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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /Mai /2009 00:09

De mon passé lointain – ne ricanez pas – de basketteur à la Vaillante Mothaise – maillot blanc avec numéros bleu cousus par nos mères, short blanc et Hutchinson dépareillées – je garde le goût du jeu. Dans le jargon moderne les coaches traduisent par produire du jeu, en langage courant faire du spectacle. Pour ce faire il faut être deux, c’est-à-dire que les 2 équipes se livrent sans tout sacrifier au seul résultat. Gagner avec la manière quoi de plus gratifiant surtout lorsqu’on mouille le maillot dans un match de division départementale devant une poignée de spectateurs pour la gloire.

Récemment, à la suite de 2 chroniques très consuméristes sur les initiatives marketing de Carrefour et de Monoprix, Catherine Bernard, dans sa brillante et documentée Revue de Presse de Vitisphère, me faisait l’honneur d’un sous-titre : Leçon de déshabillage. Raccourci un peu osé et trop rapide, chère consœur, car autant du côté du Mammouth assoupi j’étrillais le fond pour ce qui concernait Monop je regrettais que ses innovations marketing soient gâchées par une mise en rayon par trop traditionnelle et peu compréhensible pour le consommateur : le trop fameux mur de vins. Donc, comme je m’y attendais, mes banderilles n’ont eu aucun effet sur les « génies de l’organisation » du N°2 mondial de la Distribution qui, tels les bureaucrates du Gosplan, penchés sur leurs graphiques de parts de marché et sourcilleux de leurs seules procédures, n’en ont rien à traire.

En revanche, chez Monop, le retour fut immédiat, beau joueur, et rendez-vous fut pris, avec Jean-François Rovire, sur le terrain du nouveau Monop Store de Bercy Cour St Émilion pour échanger nos points de vue sur « le service rendu à l’acheteur » par le distributeur. Comment capter l’attention du néophyte ? Comment mettre en avant les signatures « Monop » pour les rassurer ? Comment informer les acheteurs des innovations ? Comment les aider dans la jungle induite par les classements croisés : AOC et non AOC, couleurs et prix… Contraintes des lieux, hétérogénéité des magasins, variabilité de la chalandise selon les quartiers, absence de réelles marques nationales… Intéressant et surtout très porteur avec le retour en force en ville des magasins de proximité. Même en période de récession, l’obsession du prix pour le prix, surtout pour un produit comme le vin, ne peut tenir lieu de politique pour une enseigne. Quand les citoyens consommateurs, justement soucieux de la défense de leur emploi, prendront enfin conscience des dégâts causés par le géant de la distribution Wal&Mart à l’économie américaine, peut-être retrouverons-nous de vrais distributeurs et non de simples « tueurs » de prix. Bien plus que la reprise espérée, de nouveaux termes des échanges mondiaux devront être trouvés, tout particulièrement avec la Chine et les grands pays émergeants, par le développement de leurs marchés domestiques. C’est une autre histoire que j’ai déjà abordée dans mes chroniques sur la Chine.

 

Mais revenons à des questions plus réjouissantes, à la suite de notre rencontre en magasin, rendez-vous est pris pour le nouvel exercice orchestré par Michel Bettane et Thierry Desseauve pour labelliser les vins signés Monoprix Gourmet (exit Gault&Millau qui ne sont plus qu’une marque). Ça se passe chez Grains Nobles, 8 rue Boutebrie dans le 5ième www.grainsnobles.fr  à partir de 9 h30. Le temps est beau mais avec une petite touche de fraîcheur. Nous officions – JF Rovire et moi-même en simples observateurs – dans une belle cave voutée. C’est Thierry Desseauve l’ordonnateur de la séance. Autour de lui 5 consommateurs-dégustateurs testés en laboratoire (celui d’Arc sur Argens) et retenus, non pour la pertinence de leurs connaissances, mais parce qu’ils sont cohérents dans la dégustation. Les vins présentés le sont, bien sûr par JF Rovire, et en général ils sont regroupés en 2 séries de 12. Exceptionnellement ce jour-là, la première série en comptait 16 et la seconde 15. Le rituel est très codifié : bouteille sous chaussette numérotée, service 2 à 2 avec l’indication de la provenance et du prix consommateur. Les consommateurs-dégustateurs ont à leur disposition un carnet de dégustation avec une rubrique : mes commentaires et un cadre défini de préconisation « le recommanderiez-vous à un (e) ami (e) ? OUI – PEUT-ÊTRE – NON. Du pain et de l’eau sont à disposition. Thierry Desseauve ou Michel Bettane ne disposent que d’un droit de veto mais pas du pouvoir de décision.

 

Rassurez-vous je ne vais pas vous infliger le compte-rendu de la dégustation des 31 vins mais exprimer mon ressenti après avoir assisté à l’exercice :

-          tout d’abord, l’organisation est impeccable, l’atmosphère studieuse, le lieu : une cave voutée se prête bien à cette forme de rituel ;

-          les dégustateurs, assez jeunes, que des garçons, sont précis, gardent leur quand à soi, argumentent bien leur prise de position chacun dans leur registre ;

-          Thierry Desseauve précis, rassurant, donne du rythme, anime, laisse bien les dégustateurs s’exprimer avant de communiquer son point de vue avec doigté, très convaincant sans être péremptoire ;

-          Sur le vocabulaire de la dégustation je suis toujours assez surpris par certaines expressions : nez d’hydrocarbures, de vernis à ongles, de terre mouillée, vin de mouchoir où l’on retrouve en bouche ce que l’on a identifié au nez, et puis, bien sûr toute la cotriade de fruits mûrs, les sous-bois et les champignons et l’éternelle minéralité… Mais je dois à la vérité que nos consommateurs-dégustateurs restaient dans une norme acceptable pour un consommateur moyen : nez rigolo, bouche franche, agréable, vin droit, bien fait, vin sympa, j’aime bien, un vin qui se tiendra bien à table etc…

-          Sur la distance le consommateur-dégustateur fatigue, perd un peu de sa concentration et de sa lucidité, il est donc préférable de ne pas dépasser la douzaine d’échantillons ;

-          Je suis assez « content » de moi car mes impressions de dégustateur-muet se trouvaient corroborée par celles de Thierry Desseauve ;

-          Un point me semble, non pas faire problème, mais jouer un rôle, c’est l’indication du prix consommateur qui influence le consommateur-dégustateur selon son échelle personnelle de prix par rapport à une appellation. Le c’est trop cher pour… ou à ce prix là on peut lui trouver des excuses… sont sans nul doute des réflexes de consommateurs mais comme ceux qui dégustent ne sont pas représentatifs des classes d’âges, sexes, CSP, il me semble nécessaire de redresser ou de pondérer le rapport qualités reconnues/prix ;

-          Une autre réflexion proche liée à la dégustation à l’aveugle : certaines étiquettes connues ou disons aussi des vins de statut du type GC de Bordeaux sauveraient leur peau si on opérait un mix entre l’opinion des dégustateurs, le prix et leur attractivité auprès des acheteurs de vins chez Monoprix. N’oublions pas que le but final c’est que le vin se vende ;

-          J’ai trouvé que nos consommateurs-dégustateurs ont eu la dent dure avec les vins de la vallée du Rhône, certains méritaient le label ;

-          En revanche leur opinion sur la série rosé de Provence, assez négative, que je partageais devrait faire réfléchir les laudateurs de la tradition et de l’authenticité de certains rosés provençaux : peuvent mieux faire ;

-          Toujours dans le plus pur style content de lui, et ce sera la seule exception à la règle que je m’étais fixé, j’ai reconnu un vin à la dégustation : le Pic St Loup de l’Hortus…

 

Pour les statisticiens ci-dessous les 2 séries de vins et les résultats de l’exercice. Merci à Jean-François Rovire, à son équipe et à Thierry Desseauve pour cette matinée studieuse pour un cancre comme moi…

 

1ière Série : 2 Champagne à 18,90 et 29,95 euros /2 Vins de Loire blancs à 10,90 et 11,90 euros / 2 Alsace à 12,80 euros / 4 Bordeaux à 7,90, 11,50, 12,50 et 16,90 euros / 6 Vallée du Rhône à 4,90, 5,90, 5,95, 8,90, 9,5 et 13,95 euros…

2ième Série : 4 Provence blancs à 6,90, 9,90, 9,95 euros, 1 Vallée de la Loire rosé 5,40 euros / 4 Provence rosé à 7,90, 7,95, 9,90 et 10 euros/ 1 Languedoc rosé 4,50 euros / 2 Vallée du Rhône rosé 4,85 et 5,90 / 1 Languedoc rosé à 5,50 euros /2 Languedoc rouge à 8,50 et 9,50 euros.

 

Dans la 1ière série :

-          5 vins ont été labellisés : 1 Muscadet sur lie 2002, 1 Alsace Riesling 2008,1 Médoc 2006, 1 St Emilion Grand Cru 2004 et 1 Vacqueyras 2007.

-          3 vins seront représentés ultérieurement : 1 Champagne, 1 Côtes de Provence blanc 2008 et 1 St Emilion Grand Cru 2006.

-          7 vins ont été recalés : 1 Champagne, 1 Muscadet sur lie 2004, 1 Alsace Riesling 2007, 1 Alsace Grand Cru 2007, 1 Côtes de Francs 2006, 1 Côtes du Rhône 2007, 1 Costières de Nîmes 2007.

 

Dans la seconde série :

-          1 vin a été labellisé : 1 Pic St Loup 2007.

-          4 vins seront représentés : 1 Côtes de Provence blanc Cru Classé 2008, 2 Côtes du Rhône Villages Visan rouge 2007 et 1 Côtes du Rhône Villages Cairanne rouge 2007.

-          11 ont été recalés : 1 Coteaux d’Aix Blanc 2008, 1 Côtes de Provence blanc 2006, 1 Rosé d’Anjou 2008, 1 Côtes de Provence Ste Victoire rosé 2008, 1 Côtes de Provence rosé St André de Figuière 2008, 1 Côtes de Provence rosé 2008, 1 Bandol rosé 2008, 1 Côtes du Ventoux rosé 2008, 1 Costières de Nîmes rosé 2008, 1 VdP Coteaux de Bessille rouge 2006, 1 Pic St Loup rouge 2007.

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Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /Mai /2009 00:00


Tout le monde sait dans le petit monde du vin que d’aucuns, le cartel des non, les abonnés à l’immobilisme, les défenseurs des prés-carrés, dans un passé fort récent, se sont évertués à me faire porter le chapeau, un chapeau bien trop grand pour ma pauvre petite tête : j’étais l’oiseau de mauvaise augure, celui par qui le scandale arrivait : pensez donc oser écrire que sous les grandes ombrelles de certaines de nos AOC s’abritaient des vins indignes… Non content d’être le défenseur stipendié des marques du négoce, je nourrissais de noirs desseins : n’étais-je pas le tueur des cépages du Langue d’Oc avec mon fichu espace de liberté ? Le résultat tout le monde le connaît ce qui n'empêche pas de dormir ceux qui ont fait prendre au bon peuple des vessies pour des lanternes. Avec eux c'est toujours la faute des autres, la théorie du complot – dans le style de celui ourdi contre le beau rosé de Provence – qui permet aux « désastronautes » de se dédouaner à bon compte…

 

Je suis donc immunisé. Je peux donc tout me permettre. Même de me foutre de ma propre gueule pour une bonne cause : celle du Bien Vivre. Je m’affiche ! Je porte le chapeau ! Je m'autoportraitise. Je fais la une de Voici !
Que puis-je faire d’autre pour vous sortir de votre torpeur ?
Me promener nu sur mon vélo dans Paris tel le perchiste Romain Mesnil en recherche de sponsors ?
De grâce, épargnez aux badauds parisiens ce spectacle chers lecteurs en reprenant votre bâton de pèlerins si vous êtes déjà membres de l’Amicale des Bons Vivants pour convaincre vos parents, amis, relations de venir nous rejoindre.
Pour les autres c’est simple :
consultez le N°48 à la rubrique WINE NEWS (en haut et à droite du blog) car il est temps pour vous d'adhérer à l'Amicale des Bons Vivants.

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Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /Mai /2009 00:00

 
L’affiche en noir et blanc, très atelier d’étudiants des Beaux-arts soixante-huitard, fleurait bon le tirage sur linoléum découpé de ce beau mois de mai sur lequel certains beaux esprits n’en finissent pas de gloser pour nous tailler des costards. « Changer l’Aude en vin » belle profession de foi par ces temps prohibitionnistes : comme un parfum sauvage de « sous les pavés, la plage ». Adieu Sartre et ses Boyards, les fumeurs de pétards ont déserté les barricades de Gay Lussac pour les ors des palais du Faubourg St Honoré…

Et moi, qui suis toujours – n’en déplaise au localier du Midi Libre – Contrôleur Général, j’ai rechaussé mes nouvelles Heschung (la meilleure façon de marcher http://www.berthomeau.com/article-6689871.html ) bien alsaciennes pour descendre « contrôler », ce lundi 27 avril, les dires de l’ami Jean-Baptiste Sénat : « l’Aude est-elle encore l’avenir du vin ? » L’Aude ça me connaît. Sans remonter au temps chahutés des accords de Dublin en 1983, plus récemment, dans mon rapport éponyme, n’avais-je pas mis en avant le remarquable travail de la coopérative « Anne de Joyeuse » de Limoux pour étayer ma foi en l’avenir de notre viticulture du Sud face au défi du Nouveau Monde ? Depuis beaucoup d’eau est passée sous les ponts de l’Aude et, des Corbières au Minervois, en passant par l’UCCOAR et le Val d’Orbieu, des gars de Limoux aux domaines Lorgeril en passant par Embre&Castelmaure, l’heure ne serait plus qu’aux primes d’arrachage : les dernières avant « l’ouverture des portes » voulue par Mariann Fisher Boel face à une France du vin divisée et incapable d’anticiper.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous prendre la tête et vous faire le coup d’un remake du « Rapport B. » Ces 3 jours dans l’Aude en cette fin d’avril, où il valait mieux ne pas se découvrir d’un fil, je les prenais pour mon propre compte. Le 1ier avion pour Toulouse, la Cité de Carcassonne sous un ciel gris, en bon parigot tête de veau je m’égare dans les ruelles où piaillent des gamins et des gamines en troupeau en mal de tourisme scolaire. Enfin je découvre « Le Jardin de la Tour ». J’y entre. C’est plein. Bel endroit, les ondes sont bonnes. Bien accueilli, mes instruments de travail en mains je pars à l’assaut avec la ferme résolution de goûter tous les vins des 15 vignerons assemblés. Bon fantassin de la dégustation, je tiendrai parole, avec quelques exceptions dues, pour parler gentiment, « à la joyeuse dispersion » de quelques officiants. J’ai pris des notes, des photos aussi, mais je ne me suis pas dispersé, je n’ai pas trop bavassé, presque pro quoi, un petit B&D à moi seul. Bien évidemment je ne vais pas vous faire une relation intégrale de ma dégustation mais vous livrer mes coups de cœur et quelques impressions générales.

 

J’ai entamé mon blot par Maxime Magnon qui est, comme l’écrivait Laurent Bazin, « un rebelle tranquille », ça se voit, ça se sent que derrière ce grand sourire, cette empathie naturelle se niche un vigneron comme je les aime et je ne résiste pas au plaisir de citer ce qu’il confiait à Vdma « Je ne suis pas du tout un bio-extrémiste ou un "soixante-huit -trop-tard"... Le baba-cool ce n’est pas mon truc. Je veux vivre de mes vins. Je ne suis pas Ayatollah pour deux sous. Je sais bien que pour les gars d'ici l'invention des produits chimiques ça a été une bénédiction. Presque magique... Quand tu vois les efforts que demande ce territoire... Et j'ai plus de respect pour mon voisin de la cave coopérative qui désherbe chimiquement mais avec mesure (selon les techniques de l'agriculture dite "raisonnée", ndla) que pour un gars qui se la joue bio, vend ses bouteilles la peau des fesses... Et refile des produits chimiques en douce quand ça tourne mal... Ce n’est pas une bagarre. Moi, Je ne suis pas en mission, je ne suis pas berger non plus. Je crois seulement que les bons gestes ont sauté une génération. Qu’il faut aborder ça avec simplicité, tranquillement. Je suis vigneron et je trouve que tout ça fait du bien à mon exploitation, à mes vignes, à mon vin »

 

La Démarrante 2008 cuvée de printemps Vin de Pays de la Vallée du Paradis 70% de Carignan et Grenache. Un vin canaille comme je les aime, du revenez-y à l’état pur, à boire assurément pour se donner du plaisir simple. Maxime.magnon@orange.fr

 

Après je vous donne mes choix dans le désordre :

 

Le Loup Blanc www.vignobleduloupblanc.com Minervois,  j’ai apprécié 2 vins de plaisir gourmand (voir sur le site les étiquettes qui sont réussies, en revanche la musique est assez casse-bonbons…

-         Le Régal du loup 2006 Minervois (Carignan 50%, Grenache 30%, Syrah 20%) 9 euros

-         Les Trois P’tits C 2006 VdP du Val de Cesse (Grenache 40%, Tempranillo 20%, Carignan 35%, Alicante 5%)

 

Arbalète et coquelicots 2007 un Minervois issu principalement de vieilles vignes de Carignan de JB Senat. C’est l’une des belles révélations du jour (reconnue par les pros venus renifler l’air du temps et dont la dent est, en général, dure pour les amis de Laurent)

De l’élégance, un vin épanoui, à qui il n’est pas nécessaire d’appliquer les qualificatifs habituels pour le définir car c’est un vin, avec son identité, son origine, un grand vin plein de promesses, chaleureux sans excès, fin, spirituel, loin de l’image des Carignan rustauds endimanchés, le genre de vin « d’initié » que l’on aime à commander pour étonner ou plus si affinité, les belles demoiselles qui nous ensorcellent…

           

Domaine de Cazaban dans le Cabardès www.domainedecazaban.com Clément Mengus vigneron-éleveur, un garçon discret, tranquille, qui va tracer sa route sans chichis mais avec détermination. Vigneron à suivre…

Mon choix est subliminal, au-delà du vrai plaisir que m’ont donné ces deux vins. Si je le décrivais je vous permettrais d’entrer en mes territoires secrets de flibustier…

-         Jours de vigne VdP des Côtes de Lastours 2007 100% Syrah

-         Demoiselle Claire Cabardès 2007 Syrah 60% Merlot 40%.

 

Pour la fin de mon parcours, Limoux, avec un grand vin : le Limoux blanc 2007 du Château de Gaure www.chateaudegaure.com et un vigneron comme je les aime Gilles Azam du Domaine les Hautes Terres.

 

Le premier, 70% Chardonnay et 30% Chenin, est un Grand Blanc de Limoux, un seigneur qui dominerait bien des notables bourguignons par sa fraîcheur, sa vivacité et sa palette aromatique. Pour moi c’est la découverte, en blanc, de cette dégustation. Et puis j’aime lire ce qu’ils écrivent sur leur site : « La qualité de nos vins blanc est pleinement liée à l'harmonie qui existe dans nos vignes et notamment par l'entretien de la vie dans nos sols, du développement des animaux présents. Nous aimons voir les biches ou les lièvres à la nuit tombée »

 

Le second, Gilles Azam, je lui décerne l’Oscar du 1ier rôle dans « Changer l’Aude en vin » Il a tout pour lui ce garçon, une empathie naturelle, chaleureuse, une geste de bon vivant et juste ce qu’il faut de coquinerie pour donner envie de le suivre, de mouiller le maillot. Il aime les gens et moi j’aime les gens qui aiment les gens. Et, ce qui ne gâche rien, ses vins sont à son image : joyeux, spirituels et de belle extraction. J’ai beaucoup aimé son Ernest 100% Chenin qui, à l’heure du casse-croûte, a passé l’épreuve du fromage de chèvre avec maestria et les félicitations du jury. Son Crémant Joséphine 30% Mauzac, 30%   Chardonnay et 30% Chenin confirme ce que je dis à Pierre et Alain : les bulles roturières de ce niveau sont aussi l’avenir de Limoux. Enfin, son rosé Emma, un VdP de la Haute Vallée de l’Aude, va concourir très prochainement dans une nouvelle aventure avec ma petite escouade de dégustateurs.

 

Mission accomplie, ami Senat, ça valait le déplacement : oui JB « l'Aude n'est pas foutue » et que, sans aucun doute, « il fallait présenter le travail de ce club de copains » et que, oui, c’est faire œuvre utile que de montrer « qu’en dépit des arrachages si nombreux, la voie qu’ils ont choisi a un sens » Bien plus qu’un simple message d’espoir, c’est une fenêtre ouverte sûr, un appel à l’intelligence collective qui me plaît. Comment ne pas souscrire, signer des 2 mains ce que proclame Gilles Azam et que rapporte Vdma : « On est bio mais ça ne suffit pas, tranche l'homme de Roquetaillade. Et puis on n'est pas des ayatollahs! On est un club, oui. Mais pas un énième syndicat; on ne se construit pas contre les autres mais sur nos qualités à nous. Et puis vous savez, vous me parlez de crise viticole, mais regardez-nous : sur 15 nous sommes 4 audois de souches, les autres viennent de tous les vignobles de France : Bourgogne, Loire et même Alsace comme Clément (Mengus, ndla)... C'est la preuve que l'Aude attire. Qu'elle n'est pas foutue »

Et puis, toujours dans le même esprit, ouvrir le cercle : « On a l'idée d'inviter des vignerons qui travaillent comme nous hors de l'Aude, avec par exemple une association qui s'appelle Terre de Gaillac » déclare JB Senat qui, en cela, me fait doublement plaisir puisqu’il va dans le sens de mes vœux les plus chers et parce qu’il a découvert Terre de Gaillac sur mon petit espace de liberté. Merci donc, à tous, de cette descente dans l’Aude qui m’a permis de passer trois jours fort bénéfiques pour mon petit commerce. Affaire à suivre dans les prochains numéros. À la revoyure…

* la référence au rapport Berthomeau dans le titre de ma chronique est liée au fait que, depuis 2001, j'ai perdu mon prénom... et l'on continue de me présenter ainsi : c'est le rapport Berthomeau... Pauvre Jacques le Majeur patron de ma parroisse à la Mothe-Achard...

Une galerie de Photos de Changer l'Aude en Vin en rubrique WINE NEWS N°52 à droite tout en haut du blog

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /Mai /2009 00:07

Dans sa préface au livre de Maurice Constantin-Weyer : « L’âme du vin » - écrit en 1932 - Jean-Paul Kauffmann se devait de poser cette question et, bien sûr, d’y répondre avec la pertinence et le talent qu’on lui connaît.

 

Mon premier mouvement, après avoir lu ce beau texte, fut de vous en livrer l’intégrale car, en soit, il est « une création » qui n’a ni à subir l’exercice scolaire du résumé, que je n’ai jamais goûté au temps de mes études, ni à supporter celui du découpage en extraits par un élagueur de mon espèce.

Pourtant, après réflexion, je me suis dit que si je me contentais de publier un simple copié-collé ce serait céder à la facilité, pour moi comme pour vous.  

Alors que faire ?

Me glisser dans ce texte, le visiter, me l’approprier…

Mission impossible que j’ai décidé d’entamer sans trop savoir si, comme souvent chez moi, j’allais la mener à bon port.

 

Avant même de me lancer dans cette aventure le fait que l’opus de MCW fut dédié à Charles Maurras « qui mieux que tout autre porte en son clair génie l’âme des vins » aurait du me rebuter et sa dénonciation de « l’ère du socialisme fatale au vin » me dissuader définitivement.

Et bien non, avec mon côté ex-enfant de chœur qui a mal tourné, j’ai jugé qu’à tout pécheur amateur de vin miséricorde et j’ai passé outre car c’eut été, pratiquer la double peine à l’égard de ce Goncourt 1928, pour Un homme se penche sur son passé, aujourd’hui totalement tombé dans l’oubli, que de l’ignorer.

Convenez aussi que cet homme, né en Haute-Marne, tout grand amateur qu’il fut, qui regrettait la quasi-disparition du vin de son pays, le Coiffy, ne saurait endosser pour l’éternité les oripeaux du banni.( Le vin de pays des Coteaux de Coiffy raconté aux cancres http://www.berthomeau.com/article-17024917.html )

Et puis, comme le souligne Jean-Paul Kauffmann, « il eut une vie si peu française », en effet les débuts de sa vie furent aventureux : après ses études à la Sorbonne il émigre au Canada en s’établissant comme fermier au Manitoba. C’est un fiasco, il fait faillite et survit « en devenant tour à tour cow-boy, bûcheron, trappeur, marchand de chevaux et de fourrures, arpenteur » Convenez que ça a plus de gueule que d’être un jeune trader à la Société Générale se gavant de bonus et que cette vie « n’est pas sans ressembler à l’existence d’écrivains anglo-saxons comme RL Stevenson, Jack London ou Joseph Conrad qui ont fait l’expérience de ce qu’ils ont écrit, engageant leur vie par jeu et non par goût de la réussite. »

Enfin absolution extrême, l’aveu : « […] Sans son séjour au Manitoba, où pendant onze ans il ne boira que de l’eau, Constantin-Weyer reconnaît qu’il n’aurait jamais écrit L’Âme du Vin (1932), témoignage très précieux sur la façon dont une époque envisage le vin comme produit d’une civilisation […]

Alors, sans aucune réticence, sauvons donc cet oublié du monde des lettres car son Âme du vin « n’est pas une ode rétrograde à la gloire du vin français […] Constantin-Weyer n’appartient pas à la catégorie de ces aimables auteurs d’écrits chics sur le vin. Il connaît bien son sujet. »

 

Qu’il nous gratifiât de quelques lieux communs par-ci par-là, bien ampoulés, « élixir divin ou divin nectar » ou qu’il avançât quelques allégations vénielles telles que le Sauternes « ne gagne pas à une longue vieillesse » ou doit être servi à quatre degrés n’a guère d’importance car, comme le note JPK « chaque génération a ses tics. La nôtre en possède beaucoup, faisant exploser le vocabulaire œnologique dans tous les sens sans que pour autant celui-ci y gagne en précision. » et « les générations qui viendront après la nôtre pourront se payer notre tête à la vue de nos âneries car le vin, produit issu de la terre mais métamorphosé par l’homme, garde par essence la marque de notre imperfection. Depuis des siècles, cette faiblesse originelle donne libre cours à bien des bévues et des pratiques douteuses. Dans ce domaine, il n’y a pas de vérités absolues et éternelles»

 

Le petit chroniqueur que je suis, sans être flagorneur, tout empli d’orgueil qu’il fut, affirme qu’il partage cette forme d’humilité salutaire.  

 

Et puis, j’ose l’écrire, il y a du MCW en moi car il « possède une vertu que nous avons perdue : une forme de gratuité qui le porte à s’enthousiasmer sur les vignobles qu’il arpente. C’est un flâneur ingénu. Il s’engoue facilement. Dans son texte, il y a peu de jugements personnels sur la dégustation. Il ne sait pas trop qualifier les vins. Son vocabulaire est assez limité »

 

Rappel aussi d’un temps heureux […] « Comme cette époque nous paraît lointaine, presque exotique. Heureux temps où l’on pouvait boire dans n’importe  quelle brasserie une bouteille de cos-d’estournel ou de léoville-lascazes au prix d’un muscadet ou d’un beaujolais […]

Temps béni « où le plaisir de boire était naïf. Le vin n’était pas saturé de sens comme aujourd’hui. Les œnologues n’existaient pas. Il n’y avait ni expert, ni consultant, ni journaliste du vin. L’on ne se demandait pas alors s’il fallait faire passer aussi les pédants par la phase de pressurage ou les refroidir par tubulure. Il n’y avait que des amateurs […] »

Pour autant, je ne verse pas dans la glorification du passé car « même si le vin est devenu prétexte à une fuite en avant dans la recherche de la prouesse, d’où ces produits trop riches, confiturés, écœurants et finalement sans relief. Ne regrettons pas toutefois l’époque de MCW, la plupart des vins y étaient maigres et l’on comptait à peu près deux bons millésimes par décennie – à part le 1937, les années 30 furent particulièrement médiocres. »

 

Suis-je alors une espèce en voie de disparition parce que je me conforme à mon propre plaisir, à ma propre intuition ? Parce que j’aime tout simplement sans révérer l’opinion admise, ni me conformer au politiquement correct. Péché d’orgueil d’un ex-technocrate qui ne veut pas qu’on lui confisque son incompétence.

Oui toujours en revenir « au premier plaisir du vin qui n’est pas d’en parler mais de le boire. »

Oui « trop de sens, tue le sens »

Oui « cette hypersymbolisation a fini par lui faire perdre son caractère sacré et une bonne partie de sa puissance secrète. »

 

Pour autant, en perdant son halo spirituel, le vin a-t-il perdu son âme ?

 

Assurément non, et moi le Vendéen à la jeunesse confite dans la religion je ne puis regretter la sécularisation du vin. Certes, l’irruption de l’économique, la folie spéculative, pourraient m’ébranler, me faire pencher du côté des « regrettants », dénier les « vertus » d’un temps où « l’on ne rate très peu de millésimes » où « la plupart des appellations ont accompli leur aggiornamento » où « la médiocrité se fait de plus en plus rare » où « une génération de jeunes viticulteurs remet en question l’ « œnoscientisme » de ses parents… »

 

Comme Jean-Paul Kauffmann  je ne regrette pas le « bon vieux temps » de Maurice Constantin-Weyer.

 

Reste, qu’en devenant profane, le vin est en passe de se banaliser, d’être un produit comme les autres qui, pour se distinguer, se voit, soit  happé par un storytelling de pacotille, œuvre de communicants qui plaquent sur lui des mots formatés, gonflés, survitaminés, clonés, soit porté au pinacle par des faiseurs de mode qui le place dans l’univers de l’art.

 

JPK apporte, sur ce dernier point, une réponse sur laquelle certains feraient bien de méditer. « Une œuvre d’art est un idéal esthétique dont l’expression défie. Il n’est pas certain que l’émotion que nous procurent les beaux crus entre dans une telle catégorie. Le terroir n’est pas un absolu, pas plus que le vinificateur, censé interpréter et serrer au plus près la singularité de ce terroir, n’est un thaumaturge ou un créateur. Aussi bien ce qu’il élabore ou traduit est détruit par son accomplissement, l’acte de dégustation. Il ne reste plus rien d’un grand vin qu’on a bu, que son souvenir et sa force d’imprégnation. Ce n’est pas rien. Plutôt qu’une œuvre d’art, disons que le vin est un art de vivre, c'est-à-dire une mémoire et une transmission. » 

Toutes les citations « entre guillemets » sont extraites de la préface de Jean-Paul Kauffmann que vous pouvez lire dans son intégralité, ce que je vous recommande fortement – je la publie avec l’autorisation de l’auteur – à la rubrique PAGES N°51. Je vous rappelle que « L’âme du vin » de Maurice Constantin-Weill est publié à la Table Ronde collection la petite vermillon.
 


 

 

 

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Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /Mai /2009 00:07

Le Gustave rhabillé congédiait sans ménagement, la grande morue et le bas du cul, en leur demandant rien moins que d’aller, pour la première, se faire mettre par le zouave du pont de l’Alma, et pour le second, se faire sucer par la concierge. Ces deux carpettes s’exécutaient en toute hâte sans moufter. Vautré sur le canapé Gustave, juste avant qu’elle ne sorte, hélait la fille « Ramène ton cul grande salope ! » Celle-ci, tout sourire denté dehors, revenait docilement, en ondulant des hanches, vers cette grosse outre de Gustave qui se grattait consciencieusement les couilles. « Et ma mousse bordel ! T’as pas vu que je recevais du beau monde. Qu’est-ce qu’elle t’a appris ta putain de mère ? Faut tout de dire. Arrête de zieuter sur le beau gosse il n’aime pas les morues de ton espèce. Bouge tes fesses et ramène-nous aussi des bocks pour que ces messieurs s’envoient une pinte d’une bonne bière de prolos… » Le boutonneux assistait à la scène en affichant une soumission béate. Tous ces enfants de la haute-bourgeoisie expiaient les fautes de leur classe avec une ténacité muette proche de la débilité. D’Espéruche accompagnait la grande sauterelle jusqu’à l’office alors que Raymond se laissait aller à une petite sieste dans un fauteuil.

La Gauche Prolétarienne programmait des « opérations militaires » contre la presse « fasciste ». Selon Gustave, ces jeunes cons avaient décidé que la première attaque porterait sur le Parisien Libéré  d’Emilien Amaury, un ancien résistant, alors que, s’ils avaient eu deux sous de sens politique, ils auraient du s’attaquer à Prouvost, ancien ministre de l’Information de Vichy, qui possédait Paris-Match, RTL et des parts dans le Figaro. Bien évidemment je me gardais bien de faire part de ces réflexions à Gustave qui, en dehors de la vente de l’Humanité dans un passé déjà lointain, ne touchait pas le moindre journal et estimait que leur papier était tout juste bon à torcher son gros cul. Ses admirateurs de la GP, en dépit de leur cursus universitaire d’exception, se plaçaient sur une ligne très proche de la sienne. Pour eux, l’Aurore de Marcel Boussac le roi du textile, comme Prouvost d’ailleurs qui faisait lui aussi son blé dans ce secteur surtout basé dans le Nord, Minute le baveux haineux de l’extrême-droite, se retrouvaient dans le même sac que le Monde, le Nouvel-Observateur, l’Express car ils étaient, selon eux, « des appareils idéologiques » comme les radios, la télévision, l’Université, l’école, la justice, l’Assemblée Nationale, au service de la bourgeoisie qu’ils voulaient détruire. Le socialisme "vrai" ne s’embarrassait pas de nuances. Table rase, tout péter sans discernement comme pour exorciser leur incapacité à vivre dans le réel. Le quotidien des « larges masses », si triste, si petit, si sale, si minable, ils n’en avaient jamais connu la réalité alors ils se grisaient de mots et se défoulaient comme des potaches avec des barres de fer ou des manches de pioches comme seuls outils idéologiques.

Le scénario de l’attaque avait été mis au point au cours de « réunions secrètes » de la poignée de durs composant la branche « action » de la GP : une dizaine de gugusses qui se réunissaient toujours dans la même salle de Normale Sup, rue d’Ulm, la salle Cavaillès dite « des Résistants ». Du pain béni pour mes confrères des RG qui suivaient le déroulement des préparatifs en quasi-direct grâce à leurs informateurs. Comme l’écrit Joseph Conrad «  le terroriste et le policier sortent du même panier… » Les chefs de la GP, ne sortant pas eux de l’école de guerre, s’en tenaient aux principes d’Attila : d’abord bloquer la rue des Petites-Ecuries, siège du Parisien, avec une poignée de militants recrutés chez Renault, dans les facs de Vincennes et de Nanterre, vivier des luttes prolétariennes et puis, la nasse ainsi fermée, le commando des casseurs pourrait alors tout péter à l’intérieur des locaux. Sauf qu’in situ, des bourres, casqués et bien entraînés, les attendaient et allaient les mettre en déroute sans beaucoup de difficulté. Ce gros con de Geismar, hagard, avec une barbe de trois jours, hirsute et désemparé, débarquait le lendemain dans le « palais » de Jean-Edern pour y trouver refuge. « Trahis… » Pour les maos, l’appartement du patron de l’Idiot International constituait une base arrière de repli qu’ils estimaient sûre. Ça faisait bien rigoler Marcellin et ses séides qui n’ignoraient rien des allées et venues de ce futur beau linge : Serge July, André Glucksmann, Jean-Claude Milner, Christian Jambet… dont le devenir marquerait du sceau de l’opportunisme le mouvement de mai 68. Gustave se gondolait en se vantant d’être celui par qui la « République du président Pompe » se sauvait des griffes des tigres de papier

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Samedi 2 mai 2009 6 02 /05 /Mai /2009 00:07

Ce samedi je confie la plume et la photo à des membres de l'Amicale des Bons Vivants. Faites-moi confiance ils ont du talent. Bonne lecture....

Ce n'est pas le cochon qu'il faut prendre en grippe…

Mexicain mais malheureusement pas basané, il fait la une depuis quelques jours. Non, il n'est pas aussi basané mais tellement plus productif, plus rentable que le porc noir de nos montagnes, le large white des élevages industriels de l'état de Vera Cruz. C'est là, vers la petite ville de La Gloria que se portent désormais les soupçons, c'est là qu'aurait débuté la pandémie, là que se trouverait le «patient zéro», un garçonnet de quatre ans, Edgar Hernandez. À La Gloria, tout le monde ou presque travaille à l'usine à cochons Granja's Carrol, un «camp de concentration pour animaux» sur lequel désormais les langues se délient. À cet égard, lisez notamment le dernier article du site d'information américain Grist. N'hésitez pas non plus à aller sur www.smithfielfoods.com , le propriétaire de Granja's Carrol. Smithfield, la plupart d'entre vous ignoraient cette entreprise jusqu'à présent ; l'inventaire de leurs marques commerciales vous permettra de comprendre que l'on peut facilement manger du Smithfield sans le savoir.

 Enfin, sans le savoir… Moi, mon cochon, je sais d'où il vient ! Je sais aussi qu'on vote plus efficacement avec sa fourchette ou en faisant ses courses qu'avec un bulletin de vote…

Revenons à nos cochons. Pour ce qui est de la grippe, l'enquête progresse, ne tirons pas pour autant de conclusions hâtives, n'invoquons pas trop vite la justice immanente, la punition divine pour ceux qui ont péché et sali la Nature, positivons, je voulais juste vous faire lire ou relire un hommage au "Prince de janvier" que j'avais écrit en 96 dans un bouquin sur le cassoulet :

« Mais, outre le haricot, il reste des premiers rôles à distribuer. Une autre vedette partage, avec lui, le devant de la scène : le cochon, celui dont la tonitruante extrême onction carillonne mieux que la cloche de l’office. Sa mort nous fait vivre. Du coup, on rit au gras enterrement du Prince de Janvier. À pieds, l’oreille tendue, fronçant le museau, la queue frétillante, sa couenne offerte, se tenant les côtes, il arrive le premier pour enseigner au haricot, encore un peu sec, l’art de prendre du lard. Cette prééminence interdit la médiocrité. Laissez tomber le porc au mètre cube14 tel qu’on le fabrique de Bretagne en Hollande. On ne se nourrit bien que de bêtes bien nourries et bien élevées. Le cassoulet réclame du cochon libre et gourmand. L’idéal — mais ce n’est pas tous les jours dimanche : du porc noir de Gascogne dont le gras au parfum de noisette embaumera votre cuisine. Il s’en promène d’excellents dans le Gers, chez Alain Brumont, à Maumusson-Laguian et dans le Tarn, chez Bruno Anglade, à Beauvais sur Tescou. Sinon, un vieux cochon auquel la saveur du gland, celles de la lentille ou de la patate ne sont pas étrangères fera parfaitement l’affaire. Surtout s’il a connu la belle étoile et que, d’aventure, il a fraternellement tutoyé la gnôle.

Sous peine d’avoir l’appétit coupé, ne mettez jamais les pieds dans une usine à salaisons - normalisée, agréée, bruxellisée et tout le barda - où le cochon, celte ou batave, arrive sous forme de cubes enrobés de plastique. Un cube de gras, deux cubes de maigre, la saucisse devient un jeu de construction. Méfions nous qu’à ce jeu du plus fou le cochon ne dépasse pas un jour la vache...

Ah, j'oubliais, ce soir, au menu, ce sera un rôti de porc dans l'échine, avec un peu de miel de romarin millésime 2009 que m'a porté Pauc, mon happy apiculteur de Castelmaure…

Vincent POUSSON Traverseur de déserts

Agneau rosé ou vin rosé par coupage – les moutons protestent !

Ainsi, pour l’agneau rosé, pas besoin de recourir à la saignée, et ne parlons pas de coupage, il suffit de prendre un agnelet bien blanc et le laisser vieillir encore 2 mois, de préférence pas dans une cave.

 

Concernant l’Agneau de Pauillac, Patrick l’a dit, il ne serait qu’un fantôme. Pourtant, je l’ai bien vu, il a bien le label rouge et l’Appellation Contrôlée, il vient de Pauillac, et il se vend pour moins de 7€ la... bouteille ! C’est le cadet du Mouton Cadet, et il est produit par un Baron. Comme tout le monde sait, le baron ou bas-rond est le quart arrière du mouton, composé de deux gigots et d’une selle.

Pour l'intégralité lire sur :

http://www.fureurdesvivres.com/news/agneau-rose-ou-vin-rose-par-coupage-les-moutons-protestent

 En direct de Bandol signé JP A

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Vendredi 1 mai 2009 5 01 /05 /Mai /2009 00:03

Il est des jours où je me dis : tu leur prends vraiment trop le chou à tes fidèles lecteurs, trop de mots Berthomeau, soit zen et tais-toi ! Alors en ces temps où le suffixe -itude s’accole à tort et à travers, feu Maurice Druon ne déclarait-il pas à propos de la « bravitude » chère à la « madone du PC », Poitou-Charentes pour les non-initiés, « Cette « bravitude » n’a donc rien qui doive nous surprendre. Elle nous conduit à la « nullitude » je ne tomberai ni dans l’ « excusitude » elle aussi très en vogue ces temps-ci, ni dans la « bienvitude » qui friserait la « mochitude » linguistique. La période est à l’incertitude mais, pour autant, ne tombons pas dans une certaine forme d’ingratitude en jetant le bébé avec l’eau du bain. Amarrons-nous, autant que faire ce peu, « au bon côté de la vie » et, en ce 1ier Mai, où l’on célèbre le Travail, par une journée de repos quasi universelle, soyons les premiers à célébrer « la méridienne attitude ».

 

Qu’est-ce donc « la méridienne attitude » ?

 

En Anjou, dans l’Anjou cher à Patrick de la Chaudefonds sur Layon, c’est « le repos de midi, la sieste après le repas et avant la reprise du travail « à chaque fois qu’il faisait mérienne, c’était la même chose… […] il rêvait » Étienne Pérochon, Nène voir ma chronique de samedi dernier La dictée du samedi et ses questions.  http://www.berthomeau.com/article-28765134.html . Dans le Vendômois c’est la mérienne et dans ma Vendée profonde : la mariénée sans doute parce que dans l’Aunis tout proche mérienner se dit « des brebis qui, à midi, se serrent toutes ensemble, la tête de l’une sous le ventre de l’autre, pour sommeiller, un peu à couvert du soleil » (in les mots du passé de Marcel Larchiver).

 

Dans son opus « L’art difficile de ne presque rien faire » chez Denoël, Denis Grozdanovitch, qui vit entre Paris et la Nièvre, écrit à propos de la sieste méridienne : « Le moment préféré de mes journées d’été demeure celui où, après le repas de midi, je m’achemine tranquillement jusqu’à notre ponton au bord de la rivière, sous le grand marronnier où j’ai installé mon hamac. Je m’y installe alors confortablement, un gros livre de philosophie (de préférence bien abstrus) à la main, et la lecture distraite d’une dizaine de ligne suffit amplement, en général, à me faire glisser dans ce que j’appellerais un sommeil de surface – très différent en cela de la profonde et souvent angoissante plongée nocturne – au cours duquel ma conscience, engourdie par une sorte d’agréable hypnose, continue d’enregistrer avec une sourde volupté le bruissement de la brise dans les feuillages, les dialogues entrecroisés et compliqués des oiseaux , le doux ronronnement du nid de guêpes dans l’aulne voisin et même le subtil friselis du courant le long des berges.

Je goûte alors – plaisir de la vraie vacance – au luxe suprême du demi-sommeil et de la demi-conscience qui sont les meilleures voies pour rejoindre ce fameux « cours des choses » si cher aux taoïstes de l’ancienne Chine, lesquels aimaient précisément à répéter que pour bien vivre il valait mieux ne vivre qu’à demi.

L’auteur donne ensuite la définition par le Littré du mot « dormition » qui est un terme ecclésiastique, mais comme il a trait au 15 août vous attendrez sauf à ce que notre « madone du PC » lance la « dormitude » Si vous ne vous êtes déjà pas endormi dès la 10ième ligne de cette chronique, sachez que mon Pépé Louis « faisait ses pâques » mais ne portait pas son éthique paysanne et vigneronne à la boutonnière  mais qui ne connaissait rien d’autre que le travail, aux beaux jours, s’offrait tous les jours sa petite mariénée à l’ombre du pailler. Enfin, pour préparer votre mérienne je vous propose d’accompagner votre déjeuner d’Effusion, un  vin d’Anjou d’un grand taoïste : Patrick Beaudouin. Pour la beauté de votre mérienne je l’ai photographié devant : « Une BOIRE à Saint-Rémy-La Varenne en Anjou »in Loire Sauvage de Louis-Marie Préau et Philippe Huet éditions Hesse.

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Jeudi 30 avril 2009 4 30 /04 /Avr /2009 00:09

« Jean-Marie Bouldy a été formé dans un lycée agricole, ses maîtres lui ont enseigné la viticulture et l’œnologie […] À la sortie de l’école, il rejoint la vigne familiale, Château Bellegrave, où il travaille avec son père. […] Quand il a repris la propriété en 1980, Jean-Marie gérait déjà 130 hectares de vignes pour 6 propriétaires différents. »

 

Quelques réflexions de Jean-Marie Bouldy qui traduisent son évolution :

 

« J’ai appris la plante, la vie de la plante, mais personne ne m’a appris à raisonner… »

« Nous étions suivis par des techniciens qui s’occupaient des sols, des maladies, etc. Le savoir évoluait à toute vitesse, nous leur faisions confiance, un peu comme à des médecins de famille. Il y avait un problème, ils apportaient une solution. »

« Tu vas participer avec ton vin à la nourriture humaine, or tu t’empoisonnes toi-même si tu ne te protèges pas, et tu empoisonnes tout le monde… »

« J’avais la tête dans le guidon, pas le temps de réfléchir, et puis il n’y avait pas d’informations sur des méthodes alternatives. À partir de l’an 2000, j’ai allégé ma charge de travail, ce qui me donne plus de temps pour raisonner. »

Donc à partir de là : « Il a remis en question tout ce qu’il a pu. Son père, bien que retraité, l’a accompagné dans cette aventure pratiquement jusqu’à son dernier souffle.
L’histoire du Château Bellegrave pourrait-être le journal d’une amitié entre un père et un fils, d’une confiance inébranlable l’un dans l’autre. Le résultat, c’est une façon d’envisager la culture qui rejoint par bien des points celle d’Anselme Selosse : le retour à la terre. »

Les belles histoires, emplies de pâte humaine, je les aime. Celle-ci est contée  dans un petit livre vert : « L’Intelligence du Jardinier » par Anne-France Dautheville chez Arthaud. Dans son essai, d’une plume fluide, dépourvue d’outrances, elle prône le respect des plantes. « En massacrant la plante, nous rongeons la vie. Et pourtant, nous savons comment agir autrement, sans y perdre notre bien-être. Il suffirait de considérer notre monde d’une autre façon ; de comprendre d’où il est né, qu’il est toujours en train de naître, jour après jour, non point de notre intelligence, mais du travail discret, obstiné de la plante. »

 

Le retour à la terre dont il est question est celui de Claude et Lydia Bourguignon « Le sol, la terre et les champs » aux éditions Le Sang de la Terre qui « détaille les très subtiles complémentarités entre les minéraux, l’air, l’eau, les bactéries et les animaux. Des mécanismes incroyablement astucieux relient les plantes à tout ce petit monde ; le paysan au fil des ans, au fil des millénaires, a su s’immiscer dans ce concert sans jamais l’interrompre… » écrit-elle. Tout l’esprit de l’auteur est résumé dans une note en bas de page « par principe, je ne démolis jamais un livre, et je ne parlent que de ceux qui m’enthousiasme… »

 

Je lui laisse la plume dans la continuité de son récit :

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Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 00:08

En ces temps difficiles, j’entends ici ou là des esprits chagrins distiller des doutes sur le bien-fondé d’une Amicale des Bons Vivants. Pour eux un Bon Vivant serait l’héritier en ligne directe du bombocheur, celui qui ne menait qu’une vie de plaisirs, désigné aussi dans le langage populaire sous le nom de noceur, de bringueur, celui qui fait la java, la foire, la bombe quoi ; et faire la bombe, bombocher, c’est bien sûr abuser de la bonne chère et du bon vin. « Je trouve ça drôle que mon conseil de famille, qui s’est toujours montré si sévère pour moi, soit composé précisément des parents qui ont le plus fait la bombe, à commencer par le plus noceur de tous, mon oncle Charlus […] » notait Proust, dans Sodome et Gomorrhe.

 

Ne leur en déplaise nous ne sommes pas des Charlus ! Pour autant nous ne sommes pas des bonnets de nuit : faire la fête entre parents, entre amis, autour d’une belle table avec de beaux vins, ou aux beaux jours sous la tonnelle avec un petit rosé bien frais et des grillades ou, pour clore la question : où nous le voulons, comme nous le voulons, avec qui nous le voulons, jusqu'à pas d'heure, avec de la musique, des bulles… Nous n’avons pas à nous excuser, à demander l’autorisation aux gardiens de notre santé de « prendre la vie du bon côté » qui est la définition du Bon Vivant donnée par le Robert. D’ailleurs, c’est bien ça qui embête ces chevaliers à la triste figure, car elle a tellement de mauvais côtés la vie que, prôner de la prendre du bon, c’est oser proposer une assurance au « tiers collisionnel » contre le mal-vivre qui est un peu leur fond de commerce. Essayer de vivre au mieux, avec les moyens du bord, comme prévention y’a pas mieux, nul besoin d’ordonnance et de carte vitale.

 

Nous ne sommes pas très prétentieux à l’Amicale des Bons Vivants, qui peut aussi se décliner en Amicale du Bien Vivre, nous n’exhibons aucune étude sophistiquée et à caractère universel, nous ne balançons pas des spots à la télé pour dire comment il faut manger ou bouger, nous ne vous conseillons rien, nous ne prétendons pas vous garantir la vie éternelle sur terre, ni ailleurs bien sûr, nous nous contentons de dire que notre vie est d’abord entre nos mains. Trop d’hygiène tue l’hygiène ! Trop d’interdits tuent l’esprit de responsabilité. Laissez-nous développer nos anticorps sociétaux ! Laissez-nous réapprendre à vivre ensemble, et si possible à bien-vivre ensemble. Pour ce faire, la maison Vin&Cie l’espace de liberté vous propose ce matin la figure n°1 du Bien Vivre mode d’emploi : un dîner à Fiesole.

 

La scène est paisible, une fenêtre ouverte sur la campagne nimbée d’un ciel cotonneux, deux couples qui viennent de finir leur repas comme en atteste la serviette posée sur la table, le morceau de pain, l’assiette de fruits et la carafe de vin bien entamée. L’un des convives tire quelques accords de guitare sous le regard de la femme assise, peut-être la maîtresse de maison, alors que l’autre homme fume une cigarette observé par un chien. Devant la fenêtre, debout, l’autre femme semble songeuse. Pas très gai comme tableau me direz-vous… En êtes-vous si sûr ? Ces quatre personnages figés par l’artiste, imaginez-les au cours du repas qui a précédé : tout d’abord ils se sont retrouvés, en dînant ils ont échangés, ri peut-être, parlé de la pluie et du beau temps, des nouvelles du moment, de leurs lectures, de tout et de rien, et maintenant dans la paix d’un milieu d’après-midi ils laissent le temps s’écouler. Ils n’ont pas la télé. Même dans une vie bien remplie, prendre du temps sur son temps, autour d’une table, simple, est une forme du bien vivre…

 

Petit détail : le tableau de Bacio Maria Bacci (1888-1974) est intitulé Dîner à Fiesole peinture sur toile (201x160) Galerie des Offices à Florence car le dîner était autrefois le premier repas de la journée. De nos jours l’appellation dîner s’est substituée à celle de souper qui est bien sûr le repas du soir. Fiesole est une charmante petite ville d’origine étrusque proche de Florence ; on y accède par une route toute en lacets…

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Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /Avr /2009 00:02

Avec un tel titre, je sais le clan des blouses blanches et certitudes incorporées va m’accuser de tirer la couverture à notre juste et belle cause du bien-vivre. Faux, je ne fais que retranscrire avec honnêteté les propos d’Estelle Masson, maître de conférences en psychologie sociale à l’Université de Brest, dans le cadre de l'émission « « Ça ne mange pas de pain » de mars 2008. Le thème de l'interview : Les malheurs des mangeurs : consommateur ou citoyen, faut-il choisir ? »  

 

Comment les Français mais aussi les Américains, les Italiens, les Anglais, les Allemands ou les Suisses gèrent-ils leurs rapports à l’alimentation ?

Quelles sont leurs représentations de l’alimentation, du corps, de la santé ?

Pourquoi compte-t-on cinq fois moins d’obèses en France qu’aux Etats-Unis ?

Voici quelques unes des questions que Sylvie Berhier, de la Mission Agrobiosciences lui a posées.

 

Pour vous mettre l’eau à la bouche je vous propose quelques extraits de ses réponses, libre à vous de vous reporter au script original.

 

« […] D’autre part, depuis une vingtaine d’années, on nous prédit qu’en France il y aurait bientôt autant d’obèses qu’aux Etats-Unis. Effectivement, le taux d’obésité a augmenté en France, mais il reste l’un des plus bas des pays développés. Donc, nous nous sommes posé la question de savoir si on ne pourrait pas trouver, dans le rapport que chaque culture entretient à l’alimentation, des éléments de réponse à ce phénomène. Et n’y aurait-il pas dans certaines cultures, notamment la culture française, quelque chose qui opérerait un peu comme un facteur de préservation contre l’obésité […] »

 

« […] Alors comment se définit le bien manger chez les uns et les autres ?
C’est un des principaux résultats de notre enquête. Nous avons réussi à mettre en évidence l’existence de deux modèles du rapport à l’alimentation. En schématisant, d’un côté, on observe la prédominance d’une conception individualiste de l’alimentation ; de l’autre, une conception plus traditionnelle. Dans la conception individualiste, tout s’articule autour d’une approche nutritionnelle et se ramifie autour des questions de liberté individuelle, de choix et de responsabilité individuelle. Et, dans cette logique-là, pour bien manger, il appartient à chacun, individuellement, de faire les bons choix. Cette gestion individuelle de l’alimentation va souvent s’accompagner d’une culpabilité, parce que contrôler son alimentation au quotidien est perçu comme un travail relativement ardu, les dérives sont si faciles et rares sont les individus qui déclarent parvenir à toujours se contraindre à faire les bons choix. 

 

On est, là, sur le modèle anglo-saxon...

Oui et notamment celui des Américains. Pour eux, bien manger c’est se procurer les bons apports nutritionnels. L’approche est très diététique dans le sens où ils ne parlent pas de manger des plats mais d’incorporer des nutriments. Elle est aussi très individualiste dans le sens où il va falloir à chaque individu trouver ce qui lui convient personnellement et est adapté à son corps.

On a l’impression, qu’ils mangent sur ordonnance médicale...

Quasiment, oui ! Leur référent très fréquent est la fameuse pyramide alimentaire où il est indiqué les proportions de chaque famille d’aliments à consommer.

Du côté des Européens - on va dire des bons vivants- comment ça se passe ?
Les bons vivants, eux, vont accorder une importance beaucoup plus centrale à l’aspect collectif, convivial de l’alimentation. Et pour eux, bien manger, c’est avant tout manger avec d’autres, partager un repas donc, en quelque sorte, c’est aussi soumettre leur appétit à un certain nombre de règles collectives. Là, il n’est plus du tout question d’une approche diététique et nutritionnelle de l’alimentation, mais plutôt d’une approche culinaire. Ce qui compte, ce sont les plats, ce qui est mangé dans le cadre d’un repas. Bien manger, c’est manger de bons plats, bons à être partagés avec d’autres commensaux dans un espace-temps dévolu à cette activité. Un autre point sensible dans ce modèle traditionnel : le rapport à l’alimentation apparaît beaucoup plus serein. La notion de plaisir est très présente que ce soit le plaisir du partage ou encore le plaisir gustatif. […]»

«  […] Le principal enseignement que l’on peut tirer à notre étude, c’est que, sans doute, il n’y a rien à gagner à faire trop d’éducation nutritionnelle. L’éducation nutritionnelle - et la médicalisation de l’alimentation - est contre-productive car elle tend à individualiser le rapport à l’alimentation. Elle tend à obliger chaque individu, seul et souvent désemparé, à faire des choix. Elle l’oblige à se construire individuellement une alimentation qui lui soit personnellement adaptée, ce qui est pour ainsi dire impossible. A mon sens, il vaudrait mieux insister sur les dimensions conviviales de l’alimentation et l’importance du partage, de laisser à la culture jouer son rôle de guide des pratiques et de faire en sorte, aussi, que les aliments, la nourriture ne soient pas perçues comme des menaces, des dangers, mais de permettre aux individus de les ré-apprivoiser et d’être confiants […]»

Si vous souhaitez lire l’intégralité de l’article veuillez vous reporter à la rubrique PAGES N°50  Comment les français résistent-ils à l’obésité ?

Si vous pensez encore qu’adhérer à l’Amicale des Bons Vivants est une plaisanterie de vieux potaches j’espère que cette lecture vous fera changer d’avis.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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