie, des vraies langues de putes qu’on est, cancaniers et cancanières, rien que des commères, mais, comme nos bavardages restent entre nous, ça ne fait de mal à personne et surtout ça n’empêche pas nos conseilleurs ou dégusteurs point com, de déguster et de conseiller à l’envi envers et contre tout.

 

Ginette, tu sais celle qui n’a pas sa langue dans sa poche, oui celle qui carbure essentiellement au vin doux et au champagne et qui fait des orgies de Nutella, nous a dit tout à trac l’autre soir, comme ses voisins de palier se shootaient à la sardine grillée et ceux du dessous à la merguez carbonisée, qu’elle avait décidé de lancer un nouveau concept de naturothérapie : le fumage, avec des déclinaisons diverses, à l’ancienne arome feu de cheminée avec bûches de chêne, méditerranéenne arome merguez, vigneronne arome sarments de vigne, orientale arome bois de cèdre, alpine arome raclette, ch’timi arome Maroilles ou boulette d’Avesnes, port de pêche arome maquereaux grillés… liste non limitative bien sûr. Comme c’est une inventive la Ginette et qu’elle fréquente la fine fleur des conseillères gastronomiques, pendant ses séances de fumage elle proposera de déguster des vins de cépages en mini Tétra Pack avec une paille bien sûr. Comme tu le vois Tatie Danièle voilà qu’on se met à faire de la concurrence à nos amis de conseiller point com. C’est dire qu’on n’a vraiment pas grand-chose à faire de notre temps.

 

Mais y’a un sujet qui nous divise, c’est une histoire de Q. Rassure-toi il ne s’agit pas de celui de l’INAO mais de celui du BBQ : diminutif usité sur conseiller point com pour désigner les étranges machines, icones des résidences secondaires et des pavillons de banlieues,  fonctionnant au charbon de bois : les barbecues. Dans cette affaire les clans sont divers et inconciliables. D’abord y’a les végétariens allergiques à la côte de bœuf genre Renaud déguisé en mineur de fond : foulard rouge et taches noires ; mais y’a pire, les végétaliens qui tournent de l’œil à la vue d’un rouget barbet grillé façon martyr chrétien ou qui sont révulsés face à la souffrance de la moule de bouchot dans la braise rougeoyante ; ceux-là y vaut mieux pas les inviter a dit finement Armando qu’est un peu pingre. Ensuite y’a ceux qu'ont peur de tout, qui disent que tout ça c’est cancérigène et que le professeur Dupont a dit que… ; Philippe qui fume comme un pompier, mais des Gitanes filtre à la place du papier maïs, a fait remarquer qu’il ne voyait pas où était le problème. Moins grave y’a les antis bi : ceux qui ne supportent pas la mixité viande-poisson ; c’est un problème culturel a péroré Laetitia la chichiteuse des garrigues qui ne sait pas que le colin est un poisson et le merlan un coiffeur. Reste, les autres, les silencieux, ceux qui souffrent en silence, ceux qui se font royalement « chier » au barbecue du voisin ou à la Garden party de leur belle-mère, ceux qui en ont marre de se consteller de taches de gras ou d’avoir les doigts qui empestent la poiscaille ; c’est pour eux que Ginette à eu ce trait de génie : on devrait lancer SOS-BBQ sur dégustons point com !

 

Vraiment, tels des paysans éclairés, ces vignerons qui contemplent la queue de leur jument qui tire la charrue, nous labourons vraiment profond Tatie Danièle. Avec nous l’humanité avance. Non, pas le journal des cocos Tatie, mais les larges masses à qui il faut, chaque jour que Dieu fait, montrer le chemin, cohorte d’ignares patentés qui pensent que le Sidi Brahim est une appellation d’origine contrôlée et que la Romanée-Conti une baronne italienne jouée par Sophia Loren dans un film produit par Carlo Ponti. Reste que du côté des breuvages y’a aussi du carnage. En effet, au royaume de l’apéro la bataille fait rage entre les pastisguistes et les antipastaguistes, et dans le clan des adorateurs du pastis les factions rivales : les ricardiens – pas les rocardiens Tatie, les partisans de l’anis de Paul – les pastisciens 51, les pernod 45 iens – pas le Jean-Pierre de TF1 Tatie, celui de Pontarlier – les casaniciens fidèles à la Corse annexée par la Bourgogne, les pastisciens à l’ancienne type Bardouin, et toute la cohorte des anisciens m’ddéistes. Bref, c’est la mêlée et on était à se demander si on ne devrait pas solliciter les dégustateurs point com anonymes pour nous faire une horizontale ou une verticale de vrai Pastis de Marseille. Qu’en penses-tu Tatie Danièle toi qui aime tant les cornichons ?

 

Je vais m’en tenir là pour aujourd’hui ma chère tante – je sais que tu détestes cette appellation ambiguë – en te demandant instamment de ne pas lire cette belle lettre à tes copines qui vont à la messe et qui disent plein de mal de leur prochain et surtout d’éviter de la publier sur ton blog www.jesuisune-langue-de-vipère.com ça m’éviterait de me faire traiter de ramenard ou de grande gueule par ceux de la corporation des conseils point com. À titre préventif, connaissant ton goût pour l’embrouille Tatie Danièle, je confesse humblement que je consulte les conseils de certains pour choisir mes restaurants, que je ne dédaigne pas de me référer aux avis de vrais dégustateurs pour choisir un millésime, mais que jamais au grand jamais je n’ai besoin qu’on me dise qu’un d’Yquem va avec ceci : genre gras sur gras, ou qu’un La Tâche va avec cela : un grand cru sur du cuit, ou que ce j’aime ne se fait pas. Enfin, chère Tatie, en ce monde qui se dit si policé, si propre sur lui, alors qu’il ne l’est guère dans la réalité, un soupçon d’insolence ne saurait nuire à la notoriété de notre cher nectar. Rien n’est pire pour un amateur de vin que l’eau tiède. Faute avouée étant à demie pardonnée je vais de ce pas relire les "Confessions d'un Anglais mangeur d'opium" de Thomas de Quincey, en 1827, même dans l’Angleterre prévictorienne, on pouvait se permettre de publier un bijou d'humour noir: "De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts"; où des érudits devisaient d'affaires criminelles comme s'il s'agissait de chefs d'œuvres et élaboraient les critères "esthétiques" d'un "bon" assassinat.

 

Reçois, chère Tatie Danièle, une bordée de baisers acidulés.

 

Ton neveu-fougueux.com  

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 13 août 2008 3 13 /08 /Août /2008 00:06

 

L’état pigmentaire de nos élites ne laisse aucun doute sur la véracité de mon affirmation, sur les écrans de la télévision : politiques, patrons, peoples arborent tout au long de l’année un hâle plus ou moins prononcé. Signe de puissance, de différenciation sociale : le bronzage accompagné du port ostensible de son accessoire obligé, les lunettes de soleil – dont le format est de plus en plus voyant – est un phénomène social qui mérite qu’on s’y arrête un petit instant en une période de l’année où l’activité principale de beaucoup de nos concitoyens va consister à se dorer au soleil. Pour ma part étant un mauricaud, je prends le soleil sur mon vélo ce qui me vaut de me faire chambrer par ceux d’entre vous que je croise. Je le prends très bien eu égard à ma position si éloignée des lieux de pouvoir

 

Commençons sur ce sujet d’apparence léger et fort éloigné de notre idolâtrie pour le divin nectar – la suite de ma chronique vous prouvera le contraire – par la grosse déconnade : le film culte de Patrice Leconte « Les Bronzés ». L’extrait http://www.youtube.com/watch?v=VmibMalA3Pw est un hymne aux produits du terroir et nous offre, comme dans les « Tontons Flingueurs » une séquence avec des commentaires bien sentis sur la boisson : «  ça déboucherait un chiotte ! » « c’est goûtu » « ça du retour »

Continuons par du sérieux : « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau » écrit Paul Valéry dans l’Idée Fixe en 1931.

Pour Pascal Ory, très sérieux historien,  dans « L’invention du bronzage » c’est l’une des grandes révolutions culturelles du XXe siècle que « celle qui a conduit le canon de beauté pigmentaire occidentale de l’ordre du marbre à celui du bronze… » La révolution du bronzage, originellement « action de recouvrir un objet imitant l’aspect du bronze » va toujours consister à se « recouvrir d’une couche et de soigner son apparence. »

Mais le pire pour nous, les mâles dominants, c’est que cette révolution « impliquera d’abord les femmes, même si la différence avec les périodes antérieures – avec toutes les périodes antérieures, ce qui est capital – tiendra dans le fait que, cette fois, un mouvement culturel mis en image et, en quelque sorte, en scène à partir du sexe féminin va, du même mouvement, impliquer les hommes. »

De grâce ne me jetez pas à vos chiens parce que j’ose écrire que l’irruption des femmes dans l’univers du vin pourrait, elle aussi, produire des effets sur des siècles et des siècles de conception exclusivement « mâle » du vin. Ce n’est ni un avertissement, ni même une hypothèse, mais une simple remarque.

Pascal Ory souligne que dans les sociétés méditerranéennes antiques, Sénèque, « mâle dominant d’une société dominé par les mâles », dans ses lettres à Lucilius, écrit à propos des thermes, lieu réservé aux hommes, « il faut qu’on se hâle en même temps qu’on se baigne » et qu’il est démontré que « la valorisation du teint pâle vaut pour les femmes des dites élites, considérées ici comme de précieux trésors, signes extérieurs de richesse, de supériorité et, à cet effet, gardées à l’abri des regards des autres mâles en même temps qu’à l’abri du soleil. » L’Ancien Régime épidermique qui semblait établi pour les siècles des siècles, résistant, jamais remis en cause jusqu’aux abords de la Première Guerre mondiale où encore « les métaphores multiplieront les imageries jouant avec les épiphanies du blanc, en empruntant à tous les ordres – minéral, végétal et animal – Aristocratique ou populaire, lys dans la vallée ou Blanche Neige, la carnation de la femme belle aura à voir avec le lys, l’ivoire, l’albâtre, le marbre ou la neige (...) A contrario, le suspect, le vicieux, le Mal seront associés aux teints « mat », « basané », « cuivré » et autres « olivâtre ».

Mais alors me direz-vous comment est-ce arrivé ce grand basculement ? Le format de ma chronique ne permet pas de vous apporter toute la lumière mais, pour les plus courageux, la lecture du livre de Pascal Ory – hors un vocabulaire parfois rébarbatif – les éclairera. Je puis seulement vous dire que les 2 réponses faciles : Coco Chanel et les congés payés sont écartées au profit d’un constat « que toute cette affaire, c’est le mot, se ramène à une question commerciale ». En clair ça pourrait se résumer en : « Et l’oréal vint » avec son produit phare Ambre Solaire crème solaire lancée en 1935 par Eugène Schueller. Certes il faudrait rendre à Jean Patou et son huile de Chaldée la paternité de celle-ci, mais la partie décisive s’est jouée à la radio avec l’irruption du plus grand publicitaire de sa génération : Marcel Bleustein-Blanchet. L’Oréal, Publicis, les rouleurs compresseurs de la société de consommation ont eu un allié de choix dans la gain de cette bataille : le produit sent les vacances…

Pour terminer, et sans conclure, dans l’univers des produits culturels, qui ne sont pas de première nécessité, le goût est toujours daté. Rien n’est jamais inscrit dans le bronze. Il faut savoir anticiper les grands virages, tenter de satisfaire un désir qui change. À titre d’exemple, en France, en un demi-siècle, l’hégémonie absolue du tabac brun, mâle, a cédé la place à une hégémonie absolue du tabac blond, féminine. Comparaison n’est pas raison mais se faire observateur attentif des tendances lourdes de nos sociétés ne nuit pas.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 12 août 2008 2 12 /08 /Août /2008 00:00

L’île de Ré, ses bobos, ses vélos, ses intellos, ses peoples discréto, ses socialos chicos et son grand Yoyo, extrême refuge, relié par pont à péage au continent, des ceuss qui déclarent vouloir ne pas bronzer idiots.










Revenons à des propos plus sérieux, l’île de Ré en la belle région délimitée du Cognac souffre d’un double handicap : être un confetti charentais maritime séparé du continent par un petit bras d’océan et être affligée d’une vraie cave coopérative. Vous qui n’avez jamais vécu en ces contrées, maintenant sous férule Royale, vous ne pouvez saisir la pertinence de mes propos. À mon arrivée à Cognac, un courtier, en son opulente demeure, après dîner, me confiait en réchauffant son Cognac dans les paumes de ses mains : « vous savez les Borderies, la petite et la grande Champagne, les fins, les bons Bois et les Bois ordinaires c’est une invention du négoce pour s'approvisionner au plus près de Cognac et tenir les viticulteurs… » Coquand du se retourner dans sa tombe mais le propos ne manquait pas totalement de pertinence. Au temps de ma mission le chef de la famille  de la production était Michel Pelletier, homme sage et pondéré, président de la cave coopérative des vignerons de l’île de Ré. Vraiment il fallait que ça aille mal pour qu’il en fût ainsi mais ça valait mieux aux yeux des purs charentais que les Confédérés ou les excités du Modef. Bref, je suis allé jusqu’à l’île de Ré visiter Michel Pelletier.


Belle coopérative, modeste certes, mais entreprenante puisque c’est elle qui a mené la reconnaissance en AOC de la pomme de terre de l’île de Ré. Ce matin, puisque le temps est à la plage, j’y reviens par la pensée en vous proposant de découvrir le nouveau né de la cave : « Soif d’Evasion » un vin de pays charentais 100% merlot. Je ne l’ai pas goûté bien sûr mais si vous allez sur le site de la cave  
www.vigneronsiledere.com vous aurez droit à une petite vidéo de lancement fort sympathique à défaut d’être très originale. La Journée Vinicole écrit que la cave a le désir de faire oublier l’image un peu « vieillotte » que donnaient les vins de l’île il y a plus de 20 ans. J’avoue que le côté on relooke la vieille, on rafraîchit la grand-mère me chagrine un peu car, n’en déplaise aux concepteurs de ce vin « souple, fruité, croquant et désaltérant », les vins de la cave dans les années 2000 n’avaient rien de ringards et la cotriade des bobos, intellos et autres en O le considérait comme un must. Ce jeunisme et ce langage formaté m’énerve un peu mais ça n’est pas grave : quand les filles se font faire un lifting ou refaire le nez elles ont la coquetterie d’en garder le secret. Il faut que tout change pour que rien ne change. Alors je préfère leur rosé des Dunes avec sa belle rose trémière si caractéristique de l'île. 

Les gars de la coop d’Embre et Castelmaure, en Aude profonde, dans le cadre de leur campagne : « cet été on affiche la couleur » on lancé : « Interdit aux snobs » alors moi j’aurais bien vu le nouvel enfant des rhétais baptisé sous l’appellation « Conseillé aux snobs » Bien sûr je rigole, je fais de la petite provoc mais à trop vouloir rejoindre le peloton des vins conformes à l’air du temps des communicants on se fond dans la masse. Ré est un must alors à fond le must ! Allez foin des critiques, je ne suis pas un type convenable, mon vieil ami Pelletier m’écoutait toujours sortir mes incongruités sur la région délimitée de Cognac avec un petit sourire, alors je le salue au travers de la toile en souhaitant longue et belle vie à « Soif d’évasion » qui je l'espère montera jusqu'à Paris en même temps que les migrants des beaux arrondissements.

Pour les très courageux lire l'interview de Jérôme Despey président du Conseil de Direction de Viniflhor les solutions pour résoudre la crise viticole : il faut regrouper l'offre pour affronter les marchés mondiaux à lire à la rubrique : PAGES en haut à droite du Blog sous le N°23 et pour les encore plus courageux écrire un commentaire...

 

 


 

 

 


 

 


 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 11 août 2008 1 11 /08 /Août /2008 00:08

Partir de Paris sous un ciel essoré par les fureurs d’un orage monstrueux, partir plein Sud, le TGV, l’autoroute, arriver au pied de la Clape, monter vers l’Hospitalet ce 7 août. On s’y affaire. C’est l’effervescence. On m’accueille dans la fraîcheur du caveau. L’endroit est beau, magnifie le vin, fait le lien entre la tradition et la modernité. On s’y presse. La noria des clients. Je maraude dans cette enclave de flacons nimbés d’une lumière tamisée. J’aime ce spectacle muet. Au-dehors, dans l’amphithéâtre des vignes enserrant l’Hospitalet, au cœur des bâtiments, une scène avec son incroyable capharnaüm de matériel : amplis, spots, baffles monstrueuses suspendues, un piano à queue, une batterie Yamaha, des guitares… Normal, ce soir est jour de première chez Gérard Bertrand, l’ouverture du 5ième Festival de Jazz de l’Hospitalet. Installation dans la fraîcheur de la chambre, quelques longueurs dans la piscine, puis reportage sur la répétition de la vedette du soir : Michel Jonasz. Les photos parlent mieux que j’écrirais.

 













La météo suspend ses facéties, nous n’aurons pas de pluie, le vent se charge du nettoyage. Sur la pelouse, autour des tables, le ballet du service et les grappes de convives composent une vaste toile chamarrée, douceur et paix de fin du jour, plénitude, beauté brute d’une nature sculptée par la main de Dieu et celle de l’homme.  La garden-party est bien ordonnancée : 800 convives à servir en à peine deux petites heures. À la table d’Ingrid et de Gérard Bertrand, je retrouve avec plaisir Patrick Collomb mon complice avec qui j’ai dénoué « l’affaire de la Romanée-Conti », Alain Marty l’homme d’In Vino sur BFM et je converse avec des invités belges de Gérard. Tout est impeccable et succulent. Au café Xavier de Volontat vient me saluer. En me rendant au spectacle je titille le député-maire de Narbonne, Jacques Bascou, sur ses ouailles vigneronnes. Que le spectacle commence !

 

Michel Jonasz, costume gris argenté, attaque sa visite à la chanson française, celle qui l’a nourri, par « fils de sultan, fils de fakir, tous les enfants ont un empire… » de Jacques Brel. Revisitée, retaillée à son phrasé si particulier, sa patte, comme dans ses chansons Michel Jonasz ajuste chaque mot, ne laisse aucune syllabe errer, chaque souffle est pensé : les Bancs publics de Brassens, la Javanaise de Gainsbourg, la Foule de la môme Piaf… La magie s’installe. Avec Jonasz le spectacle ne se résume pas à une simple succession de morceaux : « la musique est un partage » confie-t-il et le prouve en mettant en scène ses compagnons de scène : rayonnant, il parcourt la scène micro en main, allant du public vers ses musiciens, tels  Jean-Marc Jafet avec ses dreadlocks  atteignant le manche de sa basse qui nous délivre un solos aiguisé, servi par un son irréprochable ou Jean-Christophe Maillard à la guitare avec ses faux airs de Florent Pagny. Le public, sollicité, timidement d’abord, s’enhardit : « il reprend les paroles : couleur café, que j’aime ta couleur café… » Mais le grand moment d’émotion nous le devons à l’alchimie des mots de Léo Ferré, pure poésie, coulée dans le creuset de Jonasz : « Avec le temps…Avec le temps, va, tout s'en va. On oublie le visage et l'on oublie la voix. Le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller. Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien… » Moi je l’avoue, je fonds, le cœur prend le dessus.

 

Ce spectacle est une dernière d’une longue tournée, le groupe va s’égailler, alors Jonasz nous offre un moment rock made in Golf Drouot : notre jeunesse, lui né à Drancy en 47, moi dans la Vendée profonde, en 48. Il plaisante sur le Général, rare. Qui se souvient des Lemons, premier groupe de Jonasz ?  Personne, les Chaussettes Noires passe encore, mais le chanteur Vigon n’est pas entré sans l’histoire. C’est pourtant lui qui avait demandé à Michel Jonasz de chanter en première partie. Il avait alors repris Hoochie Coochie Man de Muddy Waters. C’est vraiment d’être le cul sur sa chaise : envie folle de danser. Je n’ai jamais pu résister à l’attrait d’un bon vieux rock and roll où du bout d’une main ferme on transforme sa partenaire en une volute légère. C’est grand. Après la fausse sortie traditionnelle, Jonasz et ses musiciens nous offrent un pot pourri du répertoire de Mister Swing. Le public est au ciel, aux anges, paroles aux lèvres. Je vous offre : « je voulais te dire que je t’attends » http://www.youtube.com/watch?v=eKRPzbPN0nw pour plein de raisons tout à fait inavouables sur ce blog. Comme l’écrivais Eluard « comprenne qui voudra ».

 

Mais la soirée n’était pas finie aux alentours de minuit. Le H club ouvrait ses portes avec Guy Robert Quartet et la nuit ne faisait que commencer. Le contrebassiste, comme toujours, semblait ne faire qu’un avec son instrument et le trompettiste, à l’inépuisable souffle, faisait s’extasier Catherine Villar venue du haut plateau de Roissy. Les conversations allaient bon train. Demain serait demain. Le temps pour moi de d’écrire que Gérard Bertrand a gagné son pari : ce festival n’est pas un festival parmi d’autres, plaqué dans le calendrier, mais une vraie rencontre entre un lieu, avec ses hommes, sa terre, son histoire, et bien sûr le vin qui en est issu, et les moments rares que sait procurer la musique. Ici la musique c’est le jazz, que Duke Ellington préférait appeler « Negro music », melting pot de musiques : des works songs des esclaves afro-américains aux chants religieux : negro spirituals et gospel en passant par le blues du delta du Missipi, le ragtime, le stride et le boogie-woogie. Multiforme et coloré, le jazz est à la source, au carrefour de beaucoup des rythmes modernes qui vont éclore au 20ième siècle. Passerelle donc, tout un symbole pour nous gens du vin qui nous devons d’assumer le passage de la tradition à la modernité par le partage de nos valeurs. À l’Hospitalet, Gérard Bertrand est dans le bon rythme, il orchestre avec beaucoup de talent l’art de vivre, de bien vivre et la joie de la fête. Homme du vin, homme de son pays, homme de défi, il avance. Ça fait du bien dans ce Languedoc vigneron, si prompt à cultiver la division, de sentir élan et enthousiasme, foi en l’avenir. Un grand merci Gérard !

Ce dimanche suis allé au cinéma à St Germain des Prés pour voir la reprise de  «Let’s Get Lost», de Bruce Weber, réalisé il y a vingt ans, qui retrace l’itinéraire d’ombre et de lumière du trompettiste américain Chet Baker jusqu’à sa mort.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Wine News

Derniers Commentaires

Pages

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés