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               Vin&Cie, l'espace de liberté

Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est
" un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..."
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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /Juin /2009 00:04

L’atmosphère de cette conférence de presse virtuelle mêlait une forme étrange de grandeur et de solitude gaullienne comme le montre cette image du Secrétaire Perpétuel de l'Amicale, flanqué de son aide de camp, s’adressant avec conviction et détermination, depuis le 9ième étage de sa demeure, aux membres de ce réseau naissant qu’est l’ABV et un parfum de je ne sais quoi exhalant des fragrances pierre dacquienne et desprogienne, soulignées par de la minéralité brute oliviépoussienne pour finir sur une bouche « tendue » très jacqueduponienne. Bien sûr, le côté cinéma muet de l’instantané photographique ne permet pas de traduire l’intense émotion de ce moment rare et solennel.

Au plan vestimentaire le Secrétaire Perpétuel, afin d’effacer l’impression de j’m’en foutisme provocateur des clichés volés par Voici « Le scoop de Voici : l'Amicale des Bons Vivants se rebiffe ! » http://www.berthomeau.com/article-30940945.html , avait revêtu son costume Prince de Galles Cary Grant passé sur une chemise blanche à col ouvert. Notre homme se voulait chic, mais décontracté, pour donner aux médias l’image d’un leader d’opinion influent sans pour autant verser dans le côté hautain et dominateur. À sa gauche, l’emblématique porteur de chapeau http://www.berthomeau.com/article-30504810.html Messieurs les censeurs prohibitionnistes nous les bons vivants sommes prêts à porter le chapeau ! , symbole de la capacité de notre Amicale à assumer son choix du Bien Vivre, arborait ce jour-là le splendide couvre chef des Queen's Own Highlanders revisité par le champagne de Castellane sis à Épernay. Vous pouvez aussi noter sa décontraction élégante, mêlant avec goût le bleu électrique et le jaune paille, mettant ainsi en valeur son air angélique du jeune homme bien sous tous les rapports que beaucoup de mères de notre doulce France souhaiteraient avoir pour gendre.


Les propos du Secrétaire Perpétuel furent brefs mais percutants :

-         Sans aucun préambule, sans prendre de gants beurre frais, il a convié tous les membres et les compagnons de route de l’ABV à un Vin d’Honneur « sauvage » le mardi 23 Juin à midi dans l’enceinte de Vinexpo. Le lieu de ce rassemblement encore tenu secret, pour des raisons que le Secrétaire Perpétuel s’est refusé à donner, sera précisé la veille sur Vin&Cie l’espace de liberté. Venir accompagné de bouteilles serait du meilleur goût de Bon Vivant a-t-il tenu à préciser. Ceux qui pensent s'y rendre peuvent l'indiquer de suite à l'homme au chapeau selon la procédure habituelle du blog.

-         Puis, avec une certaine solennité, il a fait part de sa présence à la 1ière rencontre des Vignerons Blogueurs le lundi 22  Juin au Château Luchey-Halde (Mérignac). http://blogsetvignerons.over-blog.com  Cette rencontre se déroulera de 11 à 19 heures. Le Secrétaire Perpétuel, lui, s’y rendra en petite pomppe dans l’après-midi. Il a précisé qu’il ne signerait aucun autographe ni ne dédicacerait ses œuvres complètes mais qu’il se contenterait de boire de bons coups et de tailler des bavettes.

-         Enfin, le Secrétaire Perpétuel s’est félicité que les footballeurs du Variété Football Club emmenés par Jacques Vendroux, après avoir affronté l’équipe des Gardes Suisses le 10 juin (l’arbitre de la rencontre était l’évêque de St Etienne) aient eu la bonne idée, à l'issue de l'audience papale, par l’entremise de l’inénarrable commentateur Thierry Roland et de l'emblématique Marius Trésor, d’offrir au Pape un Cognac mis en bouteille l'année de sa naissance. Il a émis le vœu que, lors d’une prochaine rencontre, le Variété Football Club affrontât l’équipe de la Garde Républicaine de l’Elysée afin qu’à l’issue de la rencontre lors de l’audience que leur accordera le Président ils puissent lui remettre un magnum de Châteauneuf-du-Pape offert par l’Amicale des Bons Vivants.

-         En conclusion, le Secrétaire Perpétuel a tenu tout d'abord : 
à renouveler aux membres, parisiens ou non, son invitation à venir déguster avec lui sa recette de « 
Mesclun de l’Océan aux Bonnottes de Noirmoutier confites et le vin qui va avec… »http://www.berthomeau.com/article-31458784.html ;
puis il a fait appel aux bonnes volontés pour que sa suggestion de créer un blog  pour intéresser nos jeunes pousses au vin
www.levindantousesetats.com à la suite de sa chronique « Marguerite dit à son père : « est-ce que le vin est difficile à faire ? » http://www.berthomeau.com/article-32095758.html puisse prendre corps.

Avant de prendre congé, en riant dans sa barbe poivre et sel, sous l'oeil impavide du chapeauté écossais, il s'est exclamé : « À quoi ça sert que Berthomeau se décarcasse  si les membres de l’ABV le laisse ramer avec une toute petite rame sur un grand navire voguant sur le vaste Océan de l’indifférence… » et,  en reconduisant ses hôtes virtuels sur la Toile, il a appelé de ses voeux une réelle mobilisation générale des Bons Vivants pour que la juste cause du bien-vivre fasse de nouveaux adeptes…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 14 juin 2009 7 14 /06 /Juin /2009 00:03

 Pour ranger mes tonnes de livres j’avais fait l’acquisition, aux Puces de Saint Ouen, d’un superbe et authentique meuble-bibliothèque Louis XVI, à la patine blanc de gris bleuté, rien que pour ses portes grillagées. C’était mon seul luxe ; un luxe qui d’ailleurs n’en n'était pas un puisque je n’avais fait là que réaliser un rêve d’enfant : je ne sais pourquoi j’ai toujours voué aux portes grillagées des bibliothèques une vénération absolue. Garde-manger de la pensée, je voulais préserver mes livres sans pour autant les enfermer, les couper de la vie. Mes explications embrouillées firent beaucoup rire Jasmine qui s’émerveillait déjà de la proximité de tous ces livres pour son petit. Le reste du mobilier était quasi-monacal. Sur les murs, pour la première fois de leur existence les tableaux, que j'avais achetés au gré de mes errances, trouvaient enfin place. La soixantaine venue, moi aussi, pour la première fois, je m’installais. Mon statut tout neuf de futur père, sans épouse, m’allait comme un gant. Le dénouement au point haut de mon portefeuille boursier, en dépit de la ponction opérée par l’achat de la maison, me mettait à la tête de liquidités que je décidai de gérer moi-même. Le temps des folies, pour ça aussi, était terminé, je voulais engager tout ce fric dans des activités, certes moins juteuses, mais qui donneraient un peu de sens à ma vie chaotique. Après les valeurs volatiles des brokers déjantés j’aspirais aux valeurs pérennes et, dans mon imaginaire, la vigne incarnait le mieux ce ré-ancrage à la réalité.

 































Jasmine, profitant de mon anniversaire, me dotait de ce qui se faisait de mieux en matière d’ordinateur ultra-portable et de joujoux de communication. « Tu as l’âme d’un nomade, alors lorsque tu iras planter ta tente loin de moi tu garderas ainsi le lien avec notre petit Louis… » Plongé dans l’édition du Monde électronique je lui fis remarquer avec une légère pointe d’ironie que ce prénom était aussi celui du petit de Cécilia et de notre Président. Face à l’outrage elle se regimbait en agitant son écumoire – Jasmine fourmi se consacrait à la confection de confitures et toute la maison embaumait des odeurs sucrées des fruits de saison – « mais qu’est-ce que tu me chantes-là beau légionnaire – Jasmine, après lecture de mon manuscrit, avait repris à son compte l’appellation chère à Chloé – moi je ne barbote pas dans Voici ou dans Closer et je ne vais pas chercher le prénom de notre fils dans la rubrique mondaine des peoples. Moi je suis une fille toute simple : vu ton allergie « native », comme tu l’as écrit,  je ne pouvais prénommer notre enfant Benoît, comme toi, alors j’ai choisi Louis, comme ton grand-père, car j’ai oublié le prénom de ton père, comme ça c’est comme si le petit reprenait la tête de ta lignée… » En l’écoutant, pour la première fois depuis notre fameux pacte, je prenais pleine conscience que j’allais laisser derrière moi un petit qui porterait mon nom. L’idée même de cette transmission ne m’avait jamais effleuré.

 

Pour écrire j’aime la nuit, son silence, sa tiédeur, son flouté, sa capacité à donner au territoire de mon imaginaire une profondeur, du champ ; elle m’enveloppe, me borde, pèse sur mes épaules, j’y suis chez moi et j’y suis bien. Reprendre le fil de mon récit, interrompu par notre départ précipité de Corse, me semblait vain. Rien que de la poussière, et encore oubliée, aspirée puis dispersée par la fuite du temps. Le tintamarre du présent déversé à jet continu, en direct, avec une frénésie inquiétante, par des canaux irrigants la terre entière, ne laissait plus le temps de la réflexion. Les écrans plats, tels des gargouilles modernes, affichaient de sinistres comptabilités, des attentats, des pandémies, des tueries, avec une linéarité qui les rendaient froides, aseptisées, sans épaisseur humaine. Mon retrait du court de la vie, ce long isolement, cure de désintoxication, rendait le choc encore plus rude. Pour autant, je ne me réfugiais pas dans mon attitude favorite, l’évitement. J’affrontais. J’assurais. Je lisais. Ma boulimie de lecture se révélait être le meilleur antidote à mon aquoibonisme congénital. J’opérais des razzias dans mes librairies favorites et, environné de piles branlantes, je m’imprégnais de vraie vie, puisais dans l’imaginaire des autres des raisons de continuer. Parfois, pour lire, j’allais m’allonger aux côtés de Jasmine. Ses hanches s’ouvraient. Elle s’arrondissait. Elle resplendissait. Quand elle s’endormait, que sa respiration régulière faisait onduler le drap, je me laissais aller de nouveau à explorer mes souvenirs et l’envie d’écrire me revenait.   

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /Juin /2009 00:04

Qu’est-ce qu’y ne va pas inventer pour faire l’intéressant, un de ces jours y va nous dire qu’il va se présenter à la Présidentielle de 2012. Sur cette dernière hypothèse je ne dis pas non mais pour mon histoire de dormeur beurré comme un petit Lu qui finit en enfer je vous rassure ce n’est pas une histoire à dormir debout.

Voilà comment je l’ai découverte. Acte 1 : une lectrice de Crosne, 91560, me lance un SOS car elle ne trouve pas de crabe Chapka dans sa banlieue profonde. Vous allez me dire : z’êtes pas épicier ! Oui, mais j’ai commis une chronique en août 2007 « Le crabe aux pinces d’or » http://www.berthomeau.com/article-6886869.html dans laquelle je cause du crabe Chapka. Acte 2 : bon samaritain je tape crabe sur Google et je tombe sur cette histoire de… C’est un Finistérien : http://www.cadour.net de Lannilis qui la raconte sur son blog : cuisine de la mer. Je ne vais pas copier sur lui mais vous la raconter à ma façon et, si je fais référence à l’expert ce sera cité entre parenthèses.

Première précision pour les ignares : le « dormeur » est un crabe, aussi dénommé tourteau dans le commerce et cancer pagurus par les scientifiques. Quand je pratiquais la pêche à pied du côté de Brétignolles sur-Mer, il fallait le débusquer dans les trous de roche au crochet car il se planque, roupille et, quand il se carapate en marchant de traviole ce n’est pas un rapide. Tout le contraire de l’étrille, petit crabe vert à chair fine, goûteux, vif et qui pince sec. Les pinces du dormeur sont imposantes mais faut être un parigot pour y risquer ses doigts y compris chez le mareyeur.

Pour choisir le bestiau je m’en remets à l’homme de la mer : tout d’abord « mieux vaut choisir une femelle. La chair est plus fine, et mieux répartie entre le coffre et les pinces » ensuite « la meilleure saison c’est l’été, disons de juin à octobre, mais on en trouve de jolis toute l’année. »,  puis des conseils d’expert : 1° « c’est le poids qui importe, à taille égale choisir le plus lourd », 2° «  éviter ceux qui ont le ventre clair, plus la couleur tire vers le brun, et meilleur il sera. » 3° « abandonnez aussi les femelles qui ont des œufs dans le réceptacle prévu à cet effet, elles viennent de pondre, elles ont épuisé beaucoup de chair à cet effort ! »

Ensuite ça se corse, non parce que le choix du second ingrédient soit difficile, puisqu’il s’agit d’une bouteille de vin blanc sec, mais de part la fonction impartie au vin. Notre breton jette son dévolu tout normalement ou tout régionalement sur un « Muscadet, fruité (élevé sur lie avec bâtonnage, c’est l’idéal, mais ne le payez pas trop cher pour cette recette) » Pour ma part je n’ai pas de religion bien établie sur cette question puisque je ne suis pas passé à l’acte. Donc, faites comme bon vous semble et, à mon humble avis, je ne suis pas sûr que la qualité du vin influe sur la suite des évènements. D’ordinaire, le dormeur finit sa vie aquatique dans l’eau bouillante aromatisée. Attention, il n’est pas précipité dans l’eau bouillante mais traîtreusement plongé dans de l’eau froide qui est ensuite portée à ébullition. Depuis toujours, les âmes sensibles et les ami(e)s des bêtes m’ont souvent interrogé à propos de la souffrance de la moule ou du crabe. Je n’ai jamais su répondre sauf que, pour paraître encore plus barbare, j’évoquais la découpe en vif de la langouste avant passage au grill.

Dans le cas présent, vont venir s’ajouter aux susdit à la fois les abstinents et Brigitte Bardot. En effet, notre tourteau, entravé par de grosses élastiques, afin d’éviter qu’il ne se rebellât, est plongé dans un bain de vin blanc, pendant une bonne heure, pour se murger grave. Selon notre breton cela aura pour vertu de parfumer sa chair. Ensuite, beurré comme un petit LU le tourteau posé délicatement sur des braises, pendant un bon quart d’heure, achèvera son étrange trajectoire qui l’a conduit de l’Océan à sa première cuite pour finir dans l’Enfer des hommes. Chaîne de la prédation et, pour se donner bonne conscience, souligner que les tourteaux sont des prédateurs impitoyables permet de le savourer tout chaud en s’envoyant des canons de Muscadet. Notre breton est un fan de  Jo Landron alors si ça vous dit cliquez.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /Juin /2009 00:07

Chère ODG de Pomerol,

 

 

À mon âge, en dépit de mon long compagnonnage avec les grands fauves

politiques,  je garde une faculté d’étonnement et d’émerveillement en acier trempé. Celle-ci est décuplée lorsque je découvre, au hasard de mes recherches de petit chroniqueur, des décisions prises, la main sur le cœur, rien que pour faire notre bonheur à nous pauvres petits consommateurs.

 

Tel fut le cas le jour où, je cite ma source, Vitisphère, « La décision prise ce mois-ci par le Syndicat viticole de Pomerol, indiquant que d'ici 2018, tous les vins de l'appellation devront être élaborés sur l'aire même de Pomerol, inquiète nombre de propriétaires. En effet, beaucoup d'entre eux possèdent quelques hectares en Pomerol mais aussi sur les appellations limitrophes où se trouvent les propriétés et les chais. » Exiger de faire le vin et de le mettre en bouteille au plus près des vignes, surtout dans une appellation aussi prestigieuse que la vôtre, pourquoi pas ! Mais, lorsque je constate que la ligne de démarcation va exclure des chais situés à quelques kilomètres, voire des hectomètres, des vignobles situés dans l’aire, alors là je sors mon « révolver ». De qui se moque-ton ? Hormis les exclus, sans contestation de nous, ceux dont vous entendez assurer la protection.

 

Ce projet n’est pas nouveau puisque l’AG de votre syndicat a pris une délibération en ce sens le 23 octobre 1998. De plus, cette même assemblée le 1ier mars 2001 a mis en place un régime transitoire en vertu duquel tous les exploitants auraient l’obligation de vinifier dans l’aire d’appellation à compter de 2004 pour les viticulteurs exploitant plus de 2 ha et à compter de 2006 pour tous les autres. Pour faire bon poids, ces viticulteurs devaient chaque année adresser aux services de l’INAO une demande de dérogation pour pouvoir être autorisés à vinifier hors de l’aire Pomerol. Fort bien me direz-vous, voilà qui prouve que le projet n’est pas nouveau. J’en conviens mais ce qui m’étonne, moi qui dans ma vie antérieure ai vu défiler sur mon bureau tant de décrets d’AOC, c’est que toutes ces modifications n’aient pas été retranscrites dans le vôtre. Pourquoi tant de discrétion ? Que je sache seules les signatures ministérielles donnent force de loi à vos décisions et leur publicité, via le JO, les rend opposables au tiers. De plus, en ce temps-là votre Syndicat était un club puisque l’adhésion n’était pas de droit mais supposait une cooptation par l’un des adhérents. Sans vouloir minimiser vos décisions antérieures je trouve qu’elles prenaient quelques libertés avec une saine conception d’un État de droit et qu’elles affaiblissent votre intransigeance actuelle.

 

De quoi je me mêle me rétorquerez-vous, à Pomerol, sur nos 800 hectares, nous sommes une grande famille, et la discrétion sied aux grandes familles qui se doivent de « laver leur linge sale » en famille. Permettez-moi de rebondir sur cette expression, qui peut vous semblez vulgaire – elle est attribuée à Voltaire et à Napoléon –, pour m’interroger sur la finalité, le sens de votre démarche. Toujours dans Vitisphère, votre président, Jean-Marie Garde explique que ce vote « suivait la logique d'une décision prise en 1998 et qui s'inscrit dans la logique qui préside à Saint-Emilion, à savoir que cela valide la notion de « mise en bouteille au château ». Mais alors, que d’eau que d’eau a coulé dans le ruisseau de la Barbanne avant que vous ne vous décidiez à inclure cette exclusion dans le projet de cahiers des charges. Ce qui m’étonne plus encore, c’est qu’elle ne s’appliquera qu’en 2018. En effet, puisque vous semblez vouloir, au travers d’elle, accroître notre protection face à des pratiques qui, je le suppose avec beaucoup de précaution, doivent sans doute être non-conformes à l’éthique de votre appellation, je ne vois pas pourquoi vous avez attendu si longtemps : presqu’un siècle, et que vous différiez encore de 9 ans son application ? Vos grands anciens, tel l’ancien Président de la CNAOC : monsieur Henri de Lambert du Château de Sales à Pomerol, que j’ai eu comme interlocuteur au cabinet du Ministre, étaient-ils aussi peu soucieux de défendre votre prestigieuse appellation ?

 

Si je me permets cette intrusion dans vos affaires de famille ce n’est pas pour porter secours aux futurs exclus, qui n’ont nul besoin de mon assistance, mais parce que Vin&Cie est un espace de liberté qui se veut ouvert à toutes les questions, même celles qui dérangent. J’en égrène quelques-unes.

-         Puisque vous changez la règle actuelle c’est que celle-ci sans doute ne donnait pas toutes garanties aux consommateurs que nous sommes ? Si tel n’était pas le cas, puisque jamais vous ne nous avez alertés sur ce point, pourquoi la changer ?

-         Dans la mise au château y-a-t-il de « bons » et de « mauvais » châteaux puisque les futurs exclus, qui font de la mise au château, se voient reprocher de le faire au seul motif qu’ils le font dans une propriété non-située dans l’aire ?

-         Est-ce la proximité de raisins d’une Appellation voisine qui constituait un facteur de risque ? Si oui, pourquoi les propriétaires de Pomerol vinifiant à Pomerol continueront-ils de vinifier d’autres appellations voisines : Lalande de Pomerol, St Emilion, Lussac St Emilion…dans leurs chais ? Sont-ils plus vertueux – puisqu’ils en ont le droit – que leurs collègues de l’appellation d’à côté ? Sur quels critères objectifs la zone de proximité immédiate a-t-elle été définie ?

-         Cette décision, sous le couvert de la protection de l’authenticité, est-elle économiquement (investissements lourds pour des volumes faibles) et écologiquement (multiplication des sites de vinification) responsable dans une appellation d’environ 800 hectares ?

-         Puisque cette décision, dites-vous, est prise pour valider la notion de « mise en bouteille au château » pourquoi le texte de votre projet permet-il la mise en bouteille dans tout le département de la Gironde ?

-         Pourquoi les opérateurs élevant et conditionnant des vins de Pomerol hors de l’aire ont-ils une date de péremption 2025 beaucoup plus lointaine que les vinifiant ?

 

-         Pourquoi la proposition d’une solution alternative de Jean-Michel Laporte, du Château La Conseillante, qui permettrait « aux châteaux qui vinifient traditionnellement hors de l'appellation de continuer à le faire et de n'appliquer la décision qu'aux nouveaux entrants. » n’est-elle pas examinée ?

Mais « on me dit que...» ce n'est pas possible car la main de Bruxelles s'y opposerait. N'étant pas un praticien du droit communautaire alors je pose la question dans le même mouvement au professeur Norbert Olzack Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne afin qu'il éclaire notre lanterne ? 
 

-         Dans la mesure où, en 2018, un propriétaire ou un bailleur qui ne ce serait pas conformé à votre décision n’aura plus qu’une seule issue : vendre ses vignes, votre décision ne serait-elle pas un moyen de pression habile pour contraindre des petits propriétaires à vendre leur « lopin » de vignes au bénéfice des propriétaires en place ?

-         Est-il possible de connaître les noms et qualités des membres des instances dirigeantes du Syndicat Viticole de Pomerol ?


Sans en appeler aux mannes de René Renou qui a voulu avec passion que chaque syndicat réécrive son décret pour redonner à la notion d’AOC tout son sens et pour réinscrire notre système d’AOC dans ses fondations originelles, je me permets de souhaiter, chère ODG de Pomerol, que vous vous placiez dans cette perspective pour que l’intérêt collectif, soucieux d’excellence et de qualité, prenne en compte des réalités individuelles qui vont dans le même sens.

 

Je me tiens à votre disposition, chère ODG de Pomerol, pour contribuer à une telle issue car le dit l’adage populaire « un bon compromis conciliation vaut mieux qu’un mauvais procès »

Bien à vous   

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 11 juin 2009 4 11 /06 /Juin /2009 12:02
Rassurez-vous c'est très court et je l'espère plein d'humour ...

Pour l'ami GUS du PETILLON grand cru :

Pour nos amis prohibistionnistes une Photo de Dany le Rouge devenu Vert qui ne crache pas sur le blanc à bulles d'une région qui assemble du blanc avec du rouge pour faire du rosé , ce n'est pas étonnant que les roses aient bu la tasse et le bouillon par la même occasion

 


Pour Hervé Bizeul un papier de Bouguereau, tiré de la naphtaline pour l'occasion, dans le dernier numéro du Nouvel Obs. Désolé la feuille de chou chic et choc n'est pas exempte de putasserie mais je n'ai pas trouvé mieux...

Pour rire avec les valaisans :

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 11 juin 2009 4 11 /06 /Juin /2009 00:04

L’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie : A .N.P.A.A. tient son Assemblée Générale annuelle le samedi 27 juin à Paris. En tant que membre j’ai reçu l’ordre du jour et la notice de présentation au Collège National. 9 candidatures pour 6 sièges à pourvoir. Pour votre information je vous propose de lire leurs déclarations d’intention. C’est instructif. C’est d’autant plus instructif que dans le lot : le Président (candidat N°8), le Secrétaire-Général (candidat N°4) la Vice-présidente (candidat N° 5) sont renouvelables et leur profession de foi est à lire avec attention. Dans ma présentation j’ai soustrait tous les éléments personnels qui n’apportent rien à votre information.

Bonne lecture et il n’est pas interdit de commenter.

Candidat N°1 : né en 1949 – CAP de comptabilité – retraité de la RATP – comptable de gestion de tutelle de majeurs protégés. Adhérent depuis 2004. Président départemental et trésorier régional.

Déclaration d’intention :

Disponible et engagé, fort de mes expériences et de mes combats depuis 5 ans au sein de l’ANPAA fort de mes responsabilités renouvelées, je propose aujourd’hui ma candidature au poste d’administrateur au collège national pour :

-         réussir les enjeux cruciaux que représentant les passages de nos comités départementaux en CSAPA.

-         Accompagner le renouveau de la Vie associative à la conquête de nouveaux adhérents, engagés, efficaces et actifs.

-         Permettre l’accompagnement et l’évolution nécessaire et indispensable à notre association nationale pour garder sa place de partenaire reconnu et incontournable dans le domaine de l’addictologie auprès de nos tutelles nationales et de nos réseaux de santé.

-         Privilégier le parcours du patient, ce qui accroît l’efficacité médico-sociale et administrative par la cohésion de nos centres généralistes.

-         S’impliquer très fortement dans la politique de prévention des addictions sans produits : jeux pathologiques, cyberaddiction, etc.

Toutes ces évolutions que je souhaite devront se faire bien entendu en accord avec les valeurs humanistes qui animent notre association, valeurs qui sont les miennes.

Candidat N°2 : née en 1948, docteur en médecine, qualifié en psychiatrie, thérapeute familiale, psychiatre des hôpitaux attachée à un CHU service d’addictologie. Adhérente depuis 1982, présidente départementale et régionale jusqu’en 2006.

Déclaration d’intention :

Les axes actuels sur lesquelles s’appuie l’ANPAA sont toujours d’actualité. Le continuum prévention, formation, soin peut encore s’enrichir dans ses activités et je m’y emploierai, en particulier au travers d’une vision globale systémique qui développe les solidarités contextuelles. Renforcer le positionnement de l’ANPAA afin qu’il puisse influer sur le sens et une meilleure cohérence des politiques publiques dans le domaine des addictions.

Candidat N°3 : né en 1958, docteur en médecine, qualifié psychiatre, praticien hospitalier chef de service. Adhérent depuis 1990, président départemental.

Déclaration d’intention :

Les actes de prévention doivent s’intégrer dans une dynamique départementale dans le cadre d’un projet de partenariat au plus proche des populations. Rôle essentiel dans le milieu scolaire, les milieux de travail… en lien avec les partenaires du réseau.

Positionnement des professionnels de l’ANPAA avec création d’outils et de référence spécifique à notre association.

Candidat N°4 : né en 1954, docteur en médecine générale, praticien hospitalier. Adhérent depuis 1997, administrateur sortant, élu en 1999 et membre du Bureau National depuis 2001 et SG depuis 2003.

Déclaration d’intention :

La prévention des risques liés aux conduites addictives, déterminant majeur de santé publique, s’impose. Résolument addictologique, centrée sur la personne, notre intervention prendra en compte toutes les spécificités, produits, polyconsommation, publics, dimensions sociétales, dans un continuum de la prévention aux soins et à l’accompagnement médico psycho socio éducatif, tout au long de la vie. Education à la santé, intervention précoce, éducation thérapeutique, réduction des risques, soin, toutes nos pratiques doivent s’adapter aux problématiques, s’appuyer sur des équipes pluridisciplinaires, le partenariat et le travail en réseau. Information, sensibilisation, éducation, formation, argumentation scientifique, veille juridique, action de proximité, doivent s’inscrire dans la durée. La prévention doit être reconnue, valorisée par des financements pluriannuels. Une évaluation régulière sous tend la pertinence de notre action. Humanisme, vie associative, mobilisation militante, approche sociétale et individuelle, professionnalisme, pluridisciplinarité… sont les bases de nos actions. Défendre et promouvoir ces valeurs, en évitant toute position dogmatique ou normative, c’est améliorer la qualité de vie et la santé de tous.

Candidat N°5 : née en 1949, docteur en statistiques mathématiques, diplômée d’addictologie, directeur de recherche à l’INSERM, chercheur enseignante à la faculté de médecine. Adhérente depuis 1992, administrateur sortant, membre du Bureau National depuis 1995 et VP depuis 1997. Présidente du comité scientifique de l’ANPAA.

Déclaration d’intention :

Dans le contexte de la Santé Publique, la qualification de l’alcool comme déterminant de santé dans la loi de 2004 montre l’évolution des politiques de santé.

Les connaissances scientifiques se sont progressivement construites et les expertises collectives de l’INSERM (2001-2003) ont établi les données internationales disponibles, complétées actuellement sur les risques de cancer par le rapport INCA (2009). L’opinion publique est majoritairement favorable à une réglementation renforcée pour réduire l’offre d’alcool (sondage ANPAA 2009).

Avec la réforme de la loi « Hôpitaux-Patients-Santé – Territoire «  la nécessité de transfert de connaissances et d’évaluation des actions est indiquée dans le schéma régional de prévention des Agences Régionales de Santé. Avec les associations comme l’ANPAA et la Ligue contre le cancer, je souhaite contribuer en cohérence avec les attentes de la société civile (cf. les Etats Généraux de l’alcool 2006) et les besoins des usagers.

Candidat N°6 : née en 1968, docteur en médecine, qualifié psychiatrie, psychiatre hospitalier. Adhérente depuis 2003, administrateur sortant.

Déclaration d’intention :

L’ANPAA est un acteur incontournable au sein du réseau de coordination d’actions de prévention en addictologie sur un territoire à l’échelle départementale régionale et nationale. Prévention : articulation entre responsabilités collectives, territoriales et responsabilisation individuelle avec accompagnement vers les soins si besoin.

Candidat N°7 : né en 1939, médecin, hépato-gastro-entérologue alcoologue. Chef de service en CHU professeur des Universités consultant. Adhérent depuis 1978. Administrateur national de 1987 à 2006 et Trésorier adjoint de 2003 à 2006.

Déclaration d’intention :

L’ANPPA doit à travers sa charte qui nous implique, défendre son éthique, la dignité de la personne humaine et la lutte contre les dérives trop normatives.

L’ANPAA doit afficher, argumenter, proposer des actions qui soulignent la place essentielle des conséquences de l’alcoolisme, qui reste un des problèmes majeurs de santé publique et poursuivre l’extension de son champ de compétence à l’ensemble des pratiques addictives pour tenir compte du fait que la plupart d’entre elles ne se limite pas à la prise d’un seul produit et pour mieux assurer l’ensemble des missions assignées aux CAPSA dont elle entende assurer la gestion.

Son action doit se faire dans une vision «anthropologique » de la société, en tenant compte de l’inscription des boissons alcooliques dans nos rites, nos fêtes et dans certaines valeurs, et des autres substances psycho actives dans les évolutions sociétales actuelles.

Cette lisibilité active cette revendication sont les bases nécessaires aux niveaux national et régional de nos actions de prévention et doivent être portées par les administrateurs.

Candidat N°8 : né en 1952, docteur en médecine qualifié psychiatrie, alcoologie, addictologie, psychanalyse. Psychiatre des hôpitaux chef de service. Adhérent depuis 1986, administrateur sortant, élu administrateur en 1997, membre du Bureau National depuis 1999, élu SG et Président National depuis 2003.

Déclaration d’intention :

En me portant candidat à un nouveau mandat d’administrateur de l’ANPAA, je veux soutenir les valeurs humanistes sur lesquelles elle se fonde et me propose de renforcer au niveau national sa place auprès des instances publiques comme force de propositions et d’interpellation, de poursuivre ses actions politiques et de vigilance judiciaire, également de favoriser au niveau régional et départemental la consolidation et le développement de la place de l’ANPAA et des établissements comme premier opérateur national de prévention et de gestion de structures médico-sociales spécialisé en alcoologie et addictologie.

Pour ce faire, je propose que l’ANPAA se mobilise pour :

-         moderniser sa vie associative par une nouvelle dynamique et par la formation des bénévoles au niveau régional,

-         renforcer son identité et sa visibilité d’acteur de proximité par la consolidation de ses Comités Régionaux et de leur mission de coordination stratégique des projets et actions des Comités départementaux en s’appuyant sur la complémentarité de leurs compétences et ressources, et leur implication dans les réseaux,

-         mettre en valeur ses actions et l’activité de ses équipes par un congrès annuel,

-         militer avec ses partenaires pour l’éducation à la santé et une véritable politique territorialisée de prévention de proximité à tous les âges de la vie et en tout lieux,

-         élargir ses missions et compétences en addictologie par la prévention des conduites à risques, la réduction des risques et l’hébergement thérapeutique,

-         inciter par sa voix à la mise en œuvre de politiques publiques cohérentes, courageuses et à la hauteur des enjeux en addictologie, notamment par la conjugaison du contrôle, de l’éducation et de la recherche au service de la santé publique.

 

Candidat N°9 : né en 1965, Bac, licence de robotique, responsable de département télécom. Adhérent depuis 2008.

Déclaration d’intention :

En tant que père de deux filles de 10 et 14 ans, je me sens particulièrement concerné par les nombreux problèmes d’addiction chez les jeunes (jeux, Internet, téléphone, alcool, tabac). L’association doit-elle rester dans son rôle de prévention ou proposer plus de suivi de malades et d’anciens malades ?

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 10 juin 2009 3 10 /06 /Juin /2009 00:03

Le titre n’est pas de mon cru mais d’un groupe de vigneronnes&vignerons qui ont « choisi le parti pris de l’humour et du décalage […] des « addict » au terroir, au respect du sol et de l’environnement, aux vins naturels, avec un peu de soufre, sans levures exogènes, sans adjuvants autres qu’un peu de sueur et beaucoup de passion… » qui organisent un petit « pinces-fesses » le 22 juin, pendant Vinexpo, au Château de Tire Pé. Faut dire que par les temps qui courent, puisque les blogs sont tendance les invitations, les sollicitations pleuvent comme à Gravelotte, y’en a même qui nous proposent de nous envoyer des boutanches pour les déguster mais faudra faire un petit papier. Un de mes chers collègues bloggeur s’en extasie : « Faut que je m'y fasse. Je suis maintenant un leader d'opinion. A savoir que mes propos ont apparemment un poids dans le lectorat de la blogosphère, et à ce titre, je reçois moult propositions. » J’espère que c’est du 2ième degré mais comme je n’ai pas à balayer devant le blog des autres je me contente de chroniquer selon mes désirs. J’irai à « contains sulfites… mais pas trop » car il y aura Claire, Raphaël et Nicolas que j’aime bien.

Revenons au soufre. D’abord les mèches de pépé Louis : j’adorais me murger le nez en ouvrant les bondes après qu’elles eussent fait leur œuvre. Ensuite, ce qu’a écrit en commentaire l’ami JB Sénat suite à ma chronique Une ligne de rosés pour faire briller les yeux des filles et émoustiller les garçons… « Cher jacques, je pense qu'on pourrait pondérer la note avec le taux de sulfites effectif. En effet la plupart des rosés, vins de panique, sont dominés par le duo infernal acide tartrique-sulfite. Dans ces conditions comment faire briller longtemps les yeux des filles ? Alors chiche pour demander aux vignerons et négociants leurs  taux de sulfites ? Tiens je commence par Gilles Azam qui n'a pas plu aux filles c'est dommage, "Il Emma" 30mg/l de so2 total, on peut se lever la nuit pour en boire pas de problèmes de céphalées, mais les autres ? » J’avoue que ma réponse était un peu pâteuse. Je me suis dis faudra que je m’attaque au contains sulfites.

Samedi matin alors que je traînais mes guêtres au salon naturally, hall 8 Porte de Versailles, devant le stand espagnol : charcuterie, fromages, vins, je tripotais une belle bouteille de vin 0% sulphites added lorsque dans mon dos j’entends un homme dire à sa charmante épouse « on ne peut pas faire du vin sans souffre… » ce qui a fait réagir le vendeur très bio espagnol. Comme je suis un médiateur dans l’âme et que pour faire plaisir par anticipation à Hervé Bizeul (lire son commentaire sur ma chronique Le discount ou comment fabriquer des pauvres : merci JP Coffe de promouvoir le modèle WAL•MART) j’ai choisi mon camp. Sur la base de mes rudiments sur le soufre et le vin j’ai expliqué au monsieur que « c’était possible mais pas toujours et que le 0% concernait le soufre ajouté car il y avait du soufre naturellement produit par l’élaboration du vin, que tout était une question de dose… et patati et patata… » Le couple m’a remercié chaleureusement. J’ai dégusté le O% sulphites added de la bodega Los Pinos www.bodegalospinos un Denominación de Origen Valencia issu de raisins de l’agricultura biológica, un gentil rouge 15%, Garnacha 20%, Monastrell 40%, Syrac 40%, très agréable, bien rond, sur le fruit. J’en ai acheté une bouteille accompagnée d’un Rosado : les 2 = 17 euros 20.


Mais ma chronique de ce matin se voulait – même si en tant qu’ancien prof je n’aime pas l’usage que l’on a fait de ce mot – pédagogique alors je suis allé chercher sur un site BioDordogne les rudiments qui, bien sûr, sont connus de vous tous.

Le vin bio sans sulfite n’existe pas !

« Lors de la fermentation, la levure produit naturellement des sulfites autour de 10 ppm ou mg/litre. Il serait donc plus logique de parler de « vins sans sulfites ajoutés »

Soyons clair, les cuvées sans sulfite exogène sont rarissimes. Certains producteurs n’en ajoutent que très peu, de 10 à 30 mg/l, et seulement à l’embouteillage pour diminuer les risques liés aux stockages et transports. Dans ce cas précis, on parle alors de vinification sans SO2.

Depuis 2005, la législation de l’Union Européenne impose la mention «Contient des sulfites» à partir de 10 mg/l de soufre résiduel. Le dioxyde de soufre (SO2) est un additif de vinification. Ces fonctions principales sont d’inhiber ou de tuer les bactéries indésirables, et de protéger le vin de l’oxydation.

Pourquoi limiter les sulfites ?

L’impact gustatif sur le vin est minime dans des proportions de 15 à 30 mg/l. Attention, toutefois, à certains vins conventionnels avec des doses ajoutées allant jusqu’à 210 mg/l pour un vin blanc, et 400 pour un liquoreux. Le sulfite durcit les notes du vin, le fruit est moins éclatant. La dégustation du vin perd toute sa sensualité…
L’autre intérêt du vin « sans sulfites » est de limiter le risque potentiel allergénique. Certaines personnes ont développé une intolérance aux sulfites contenus dans le vin (allergies). Selon la sensibilité de chacun, il donne des maux de tête, et des difficultés pour digérer. A fortes doses, il est reconnu comme toxique. »

Pour les détails lire la Wine News N°56  : étiquetage des vins allergènes en haut à gauche du blog.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /Juin /2009 00:00

 Face à cette extrême pointe de la provocation jubilatoire, si ça n’était pas décalé, pour vous livrer mon extrême contentement, j’utiliserais l’expression : boire du petit lait, mais comme je ne bois jamais ni lait ni petit lait alors je me laisse aller à une métaphore plus triviale : ce remède de bonne femme me plonge dans une extase proche de l’épectase chère au Président Félix Faure et au cardinal Daniélou. Et pour faire de la surenchère à la Bérurier je pourrais ajouter que ce nectar, que j’ai dégusté en primeurs – comme l’ami Jacques Merveilleux du Vignoble le fait à Bordeaux – est le velours de mon estomac, mais comme en matière de Rochers*, je préfère ceux des Corbières je m’abstiendrai de cette référence littéraire.


Comme tous les gars et les filles d’Embres&Castelmaure
www.castelmaure.com affichent qu’ils veulent nous « en faire boire de toutes les couleurs » moi je suis preneur. Bon public et tout et tout, je me réjouis de ce beau pied de nez « aux prohibitionnistes frileux ». Sans même demander une quelconque permission j’annexe à la charte fondatrice de l’Amicale des Bons Vivants dites aussi Amicale du Bien Vivre (pour adhérer vous reporter à la Wine News N°48 tout en haut à droite du blog) ce beau texte :
 

« Que faites-vous avec cette bouteille dans la main ? Quoi, vous buvez encore du vin ? Quelle honte ! Mauvais Français, citoyen de seconde zone ! Vous ne le saviez pas ? Désormais, c’est avec des pilules qu’on trinque : anxiolytiques, tranquillisants… c’est tellement plus moderne ! Vive le bonheur chimique ! Bien venue chez les nouveaux moralistes, au pays étriqué, frileux des prohibitionnistes où l’on s’abreuve sur écran plat de pensée inique, où l’on s’ennuie mais à risque zéro, où l’on a peur de tout, de la vie, de la chair et du plaisir. Vive l’abstinence !

Allez, sans rancune, messieurs les censeurs ! Santé ! C’est sûrement en pensant à vous que la Nature, généreuse, nous a offert en 2008 ce jus subversif, cette « drogue » gaie et insolente, antique remède à la bêtise passagère des hommes, éternel antidépresseur… »


Au café du Paradis, où seuls les bons vivants sont admis – n’en déplaise au Diafoirus cette qualité perdure après le grand saut – nos amis qui nous manquent tant en ces temps d’interdits : Desproges, Coluche pour les paroles et Bashung pour la musique, vont pouvoir lever le coude et leurs verres emplis de ce jus de « raisins sensibles préférant la caresse de la main de la vendangeuse à la brutalité des battoirs de la machine. » et composer une chanson à boire bien déjantée qui donnera de l’urticaire à tous les culs pincés.
 


Pour les prescripteurs de cet éternel antidépresseur je joins la fiche du Vidal * Vinique :

Couleur : Rouge

Millésime : 2008

Cépages : Grenache Noir 30%, Carignan 50%, Cinsault 10%, Syrah 10%

Sol : ½ Schistes, ½ Calcaires

Vinification : Grenache Noir, Syrah, Cinsault, égrappés, macération préfermentaire à froid, Carignan macération carbonique pressurage pneumatique et fin de fermentation à 20°.

Traitements : 2 soutirages, élevage en cuve, pas de collage, légère filtration.

Conservation : Vin jeune destiné à être bu sur le fruit, sûrement très agréable dans un ou deux ans mais il n’en restera plus.

Dégustation : Robe violette vive et brillante. Bouquet intense de fruits frais, au plus près du raisin, et des fruits rouges. Bouche ample, généreuse, fraîche, bâtie autour d’une explosion permanente de fruits rouges, agrémentée de quelques notes d’agrumes.

Température et Alliance : 16° - Vin de comptoir idéal pour des apéritifs accompagnés de quelques tapas occitans.

 

Ayant fait parti de ceux sur qui cette cuvée L’Esprit du Vent 2008 éternel antidépresseur a été testée en « double aveugle » je puis attester, non de son efficacité car je ne suis pas déprimé, mais de son universalité : à boire en toutes circonstances avec qui vous voulez, et pas seulement en croquant « quelques tapas occitans », sans autre souci que le plaisir. Aucune contre-indications ni effets secondaires liés à une consommation traditionnelle du produit. Pour la posologie : se conformer aux conseils de vos mères et grand-mères.
 

 L’antidépresseur est en vente libre sans ordonnance à Castelmaure SCV 4 route des canelles 11360 Embres&Castelmaure tél. +33 (0) 4 68 45 91 83 fax : +33 (0) 4 68 45 83 56 vins@castelmaure.com et à partir du 15 juin au prix public de 5 euros TTC dans toutes bonnes pharmacies - pardon dans toutes les bonnes caves d'ailleurs et de Paris...

BONUS :
Bonne nouvelle : le chemin vicinal reliant Embres&Castelmaure à Nouillorc n'a pas été coupé puisque  à l’issue du débat au Sénat, l’amendement de la sénatrice Payet a été rejeté. La publicité sur l’alcool sur Internet est donc autorisée à l’exception des sites destinés à la jeunesse et des formats publicitaires intrusifs dans la mesure où la publicité respectera les obligations de la loi Evin.

* Le velours de l'estomac était le slogan du Vin des Rochers
* Le Vidal est la référence en matière d’information sur le médicament
 

Dictionnaire VIDALavec plus de 5000 médicaments et 4900 produits de parapharmacie

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /Juin /2009 00:03

N’ayant aucun goût ni pour les meutes, ni pour les troupeaux, à la première question je réponds NON, et à la seconde je réponds OUI. Bien évidemment les deux questions ne se situent pas au même niveau d’importance mais hurler avec les loups comme se calfeutrer dans la masse des moutons relève d’une même forme d’adhésion  négative, de coagulation circonstancielle des rancœurs accumulées, de versatilité des foules, de coalitions hétéroclites, de poujadisme… Taper à bras raccourci sur le « maître » qui vient de faire un faux-pas ou se contenter de stigmatiser au café du coin les boucs émissaires mis à disposition ou de jouer les Ponce-Pilate revenus de tout, c’est se dédouaner à bon compte. Céder à l’émotion au détriment de la raison.

Commençons par celui par qui le scandale est arrivé : Robert Parker. Le très sérieux Wall Street Journal – j’adore les gens sérieux frères de lait du modèle banquiers costume trois pièces, qui se trompent avec sérieux et qui, par la même occasion nous trompent : versus affaire Madoff et autres joyeusetés, et qui toujours avec le même sérieux, sans même teinter de rouge leur front, s’érigent en donneurs de leçons d’éthique – sous la signature de David Kesmodel vient de sécher durement Robert Parker : http://online.wsj.com/article/SB124330183074253149.html d’un passing shoot de revers assassin le long de la ligne.


 « Depuis des décennies, le critique Robert Parker se fait le héraut d’une éthique rigoureuse, payant tous ses voyages dans les vignobles et déclinant les cadeaux. (...) Mais Robert Parker n’a pas fait montre de la même rigueur avec les collaborateurs de son influente newsletter Robert Parker’s wine advocate. En septembre dernier, Wine Australia, un groupe industriel, a payé 25 000 dollars le voyage et les frais afférents de Jay Miller pour son déplacement dans le vignoble australien »


Avec une célérité qu’il faut saluer Robert Parker a admonesté son collaborateur et a présenté ses excuses pour ce défaut de contrôle.

 

Faut-il convoquer le tribunal de l’Inquisition, dresser le bûcher ?

 

Rober Parker fait du buiseness. Il a bâti un système de référence et non de valeurs au sens moral du terme. Ses lecteurs lui accordent un certain crédit. Le suivent. À lui de le préserver. S’il l’écorne, l’amoindrit, c’est son problème. Qu’il subisse les effets de l’arroseur arrosé du fait de ses positions « intransigeantes » est dans l’ordre des choses mais en rajouter, faire des trémolos sur l’éthique relève du jésuitisme ou du pharisianisme. Ceux qui lavent plus blanc que blanc comme ceux qui jettent la première pierre m’ont toujours paru suspects et ils me font peur car, comme tout un chacun, je pourrais être la cible de leur entreprise de purification ou de leur lapidation. À plusieurs reprises dans mes chroniques j’ai plaidé en défense pour des personnes jetées à la vindicte publique. Le grand Robert Parker n’a nul besoin d’un petit avocat comme moi pour contre-attaquer et je n’ai nulle envie de le défendre. Plus généralement, pour ce qui concerne ceux qui exercent la même profession que Robert Parker, l’adoption d’un code de déontologie donnant un cadre clair et connu à leur métier est le moins qu’ils puissent faire pour lever la suspicion. En tant que bloggeur, afin de garder ma liberté de plume, je me suis fixé une règle simple : être fidèle à moi-même en assumant mes contradictions. Mes seuls juges c’est vous. Mais je n’ai aucun mérite puisque je ne vis pas de ma plume.


Sur la deuxième interrogation, que voulez-vous, pour moi, l’abstention et l’abstinence sont sœurs de lait (en vieux français abstention=astensiun : abstinence) et, comme je ne suis pas un adepte du renoncement, que j’ai peu de sympathie pour les abstinents, j’ai toujours beaucoup de mal à trouver des excuses aux abstentionnistes qu’ils soient pêcheurs à la ligne ou militants.

Moi je vote. Je m’exprime. J’utilise un droit. Je choisis même si choisir est souvent une douleur. Dimanche dernier tout l’éventail de l’offre politique française sur l’Europe était offert à notre choix. Que certains estiment qu’elle ne soit pas de qualité je peux le concevoir mais sur le « marché électoral » la qualité de l’offre est largement fonction de celle de la demande. En clair, sur la scène nationale, nous avons les élus que nous méritons, à force de n’exiger d’eux qu’un listing de promesses nous nous exposons à ne récolter que des désillusions. Alors, pensez-donc, sur la scène européenne, aller voter pour élire des députés siégeant je ne sais où, je ne sais quand, pour je ne sais quel résultat concret, équivaudrait à se déplacer pour offrir à tous les recalés des partis français une sinécure douillette pour un résultat proche de rien. Même s’il y a dans ce sentiment une part de vérité je persiste à penser que l’abstention, le désintérêt des citoyens ne fait que renforcer l’absence de chair, d’envie de vivre ensemble qui prévaut dans notre espace européen. En effet n’oublions pas complètement d’où nous venons. N’oublions pas que les pères fondateurs ont pensé que le cambouis d’une union économique constituait le moyen le plus sûr de progresser vers une union politique.


À l’origine son nom, la Communauté Économique Européenne explicitait clairement sa finalité et, dans le langage courant, tout un chacun parlait du Marché Commun. Dans cette construction, l’Europe Verte, a tenu une place centrale et les marathons agricoles, forme moderne de l’arène antique, occupaient la Une des médias de l’époque. La fine fleur de la haute administration française se bousculait dans le TEE Paris-Bruxelles et le 78 rue de Varenne accueillait des pointures : Edgar Pisani, Edgar Faure, Jacques Duhamel, Jacques Chirac, Michel Rocard… L’histoire de l’Europe s’est écrite d’abord dans la bouse de vache, les Montants Compensatoires Monétaires, les prélèvements et les restitutions, la poudre de lait, les distillations en tout genre, les primes de stockage et la si fameuse garantie de bonne fin… pour avoir participé de très près – à la table du Conseil ou comme Directeur de Cabinet – à cette aventure sur des dossiers chauds je peux écrire, sans crainte d’être contredit, que sur le dossier des quotas laitiers, sur celui des accords de Dublin permettant l’élargissement à l’Espagne et au Portugal, sur celui de la 1ière réforme de la PAC le cartel des NON n’avait que le non comme programme. Je n’aurai pas l’outrecuidance de souligner que les mêmes ou leurs héritiers sont aujourd’hui les plus ardents défenseurs des avancées de ces accords : l’actuel conflit sur le prix du lait en témoigne.


Les enjeux de dimanche dernier, si tant est que cette élection en comportait, dépassaient bien évidemment le cadre restreint des problèmes de la PAC et de nos dossiers viticoles, mais comment ne pas être inquiet de constater que sur des dossiers aussi « techniques » que le sont les nôtres, nous ne soyons pas encore mûrs pour les appréhender dans le seul cadre économique efficient, celui de l’Union Européenne, et que nous en revenions à prôner le retour de barrières nationales, à nous recroqueviller. Je sais que ce que je vais écrire est très terre à terre mais c’est la vie de tous les jours : nous allons à Prowein, à la London International Wine Fair, à Vinitaly… Nous accueillons le monde à Vinexpo et à Vinisud. Notre grand marché domestique est celui de l’Union. C’est le plus riche et le plus important du Monde. Nous nous voulons grands exportateurs. Alors, plutôt que de nous servir de l’Union comme d’un punching-ball, ne vaudrait-il pas mieux que nous commencions, avant de lui taper dessus, par assumer nos propres responsabilités. Ce serait, je le pense sincèrement, un grand pas vers de plus grands desseins.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /Juin /2009 00:07

De toute ma vie jamais je n’avais eu de fil à la patte, oiseau du ciel qui ne sème ni ne moissonne j’allais et venais au gré de la nécessité, de mes envies ou de la volonté des autres, et puis voilà que soudain, coup sur coup, si je puis m’exprimer ainsi, j’allais m’en nouer deux des plus solides : l’un de sang et l’autre de pierre. Pendant tout le temps de l’attente de la confirmation de ma paternité l’inflexible Jasmine décréta l’abstinence au motif qu’elle voulait connaître avec précision le jour et l’heure de la « création » de notre enfant. Bien avant l’échéance je dus très vite me rendre à l’évidence : j’allais vraiment être père car Jasmine affichait avec une précocité stupéfiante tous les symptômes traditionnels de la femme enceinte : envies fulgurantes à toute heure du jour et de la nuit, nausées, seins tendus, hyperactivité. Très vite aussi je pris conscience de mon exclusion : tout allait se passer hors de moi, en elle, pour lui, entre elle et lui. Le souvenir des deux cent soixante cinq jours que j’avais passés à couvert dans la tiédeur de ma bulle amniotique me revenait. Baignant dans le ravissement j’y avais coulé les jours heureux d'un fœtus anonyme, béat et ignare, des jours que je croyais éternels. Tel un coq en pâte je me contentais de prospérer, de croître en paix. Fort de l’expérience de mon séjour dans le royaume de ma mère j’adoptais vis-à-vis de Jasmine la bonne distance : disponible, attentionné, aimant mais toujours soucieux de ne jamais empiéter sur son nouveau territoire secret.

 

Sans m’accaparer le rôle éminent de Laurence Pernoud dans le conseil aux futures mères, son livre-culte « J’attends un enfant » trônait déjà sur la table de nuit de Jasmine, mon compagnonnage près de mes nombreuses amies femmes m’avait permis de constater que celles-ci, lorsqu’elles portaient un enfant, même les plus féministes d’entre-elles, opéraient un retour en force sur le nid. J’allais donc m’occuper du nid. Dans un premier temps je baguenaudais dans Paris à la recherche du lieu idéal sans jamais me risquer à pousser la porte d’une agence immobilière car j’ai toujours eu en horreur les intermédiaires. Les jours passaient. Jasmine s’épandait doucement. Tout se fit en une petite semaine. Comment ? Par un enchaînement de hasards heureux qui portèrent jusqu’à moi cette belle maison étrangement située dans un verdoyant passage reliant la rue de la Goutte d’Or à la rue Polonceau. Avant même d’en connaître le prix j’avais dit au propriétaire médusé : « J’achète !» Le pauvre homme, contraint de se séparer de ce bijou pour dénouer un divorce tumultueux, dut avoir des envies de meurtre. Présenté à lui par un ami j’étais son premier visiteur. Ma brusquerie le déstabilisait. Pour l’emporter en force j’enfonçai grossièrement le clou « 20% en sus ce soir entre vos mains, ça vous va ? » Un instant je crus qu’il allait me jeter mais la perspective de soustraire une partie de la vente à la rapacité de son ex-femme et au fisc le ramenait à la raison. Devant lui j’appelais l’emplâtré qui gérait à la banque mon portefeuille « Vendez tout ! » lui avais-je intimé. « Mais ça va encore monter, attendez, faites un prêt relais… » Je l’envoyais balader et je raccrochais.

 

Laissant à Jasmine l’ensemble des pièces bourgeoises je m’installai dans la lingerie, une grande pièce claire donnant sur le jardin. J’y rapatriai tous les cartons que j’avais essaimés un peu partout au temps de mon errance. Dans la journée j’occupais le rôle d’intendant auprès de la future mère et la nuit je me plongeais dans mes archives. Au milieu de ce capharnaüm de coupures de journaux, de photos jaunis, de livres annotés, de petits carnets, de lettres, de documents administratifs, de factures, assis à même le sol, sous le trait blanc d’une grosse lampe d’architecte, je triais, jetais, empilais, en écoutant des galettes de vinyle sur une platine disque hypersophistiquée. Jasmine me portait des brocs de café. Parfois elle s’asseyait en tailleur face à moi pour me regarder faire. Je lui tendais une photo « Tiens, regarde notre nouveau Ministre des Affaires Etrangères au temps des matins blêmes du quartier Latin… » Elle commentait « il semblait éperdu… » Je soupirais en feuilletant un vieux Canard Enchaîné. Jasmine se plaçait à genoux derrière moi et s’appuyait sur mes épaules. Je sentais l’arc tendu de son ventre arrondi. « Il est drôle celui-là, on dirait un gros bébé derrière les barreaux de son parc… » Je me gondolais doucement « Tu as raison Geismar avec sa bouille de joufflu a toujours eu l’air d’un bébé Cadum égaré sur les barricades… »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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