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               Vin&Cie, l'espace de liberté

Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est
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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

berthomeau

Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 07:00

Comme au rugby, le britannique ne renonce jamais. Passé le rush de la meute j'entrainai ma chère anglaise à un truc qui m'a toujours plié de rire : un cocktail sur un stand d'une grande institution (je ne donne pas de nom car je me ferais encore des amis). Moi j'adore ! Tout d'abord il faut montrer patte blanche pour pénétrer dans l'enclos - bien que moi, comme je suis connu comme le loup blanc, on me laisse entrer les mains dans les poches - enclos où, bien sûr, se pressent les happy few qui gravitent comme des planètes autour des hautes personnalités présentes. Presque toujours les mêmes (là ce n'est pas la peine que je donne des noms vous pouvez le faire tout seul) qui se bourrent de canapés et de petits fours, picolent du champagne ou du whisky (boissons syndicales) et, bien sûr, échangent de hautes pensées sur le devenir de notre planète ou, parfois, du lumbago qu'ils ont récolté après leur partie de tennis ou pire de golf. Je suis très mauvaise langue. Ce qui me plaît par dessus tout c'est que le chaland, celui qui traîne ses guêtres et des kilos de prospectus, qui cherche la dégustation gratuite, qu'en a plein les bottes, qui va mâchonner un mauvais sandwich en buvant de la bière dans un gobelet en plastic, au lieu de regarder le jeune veau, tout juste né, de Flambeuse la belle Normande aux yeux tendres, y zieute tout ce beau monde qui se fait des ronds de jambes. Parfois, je sens dans son regard comme des envies de... 

 

Revenons à Mary. Mon pince-fesses semble lui plaire. Elle écoute aux portes si je puis m'exprimer ainsi. Je sens que je vais en prendre pour mon grade. Tiens cette année, certains qui m'ignoraient l'année dernière me saluent. Bizarre vous avez dit bizarre... Moi je bois un hypocrite : du jus d'orange au champagne. Fendant la galaxie de plusieurs directeurs mon anglaise fond sur ma pauvre petite personne. « Vous les Français vous adorez jeter l'argent du contribuable par les fenêtres... » me susurre-t-elle perfidement. J'ai beau lui dire que des fenêtres y'en a guère Porte de Versailles, elle ne goûte pas mon humour qui n'a rien de britannique. Pourtant, l'air de rien, je lui porte une attaque à laquelle elle ne s'attendait pas. « Voyez-vous, chère amie, c'est moi, si je peux m'exprimer ainsi sans vous paraître un peu outrecuidant, qui ai privatisé le Salon de l'Agriculture... » puis l'estocade « et en plus ce sont des anglais qui ont failli l'acheter... » Là, la pauvre, telle une carpe du bassin du Château de Windsor, arrondit sa bouche, manquant d'air. Je me venge d'Azincourt, lui expliquant que le CENECA (un zinzin public dirigé par un fonctionnaire) perdant de l'argent à pleins tuyaux, nous les spécialistes des poches percées, les adorateurs des déficits,  avions sans coup férir mis fin à la gabegie. Le tonneau des Danaïdes s'était trouvé un fond, pas de pension, mais un fond tout de même.

 

La donzelle sonnée avait trouvé son maître. Elle se vengeait en razziant les éclairs au chocolat. Moi, faux-derche de lui dire  « et si nous allions faire un tour sur le stand de votre beau pays... » Déjà déconfite par ma perfidie de mercanti, elle sombrait dans la mélancolie. Et savez-vous ce qu'elle m'a dit quand on s'est retrouvé là-bas : « en tant qu'anglaise, je suis rouge de confusion devant l'échantillon de nos produits. On les dirait tout droit sortis du placard de ma grand-mère dans le seul but de confirmer le cliché selon lequel la Grande-Bretagne est une contrée barbare située loin au-delà des limites du monde culinaire connu... » Bien sûr, j'ai fondu face à une telle détresse et pour me faire pardonner ma méchanceté je l'ai emmené sur le stand du CIV (Centre Interprofessionnel des Viandes) et nous nous sommes offerts - pour être franc c'est eux qui nous l'ont offert - une entrecôte à la bordelaise avec une bonne Folle Noire de chez Mourat - le ragoûtant -  des coteaux de Mareuil. Après, comme on était un peu flapi, sous les arbres de l'Office des Forêts on s'est endormi pour une petite mariénée...

 

Rude journée pour la reine ! Au salon de l'agriculture la chaussure est l'outil essentiel pour tenir le coup. De ce côté-là mon anglaise est lourdement ferrée, le genre Méphisto en croute de cuir délavé. Sur le flanc de la descente, la Mary est une redoutable : elle écluse et distille en temps réel. Moi je suis plus douillet sur le liquide mais imbattable sur le solide. Après notre petite sieste nous déambulons dans les travées, sans but précis, au gré de nos envies. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans le hall de l'Odyssée Végétale qui se veut le pendant du hall des bestiaux. En ce moment on se dirait au Salon de l'auto car les gars des céréales, du sucre, et bien sûr du colza y ne pensent plus qu'à la carburation. Roulez à l'huile de friture ! De mon temps les plaisantins foutaient du sucre dans le réservoir des gars qui pouvaient pas piffer et maintenant c'est tout ce qu'il y a de plus officiel, ça s'appelle le bioéthanol. Un de ces jours, y se pourrait que nous roulions au Bordeaux. Quand j'ose dire ça à mon anglaise elle me prend vraiment pour un fêlé. Merlot 33 aussi, c'est ainsi.

 

Juste après que j'eus prononcé ces fortes paroles nous sommes tombés sur une très bonne amie. Quand elle m'a vu avec mon anglaise elle l'avait un peu mauvaise car je lui dis toujours que le Salon ce n’est pas dans mes amours. Bon fallait que je trouve une dérivation : le terroir bien sûr ! On était à quelques encablures de l'huile d'olive. Mal m'en prit, voilà t'y pas que ma très chère amie se lance dans une diatribe où elle dit à Mary que tout cela est du freli frela car elle quand elle va à Carrefour : elle négative. Dans les caddies la plupart achètent du prix et que, comme le dit le Professeur je ne sais plus qui, l'ami de Michel H, les enfants obèses se recrutent dans les couches les plus défavorisées. Que c'est bien beau de se gargariser avec la qualité, l'authenticité, le terroir, mais qu'il faudrait quand même se préoccuper de ce que bouffent vraiment les gens. Arrêter de se raconter des histoires. Retrouver le lien avec la nourriture. Cesser d'interdire des trucs en disant qu'ils font mourir. Voir comment vivent les gens. Que, oui, l'ami de Michel H c'est le professeur Arnaud Basdevant. Moi, courageux comme un mec en présence de deux femmes qui discutent, je me suis discrètement esbigné, les laissant en plan, trouvant que ma journée au Salon était terminée. Je suis rentré en métro : la ligne 12.

 

 

Désolé je n'ai pas pu m'en empêcher : repasser les plats c'est un peu la tradition du Salon de l'Agriculture, non vous ne trouvez pas. Ces 4 chroniques dont je n'ai pas touché une ligne sauf à corriger les fautes d'orthographe (1-2-3-4) sur le Salon de l'Agriculture 2007, avaient trouvé leur origine dans la lecture d'un article du Daily Telegraph : Un anglais les pieds dans le terroir, sont à la fois le fruit de mes souvenirs de tout ces jours passés au Salon, inaugurations comprises, Ministre et Président compris, et, bien sûr aussi, un peu de mon imagination. J'espère ne pas vous avoir trop insupporté avec mes digressions mais, comme je suis persuadé que l'on peut traiter des questions importantes avec un peu de légèreté, je l'ai fait pour que les choses avancent, pour qu'on cesse de se payer de mots, surtout en ce temps où l'inflation des mots est de mise. Le bien manger, le bien vivre à la française, est un héritage qu'il ne faut pas se faire confisquer ni par les intégristes du terroir, ni par les faiseurs de nourriture hygiénique à soi disant deux balles... Quel beau challenge que de proposer au plus grand nombre des produits de qualité à un prix accessible pour leur porte-monnaie !

 

(1)  Aux culs des vaches avec une anglaise

(2)  Quelle est la profondeur des terroirs de France ?

(3)   La vengeance est un plat qui se mange froid

(4)   Avec Carrefour je négative

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 00:09

Les gars de chez moi, quand y montaient à Paris pour le Salon c'était pour deux raisons avouables : voir les bêtes et le matériel et deux, qui ne l'étaient pas : se prendre quelques mufflées carabinées dans le couloir de la mort (l'actuel hall des provinces) et aller trainer du côté de Pigalle. Je ne veux pas être mauvaise langue mais, comme leur moyen de transport exclusif dans Paris était le métro, beaucoup d'entre eux, en dehors du quartier de la Porte de Versailles et des lieux de perdition, ne connaissaient rien des splendeurs de notre capitale, exception faite peut-être de l'Eiffel Tower. Ces temps sont révolus, la machine agricole a émigré à Villepinte et notre Salon de l'Agriculture attire, plutôt que les agriculteurs, les urbains, les enfants des écoles et les étrangers. Alors j'ai décidé, ce matin, de vous narrer la visite d'une anglaise au SIA (le sigle est déjà la preuve qu'on est en présence d'une grande vitrine plutôt que d'un salon professionnel).

 

Pourquoi une anglaise ? Parce que celle-ci, par commodité je la prénommerai Mary, m'a écrit « Il est des moments où l'on ne peut s'empêcher d'aimer les Français. Comme samedi dernier, jour d'ouverture à Paris du Salon International de l'Agriculture... » Venant d'une ressortissante de la perfide Albion ça mérite réflexion. Pour elle c'est la France profonde* qui débarque à Paris. Les Français ont les pieds dans le terroir*. Et d'ajouter rien de tel qu'une visite au Salon pour comprendre tout ce qui sépare culturellement les Britanniques et les Français. Bigre ! Et pour enfoncer le clou : même si ses enfants étaient fourbus lors de leur première visite, le lendemain il la suppliait d'y retourner. «  Rendez-vous compte : même les enfants adorent y aller ! » s'extasie-telle... Alors pourquoi bouder ce plaisir, au front, quand faut y aller faut y aller...

 

* en français dans le texte  

 

L'épicentre du Salon c'est bien évidemment le grand Ring de présentation des animaux. Des bêtes bichonnées comme des top-modèles, des taureaux Limousins couillus, des Pies rouges pimpantes, des Parthenaises rosissantes, des Blondes d'Aquitaine aguichantes, des gorets de Bayeux noir et blanc, des biquettes poitevines : de bien belles grisettes, des brebis de Lacaune, celles qui font, sans que José y prête la main, du Roquefort alter, des béliers Southdown altiers, j'en passe bien évidemment : la France est un pays Jacobin assis sur de belles provinces qu'il glorifie lorsqu'elles montent à Paris. C'est ce que je dis à mon anglaise pour faire l'intéressant. Mais elle me dit qu'elle a un petit creux. On va donc se faire un petit mâchon : rillettes, grattons, saucisson à l'ail, andouille de Vire, y manque que de la fressure, sur de bonnes tartines de pain embeurrées d'Echiré (qui ne vaut pas bien sûr le beurre salé de mémé Marie) arrosées d'un p’tit coup blanc (je ne dis pas lequel pour ne vexer personne) Comme je suis un gars qu'a des relations on est allé, ma nénette du Surrey et ma pomme, poser nos fesses sur le stand d'une organisation. Eux, les gars des z’organisations agricoles, y distribuent que du papier mai y z’ont des salons pour VIP. Donc on s'est vautré sur des canapés et, tout casse-croûtant on s'est mis à bavasser...

 

Pour faire couler la miette, mon anglaise et moi, en plus du P’tit Chablis de nos amis de la Chablisienne, nous nous enfilions un grand café puis un pousse-café : une rincette au Calva (pardon dans ce cas-là c'est la bonne orthographe). Bien sûr ça donnait des couleurs à ma pâlotte du Surrey qui, dans cette douce euphorie, trouvait le moyen de penser que l'heure était venue de me balancer quelques vacheries. Y sont comme ça les britishs, peuvent pas s'en empêcher. Je pourrais ironiser sur les vaches anglaises et leur goût pour les farines mal chauffées mais ce serait de mauvais goût. Bref, voilà t'y pas que la Mary, tout en sauçant son sucre dans le jus de pomme du pays d'Auge, me dit «  vous les Français vous êtes drôles. Les citadins et leurs enfants viennent s'extasier devant les animaux au Salon une fois par an. En dehors de ce moment de rêve, à les entendre ceux qui les élèvent polluent leurs belles rivières, ceux qui font du blé en font tellement qu'ils cultivent plus les primes de l'Europe que des céréales, que de toute façon les paysans ne sont jamais contents, trop chaud, trop froid, trop mouillé, trop sec, qu'ils barrent les routes à tout bout de champ, que les viticulteurs jettent à tous propos leur vin au caniveau... Tout ça n'est pas très cartésien monsieur je sais tout... » Comme je suis de bonne humeur je ne lui en tiens pas rigueur. Je pourrais évoquer les primes européennes de sa Très Gracieuse Majesté pour ses petites propriétés mais je suis fair-play. De plus je n'ai pas envie de discuter. Alors je la prends par le bras et d'un bon pas nous partons nous immerger dans la profondeur des terroirs de France.

 

Bon, comme je ne veux vexer personne, je ne peux citer tout ce qu'on s'est enfilé, mais je puis vous assurer que nous les avons tous fait les terroirs de France, DOM-TOM compris. On a commencé par des huîtres de Bouzigues avec un coup de Picpoul de Pinet, puis on s'est tapé de la Poutargue. Puis on s'est dit qu'on allait faire dans le fromage : Boulette d'Avesnes, Fourme d'Ambert, Banon, Gaperon, Langres, Beaufort, Livarot, Niolo, Osso-Iraty, Epoisses, j'en passe... avec de la fougasse et les liquides locaux qui vont avec. Et puis, j'ai du céder au désir de femme et nous sommes allés nous taper un Chabichou avec un blanc du Haut-Poitou, cuvée La Surprenante. Très drôle ! Pour compenser je l'ai emmené boire un Pacherenc-de-Vic-Bilh en lui disant que c'était bon contre le bégaiement. Puis comme j'avais un petit creux on est allé se taper un aligot - qui comme vous le savez est fait avec du Laguiole frais - arrosé d'un Marcillac acidulé. Après ça, elle avait envie de sucré alors on s'en est allé chez les Bretons pour savourer un Kouign-amann - qui comme vous le savez n'est que du beurre salé et du sucre - avec une bolée de Cidre de Cornouailles de Christian Toullec qu'a eu une médaille d'or au Concours Général de 2004. C'est alors que je me suis dit qu'il fallait que j'aille revoir ma Normandie. On n'a pas fait de chiqué : un tarrasson de Teurgoule avec un cidre du Père Jules. A ce moment là Mary m'a dit  « où allons-nous aller déjeuner ? »

 

Je n'ai pas eu le temps de lui répondre, une vague, un raz-de-marée, un tsunami a failli nous emporter. C'était le cortège de l'homme qui depuis longtemps savait parler à l'oreille des animaux. Les paysans avaient le coeur gros, leur grand Jacquot allait tirer le rideau. C'est alors que mon petit doigt m'a dit « mon garçon, fait attention, pas de panique, elle va te brancher sur la politique... » Le coquin ne s'était pas trompé, alors qu'on venait tout juste d'échouer du côté de la Martinique et qu'on sirotait un rhum agricole, mon emmerdeuse patentée du Surrey a attaqué. « Mais qu'est-ce qu'ils viennent chercher là ? » Bêtement j'ai répondu « des voix... » Ça ne la satisfaisait pas elle m'a rétorqué « que nous les Français on adorait se défiler... » Bon, j'ai fait le dos rond, évité d'évoquer Mers-El-Kébir ou d'autres mauvais souvenirs et, pour faire diversion je lui ai dit, d'un air un peu niais, « cette année vous savez on peut à nouveau admirer les poulets... » D'accord, avec une sortie comme ça, je n'ai pas fait progresser d'un pas l'Entente Cordiale mais, comme je suis un besogneux, tout en nous tirant des profondeurs de nos terroirs je me suis dit que j'allais m'en tirer en lui racontant une histoire.

 

à suivre de suite sur une chronique qui va se mettre en ligne...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 18 février 2011 5 18 /02 /Fév /2011 00:09

À l’âge de bronze de mon Espace de Liberté, soit au tout début de 2007, alors que je cherchais ma voie et des sujets, je commis une chronique : « Supplique aux gascons... » link où j’apostrophais mes amis gascons à propos d’un Armagnac vanté sur un site marchand :

« Cette récolte 1994 est issue pour moitié du cépage baco particulièrement bon sur les sols sablonneux du Bas-Armagnac et du classique Ugni-blanc. Ce mariage des cépages les meilleurs nous donne un Armagnac certes encore fougueux par sa jeunesse mais déjà ample et persistant en bouche. Le bois du neuf de chez Berthomeau n'est pas encore fondu et donne ce côté noisette grillé qui n'est pas si éloigné d'un pur malt ou du rhum de qualité. »

 

« Éclairez-moi, qu'est-ce donc ce Berthomeau qui n'est pas encore fondu ? Jusqu'ici ce gus n'était connu que pour son goût de papier dont on fait les rapports, même si la pâte de celui-ci venait peut-être des forêts landaises. »Pouffe-3728.JPGBien évidemment je faisais l’âne pour avoir du foin car pour les tonneaux Berthomieu c’est beaucoup mieux que Berthomeau « L’heureuse alchimie du bois et du vin » www.tonnellerie-berthomieu.com Tonnellerie Berthomieu - Parc d’activités des Bertranges - rue des Merrains - 58400 LA CHARITE SUR LOIRE – France. Tout ça pour vous dire chers lecteurs que je vais entamer une série de chroniques qui vous entraineront tout au fond de la forêt française en chaussant les bottes du forestier « qui scrute le passé pour mieux préparer l’avenir » Nous le ferons en grande partie avec l’aide du livre* de Jean-Paul Lacroix, Ingénieur du Génie Rural des Eaux et des Forêts, IGREF dans le jargon du 78 rue de Varenne où, trop souvent, le dossier forestier est la cinquième roue du carrosse. (*Bois de Tonnellerie de la forêt à la vigne et au vin chez Gerfaut).

 

Pour ma part, au temps où j’occupais des bureaux à porte capitonnée avec huissier, fut instaurée l’appellation Ministère de l’Agriculture et de la forêt, les directeurs départementaux et régionaux de l’Agriculture se virent accoler le F. Du temps de Rocard la maison fut doté d’un Secrétaire d’Etat, René Souchon, qui s’occupait spécifiquement du dossier forestier avec pour Conseiller Technique, un charentais maritime Bons Bois – producteur de Cognac et de Pineau donc – Le grand Morin, Georges de son prénom, qui, hormis son érudition pharaonique, se trouvait être un des meilleurs connaisseurs de la forêt et de l’Industrie du bois. Comme en ce temps-là je tirais quelques volutes de fumée, le grand Morin, en bon paysan charentais qu’il était, venait me taxer pour sa consommation personnelle et en profitait, jamais avare de mots, pour me dégrossir sur le dossier bois et pâte à papier. Il faut dire qu’il y avait de gros dossiers du type la Chapelle d’Arblay. Bref, je pris alors conscience de l’importance de ce secteur mais, alors que le Grand Georges bichonnait son Cognac dans des tonneaux, jamais nous n’abordâmes le sujet. Et pourtant, avant d’être le corps du tonneau la douelle est merrain et celui est grume de bois de chêne, le chêne rouvre, le meilleur pour les merrains, et le chêne pédonculé plus prisé pour l’élevage du Cognac et de l’Armagnac.

 

Le chêne français donc, en provenance surtout des forêts domaniales, notamment celles du Centre, de la Bourgogne et de l’Est gérées par l’ONF aux noms qui sonnent tel des AOC aux oreilles de tous les spécialistes : Bertranges, Cîteaux, Darney, Tronçais, Jupilles, Bitche, Saint Palais... Combat titanesque du chêne français contre l’ogre américain mais, orgueil national sauf lorsqu’en 1999, le big tonnelier américain : Independant State Company (ISC) organisa un symposium à Saint Louis Missouri, et qu’un aréopage d’œnologues venus du monde entier, après une dégustation à l’aveugle, plaçait le chêne français en tête. Voilà donc resitué la démarche de mes futures chroniques : toujours au plus près du terroir, des hommes, des futaies, soit  une forme de promenade dans les plis de la France, loin du bruit, de la fureur, de l’agitation du paraître des évènements du vin.

 

À bientôt donc sur mes lignes...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 16 février 2011 3 16 /02 /Fév /2011 00:09

catherine-bernard-vin-languedoc-naturel-L-2.jpg « L’acidité est mon pays gustatif. Avant de faire du vin je ne savais pas la reconnaître tant elle fait partie de moi. De là où je viens, les terres sont acides, les fruits sont toujours un peu acides – même les mûres quand elles sont mûres –, l’air est iodé. Le muscadet et le gros-plant sont les premiers vins que j’ai bus, le muscadet avec le brochet au beurre blanc et les civelles, le gros-plant avec les huîtres du Croisic. Ce sont des vins, et de tous les jours, et du dimanche. Ils rincent la bouche, se mettent juste ce qu’il faut en retrait quand on mange quelque chose qui leur va bien, comme la main gauche accompagne le chant de la main droite au piano. Ils ont le goût de la mer entrant dans l’estuaire, ne craignent ni les échalotes vinaigrées du beurre blanc ni le filet de citron sur les huîtres dans les salles à manger nappées de blanc, ou sur les tables des restaurants des bords de Loire. Ils se boivent au comptoir, le matin de la solitude, le dimanche au coude à coude, dans un brouhaha de voix graves et de souffles qui recouvrent les vitres des bistrots d’une pellicule de buée, car souvent dehors il pleut. Dans mon village, il y a eu, jusqu’à mes dix ans, à peu près, 22 cafés pour 2800 habitants où l’on buvait des petits blancs, du muscadet et du gros-plant. C’est simple, à peu près une maison sur deux faisait café (on dit chez nous café plutôt que bar ou bistrot, comme on dit crayon de bois pour crayon tout court, je ne sais pas pourquoi). Au moment des vendanges, on trouvait dans les rues de Nantes, à côté de dames vendant dans des caisses en polystyrène des sardines de la Turballe ou de Saint-Gilles, du bourru conditionné dans des bouteilles en plastique. Lui aussi était acide. Maintenant, je sais que l’acidité est mon pilote. »

Catherine Bernard vigneronne à Saint-Drézéry link vient de publier aux éditions du Rouergue www.lerouerge.com un livre « Dans les Vignes » Chroniques d’une reconversion.  L’extrait ci-dessus ne doit rien au hasard car Catherine Bernard est née juste au-dessus de ma Vendée crottée. Nous avons un patrimoine gustatif commun, l’acidité est aussi chez moi un marqueur : croquer des feuilles d’oseille dans le jardin du pépé Louis c’était l’extase ! De plus, étant né à la Mothe-Achard célèbre pour sa foire mensuelle aux bestiaux et ses marchés hebdomadaires : cochons, volailles, beurre&œufs mais pas fromages, les « cafés » pour les 1200 habitants avoisinaient la centaine. Au retour de la foire, après une station à la maison du Bourg-Pailler pour régler mon père ou licher un autre verre, c’était souvent le cheval qui ramenait les hommes à la maison. Bref, l’histoire de la nouvelle vie de Catherine Bernard qui, après sa formation au CFPPA pour préparer un BPA viticulture-œnologie, est maintenant dans les vignes et dans son chai, vaut la peine d’être lue.

 

Deux autres extraits :

« Il me semble que ma vie entière n’y suffira pas. Au mieux, au plus, je vendangerai quinze, vingt, trente fois, tandis que j’ai écrit des articles par centaines, peut-être par milliers, que les médecins rédigent des ordonnances par centaines de milliers, que les boulangers pétrissent des baguettes par millions. À y regarder de près, une vie de vigneron se résume à peu de vins. Ni l’avion, ni Internet, ni le téléphone ne peuvent raccourcir la distance qui sépare un millésime d’un autre. Le temps se défie du temps, fait des pieds de nez à l’obsolescence. »

 

« Le raisin ne peut pas se transformer en bon vin s’il est ramassé dans l’indifférence de l’autre. Le vin est ce breuvage particulier qui naît de la solitude de la terre, grandit dans un tête à tête, et s’épanouit partagé, produit de l’imaginaire, du symbolique et de la réalité, formant un tout inextricable. C’est aux vendanges, plus qu’à aucune étape du processus, que l’imaginaire percute la réalité. »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 00:09

1-e2-80-a2Plaque-__.jpg« Vas voir Bizeul !» me conseilla ma « taupe rose » au sein du CIDVN. Ma mission de médiateur patinait dans les délices des vieilles rancœurs catalanes et je cherchais à étayer mes arguments pour que cette belle région sorte de son « tout vin doux ». Rendez-vous pris avec Hervé Bizeul, en fin de journée, au volant de la poubelle Peugeot mise à ma disposition par le Conseil Général, je montais à Vingrau. Dieu que cette région est belle ! Dans la pénombre de sa maison de village nous avons échangé longuement et moi, l’homme du verbe, j’engrangeai son expérience d’homme qui fait. Même si Hervé, face à mon pedigree d’ancien membre de cabinet ministériel en mission, gardait ses distances je crois qu’il apprécia le fait qu’un « commis de l’Etat » prenne la peine de venir traîner ses godasses chez un néo-vigneron. Bref comme je ne suis pas là pour raconter ma vie mais pour, non pas présenter Hervé Bizeul, mais pour vous dire, chers lecteurs, que nos joutes sur mon espace de liberté, vives parfois, sont le reflet de nos deux personnalités : nous sommes des jouteurs. Nous aimons le débat, la contreverse, le parler franc. Nous ne sommes guère complaisants. Nous sommes des bloggeurs de la préhistoire de la blogosphère et j’attendais, en vieux renard que je suis, la bonne occasion pour tendre à Hervé mes 3 Questions. Son dernier billet : « Mon souci : que le vigneron gagne de l’argent » link étant du meilleur tonneau je me suis rué sur mon clavier et, en moins de temps qu’un Ministre met à justifier l’injustifiable, l’affaire était dans le sac. Merci Hervé le roi des smiley. Dernier point : le hasard étant mon meilleur pourvoyeur de sujet demain je mettrai encore mes gros sabots dans les PO.  

Herv%c3%a9+Biz1ière Question :

En commentaire à une de mes chroniques sur les viticulteurs en difficultés tu as écrit « Et si parfois le vigneron à qui l’on demande à lui tout seul, cas unique dans l’économie mondiale, d’extraire le métal, de le raffiner, de dessiner la casserole, d’aller la vendre dans le monde entier, et en plus, d’aller dans l’épicerie convaincre, au bout d’un moment, se disait simplement c’est trop dur, c’est trop compliqué, et en plus, on ne construit rien au moindre relâchement je vais tout perdre ? » Le métier vigneron indépendant, l’artisan commerçant du vin, est-il si mal en point ? Ne souffre-t-il pas de son isolement, de l’absence de liens entre ceux qui font le même métier que toi ? Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées disait-on dans ma Vendée crottée !

 

Hervé Bizeul :

Lorsque je me retourne, le vendredi soir, sur une de mes semaines, je suis souvent stupéfait de tous les métiers que j’ai été amené à faire pendant cinq jours. La liste des compétences demandées est vraiment très longue, le nombre de choix stupéfiant. Disons que depuis quinze ans la liste s’est encore allongée et les compétences exigées pour piloter une petite exploitation viticole orientée vers l’excellence sont de plus en plus nombreuses et complexes, très loin du métier original de simple « vigneron».

Certains métiers nous sont imposés, d’autres sont la conséquence des choix de chacun au niveau « surfaces » et « marchés ». Si maitriser par exemple l’informatique est dicté par le sens de l’histoire, tenter de faire exister un grand vin et d’aller à la rencontre des connaisseurs du monde entier, ça, c’est un choix personnel. Mais pour une TPE dans le vin, n’est ce pas un peu le seul possible, en dehors des régions touristiques ou les clients de passage viennent à vous ? Je me pose souvent la question : aurais-je eu d’autres choix, surtout quand je vois mon planning des prochains mois : Suisse, Paris, quatre voyages aux USA, Vinexpo, Nîmes et au milieu de tout ça des centaines de tâches qui m’éloignent de la vigne, jusqu’au vendanges, où là, il est à mon sens impossible de déléguer.

De toute façon, est-il encore possible de rester « petit » et de tout faire sois même ? Sur un vignoble familial, dans une AOP prestigieuses, peut-être, et encore. Peut-être en déléguant sa commercialisation à d’autres, ce qui veut dire aussi perdre la majeure partie de la valeur ajoutée que l’on crée, dans la situation actuelle et sur des AOP comme la notre, où le cours du vrac est dérisoire.

L’évolution de la société conduit les vignerons à avoir une « taille critique » et donc à déléguer, à passer de travailleur indépendant à artisan voire à chef d’entreprise, s’ils veulent maitriser un peu leur métier et vivre décemment. Vivre décemment, ce n’est pas mener grand train, c’est avoir un peu de sérénité financière, pouvoir travailler proprement, dans les règles de l’art, résister à coup dur. Certains n’en auront pas les compétences, d’autres ne le veulent pas. Ce n’est pas leur choix de vie. Jeune sommelier, je me souviens avoir entendu en Bourgogne un vigneron dire qu’un vigneron serein avait une récolte sur pied, une récolte en cave, une récolte à vendre et une récolte à la banque. Je me rends compte de tout le bon sens de cette maxime. Combien d’années faut il travailler pour y arriver, lorsqu’on part de rien ? Alors, cette absence de sécurité, il faut savoir vivre avec, dormir sans angoisse, vivre au quotidien avec cette tension. Je crois que c’est la principale qualité à avoir si on veut faire ce métier. Une perception terrible de l’impermanence de notre métier, la force de vivre avec et d’être heureux de le faire.

Du coup, je réponds à la dernière partie de ta question : muni de toutes ces qualités, de ces forces, de ces compétences, les vignerons sont formatés pour être des solitaires, ont souvent d’étranges pudeurs à communiquer entre eux, à échanger. Pourtant, c’est très positif. J’essaie de monter des sortes de « groupes de paroles », entre vignerons autour de moi ou d’autres régions. En ce rendant compte qu’on a les mêmes problèmes, que certaines solutions sont applicables chez nous, on s’enrichit beaucoup. Mais les actions en commun sont difficiles, chacun est presque formaté à vivre ses difficultés, seul. Parce que pour travailler à la vigne, il faut non pas surmonter la solitude, mais l’aimer.

 

2ième Question : Dans ton dernier billet où tu t’adresses au Ministre de l’Agriculture à la suite de son déplacement dans le South of France où il affirme souhaiter que le vigneron gagne de l’argent et appelle de ses vœux une Interprofession unique tu écris

« Certains matins, je me demande si certains croient encore à un tel langage creux, à une telle langue de bois, à un discours qui ne prouve qu'une chose : que notre ministre de tutelle ne connait rien décidément rien à notre métier d'aujourd'hui, n'y comprend rien, ne connait ni ne voit aucun de nos problèmes ni aucune de nos solutions. Et que sa seule réponse, c'est une centralisation aveugle, loin, si loin, de nos terroirs minuscules et précieux. Loin, bien loin de notre quotidien. Bref, qu'il est mal conseillé, mal informé. Il veut "moins d'échelons". Mais il ne sait pas que le bureau du directeur du CIVR est ouvert, qu'il suffit d'y taper pour y être écouté. Qu'en sera-t-il demain ? J'ai peur de l'imaginer... »

Entre une armée mexicaine avec des coûts de structures pharaoniques et le kolkhoze n’y-a-t il pas imaginer autre chose qui soit plus en phase avec la taille des entreprises ? Par exemple une plate-forme unique de services communs avec au-dessous une grappe d’entités voulues et gérées en fonction des métiers ?

 

Hervé Bizeul

Je n’ai pas d’avis sur les « coûts ». Je ne m’en préoccupe jamais, en fait. Si cela est cher mais très efficace, je suis bien sûr pour. C’est le fameux « bon sens paysan », tu sais. En fait, c’est celui là qui manque à nos politiques. Une sorte de « vie ma vie » devrait être obligatoire pour les conseillers de ces gens là : une immersion, une semaine, avec un éleveur ou un vigneron, à ses côtés quand il travaille, quand il reçoit, quand il va chez son banquier ou qu’il doit remplir des formulaires ou sa traçabilité. Centraliser, pourquoi pas. Mais dire que cela va être plus performant et plus économique, ca me fait hurler. Ces gens-là ne savent rien de nos métiers. Comme bien des vignerons, j’exporte dans plus de 20 pays avec toute la complexité que cela représente. Imagine-t-on le boucher du coin exporter dans 20 pays ? Pendant ce temps, je lis que notre premier ministre nous dit que le déficit de la balance commerciale n’est pas une fatalité. Certes. Que fait-on pour m’aider ? On met en place quelques mesures, mais les textes d’application sont si restrictifs qu’on ne rentre pratiquement jamais dans le cadre des mesures, qui changent de plus tout le temps. Je suis en fait un grand pragmatique. Toute dépense, chez moi, doit avoir un résultat rapide, car je n’ai pas de capitaux. Alors, au lieu de voir des mesures compliquées, des « grands travaux » sabotés par des ambitions personnelles, j’aimerai une politique du quotidien, du bon sens. Quelques exemples ? Une augmentation des crédits d’impôt pour passer un Bio, au moment où on les diminue. Une véritable politique européenne au niveau des droits d’accises qui me permette d’envoyer du vin à des particuliers dans toute l’Europe, en payant automatiquement, maintenant que Gamma (le système de dématérialisation de la douane) est là. Je ne peux toujours pas. Un paiement de mes droits de circulation annualisé, forfaitaire si je le souhaite, et une liberté ensuite sur les capsules (une gestion démente). Une exonération de l’impôt sur les sociétés sur les premiers 50 000 euros de bénéfices, à condition qu’ils soient absorbés par une augmentation de capital, ce qui boosterait les capitaux propres des PME, chose vitale dans notre filière. Un vrai site internet, joyeux, pédagogique et ludique, qui expliquerait en vingt langues le vin français au monde. Des primes à la plantation mais avec levée des cautions à la quatrième feuille, pour éviter les abus, courant aujourd’hui.  Un crédit d’impôt sur mes dépenses export, plus souple, plafonné mais avec une véritable durée dans le temps, pour construire de vrais partenariats à l’export. Un site internet en .gouv.fr, dédié à mon métier, avec le récapitulatif de toutes mes obligations : rien n’est marqué nulle part, je passe un temps hallucinant à chercher ce que la Loi m’impose de faire et ai en permanence l’impression d’être dans l’illégalité. La mise en avant de nouveaux grands vins dans la vie politique, sans que cela ne coûte rien à l’état : les vignerons pourraient offrir les vins  (on en offre tant…), ces vins pourraient être mis en avant, dans une visite officielle, dans une réception officielle et le menu rendu public : ca n’est rien, mais, même si bien sûr on comprend la Loi Evin, je crois qu’on en a un peu tous marre d’être considéré comme des dealers. On parle plus facilement de sex toys que de vin. Drôle de monde. Je profite de l’occasion pour dire au Ministre que je suis prêt à faire un geste d’une caisse de petite Sibérie pour offrir au président Russe à sa prochaine visite . Emmener quelques vignerons en visite présidentielle, avec leurs quilles, ce ne serait pas idiot non plus, je pense, et très rentable pour la balance commerciale. En plus, dans l’avion, on donnerait des idées aux collaborateurs du ministre  Bon, voilà, des idées pour une « politique du quotidien », j’en ai plein mon tiroir et je ne suis pas le seul… Mais sur les grand bla-bla-bli, là, je suis plutôt critique.

 

3ième Question : Maintenant Hervé parlons peu – c’est à moi que je m’adresse – mais parlons vin. Le Clos des Fées, ses vignes, ses vins, ses projets... Dis-nous tout !

 

Hervé Bizeul

Le Clos des Fées a quinze ans, c’est un adolescent radieux. Il est aimé de ses clients, ses parents s’en occupent bien et le bichonne. Il souffre un peu des conditions climatiques, extrême ici depuis cinq ans, limite désertique, qui donnent des rendements vraiment très bas. Mais bon, à vouloir maintenir en vie des très très vieilles vignes. Mais de ces petits rendements, de ce patrimoine génétique diversifié naissent des vins d’émotions. Alors, on l’accepte et on est fier. Et on changerait d’endroit pour rien au monde.

Comme je l’ai dit plus haut, on a bien une récolte sur pied, deux en caves parce qu’on a choisi d’élever longtemps et une à la vente. Mais à la banque, on a plutôt une récolte de découvert . Et on se prend pour un grand cru au niveau de la culture. Mais bon, on cherche à faire en quinze ans ce que d’autres ont fait en trois générations, alors, c’est normal que ça tire un peu de temps en temps. Il faut l’accepter. Nos banquiers sont des partenaires essentiels, et depuis le début, ils jouent le jeu. Nous avons su créer une qualité, une image, réussis à faire accepter un prix de vente important, corrélé à une vrai valeur du vin. Pour y arriver, beaucoup de travail mais aussi et surtout beaucoup de chance et une bonne étoile, depuis le début. On l’a d’ailleurs mis sur l’étiquette

Le projet Walden bricole modestement, sans doute un peu en avance sur son temps, mais ça fonctionne. Les meilleures idées du monde, les plus nobles, se fracassent parfois sur des récifs improbables, d’une crise de l’immobilier US, en guerres des monnaies en passant sur le manque de capitaux propres. Mais on ne baisse pas les bras.

Sur notre tentative de sauvetage de la plus grande oliveraie de France (et sans doute la plus belle), le Mas de la Chique, là, nos banquiers ont dit stop, sans doute parce qu’ils nous aiment bien. La vigne et l’olive font bon ménage, le vin est bon et se vend bien, mais là encore, sans capitaux, dans cette industrie lourde qu’est la vigne, il est très complexe de se développer. La propriété est remis en état, nous sommes très fiers de l’avoir sauvé de la jardinerie et de l’arrachage et n’avons pas de regrets. Elle est à nouveau à la vente, rentable, l’acheteur choisira de travailler avec nous ou pas. On étudie aussi l’ouverture du capital à des investisseurs, sur un modèle « boursier » que nous a proposé un client, modèle développé en Suède et qui arrive en France (http://www.alternativa.fr/). Nos clients pourraient être intéressé, défiscaliser, garder un forme de liquidité à leur investissement, se balader sous « leurs » oliviers :-) Pourquoi pas. Nous serions alors encore novateurs. Est-ce que j’ai parlé, de la créativité, dans le métier du vigneron d’aujourd’hui ? Parce que c’est essentiel…

Une autre fois ?

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 11 février 2011 5 11 /02 /Fév /2011 00:09

Ne tournons pas autour du pot : autant le saucisson sec occupe une place de choix dans l’image internationale du Français black béret, baguette de pain, kil de rouge et fromage qui pue, le malheureux saucisson à l’ail, lui, est un mal aimé, il pue de la gueule, il sent le gaz, relégué qu’il est en vagues rondelles sur le bord des tas de choucroute de la Taverne de Maître Kanter. Pire encore on le fume, non qu’il fût du belge mais parce qu’on lui inflige le supplice ou le maquillage d’un fumage industriel. Je trouve ce mépris insupportable. J’en appelle à un sursaut national. Je sonne le rappel pour que s’instaure une journée mondiale du saucisson à l’ail. J’invite les défenseurs de la charcuterie artisanale à contribuer au renouveau de cet emblème du bon goût français.

saucissonail.jpgAfin de mieux plaider la cause du saucisson à l’ail en vue de sa réhabilitation je vais puiser aux sources profondes de notre culture française que le monde entier nous envie en rappelant tout d’abord que dans l’un des monuments de notre grande et belle littérature française, « Bravo Docteur Béru » San Antonio, alias Frédéric Dard, l’un de nos auteurs des plus prolifique, nous la coupait sec – la chique bien sûr, pas la rondelle – avec un Bérurier, ex-interne des hôpitaux de Paris qui savait « aussi bien manier le stéthoscope que le saucisson à l'ail » (sic). Je rappelle qu’Alexandre-Benoît dit le Gros lichait essentiellement du Juliénas qu’il considérait comme son médicament quotidien.

  9782265085060

Soyez donc imaginatif chers lecteurs et marriez un bon casse-dalle : baguette-beurre-saucisson à l’ail avec un de ces nectars de chez nous, bien franchouillard. J’attends de votre part une levée en masse, un raz-de-marée pour qu’ainsi dans son prochain roman Michel Houellebecq puisse faire trois pages sur la résurrection du saucisson à l’ail Olida en se souvenant que  Marcel Proust dans À l'ombre des jeunes filles en fleurs écrivit : « Allez me chercher du jambon chez Olida. Madame m'a bien recommandé que ce soit du Nev'york.» Et pendant que je suis dans un bouillon de haute culture je vous offre l’un des joyaux du Septième Art Français le film culte :

 

Mais où est passée la 7ième Compagnie

 

avec les inoubliables ringards Jean Lefèvre et Aldo Maccione qui magnifient l’emblème de la débrouillardise franchouillarde : notre inégalé et inégalable saucisson à l’ail.


La 7eme compagnie - Saucisson a l'ail
envoyé par B_Root. - Gag, sketch et parodie humouristique en video.

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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 00:02

Non je ne suis pas un sniper. Non, je ne tire pas sur tout ce qui bouge. Et pourtant ma position de tireur couché me permet, à couvert, d’observer le théâtre des opérations. Position qui peut sembler confortable et pourtant, n’ayant que des balles à blanc, lorsque l’envie me prend d’appuyer sur la gâchette, ça fait un peu du bruit mais ça n’influe guère sur le cours des choses. Dois-je le regretter ? Suis-je frustré ? Je vais tenter, à ma façon, de bien préciser ma pensée et vous proposer d'agir 

 

« Dans mon boulot, pour l’instant, je suis en train de m’embourber un peu. Des quatre machins attaqués au calme, il n’en reste que deux sur la planche, et encore un peu figés. » Ainsi s’exprimait Jean-Patrick Manchette dans une lettre du 26 août 1977 à son ami Pierre Siniac. Il ajoutait que l’un de ces machins était « une histoire de tueur absolument sans intérêt intrinsèque, uniquement un  exercice technique, de mon point de vue, qui progresse à peu près régulièrement, mais glacialement. » Manchette évoquait en fait son futur roman La Position du tireur couché.

 

Le dessinateur Tardi vient de donner un visage au tireur couché de Manchette.   L1000405.JPG

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J’entends certains ricaner : quel rapport avec la choucroute ?

 

JP Manchette d’abord pourquoi Manchette ?

Je pourrais me contenter de répondre parce que Manchette est un marqueur indélébile d’un temps qui est le mien. J’aime Manchette car il fumait des Celtiques, trop, c’était un fou d’écriture qui à réinventé le polar par une rupture radicale avec la Série noire française des années 50/60. Situationniste, Manchette a renoué avec la fonction originelle du roman noir : la critique sociale. Son modèle revendiqué était Dashiel Hammet. J’aime son écriture behaviouriste, « joyau de vérité », pleine de « joyeuse perfidie » et de « provocation allègre ». La dérision aussi comme dans le Petit bleu : « je l’ai tué hier, dit soudain Gerfaut. Je lui ai fracassé son putain de crâne, je lui ai cassé la tête. Et Gerfaut stupéfait fondit en larmes. Il replia ses bras sur la table de formica, posa son front sur ses avant-bras et sanglota nerveusement. Ses larmes s’arrêtèrent tout de suite mais il demeura plusieurs minutes à frémir et à aspirer et expirer de l’air avec un bruit d’instruments de musique brésiliens. »

 

La Position du tireur couché ensuite, parce que Martin Terrier, le tueur à gages, après dix ans d’activités, où il a mis patiemment de côté ses gages, décide de se ranger des voitures et d’aller chercher Alice son amour d’enfance. Terrier a la gueule de monsieur tout le monde, et avant que sa vie parte à vau-l’eau, les bordels, les bars louches, les missions africaines, il a été un adolescent qui essayait de devenir un homme en entreprenant Alice la fille de bourgeois de province.

 

Si j’écris à ce stade de ma chronique que mon métier, si tant est que ce fut un métier, s’est apparenté à celui d’un « mercenaire » vous allez dire que je suis complètement à l’Ouest. Et pourtant, un commanditaire m’a missionné et je me suis exécuté en me portant sur le terrain. Et c’est là que mes ennuis ont commencé car j’avais face à moi des cibles si mouvantes qu’il m’était difficile de les placer dans mon collimateur. J’arrête là ma comparaison non sans préciser que je me dois d’ajouter que mes commanditaires ont souvent changé et que depuis plusieurs années, pour ce qui concerne le vin, mon commanditaire ne me demande plus rien.

 

Face à cette vacance je me suis mis à mon compte en ouvrant, il y a presque 6 ans, un petit espace de liberté sur le bord de l’autoroute du Net. Je mène donc une double vie. Au début ce ne fut pas facile de me débarrasser de mes tics de décideur. J’ai tenté d’ouvrir des brèches, en créant le club Sans Interdit par exemple, mais je me suis très vite aperçu que le champ des décideurs, plein de mines, était le champ clos où s’ébattaient les maîtres du troupeau. En conséquence tout ce que je puis faire maintenant c’est aider, ouvrir plus encore mon espace de liberté à celles et ceux qui, au-delà de la pure réaction émotionnelle du type « sauvetage Olivier B » veulent utiliser à plein l’outil réseau social pour réinitialiser du collectif dans le nuage de points que sont les vignerons et ceux qui tournent autour.

 

S’en tenir à un enthousiasme communicatif : « c’est formidable il est passé à France 3 de je ne sais où ou sur RMC avec je ne sais qui » me semble un résultat, sans doute ponctuellement intéressant, mais qui ne permet pas de tenir la distance. Moutonniers les médias traditionnels se précipitent tous en même temps sur la dernière misère du monde mais comme il y en a beaucoup une misère chasse l’autre et le fusil risque de n’être qu'à un seul coup.

 

Que puis-je faire, que pouvons-nous faire pour jeter les bases d’une plate-forme où nous pourrions mettre en culture des réponses concrètes, aussi modestes soient-elles, aux problèmes posés. Nous mettre les mains dans le cambouis. Avancer à petits pas de concert me semble plus porteur que de s’agiter chacun dans nos petites crèmeries. Objections votre honneur comme on dit dans les prétoires américains : pas le temps, pas de moyens, pas de ceci, pas de cela, et patati et patata... 

 

Ma proposition pour faire avancer les choses est simple : que nous nous retrouvions en Beaujolais dans quelque temps pour une journée de travail et de convivialité, un samedi par exemple, pour concrétiser notre plate-forme qui permettrait à un réseau de fonctionner et d’agir. Chacun y viendrait par ses propres moyens et moi je verrais avec mes amis du Beaujolais comment nous accueillir.

 

Si j’ai choisi le Beaujolais c’est que mon opération Grand Malade lancée par une première chronique datant du 19 mars 2010 link vient de recevoir un premier retour institutionnel datant du 4 février 2011. En effet,  suite à ma chronique sur la bande des 15 : le Délégué Général d’Inter Beaujolais dans un e-mail me fait savoir qu’il lit avec intérêt mon blog et que celui-ci ne laisse pas l’interprofession indifférente. Il m’a invité en Beaujolais et je m’y rendrai avec plaisir.

 

Ceci écrit il n’entre nullement dans mon intention de m’immiscer dans les affaires des vignerons du Beaujolais mais de faire en sorte qu’au travers de mon espace de liberté se fonde avec vous tous une forme nouvelle de solidarité, des liens, des principes d’action, qui bien évidemment ne se limiteraient pas à la région d’accueil. En écrivant ce que je viens d’écrire j’ai totalement conscience de partir sur des terres inexplorées, de prendre le risque du bide total, mais peu m’importe car si je reste dans ma position de tireur couché, indifférent, il viendra le jour où je fermerai la boutique pour cause d’inutilité.

 

Maintenant c'est à vous de jouer.

 

Je prends les noms ! 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 00:01

images-Pain-amour.jpg images Gina

Avis aux amateurs de vin : votre chroniqueur préféré cause vin tout à la fin, veuillez ne pas quitter et patienter.

 

Mon frère aîné Alain, grand lecteur de Cinémonde, vouait à Gina Lollobrigida une admiration sans bornes qui valait à la belle italienne d’être épinglée, en tenue légère, sur le mur de notre chambre commune ce qui bien sûr mettait notre sainte mère dans tous ses états. Aguichante elle incarnait le péché de chair : j’adorais ! « Pain, amour et fantaisie » de Luigi Comencini, sorti en 1953, mais jamais projeté au Rex de la Mothe-Achard car classé pour adultes avec réserves par l’OCIC (l’Office Catholique International du Cinéma créé en 1928 à Rome et relayé en France par la CCA). L’Eglise tenait ses ouailles dans nos campagnes, mon frère du donc aller le voir au Modern des Sables d’Olonne. Considéré par la critique comme le meilleur film de Gina Lollobrigida, celui où elle est la plus naturelle, connu une grande popularité et deux suites furent tournées, la première avec Lollobrigida et la seconde avec Sophia Loren : Pain, Amour et Jalousie et Pain, Amour, Ainsi-soit-il. Tout ça pour dire que mon amour pour l’Italie date de mon plus jeune âge et qu’il naquit sur le versant des femmes.

alberto-toscano-sarkozy-me-prend-au-pied-de-la-lettre-alber.jpg « Avoir 20 ans en 1968 », n’en déplaise à Paul Nizan dans Aden Arabie « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. », Alberto Toscano et moi-même partageons un avis contraire, ce fut le plus bel âge de notre vie car lui à Milan, moi plus modestement à Nantes où le FC Nantes de José Arribas ne brillaient pas des mêmes feux que l’Inter (j’adorais le grand Fachetti), nous nous sommes engagés dans ce mouvement à la fois contestataire et promoteur de liberté et de légèreté. Alberto est un Italien de France, en 1986, il s’y est installé définitivement après de nombreux séjours, dont la couverture des élections présidentielles de 1981. Il sera l’un des derniers à interviewer Pierre Mendès-France. C’est un grand journaliste, belle plume et bon débateur, européen convaincu, il fait partie du groupe des polémistes de l’émission On refait le monde sur RTL et il participe régulièrement à l’émission Kiosque sur la chaîne de télévision francophone TV5. Il est également collaborateur du quotidien La Croix, président de l’Association de la Presse étrangère (APE) en 1996-1997, président du Club de la Presse européenne (depuis 2000). Nous sommes rencontrés sur la Net, plus précisément sur mon Espace de Liberté. En effet, lorsqu’Alberto Toscano publia son livre  « Critique amoureuse des Français » chez Hachette en 2009 je pondis en juillet une chronique où j’affichais mon amour pour l’Italie link. Alberto la découvrit et m’appela au téléphone. Je crapahutais en Corse. Nous convînmes de nous retrouver à déjeuner à la rentrée. Et puis pour des raisons propres à nos vies ce rendez-vous fut différé. Et puis mes pérégrinations me menèrent dernièrement jusqu’à un nouveau restaurant italien qui venait de s’ouvrir : le RAP (comme Ristorante Alessandra Pierini celle par qui le lieu est né) au 24 rue Rodier dans le neuvième arrondissement. Heureux de mon repas avant de reprendre le collier je papotais avec Alessandra et dans la conversation j’évoquai Alberto. Bonne pioche, Alessandra avait lu « Critique amoureuse des Français » dans le TGV Paris-Marseille qu’elle empruntait pour venir prospecter afin de trouver le lieu de son restaurant parisien. La suite est facile à imaginer : je contacte Alberto et nous voici autour d’une table chez RAP.

 

Comme tout bon parisien qui se respecte lorsqu’il quitte ses territoires connus Alberto s’est un peu égaré dans le quartier avant de rejoindre RAP. Cette jeune maison est élégante, simple, pas de chichis, l’accueil d’Alessandra est chaleureux et souriant et le service de Giovanni attentionné sans être envahissant. Avant d’ouvrir son restaurant à Paris Alessandra Pierini, native de Gênes, a tenu pendant 17 ans une épicerie « Pasta e Dolce » qui faisait restaurant à midi dans le quartier St Giniez à Marseille (8 arrt). Ici, c’est elle tient restaurant au 24 rue Rodier www.rapparis.fr et épicerie en face au 15 de la rue. Une fois qu’Alberto eut repris son souffle et qu’Alessandra ait obtenue sa dédicace sur son exemplaire de « Critique amoureuse des Français » nous trinquons à la nouvelle année avec une flute de Prosecco frizzante Torbia La Caneva. Les sujets de conversation ne manquent pas : le président du Conseil italien et notre président sont des sources inépuisables pour ce genre d’exercice. Dans son livre Alberto consacre un chapitre à la première dame de France, sa compatriote, sous le titre « Carla Bruni est une chanteuse ». Il écrivait, à juste raison, « Malgré les moqueries de certains, Carla n’est pas un « objet » de décoration de l’Élysée, mais une protagoniste à part entière de la vie politique et institutionnelle nationale » Comme je suis en train de lire le livre d’entretiens avec Carla Mosca et Rossana Rossanda de Mario Moretti, l’une des « têtes pensantes » des Brigades Rouges, « Brigate Rosse » Une histoire italienne j’interroge Alberto sur les années de plomb et nous partageons le même point de vue sur Cesare Battesti. La conservation roule allant de l’huile d’olive au football en passant par Michel Rocard qu’Alberto reçoit régulièrement à son club de la Presse européen.

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Rassurez-vous nous mangeons et nous buvons tout en causant. Alberto, tout comme moi, apprécie la cuisine et le vins de RAP. La carte est courte : deux antipasti, deux primi, trois secondi et trois dolce mais offre un réel choix. C’est fin, frais, plein de saveurs préservées. De la vraie cuisine toute en finesse qui ravit et nourrit. Entre autres j’ai beaucoup aimé les Tagiolini in sugo di anatra al cedro (tagliolini, sauce de canard au cédrat), les Filetto di branzino, sugo di vogole e carciofi (filet de bar de ligne, jus de palourdes et artichauts) et la Pastieria napoletana con salsa di arancia rossa (pastieria napolitaine à l’orange sanguine).

Du côté des vins nous avons bu :

- en blanc Ansonaco Isola del Giglio Carfagna link

- en rouge Le Amandole Barbera d’Asti 2006

J’avais bu, lors d’un précédent déjeuner un superbe Montebuono Uno Maga 1986 rouge.

Giovanni est un amoureux du vin : ça se sent et ça se voit. Ses vins, dans la tendance dites « nature » sont de petits bijoux qui se marient très bien avec la cuisine raffinée de RAP. Je reviendrai dans une future chronique sur la cave de RAP (on trouve aussi les vins à l’épicerie) car comme le dit la carte « c’est au fil du temps, à fur et à mesure que notre jeune restaurant grandira, que la carte des vins évoluera avec votre aide et votre appréciation ». Cette simplicité et cette ouverture d’esprit sont à saluer tout comme le prix des vins qui est très raisonnable commence à 19€ avec un beau lot autour des 20 à 25€. De plus pour RAP « le vin reste un élément de fête et de connaissance. Boire du vin avec modération, c’est aussi raviver sa mémoire culturelle. »

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Tout comme j’ai fait découvrir à Alberto Toscano ce petit bijou italien de Paris qu’est RAP 24 rue Rodier www.rapparis.fr je vous invite à suivre mes bonnes manières : allez-y ! Accueil garanti, cuisine de belle expression et pour les vins du cousu main. De plus à l’épicerie en face vous pourrez faire vos commissions.  

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 4 février 2011 5 04 /02 /Fév /2011 00:09

Ce matin je mets les pieds dans le plat, le mien : ne serais-je qu’un arroseur arrosé ? Un harangueur de marché forain qui se permet de remonter les bretelles des petits agités de la blogosphère pour leur inconstance alors que lui balance en permanence des opérations à la pelle, telle celle dites Grand Corps Malade, fait trois petits tours et puis remballe sa marchandise en laissant les problèmes en plan. Oui, j’ai pleine conscience que, n’ayant qu’un pouvoir tribunicien, si les personnes en charge des questions que j’aborde sur mon espace de liberté ne reprennent pas mes idées, bonnes ou mauvaises, au bond elles tombent dans le grand puits sans fond des initiatives sans lendemain. C’est ce qui est arrivé, dans une certaine mesure, à mon opération Grand Malade concernant le Beaujolais où je m’auto-missionnais : elle n’a trouvé aucun écho auprès ni de l’Interprofession, ni des structures professionnelles de cette région. Le silence, l’indifférence, à quelques exceptions notables près, m’ont remis à ma juste place : celle d’un petit chroniqueur de la Toile.

 

Que voulez-vous que j’y fasse ? Rien bien sûr, depuis de nombreuses années je ne suis qu’un observateur privilégié des choses du vin à qui certains répètent à l’envi que... je vous fais grâce de la suite car elle me fatigue, me saoule, m’irrite. Dans toutes les missions qui m’ont été confiées par le passé jamais je ne me suis érigé en donneur de solutions me contentant du rôle, plus modeste, d’accoucheur de décisions. Ce qui me frappe en notre vieux pays, et ce n’est pas propre à la viticulture, c’est notre grande capacité d’analyse des situations : que de rapports accumulés, avec pour corollaire notre absolue incapacité de poser les termes de vrais choix, de nous en tenir à l’essentiel, de dégager une ou deux priorités et puis tout bêtement de décider. L’image des carrefours parisiens lorsque les feux tricolores sont en rade, où les automobilistes s’auto-bloquent, est la plus parlante. En clair qu’importe ma propre immobilisation si tout le monde est logé à la même enseigne. La médiation n’est pas dans nos gènes. Le faire est l’ennemi des systèmes bureaucratiques publics et privés où chacun défend son pré-carré, balise, mégote, s’enlise.

 

Bref, tout ça m’emmerde prodigieusement donc j’ai pris le parti de cesser de me faire du mauvais sang pour les uns et pour les autres, l’armée de ceux qui, sans doute à juste titre, estiment qu’il vaut mieux payer fort cher des audits de cabinets spécialisés, ces nouvelles sangsues du monde postmodernes, plutôt que de réfléchir par soi-même afin de prendre à bras le corps les sujets qui fâchent. La prolifération des conseils externes en tout genre symbolise pour moi une forme de démission de la responsabilité, un transfert comme le dirait les psys. Se prendre en mains, assumer sa part dans la décision, assembler des diversités, aller à contre-courant des longs fleuves charrieur de CVO, ouvrir grandes les portes et les fenêtres, c’est ce qu’ont fait les 15 du Beaujolais (1) avec Expressions d’Origine. Moi ça me plaît, ça me réconforte, ça me donne envie. Bien sûr, certains vont m’objecter que j’ai du retard à l’allumage puisque ce groupe est né il y a plus de deux ans. Qu’importe ! Et qu’on ne vienne pas me dire que ce ne sont que des gens d’en haut, un club de nantis, car alors je vais sortir l’artillerie lourde. Pour moi ce qui compte avant tout c’est que la bande des 15 œuvre pour l’extension du domaine du vin au travers d’une tradition revisitée du Beaujolais.

 Groupe17Oct08PhotoMichelGodet

J’en ai rencontré une poignée d’entre eux, non pas derrière un pilier de Notre-Dame comme Claudel a découvert Dieu mais au SHIRA à Lyon. Mes petits élytres se sont mis de suite en mouvement. Marie Lapierre (sur la photo des origines l'ami Marcel était toujours des nôtres), Dominique Piron, Guillaume de Castelnau, Pierre-Marie Chermette sont là, le plaisir d’une conversation à bâtons rompus : Dieu que je suis bavard !. Avec eux je retrouve mes envies de petit soldat, simple fantassin du vin : mon espace de liberté leur est grand ouvert et je suis sûr qu’à l’avenir, avec eux, je travaillerai non pas défendre le Beaujolais de papa mais à faire en sorte que celui du 21ième siècle reprenne sa place dans l’imaginaire des citoyens du monde. Ce matin je vous livre le texte de leurs Origines. Affaire à suivre sur mes lignes...   viewer-O

E x p r e s s i o n s d ’ O r i g i n e

D e s v i g n e r on s e n Mouvement

 

Un nom étymologique

 

Expression n.f.

1. Action d’exprimer quelque chose par le langage.

2. Manière de s’exprimer par le langage.

3. Expressivité d’une oeuvre d’art, musicale, littéraire…

Origine n.f.

1. Première manifestation, commencement, principe.

2. Point de départ.

3. Milieu d’où quelqu’un est issu.

4. Temps, lieu, milieu d’où quelqu’un est issu.

5. À l’origine, dès l’origine.

 

Du vin joyeux au vin triste

 

La photographie d’un vignoble balise bien des domaines : l’histoire, la géographie, l’économie, la sociologie, la culture, pour ne citer que les fondamentaux. Voilà pourquoi chaque vignoble en France ne ressemble à aucun autre.

Avant‐guerre, le vin du Beaujolais était la boisson populaire par excellence. Le "p’tit vin" des toiles cirées et des zincs des troquets lyonnais et parisiens, le "p’tit vin" des cochonnailles, du tablier de sapeur et de l’andouillette, le "p’tit vin" des cafés buvettes des villages. Une période joyeuse devenue prospère dans les décennies qui suivirent. Dans les années 1970, le vignoble a plus que doublé de superficie, les rendements ont suivi la même inflation positive et les exportations ont connu une croissance à deux chiffres. Bref, un boom sans précédent.

Le Beaujolais était à la mode, mais pas seulement. Les gros négociants bourguignons avaient bien vu tout le profit qu’ils pourraient tirer de ces vins à petits prix quand les bourgognes devenaient de plus en plus chers. Quant à la grande distribution, elle a vite compris que le concept de "p’tit vin léger et facile, à consommer dans l’année" était une manne inépuisable. Puis vint le Beaujolais Nouveau, le muguet du 15 novembre, un vin hypertechno et sous contrôle total dans les camions citernes en partance pour la France entière et pour l’Europe ou dans les containers direction  outre-Atlantique. La promotion du Beaujolais Nouveau ? Une propagande sans précédent en matière de vin, une stratégie de communication relayée par tous les mass-médias sans compter les affiches placardées partout. Chaque année, c’est la campagne électorale du Beaujolais Nouveau ! À force de matraquage est arrivé ce qui devait arriver : les consommateurs ne voient plus le Beaujolais qu’au travers du prisme Beaujolais Nouveau. La région ne connaît plus que la règle des trois unités : un lieu, un jour, un vin. Bref, une tragédie !

Aujourd’hui, le vin joyeux ne fait plus rire grand monde et surtout pas les vignerons ‐ les vrais – profondément attachés à leur patrimoine viticole et soucieux de le respecter. Dans cette épopée canaille du Beaujolais Nouveau, les crus sont passés à la trappe, la région s’est figée et la crise s’est installée pour de bon.

 

L’union fait la force

 

Alors quoi ? Suivre les faiseurs d’opinions et de modes ? Rester à quai en regardant passer le train de la modernité et de la mondialisation du vin ? Balayer une demande internationale sans précédent ? Laisser les jeunes engloutir des wagons de premix et d’alcopops ? Conjuguer le Beaujolais à l’imparfait ?

Pour Expressions d’Origine, impossible !

Expressions d’Origine ? 15 vignerons qui refusent cette fatalité et qui n’acceptent pas la disgrâce de leurs vins et de leur région.

15 vignerons qui pensent comme un seul homme :

Non, il n’y a pas les bons vins d’un côté et les beaujolais de l’autre !

On ne lâchera jamais le Beaujolais car il appartient au monde culturel et patrimonial du vin.

La valeur ajoutée de notre région tient dans cette trilogie : terroirs, cépage, hommes.

Dix crus, dix identités fortes, une collection haut de gamme pour le Beaujolais.

Expressions d’Origine ? Une association de bienfaiteurs du Beaujolais. Aucune leçon à donner et surtout pas aux autres

vignerons. Une seule évidence les a réunis : l’urgence de bouger, de parler, d’agir. Le faire en équipe plutôt qu’en solo, c’est l’assurance d’être mieux entendu et mieux compris. C’est la possibilité de parler haut et fort plutôt que de  chuchoter dans son coin.

 

Une certitude aussi : Expressions d’Origine n’est pas un "club de marque". Les esprits chagrins diront que ce groupe est la crème du Beaujolais ne cherchant qu’à se faire mousser davantage. Une analyse de l’épargne trop facile.

Expressions d’Origine, c’est un élan avec des engagements forts, ses mots d’ordre ne sont pas dictés par le goût du  pouvoir.

Expressions d’Origine, c’est l’ébauche d’un mouvement en lutte comme l’immobilisme, la résignation et la médiocrité. Un mouvement, par définition, est une organisation dont l’objectif principal est la sensibilisation à des convictions.

Expressions d’Origine est donc bien un mouvement qui espère ouvrir une voie nouvelle et qu’elle profite au plus grand nombre.

 

 

La Bande des 15

Domaine du Vissoux, Pierre-Marie Chermette à Saint-Vérand

Domaine des Terres Dorées, Jean-Paul Brun à Charnay

Château de la Chaize, Madame de Roussy de Sales à Odenas

Château Thivin, Claude Geoffray à Odenas

Domaine Dominique Piron à Villié-Morgon

Domaine Jean-Marc Burgaud à Villié-Morgon

Domaine Louis Desvignes à Villié-Morgon

Domaine Jean Foillard à Villié-Morgon

Domaine Marcel Lapierre à Villié-Morgon

Château des jacques, Guillaume de Castelnau à Romanèche-Thorins

Domaine Paul Janin et Fils, Eric Janin à Rornanèche-Thorins

Domaine de la Madone, Jean-Marc Després à Fleurie

Clos de la Roilette, Alain Coudert à Fleurie

Domaine Michel Chignard à Fleurie

Clos de Haute Combe, Vincent Audras à Juliénas

 

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 00:00

Comme promis dans ma précédente chronique « Moi, je suis vigneron » link mois après mois je suis pas à pas sous la plume d’André Lagrange la vie du Toine dans ses gestes de vigneron qui vit au hameau le Pavé près du mont Juillet, le géant protecteur du vaste cirque de Vinzelles. Une seule route goudronnée qui va de Sacy, le chef-lieu de canton, au sud, à Mercœur, au nord, en passant par le Pavé. Il y a encore deux chemins, mais seulement cylindrées, tout le reste c’est des sentiers : peu de chemins, peu de maisons : des vignes, des vignes partout, sauf le long de la Couramble où s’étendent des prairies : il faut bien nourrir les chevaux, et, si l’on peut, des vaches pour le laitage. »   photo Marionnet

Nous sommes en février, comme j’ai commencé la semaine avec Henry Marionnet et sa vigne préphylloxérique j’ai choisi l’épisode où il est question du provignage. C’est Le Toine qui parle au cours d’une partie de tarots animée, au café du village entre le Dodille, le Bénévent, le Baptiste Duveau, et le facteur de Mercœur, le José, célèbre pour ses chutes de bicyclette, dues à d’inexplicables ruptures d’équilibre, inexplicables, à ce qu’il prétend, tout au moins.

 

« C’était en plein phylloxéra. Tu sais ce que c’est ?

- Oui, quand même.

- Le phylloxéra ? Un insecte tout petit, atomique, pour me servir d’un mot d’à présent.

Y suce les racines jusqu’au sang, et leur brûle la gueule : quand tu as plus de dents, plus de mâchoires, plus de lèvres, tu peux plus te nourrir ? Non !

Alors tu as plus qu’à crever !

C’est ce qu’a fait la vigne, de quatre-vingt-huit à quatre-vingt-douze : pire que de la chlorose ; ça sèche tout ; la gelée, ça frille, mais c’est rien à côté.

Ah ! Il fallait être là, pour voir ça !

Vous boiriez plus de vin, si les vieux avaient pas travaillé pour vous.

(...)

- Alors, Qu’est-ce qu’y fallait donc faire ? s’inquiète le Dodille.

- Ce qu’on a fait, réplique le Toine. On s’est modelé sur le Midi, que le phylloxéra avait ravagé bien avant nous.

Alors, on a greffé nos plants sur du sauvage américain, un bois qui résiste à cette saloperie de bestiole.

(...)

Mais c’est tout de même grâce à ça que le vignoble a été sauvé, grâce qux partisans du greffage sur bois américain, aux Américanistes.

(...)

- Les vieux ont jamais pu se consoler de la disparition du plant direct français ; ils ont continuellement soutenu que l’américain, ça flanquait un goût de lavasse ou de bonbon.

Question alcool ? Pas de différence, mais ça tue le bouquet.

Avant, la qualité restait à peu près égale partout.

- Vous n’allez pas nous faire croire que dans les vieilles vignes... insinue le Bénévent.

- Les vieilles vignes ? Y en avait point.

Y avait des pièces de cent ans, mille ans, peut-être plus, mais les ceps dépassaient jamais vingt-cinq ans.

- Ça c’est un coup de Voronoff !

- Aussi vrai que te dis, et plus que te crois.

La vigne se rajeunissait par elle-même ; on creusait un trou ; on couchait dans la terre un cep pas trop mauvais ; on tirait deux, trois, quatre sarments, les saillies, et on les dirigeait sur des places vides, les pieds qu’on avait arrachés, parce qu’ils étaient crevés, ou qu’y ne rendaient plus guère ; on rebouchait les fosses, pis, l’année d’après, ça formait, tout ça, des ceps nouveaux.

- Alors, pas besoin de planter ? demande le Baptiste.

- Si, dans les fonds où la vigne n’avait jamais existé...

Un enclos, on le divisait en vingt-cinq parties.

Tous les ans on en provignait on en preulait, un vingt-cinquième, des fois plus, des fois moins, ça dépendait de la nature du terrain et de l’exposition.

Dans un terrain fort, la vigne résiste mieux dans un terrain faible, y fallait la renouveler plus souvent par des preus, sans ça, elle aurait dégénéré et donné des grumes grosses comme des têtes d’épingles.

Pis, dans les vignes au Nord, qui craignent davantage les gelées, on opérait plus souvent : un cep qui vieillit, c’est comme un homme qui prend de l’âge, plus sujet aux coups de froid.

Pis, avec les pieds du temps, qui poussaient des fois jusqu’à des sept mètres hors de terre, la glace avait bien plus de prise.

Le provignage ça occupait bien, du mois de janvier au mois de mars, à condition que ça soit pas trop gelé, et de préférence, en vieille lune, parce que c’est plus de fruit.

Un vigneron à moitié, une supposition, c’était son plan de preuler le plus possible : y a ben plu de marchandises à récolter, pour le patron, ben sûr, mais par le fait, pour lui aussi.

Les gagés, eux, se cassaient pas la tête.

Les Môssieus, étaient obligés de les payer en supplément, pour les preus... Oui, mais les vrais vignerons se levaient bien avant jour, trempaient un bout de pain sans un demi-verre de goutte ou de riquiqui, et trottaient jusqu’à leur vigne, hotte au dos. »

 

Petit questionnaire pour parisien tête de vin

 

1-     les preus qu’est-ce ? et preuler ? Quel est le terme dont est dérivé ce nom de la langue vulgaire ?

2-    un vigneron à moitié est-il un demi-vigneron ou un vigneron entier ?

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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