Quantcast

www.berthomeau.com

    ee474054bfe611e29b0e22000a9f12cb 7                  ee474054bfe611e29b0e22000a9f12cb 7-copie-1

 

 Vin&Cie,    

 

l'espace de liberté

   

 

Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..." Bon appétit ! Diffusez le message autour de vous. 

 

Si vous souhaitez recevoir mes chroniques chaque matin abonnez-vous à la newsletter, colonne de droite (c'est gratuit) et surtout ne décochez-pas la case chroniques (sinon vous ne recevrez rien) ou placez www.berthomeau.com dans vos favoris. Merci pour votre fidélité et n'hésitez pas à faire des commentaires.
Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.

Pour les amoureux du bien vivre à la française l'adhésion à l'Amicale des Bons Vivants s'impose afin d'affirmer notre engagement et notre détermination face aux provocations des prohibitionnistes. 

 

C'est simple comme un clic via : commentaire ou contact ou berthomeau@gmail.com

 

J'ai ressorti une vieille photo de mon jeune collaborateur dans les vignes du seigneur pour implorer la clémence du dieu soleil... 

 

 

 

 

 

41m5Pntrh8L. SL500

 

 

 




 

Roman

Dimanche 17 juillet 2011 7 17 /07 /Juil /2011 02:00

Nous logions dans un petit appartement du sestiere de Dorsoduro, tout près du Palais Venier Dai Leoni qui abrite la fondation Peggy Guggenheim. J’aime beaucoup cette langue dure et pointue, plein sud, avec le long et large quai des Zattere qui relie la pointe de la Salute à la gare maritime où, au premier crépuscule comme à l’aurore j’aime marcher. En face, à l’extrémité ouest de la Giudecca, la vue du grand moulin Stucky maintenant transformé en Hilton, avec son architecture de style néo-gothique, construit au tournant du siècle dernier par un minotier mégalomane, Giovanni Stucky, qui fut assassiné en 1910 par l’un de ses ouvriers, par sa masse, sa hauteur, ses tourelles pointues, me fait toujours frissonner. Ici, où que l’on se place, tout est beau, même cet ancien bâtiment industriel, altier, pur, et je me rêve marchand, affréteur de navires pour faire le commerce des épices et des bois exotiques. Nous flânions, nous nous égarions sans jamais nous perdre. Loin des lieux infestés de touristes nous explorions la Venise secrète. Ainsi, derrière le Rialto, j’évoquais, alors que nous passions sur le pont delle Tette pour nous rendre au restaurant Antiche Carampane, dont la traduction littérale signifie « vieilles putes » les courtisanes qui s’y exhibaient les seins nus, pour attirer le client, au temps de la splendeur de la Sérénissime qui préférait encourager ses citoyens à commettre des péchés mineurs et lutter ainsi contre un péché majeur : l’homosexualité considérée comme « un péché contre nature ». Face à sa recrudescence, en 1511, les prostituées firent parvenir au patriarche Contarini une requête pour qu’il prenne des mesures.

 

Dès le premier jour j’étais allé m’immerger dans la salle des Pollock à la fondation Peggy Guggenheim. Jasmine m’accompagnait. Alchemy, qui fut l’un de ses premiers tableaux réalisé avec la technique révolutionnaire du dripping, l’impressionna. Dans le jardin, pour mieux répondre à ses questions, je sortis de ma poche un texte, tiré de la biographie du peintre écrite par Steven Naifeh et Gregory White Smith, que j’avais photocopié.

« C’était un geste simple. Il avait dans une main un pot de peinture diluée jusqu’à prendre la consistance du miel. Dans l’autre, un bâton – sans doute celui dont il venait de se servir pour la mélanger à la térébenthine. Se mettant à genoux, il le plongeait dans le pot, puis l’agitait au-dessus d’une toile posée sur le sol, en faisant tomber une mince ligne qui s’abattait sur le tissu puis, à mesure qu’elle s’épuisait, se réduisait à quelques gouttes. Ensuite, il recommençait. A chaque fois, il apprenait quelque chose : s’il allait plus lentement, elle formait une flaque ; plus vite, elle s’effilait ; plus près de la toile, elle s’écoulait plus régulièrement ; plus loin, de manière plus saccadée. Geste après geste, les torons commençaient à se chevaucher et à s’enchevêtrer ; un mouvement du bras permettait d’obtenir un cercle, une torsion du poignet une ellipse extravagante. Avec plus de diluant, il pouvait projeter la peinture plus loin encore. Les outils eux-mêmes avaient leurs secrets : une brosse raidie la gardait mieux qu’un bâton, mais menaçait d’empâter la ligne ; qu’il la secoue et le flot devenait pluie. Ce qu’il pouvait, là encore, contrôler en ajoutant de la térébenthine ou en tenait la brosse plus haut au-dessus de la toile. Le bâton exigeait davantage de « recharges » mais donnait une ligne plus fine, plus cohérente voire, avec beaucoup de diluant, une aspersion semblable à une rosée. Chaque découverte se voyait aussitôt intégrée à une toile d’araignée toujours plus dense. »

 

Jasmine me demandait « Mais alors comment Jackson Pollock en vint-il aux drippings ? »

- Un jour qu’il était encore plus bourré que d’ordinaire. Pollock était un grand pisseur debout dehors. Il était toujours en train d’ouvrir sa braguette pour pisser, même lorsqu’il était dans un bar, au lieu d’aller aux toilettes, il sortait et pissait devant la porte. « Je suis de l’Ouest, et là-bas on va toujours pisser dans la cour » Avec ses frères Pollock avait fait des concours à qui pisserait le plus loin mais je crois que c’était un grand enfant qui a affirmé sa tardive virilité au travers de sa toile comme il avait vu faire son père. Celui-ci, lorsqu’il pissait sur un rocher plat, dessinait des motifs sur la pierre. Pollock se disait je ferai la même chose quand je serai grand. Bien sûr ça semble très primate mais je crois que sa position verticale, les pieds sur sa toile, était celle du paysan foulant sa terre. Pollock le lourdaud, le pataud, en dépit de ses problèmes d’impuissance et d’énurésie, dans son atelier « contrôlait le jet ». Ses courbes lentes ou ses boucles tendues, l’opulence de la couleur, la profondeur de sa matière, ont fait de son geste le plus gracieux de l’histoire de l’art. Tu vois Jasmine, peindre ainsi n’est pas facile, gratuit, à la portée de n’importe qui. Dans ses toiles Pollock imprimait tout ce qui dans sa vie réelle le fuyait. Un jour à une femme qui lui demanda « Quand savez-vous qu’une toile est terminée ? » il répondit « Quand savez-vous que vous avez fini de faire l’amour ? »

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 10 juillet 2011 7 10 /07 /Juil /2011 02:09

Orly, le bus de la RATP, pas de taxi : j’ai horreur des chauffeurs de taxis, l’autoroute, le tunnel qui débouche sur le périphérique, la Porte d’Orléans, Paris, ses bagnoles et surtout ses drôles de deux roues vrombissants sur lesquels des gros cons se prenaient pour les rois de la chaussée, Denfert-Rochereau. Comme nous n’avions pas de bagage mais tout juste un vague sac à dos nous décidions de marcher jusqu’à Saint-Germain en passant par le Jardin du Luxembourg. C’est drôle, je ne ressentais aucune oppression, l’air de Paris c’était le mien. Jasmine rayonnait, cette échappée belle c’était son œuvre. Les touristes erraient en paquets. Le Flore bien sûr, à l’intérieur, rien que pour faire plaisir à Jasmine qui s’enfilait des œufs de Marans coque pendent que je sirotais le demi maison.  Ensuite quelques nippes pour moi, Jasmine insistait, puis pour elle, je le voulais. Je claquais du fric avec jubilation. Nous déjeunions à la Maison de l’Aubrac, rue Marbeuf, j’avais les crocs pour une côte de bœuf partagée avec mon bout de femme dont les yeux me donnaient envie. Que faire ensuite ? Une toile, pas sur les Champs bien sûr, mais dans l’un de mes cinémas culte : le Champo où nous avons attrapé la séance de The Servant. L’odeur de cette salle marquait mon territoire post-soixante-huitard. Jasmine posait sa tête sur mon épaule, une séance de ciné à l’ancienne, le pelotage en moins. En sortant Jasmine téléphonait à Raphaël qui jouait les nounous pour Matthias. Tout allait bien. La librairie Campagne : une razzia de bouquins. Il nous fallait acheter une valise à roulettes. Le temps passait et il nous fallait gagner la gare de Bercy où le Paris-Venise se tenait à quai.

 

Un T2 dans un wagon-lit des années 60, pas vraiment le confort mais, là encore, un parfum de départ incomparable. Sur le quai ça piaillait. Discrètement j’arrosais le chef de train pour obtenir deux places au minuscule wagon-restaurant. Impatient, tendu, je me sentais comme un gosse, comme au temps où avec maman nous prenions la Micheline pour nous rendre à Chantonnay voir ma sœur à son pensionnat de bonnes sœurs. Les sœurs de la Sagesse avec leur robe gris souris et leur tête emprisonnée dans un bandeau amidonné. Le convoi s’ébranlait dans un infernal bruit de ferraille, le passage aux aiguillages transmettait à notre carlingue des torsions qui semblaient la faire imploser, nous allions prendre notre temps car manifestement nous n’étions pas dotés d’une motrice très vaillante. Qu’importait ! Demain matin nous butterions sur le Grand Canal et ce serait merveilleux. Jasmine souhaitait que nous nous habillions au mieux de notre garde-robe pour le dîner. Je m’exécutais sans ronchonner. L’ambiance au wagon-restaurant était familiale et bon enfant. Menu simple et vin acceptable. Nous prenions notre temps. Encore une fois une bouffée de souvenirs me submergeait mais je l’écartais en couvrant Jasmine de compliments. Elle en rosissait de plaisir. Je la sentais légère prête à m’amener, comme elle sait si bien le faire, sur le chemin qu’elle voulait me voir emprunter. Le paysage défilait sans que je puisse identifier précisément tous les morceaux de France que nous traversions. Le maître d’hôtel nous offrait une Grappa. De retour dans notre T2 je voulais m’installer à l’étage mais Jasmine décrétait qu’elle adorait les hauteurs. J’osais un « Tu as déjà pris un wagon-lit » Sa réponse rigolarde me mit un peu la puce à l’oreille « Non, mais je pourrai ainsi mieux te surveiller. Sait-on jamais avec toi, s’il te prenait l’envie d’aller séduire une belle italienne... »

 

Mes protestations véhémentes me valurent un « tu dors tout nu je suppose » qui aurait du confirmer mes appréhensions. Je m’enfonçai dans la lecture d’un des livres acheté chez Campagne Les Mémoires de Saint-Simon « cette pute me fera mourir... » soupirait Marie-Thérèse, reine de France, épouse de notre Roi Soleil, lorsqu’elle le voyait s’afficher avec la belle Montespan. Nos dirigeants politiques ont une lourde hérédité à porter sur leurs frêles épaules. La bite, la bite, par elle passait le pouvoir des femmes. Lorsque vint l’extinction des feux je souhaitais à Jasmine une bonne nuit si haut perchée. Comme aucune réponse ne vint je supposais qu’elle dormait déjà. J’aurais du me méfier de la mâtine. Le balancement du wagon me berçait et je sombrais. Dans mon sommeil de plomb deux détails chatouillèrent mon inconscience, plus de tangage et une douce euphorie qui gagnait mon bas-ventre. Pas une de ces érections nocturnes, si familières, où le sexe est silex, dur, douloureux même, non de la douceur, du suave, du miel. Le train stationnait sans doute dans une gare, laissant les lourds trains de marchandises circuler. L’euphorie montait. Sur mon corps je sentais une légère charge puis tout au bout de ma verge une résistance, qui n’en était pas une, car la fluidité ne laissait dans mon rêve qu’une fine caresse. Ce qui me fit sortir de mon rêve fut l’emballement qui me surmontait. Jasmine allait et venait sans retenue, asynchrone, en me murmurant d’une voix étouffée « dors mon amour, Matthias a besoin d’une petite sœur... » Lorsque je m’épandais en elle je ne pouvais m’empêcher de penser à mon premier voyage vers l’Italie des Brigades Rouges...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 3 juillet 2011 7 03 /07 /Juil /2011 02:09

Juillet : les hordes nordistes déferlaient sur notre île crachées comme du vomi sur tous les quais des ports par les ferries de la SNCM et ceux de sa rivale honnie Corsica Ferries. Le marché d’Ajaccio allait se transformer en un vaste bordel pour couples bedonnants en short, huilés comme des phoques, blondasses peroxydées demi-nues flanquées de beaufs en marcel, pouffiasses et traine-lattes, l’horreur absolue. Moi je n’en n’avais rien à péter vu que je me contentais de vivre ma vie de coq en pâte loin des tâches ménagères. En dehors de mes travaux d’écriture matinaux ma seule activité consistait dans le gardiennage et l’élevage de Matthias mon fils unique. Jasmine, sa mère, ma seule épouse légitime, elle, vaquait, débordait d’une énergie de fourmi qui ne cessait de ma ravir. De temps j’allais à la pêche avec deux vieux, Toussaint et Ange, plus exactement je les accompagnais. Partir au petit matin après avoir avalé un bol de café bouillant m’avivait la tête. Avec eux à l’ordre du jour : silence ! Pendant qu’ils pêchaient moi je bouquinais en fumant des biddies. L’odeur de l’eucalyptus plaisait à mes compères. Quand le soleil commençait à monter derrière les crêtes, avant qu’il ne se mette à nous rôtir, nous déjeunions. Au menu, charcuterie et fromage maison arrosés d’un rosé du Clos d’Alzeto. Nous sortions nos couteaux, mon Laguiole leur plaisait et je dois dire que, le premier matin où je les avais accompagnés en mer, lorsque j’avais sorti ce couteau de ma poche, ils m’avaient de suite adopté. Nous mastiquions toujours en silence puis, après le premier gorgeon, Toussaint me soumettait à la question. Mon « travail » d’écrivain les intriguait. « Tu parles de quoi dans ton bouquin dit ? » Il faut dire que je les avais appâtés en répondant la première fois « d’espionnage ! » Je leur livrais des petits bouts de mon histoire et ils se sentaient dépositaires de mes secrets : nous étions frères.

 

En rentrant d’une pêche où nous avions relevé des casiers emplis de forts belles langoustes Jasmine m’accueillait avec son petit air que je ne lui connaissais que lorsqu’elle voulait arriver à ses fins : en clair me sortir de mon petit rythme pépère. Elle s’esbaudissait devant mes bêtes. Je lui déclarais, rien que pour la voir se récrier, que nous allions les faire griller après les avoir fendues vives en deux. Mes lazzis habituels sur la souffrance de ces pauvres crustacés lui tiraient une réelle affliction. Pourtant, ce matin-là, elle fit celle qui n’avait pas entendu se contentant de m’indiquer que nous mangerions ce soir. Cette indifférence conjuguée à sa hâte de procéder au sacrifice de mes langoustes confirmait mes soupçons : il y avait anguille sous roche. Matthias babillait. Je le pris à témoin « Ta maman nous fait des cachotteries mon garçon. Regarde, elle a son joli bout de nez qui bouge. » Ça lui plaisait car le petit adorait lorsque je taquinais sa chère maman. Il en profitait pour tambouriner avec sa cuillère sur la tablette de sa magnifique chaise suédoise acheté chez Bébé Confort. Jasmine me demandait sans rire d’aller à la douche car j’empestais la poiscaille. J’obtempérais en déclarant à Matthias « Ouille, ouille, la maman doit avoir un gros poisson à me faire avaler. T’as vu mon garçon, elle est sérieuse comme un Pape et pourtant comme tu le sais elle ne porte pas de culotte... » Jasmine soupirait mais ne relevait pas le gant. J’en déduisais que j’allais devoir affronter un projet qu’elle pressentait difficile à me vendre. Bon garçon je décidais de lui dire oui à tout. La douche bouillante me fouettait.

 

La Jasmine démarra comme un diesel. J’eus même droit à un couplet sur le besoin pour un couple de se retrouver. Loin d’ironiser, j’approuvais. Surprise par cet accord inattendu elle embrayait sur l’envie qu’elle éprouvait de rompre avec le train-train quotidien. De nouveau j’approuvais en ajoutant, avec une sincérité qu’elle perçut, « qu’elle devait en effet se préoccuper bien plus d’elle. » Là Jasmine se précipita dans mes bras « Alors tu veux bien ? »

- Bien sûr que je veux bien tout ce tu veux !

- Comme m’emmener à Venise !

- Venise...

- Oui mon amour Venise, j’ai commandé les billets ce matin.

- Ça va être plein de touristes ma belle...

- Pas avec toi mon amour nous serons seuls au monde...

- D’accord, mais pas de gondole !

- Je ne fous des gondoles et des gondoliers mon amour. C’est toi que je veux.

- Et le garçon ?

- J’ai tout prévu.

- Si tu as tout prévu je te fais confiance.

- On part demain !

- Si tu dis qu’on part demain, on part demain et bien sûr nous mangeons les langoustes ce soir...

 

Note en bas de page : pour ceux qui n’ont pas eu la chance de suivre cette grande fresque historique depuis son origine je rappelle que le narrateur prend de temps en temps la parole pour narrer sa vie d’écrivain : lire par exemple  http://www.berthomeau.com/article-chap-8-de-la-fraction-armee-rouge-a-l-union-populaire-en-passant-par-les-brigades-rouges-ce-fut-un-garcon-et-nous-l-appelames-matthias-en-souvenir-de-matthias-sandorf--42209756.html

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 26 juin 2011 7 26 /06 /Juin /2011 02:00

La solitude est un cercueil de verre, le beau titre d’un roman étrange de Ray Bradbury que je lirai bien plus tard, s’appliquait au millimètre près au sentiment de dénuement et d’abandon qui fut le mien dans ce tube de métal aux prises avec les éléments déchainés. À aucun moment au cours du vol je n’ai eu peur tant j’étais subjugué par le feu du ciel qui n’avait de cesse de claquer, de nous mitrailler, transformant l’espace en un océan bleuté, déchiré, tranché, brisé, fragmenté, nous absorbant, nous digérant, nous expulsant sans aucune cesse. Clarisse assurait sa ligne de vol avec un bon tempo et notre bimoteur semblait ignorer le maelström tel une douce colombe traçant son vol hors de la colère du ciel. Lorsque nous étions rentrés dans l’orage, sans doute pour me rassurer, Clarisse m’avait informé que nous ne risquions rien car la carlingue faisait office de cage de Faraday. J’avais plaisanté en la remerciant de rafraîchir mes rudiments de physique mais elle n’avait pas relevé le gant se contentant de me sourire et de lâcher « j’ai un Trotanoy 45, nous l’ouvrirons dès que nous serons sorti de ce cirque... » Du sang-froid elle en avait à revendre et, même si la claustration de ce cercueil métallique ne me plaisait guère, je goutais le spectacle comme si j’étais aux premières loges d’un Opéra de Wagner. Faust ! Que m’importait si, pour une raison quelconque, notre aéronef – souvenir de mes études de droit – las de se faire électrocuter, piquait du nez ou allait se fracasser sur le flanc d’une colline : quelle belle mort ! Si près du ciel, si loin de Dieu.

 

Lorsque nous sommes sortis de l’orage, comme à la suite d’une migraine monstrueuse, un grand sentiment de vide nous a saisis. Nous sommes restés longtemps silencieux puis, sans même que Clarisse ne me le demandât, je me suis levé pour aller préparer un en-cas. J’avais une grande faim douloureuse et, lorsque je revins dans le cockpit mon merveilleux pilote, qui avait trouvé le temps de se remaquiller, me déclarait qu’elle était au bord de l’hypoglycémie. « Tout sauf moi au manche à balai ! » Elle riait de ma répartie avant d’enfoncer ses belles dents dans le sandwiche au poulet que je lui tendais. Sans être un grand cordon bleu je tenais de ma mère l’art d’accommoder les choses simples et de bien les présenter. Clarisse appréciait et me le disait. Dans son œil je pressentais une forte envie de Trotanoy 45. Ouvrir une telle bouteille aussi dans le ciel me semblait un geste plein de panache et ce n’était pas un crime car notre habitacle n’étant pas pressurisé. Le plus difficile restait pour moi restait d’assurer le service sans dégât. J’ouvris la bouteille sans problème, le bouchon sentait bon et ne semblait pas avoir souffert des affres de son âge. Ensuite je coinçai le flacon ouvert dans un seau à glace en l’entourant de serviettes. Restait à trouver des verres à la hauteur du nectar. Clarisse avait pensé à tout : j’en dégotais deux dans un présentoir où ils étaient arrimés. Maintenant restait à déterminer l’ordre des facteurs : un verre vide d’abord à remettre entre les mains de Clarisse, retour en cuisine, approche de la bouteille jusqu’au verre de Clarisse, service du vin à la bonne hauteur dans le verre, retour en cuisine, me servir moi : compliqué mais faisable avec un minimum d’agilité, voyage avec mon verre empli jusqu’à Clarisse sans le renverser, enfin échanger des toasts et déguster. Nous bûmes religieusement. Nous bûmes lentement. Je fis plusieurs allers-retours. Nous le bûmes, ce Trotanoy 1945, jusqu’à la dernière goutte. Nous étions gais.

 

Nous nous posâmes au petit matin sur un petit aérodrome proche de Porto-Allègre. En bout de piste une nouvelle limousine nous attendait : entre puissants tout s’arrange au-dessus de la loi commune. Les vitres étaient fumées je ne vis rien du paysage. Au bout de quelques kilomètres Clarisse s’endormait la tête posée sur mon épaule et je fis tout mon possible pour que son sommeil soit préservé. Et maintenant qu’allais-je faire ? Je n’en savais fichtre rien. Me laisser porter par la volonté de mes belles dames ? Jusqu’ici ça m’avait plutôt réussi alors, à mon tour, aidé par le Trotanoy 45, je me laissais aller dans un profond sommeil. À notre arrivée dans une vaste hacienda je sus que mon destin était toujours entre de bonnes mains. Marie-Amélie nous appelait depuis l’ambassade à Santiago. Elle était bien rentrée ? S’ennuyait beaucoup mais échafaudait milles projets. Dans la conversation elle plaçait, l’air de rien, qu’elle m’avait réservée une cabine sur le cargo-mixte « Le Port-au-Prince » qui assurait la ligne marchande : Porto-Allègre-Belém. Le commandant était un haïtien ami de sa famille et elle ajoutait, sans ironie aucune, « Vous serez comme un coq en pâte et, comme il n’y aura aucun jupon à bord, vous serez dans un état que j’adore lorsque vous êtes loin de moi : la chasteté. Vous n’aimez pas les garçons Benoît alors vous vivrez ces jours de claustration avec le souvenir de nos étreintes. Croyez-moi ça m’aide à tenir le choc mon beau... »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 19 juin 2011 7 19 /06 /Juin /2011 00:09

Et c’est ainsi qu’à Mendoza, je fus initié à la dégustation par Clarisse. Le plus difficile fut tout d’abord d’apprendre à cracher avec précision et élégance dans un seau à glace que Clarisse me tendait. Nous reversions le restant de nos verres dans les barriques. J’écoutais les explications de Clarisse, me perdais dans le Cabernet-Sauvignon et le Cabernet Franc, ne savais pas trop où situer les Graves, me concentrais, jouais avec maladresse avec le pied de mon verre, humais, gazouillais, tentais de ne pas me perdre dans ce que mes papilles ressentaient. Mon premier sentiment fut que j’apprenais une langue étrangère sans syntaxe, rien qu’avec des mots copiés dans un vocabulaire connu. Au moins avec la musique on ne me demandait pas de maîtriser le solfège alors qu’ici cette matière vivante venait solliciter trois de mes sens et me demandait une traduction. Avant cela je me contentais de boire, certes avec un certain recueillement mais sans jamais être sollicité pour exprimer ce que je ressentais. Ma bibliothèque mémorielle étant si peu fournie je fatiguai très vite et je me murais dans le silence pour ne pas jeter l’éponge. Ce retour sur moi-même brisait vite les murs de mon ignorance. Je me laissais faire, j’accueillais les sensations sans vouloir à tout prix les qualifier et petit à petit, sans que je n’y prenne garde, se formait en moi un petit référentiel. J’étais toujours dans la jungle mais je m’y frayais un chemin avec plus d’aisance. Par moment même je me sentais hissé jusqu’au sommet de la canopée. Clarisse respectait mon recueillement en ne me livrant que l’essentiel sur le vin que nous dégustions.

 

La nuit fut courte mais je dormis d’un sommeil profond et réparateur. Au lever du jour Clarisse me rejoignait dans le patio où nous prîmes un petit-déjeuner copieux. Nous n’échangeâmes que peu de mots. Nous nous rendîmes à l’aérodrome dans une Land-Rover du domaine que Clarisse conduisait à vive allure. Depuis mon arrivée, en dehors du chauffeur de la limousine, que d’ailleurs je n’avais même pas vu, je n’avais croisé aucune âme qui vive. On me convoyait dans une discrétion à toute épreuve et ça me rassurait. Je ne saurais vous dire de quel type et de quel constructeur était le bimoteur dans lequel nous embarquâmes. Il était spacieux, on pouvait s’y tenir debout, doté en plus du poste de pilotage, de trois places, l’une à la droite du pilote et les deux autres juste derrière encadrant une porte qui donnait sur un ensemble toilettes, bloc frigo et bacs à provisions. Clarisse me précisa que nous ferions une escale technique avant d’entreprendre la partie la plus périlleuse de notre périple, c’est-à-dire le passage successif des frontières uruguayenne et brésilienne avec survol de l’Uruguay que nous effectuerions de nuit.  J’étais en totale confiance en compagnie de ce petit bout de femme décidé qui se révéla dès le décollage un excellent pilote. La première partie de notre voyage s’effectua sans aucun problème, le ciel était d’une grande pureté et nous étions toujours en Argentine. Je fis le steward et Clarisse me commentait ce que nous survolions. Pour tout vous dire je n’en ai plus vraiment souvenir car mon esprit était déjà à ce que j’allais faire à mon retour en France. Plus exactement, pour la première fois depuis longtemps, je m’interrogeais sur mon avenir et j’envisageais même de tout laisser tomber pour aller élever des chèvres dans les Cévennes.

 

Au début de l’après-midi nous nous posâmes sur ce qui ressemblait, et qui se révéla être, l’aérodrome privé d’une grande hacienda située au sud de Rosario au bord du Rio Paraná. Une nouvelle Land Rover nous attendait en bout de piste. Clarisse, toujours avec la même vivacité, sans l’ombre d’une trace de fatigue, elle venait de piloter pendant presque cinq heures, nous convoyait jusqu’à une petite bâtisse moderne, elle ressemblait à un plongeoir, construite au bord du fleuve. Là encore pas âme qui vive mais un déjeuner nous attendait sur la terrasse. Clarisse me laissa quelques instants avec un verre de champagne à la main avant de revenir, fraîche comme une rose, vêtue d’un ravissant petit ensemble vert bouteille. Je la complimentais. Comme la veille elle mena la conversation avec un à-propos et un sens aigu de la politique. Tout en détestant Castro elle n’en développait pas moins une allergie profonde pour la mainmise des Américains sur l’ensemble des pays de la zone. Je l’écoutais avec grand intérêt car elle me permettait de me reconnecter avec les affaires du monde. Après le déjeuner elle se retira pour se reposer. « Voler de nuit n’est pas très difficile mais il va nous falloir couper notre radio et naviguer aux instruments... » me confiait-elle en me prenant par le bras. « Faites comme moi, allez faire une bonne sieste... » Ce que je fis en m’allongeant sur un transat. C’est le vent qui m’a réveillé. Le ciel s’était chargé de lourds nuages noirs. Clarisse vint me rejoindre le front soucieux. « La météo n’est pas fameuse mais ça devrait s’améliorer au cours de la nuit. Nous allons être un peu secoués mais nous aurons ainsi la paix avec le sol... »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 12 juin 2011 7 12 /06 /Juin /2011 02:00

Clarisse me précédait dans un couloir aux murs peints à la chaux et éclairé par des bouquets de torches plantées  dans des tonneaux posés sur leur cul. L’odeur de résine, sucrée et entêtante, m’enveloppait comme une gangue poisseuse. Tout au bout, une grille en fer forgé ouvrait sur une vaste cour dont le gravillon blanc des allées éclatait sous le faisceau de la pleine lune. Le corps de bâtiment en U qui la cernait, avec ses petites fenêtres, son allure trapue, me rappelait les écuries du château du Plessis où mon père m’emmenait lorsqu’il allait discuter avec le vicomte. Dans l’allée Clarisse, perchée sur ses hauts talons, se tordait un peu les chevilles ce qui donnait à sa démarche un déhanchement très suggestif. Aussi surprenant que ça puisse paraître le balancement de ses fesse hautes et fermes me laissait de glace, plus exactement éveillait en moi un pur plaisir esthétique, intense mais sans conséquence hormonale. Pour une raison que je ne m’expliquais pas, d’ailleurs dans l’instant je n’en cherchais aucune, je classais Clarisse dans les cérébrales. La suite infirma cet à-priori, c’était une passionnée. Nous entrâmes dans un chai. Même si je n’avais mis les pieds dans un chai je sus de suite que c’en était à l’odeur caractéristique des lieux vinaires. Je ne saurais trop vous la définir car mon seul souvenir se résumait à mes visites de la cave du grand-père, sombre et pleine de toiles d’araignée. Disons à la fois végétale, douçâtre, de vieux bois, et animale, mais au sens d’une sellerie. Mémoire confuse car non liée à des souvenirs importants.

 

Sitôt en ce lieu Clarisse devint volubile, incandescente, avec force de gestes elle me décrivait le quai de réception, l’arrivée de la vendange, ses termes techniques me passaient au-dessus de la tête : conquêts, égrappoirs, j’opinais, j’approuvais, je souriais bêtement. Le pressoir ne ressemblait en rien à l’antiquité sur roues en fer de mon grand-père qui cliquetait sous le mouvement des hommes qui serraient manuellement la vie sans vis avec une longue tige fer polie par le contact de leurs mains calleuses. Là il y en avait trois et ils me semblèrent semblables à des monstres couchés, en léthargie. Nous passâmes ensuite dans une sorte de cathédrale dont l’allée centrale était bordée de cuves en béton pourvue d’une gueule ouverte tout en bas. La fermentation du moût, les mots de Clarisse me faisaient songer au rougeoiement des hauts-fourneaux, matière en fusion, maîtrise des températures, le tumulte, le combat, tempête sous le « chapeau », et puis petit à petit tout s’apaise, le vin nouveau pouvait couler dans les longs serpents rouges qui jonchaient le sol.  Moi qui croyait que le vin ne se faisait que dans le bois, souvenir des grands tonneaux du grand-père prêt à accueillir le jus pressé. J’y humais par la bonde les flaveurs soufrées et puis, comme le disait pépé, « laissons le vin bouillir ». Pour sûr que c’étaient des vins libres, ils faisaient ce qu’ils voulaient mais, après tout ce n’étaient que de vulgaires piquettes. Ici, la technologie régnait sans partage : le vin en Argentine comme en France régnait sur la table du peuple et l’industrie du vin y était fort prospère.

 

La technologie m’indiffère, j’ai une âme de pur consommateur, ce qui se cache sous le capot ne m’intéresse pas. Pour le vin c’est le plaisir d’une belle bouteille choisie puis ouverte, la conception et la mise-bas c’est de la cuisine et, dans ce chai froid et monstrueux, de la cuisine de pension : lourde et insipide. Même si j’affichais un intérêt poli Clarisse devait lire de mes pensées car, glissant son bras sous le mien, elle se taisait enfin et m’entrainait de son pas décidé vers un escalier qui se précipitait sous la dalle de béton du chai de stockage. Je n’avais pas encore vu une seule barrique. La porte métallique tout au bas des marches était pourvue de trois serrures à code. Précaution qui laissait penser à une caverne d’Ali Baba. C’en était une car, une fois passé un sas, sous une voute briquetée s’étalait un quadruple alignement de barriques neuves. Les fragrances de bois toasté mêlés à celle du vin, des vins devrais-je écrire, m’envahissaient. En proie à réel un choc esthétique je me laissais aller à caresser du bout des doigts la surface des douelles assemblées par leur contrainte de fer. En quelques pas nous venions de passer de la masse à l’élite, même si je ne pouvais savoir si les vins présents dans cette cave faisaient partie de la caste des seigneurs. Clarisse se saisissait d’une pipette, me tendait deux verres et d’une voix, où pointait la fierté, elle me disait : « ce rang ce sont les GCC de Bordeaux et Pomerol qui n’a pas de classement, celui-ci ce sont les grands climats de la Bourgogne, au long du mur de gauche ce sont ce que mon père nomme les petites merveilles françaises méconnues et au long du mur de droite les challengers étrangers. Ils viennent tous dans leurs barriques dans des bateaux affrétés par nos soins.» Je restais béat face à autant de merveilles assemblées.     

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 5 juin 2011 7 05 /06 /Juin /2011 02:00

imagesCOLOMBEY.jpg

Au milieu du livre une coupure de journal était pliée en quatre. Je la déployais. C’était la couverture de Charlie-Hebdo « Bal Tragique à Colombey : 1 mort ». La mort du Général, le 9 novembre 1970, à Colombey, peu avant le dîner, je l’avais complètement occultée. Et pourtant, le Grand nous l’avions brocardé, même ébranlé au long de ce mois de mai où il n’avait rien compris au film. Là, au milieu d’une réussite, il s’effondre sur sa table de jeu. Foudroyante rupture d’anévrisme, Charles de Gaulle rend le dernier soupir à 19h30. De Gaulle et le gaullisme partait les pieds devant et le premier cercle faisait sentir à Pompidou qu’il n’était pas du clan. Tante Yvonne claquait au nez du Président de la République le cercueil du Grand Homme, elle faisait sceller la bière juste avant sa venue. Seuls Michel Debré, Massu et quelques rares intimes ont pu voir une dernière fois le visage du Général. Mais quoiqu’ils en pensent, la page est définitivement tournée, Georges Pompidou avec la disparition du père va se métamorphoser, lors de sa quatrième conférence de presse, Jacques Fauvet du Monde note qu’il paraît plus brillant que jamais « comme si une ombre silencieuse mais pesante avait disparue. » Pompidou reprend l’UDR en mains : Pierre Juillet est à la manœuvre pour remplacer le brillant Robert Poujade au Secrétariat Général par René Tomasini, dit Toto. Lui ne fait pas dans la litote mais le coup de poing sur la table, pas d’états d’âme mais des excès verbaux et surtout une opposition virulente à la Nouvelle Société de Chaban. Il va appliquer les directives du Château avec énergie, raideur et brutalité. Ses premières victimes sont les magistrats dont il dénonce la lâcheté. Bien sûr Pleven, le Garde des Sceaux s’offusque mais comme le note Raymond Barrillon dans le Monde il est patent que « Pompidou n’a pas vilipendé Tomasini »

 

La bonne pestilence des coups tordus du marigot UDR titillait mes neurones engourdis, le retour à la niche allait me faire le plus grand bien. Marie-Amélie avait fait expédier mes bagages par avion et je pus donc me présenter au dîner dans une tenue digne de mon hôtesse toute vêtue de blanc. Clarisse avait fait Sciences-Po puis les Langues O avant de travailler dans le trading chez Louis Dreyfus. Brillante, excellente analyste des rapports de force en présence, notre dîner en tête à tête, afin d’éviter des éventuelles indiscrétions préjudiciables à ma sécurité, se résuma à un échange sur la politique étrangère de la France où je fis preuve de mes béantes insuffisances. La belle Clarisse pensait que Pompidou libérée de la stature du Père se voyait dans la peau du Cavour du Vieux Continent, il voulait affirmer l’ambition européenne d’une France en passe de redevenir une puissance économique de première importance. Pour faire avancer la construction européenne il souhaitait ouvrir les portes de la CEE à l’Angleterre. Des contacts se nouaient entre Michel Jobert, secrétaire-général de l’Elysée et Christopher Soames, gendre de Churchill, ambassadeur britannique à Paris européen convaincu. Rien d’officiel, que de l’informel, des discussions, notait ma fine analyste en découpant un train de côtes impressionnant. Sa conversation me faisait grand bien car je ne sentais chez elle aucune envie de me voir occuper sa couche pour ma seule nuit argentine. La viande était excellente et le vin très acceptable. Au dessert nous passâmes sur la terrasse où on nous servi des sorbets à la liqueur puis un café très fort. Clarisse m’entraînait ensuite dans les vignes en passant son bras sous le mien. L’air était tendre je me sentais revivre.

 

« Marie-Amélie m’a tout dit de votre vie aventureuse...

- N’exagérons rien...

- Ne faites pas l’enfant, vos amis américains ne vont pas goûter la nouvelle orientation que vous donnez à votre vie et le paquet d’argent que vous ont confié les généreux donateurs qui ne rêvent qu’au golpe va aussi aggraver votre cas... Dans ce pays ils ont de bons relais et votre passage à la frontière a laissé des traces qui viendront vite à leur connaissance. Si vous voulez les semer il vous faut quitter ce pays sans qu’ils le sachent...

- Difficile de quitter ce pays sans montrer patte blanche. Il faut que je prenne le risque...

- Vous êtes en Amérique du Sud, cher Monsieur, les gens de ma condition y ont leurs aises, leurs privilèges. L’Argentine est un pays de grands espaces et pour nous déplacer rien de mieux que de beaux bimoteurs. Nous volons...

- Vous volez ?

- Oui je suis un excellent pilote et les frontières à tire d’ailes ça se saute sans problème...

- Pourquoi prendriez-vous des risques pour moi ?

- Parce que ça mettra un peu de piment dans une vie bien monotone...

- Et si je refuse !

- Vous ne refuserez pas parce que vous avez une folle envie de retrouver notre beau pays. Je me trompe ?

- Non...

- Alors nous partons demain à l’aube. J’ai déposé un plan de vol mais nous nous permettrons quelques fantaisies... Vous avez envie de dormir ?

- Non !

- Alors suivez-moi !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 02:06

Au petit matin Marie-Amélie me déposait au centre de Mendoza dans un le hall d’un bel hôtel où m’attendait l’une de ses amies françaises : Clarisse de Rabutin-Chantal mariée à un riche propriétaire argentin. Nous prîmes un petit déjeuner copieux puis la comtesse pris congé avec une dignité un peu raide. Elle m’avait prévenu : « surtout pas d’effusions sinon je craque et vous m’aurez sur les bras ce qui ne serait pas pour vous un cadeau ». Je ne pus m’empêcher de me lever pour lui dire merci en l’embrassant sur les deux joues. Elle s’empourprait et ses yeux s’embuaient. Je la prenais par le bras pour la conduire au dehors. Devant la moto elle fondait en larmes et  murmurait en reniflant « Je me donne en spectacle. Je suis ridicule mais ventrebleu ça fait du bien. Pensez à moi et vivez mieux petit con...» En la regardant s’éloigner je repensais à ce que m’avait dit Chloé à mon retour de RDA « Nous partons ensemble pour le Chili mon beau car le camarade Allende cause du souci à nos amis américains... Calme-toi mon grand nous n’avons pas le choix. Nous sommes cernés par des ordures bien propres qui passent leur temps à foutre le bordel là où la situation leur échappe. Monsieur Dole nous tient alors va pour un petit voyage pour Santiago mais nous lui garderons un chien de notre chienne a cet empaffé. » Ma parenthèse chilienne se refermait mais il me fallait maintenant retrouver le sol français de Guyane sans que les truffes de la CIA maraudant en Argentine me repèrent. Ma liberté était à ce prix.

 

Clarisse, au fond de la limousine qui nous menait dans l’une des bodegas de son époux, avec le petit air surpris que savent prendre les femmes à propos de leurs amies me déclarait « Vous me l’avez transformé ma Marie-Amélie. Méconnaissable ! Vous êtes le diable cher Monsieur... Je l’envie... » Mon état de crasse et de fatigue était tel que je me contentai de répondre, fataliste « Sachez madame que ce sont toujours les femmes qui décident. Les hommes ne sont que stupides vaniteux... » Elle éclatait de rire. C’était une petite blonde classique, sans aspérités ni maquillage, un peu ronde et rose, bien proportionnée, avec de belles mains aux ongles fins, pas du tout mon style sauf s’il me prenait un accès de libido NAP. Tel n’était pas le cas j’avais envie d’une douche et d’un bon lit pour dormir. Mon hôtesse me confia à une armada de domestiques qui me récurèrent avant que je ne me glisse dans des draps bien frais. Ce ne fut pas une nuit car je dormis comme une souche tout le long de la journée. À mon réveil je fis le tour de ma vaste chambre dont tout un mur était occupé par une belle bibliothèque grillagée. Muni d’un escabeau j’entreprenais d’en faire un rapide inventaire. Première constatation c’était une vraie bibliothèque, pas un mur de livres pour épater la galerie. Les livres m’ont toujours fasciné. J’aime les toucher, les ouvrir, les feuilleter. Et puis ça faisait si longtemps que j’avais abandonné leur fréquentation que je me sentais submergé par l’émotion. Celle-ci fut si forte que dans un premier temps je ne m’apercevais même pas qu’elle était exclusivement francophone. Ce n’est que lorsque je mis la main sur le Tome 2 des Mémoires de l’Espoir l’Effort de Charles de Gaulle pour en prendre conscience.

417133630_ML.jpg Assis en tailleur sur le lit j’entreprenais, non pas une lecture rapide dont je suis adepte mais la recherche d’un je ne sais quoi qui me reconnecte à la réalité française que j’avais délaissé lors de mon séjour chilien. À la page 112 sur le portrait de Pompidou. Je me plongeais dans sa lecture « Georges Pompidou m’a paru capable et digne de mener l’affaire à mes côtés. Ayant éprouvé depuis longtemps sa valeur et son attachement, j’entends maintenant qu’il traite, comme Premier ministre, les questions multiples et complexes que la période qui s’ouvre va nécessairement poser. En effet, bien que son intelligence et sa culture le mettent à la hauteur de toutes les idées, il est porté par la nature à considérer surtout le côté pratique des choses.

Tout en révérant l’éclat dans l’action, le risque dans l’entreprise, l’audace dans l’autorité, il incline vers les attitudes prudentes et les démarches réservées, excellant d’ailleurs dans chaque cas à embrasser les données et à, dégager une issue. Voilà donc que ce néophyte du forum, inconnu de l’opinion jusque dans la cinquantaine, se voit soudain, de mon fait et sans l’avoir cherché, investi d’une charge illimitée, jetée au centre de la vie publique, criblé par les projecteurs concentrés de l’information. Mais, pour sa chance, il trouve au sommet de l’Etat un appui cordial et vigoureux, au gouvernement des ministres qui, dévoués à la même cause que lui, ne lui ménagent pas leur concours, au Parlement, après la courte épreuve du référendum et des élections, une majorité compacte, dans le pays une grande masse de gens disposés à approuver de Gaulle. Ainsi couvert par le haut et étayé par le bas, mais en outre confiant en lui-même à travers sa circonspection, il se saisit des problèmes, en usant, suivant l’occasion, de la faculté de comprendre et de la tendance à douter, du talent d’exposer et du goût de se taire, du désir de résoudre et de l’art de temporiser, qui sont les ressources variées de sa personnalité. Tel que je suis et tel qu’il est, j’ai mis Pompidou en fonctions afin qu’il m’assiste au cours d’une phase déterminée. Les circonstances pèseront assez lourds pour que je le maintienne plus longtemps qu’aucun chef de gouvernement ne l’est resté depuis un siècle. » Beau comme un rapport de forces, Pompidou ne doit son exceptionnel destin qu’à la faveur quasi-surnaturelle du prince.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 22 mai 2011 7 22 /05 /Mai /2011 02:00

150px-Alfredo_di_stefano1947-2.jpg

L’Amérique du Sud est une terre de football où, avec le Brésil et l’Uruguay,  l’Albiceleste : l’équipe d’Argentine, avec son emblématique maillot ciel et blanc en rayures verticales, tient une place de choix. Toute ma culture footballistique je l’ai acquise dans la police, au commissariat du Blanc-Mesnil, où le ballon rond constituait l’essentiel de nos sujets de conversation. Dans la bande de traîne-lattes que nous formions un de mes collègues, Lluis Ferrer, tranchait par ses connaissances encyclopédiques. Fils d’un catalan du POUM réfugié en France, il nous gavait mais tous reconnaissaient qu’il était incollable. Sa douleur, car c’en était une, c’était de ne pouvoir se rendre physiquement au Nou Camp pour voir jouer les Blaugranas. Il m’arrivait, les soirs d’ennuis, de m’attabler face à lui dans un café pour l’écouter, en buvant des litres de bière et en grillant des Boyards maïs, me parler de la haine qu’il vouait au Réal Madrid le club du Caudillo. L’écouter m’aidait à vivre. Je ne disais rien mais sans le savoir ni le vouloir j’emmagasinais tout sur le FC Barcelone. C’est ainsi qu’un soir, alors que pour le titiller je venais de lui avouer qu’en dehors d’Alfredo Di Stephano qui avait joué avec Raymond Kopa au Réal je ne savais rien sur le foot en Espagne, Lluis me raconta l’histoire du transfert d’Alfredo en Espagne en 1953.

 

Elle ressortait fraîche, sans une ride de mes souvenirs, et je la servais à mes interlocuteurs argentins qui ne pipaient mots. Les yeux de Lluis, en me la racontant, brûlaient vraiment d’un feu meurtrier. Barcelone fut le premier à se renseigner sur le joueur et à négocier son transfert avec River Plate. Celui-ci se conclut pour 4 millions de pesetas à compter du 1er janvier 1955. Le 23 mai 1953, di Stefano arrivait en Catalogne pour signer son contrat et disputait trois matchs amicaux avec le club. Mais la négociation avec le club de Los Millonarios de Bogota, propriétaire du joueur jusqu'au 1er janvier 1955, pour le libérer par anticipation achoppaient sur les exigences du président du club colombien qui exigeait 27 000 dollars (1,350 million pesetas), montant jugé trop élevé par le président de Barcelone. C’est alors que le tout puissant président du Réal de Madrid, Santiago Bernabéu, chargeait le trésorier du club, Raimundo Saporta, de négocier le transfert. Celui-ci se rendait à Buenos Aires pour rencontrer les dirigeants de River Plate mais ceux-ci l'informaient de l'accord passé avec Barcelone. Il contactait alors Los Millonarios et acceptait de payer le montant demandé par son président. Les deux clubs possèdaient donc un droit sur le joueur. S’ensuivait un pataquès énorme entre les deux clubs et la FIFA se voyait obligée de désigner un médiateur pour dénouer le conflit. La décision de celui-ci, ancien président de la Fédération espagnole de football, fut étonnante : « di Stefano jouerait pour le Real Madrid lors des saisons 1953-1954 et 1955-1956, et pour le Barça en 1954-1955 et 1956-1957. À l'issue de ces quatre saisons, les deux équipes devraient se mettre d'accord sur l'avenir du joueur en Espagne. L'accord était approuvé par le gouvernement espagnol et les deux clubs. Tollé à Barcelone, crise entre les socios et la direction du club, le président était acculé à la démission le 22 septembre 1953. Et pourtant, à la surprise générale, Barcelone revendait ses droits sur le joueur au Real et di Stefano signait enfin dans le club merengue pour environ 5,5 millions de pesetas. Pour Lluis il ne faisait aucun doute que derrière ce revirement, cet affront, il y avait la grosse paluche de Franco.

 

Les douaniers m’offraient des bières. Marie-Amélie me couvait de regards énamourés. J’étais vidé. Le chef de poste après avoir déposé force tampons sur mon passeport se levait, me le tendait, m’enserrait dans une accolade interminable. Ma vessie se trouvait au bord de l’implosion mais je ne voulais pas rester une minute de plus dans cette baraque. La moto feulait, et lorsque le préposé levait la barrière j’étais au bord de l’évanouissement. La comtesse, toujours aussi attentive, stoppait son engin quelques centaines de mètres plus loin. J’étais tétanisé. Avec précaution elle me déboutonnait puis elle extrayait ma verge tendue, incandescente. Pendant un long moment elle me la tenait sans que je puisse uriner. L’irruption du premier jet fut bref et douloureux puis, après quelques poussées improductives, ce fut une mixtion qui durait plus de deux minutes. Marie-Amélie secouait doucement ma verge amollie avant d’essuyer la fente de mon gland avec un fin mouchoir. Elle me reboutonnait. Nous nous assîmes sur le bas-côté. La comtesse me tendait un sucre qu’elle venait d’imbiber d’alcool de menthe. Je le laissais fondre doucement dans bouche redevenue soudain sèche. Marie-Amélie, d’une voix tendre soupirait « Dieu que la vie va être fade sans vous... »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 15 mai 2011 7 15 /05 /Mai /2011 02:09

 

Nous nous séchâmes étendus nus au soleil. Repus je m’endormis sur le dos. Dans mon rêve l’Anse des Soux au petit matin, le sable fin et Marie qui s’éloignait en tirant des brasses fluides. « Reviens ! » mais de mes lèvres glacées aucun son ne sortait. Je m’en voulais. Et elle n’était plus qu’un tout petit point dans l’océan. « Reviens ! » mes mains voulaient prendre appui sur le sable mais tout en moi se dérobait. Je pleurais. Le sel de mes larmes laissait autour de mes lèvres une auréole sèche. Marie-Amélie tendrement me caressait les cheveux. Dans mon demi-sommeil je sentais ses longs doigts apaisants, maternels, aller et venir, et me détendait. Les images s’effaçaient. Je me relevais sur mon céans. Avec un petit mouchoir blanc humide la comtesse débarbouillait l’alentour de mes lèvres. Nous étions seuls au monde au milieu de cette nature majestueuse. Je m’efforçais de sourire. Marie-Amélie me tendait le petit carré de coton brodé à ses initiales « Gardez-le ! Vous m’avez redonné l’envie de la vie. Merci... » Je l’embrassais avec tout ce qu’il me restait de tendresse. Nous reprîmes la route. Les virages, à flanc de montagne, s’enchaînaient : comme un sentiment de s’approcher au plus près du ciel. À la cote de 3200 mètres, nous nous arrêtâmes sur un terre-plein face l’Aconcagua. En buvant ce qu’il nous restait de café, nous trouvions ses 6959 mètres officiels assez « humains »  Marie-Amélie sortait de son sac un superbe LEICAFLEX SL. « La lumière est encore bonne » me dit-elle et, après avoir activé le retardateur, elle déposait le boîtier sur une borne et me prenait par le bras pour que nous prenions la pose avec l’Aconcagua en toile de fond. Elle triplait la photo puis me confiait avec un faux petit air marri « Vous ne m’en voudrez pas j’espère j’ai pris quelques clichés de vous pendant votre sommeil... »

 

La comtesse enchaînait « Au début du siècle le trajet Santiago-Mendoza se faisait en train. » elle pointait son doigt ganté « Regarde – elle me tutoyait pour la première fois – tu peux apercevoir les restes des rails qui passent tout près du ravin. Ce devait être très excitant que d’entrer dans la montagne, de voisiner des précipices vertigineux. Imagine-nous dans un sleeping !  J'arrive toujours trop tard... » Nous remontâmes sur notre engin pour nous attaquer à la dernière étape de notre périple : le passage de la frontière entre le Chili et l’Argentine qui passe au milieu du tunnel du Christ rédempteur long de 3 kilomètres. Cette appellation provient de l’érection d’une statue le Cristo Redentor de los Andes, inaugurée le 13 mars 1904 pour célébrer la résolution pacifique du conflit frontalier mettant aux prises le Chili et l’Argentine. Elle est plantée sur le chemin de La Cumbre, point culminant de la vieille route entre Mendoza et Santiago du Chili. Ce chemin est le Paso de la Iglesia du côté chilien et le Chemin Bermejo côté argentin. Par notre route nous n’avons pas vu la statue située à 9 km au bout d’une petite route fort pentue : avec un dénivelé de plus de 1000 mètres. Nous avions mieux à faire avec une catégorie de fonctionnaires qui, quel que soit le pays, se caractérise par sa forte propension soit à emmerder le monde, soit à laisser filer, le tout sans motif apparent ou avouable. Point commun aux deux postes : le laisser-aller vestimentaire et les plaisanteries grivoises à propos de la comtesse. Du côté chilien nous eûmes droit à un traitement que je qualifierais de mixte : chiant pour être chiant mais sans volonté réelle de nous emmerder. Je crois que le chef de poste faisait durer le plaisir rien que pour mater Marie-Amélie. Elle eut même droit, en dépit des usages habituels, à une fouille au corps par lui dans un petit réduit mal éclairé. Elle le subit avec dignité sans opposer la plus petite parcelle de résistance aux mains qui s’attardaient. Moi je n’eus droit qu’à une batterie de questions vaseuses sur mon séjour au Chili. Les tampons claquèrent. La barrière se leva et nous franchîmes le no man’s land jusqu’au poste argentin.

280px-Cristo_Redentor_de_los_Andes.jpg  

Là, inversion des rôles, ces messieurs ne s’intéressèrent qu’à mon cas. Manifestement le français en provenance du Chili constituait pour eux un mets de choix. Leur amour pour le bon Docteur Allende, ce porc communiste, justifiait mon traitement de faveur. Ce qui ne leur plaisait pas c’est ma sortie via leur pays. Pourquoi ne regagnais-je pas directement la France comme toute la bande de gauchistes qui venaient se goberger dans l’UP d’Allende ? Ma réponse un peu alambiquée et embrouillée sur mon simple transit par l’Argentine pour gagner ensuite le Brésil puis me rendre à Cayenne en Guyane française ne fit qu’augmenter leur suspicion. Pendant ce temps-là Marie-Amélie se voyait offrir du thé par un jeune douanier mal rasé mais fort beau. Le chef et deux de ses acolytes ne lâchaient pas. Je gardais mon calme sans afficher une quelconque impatience. Les questions, toujours les mêmes, revenaient en boucle. Manifestement ces messieurs voulaient s’offrir une vraie récréation qui pouvait très bien mal se terminer pour ma pomme. Que pouvais-je faire ? Les soudoyer ? Trop risqué dans ma position. Trouver une diversion ! Oui mais laquelle ? Je demandai à me rendre aux toilettes. Assis sur le trône, la tête entre les mains, je m’efforçai de rassembler mes idées. Rien ! Le vide ! En passant devant Marie-Amélie je quêtais auprès d’elle une cigarette. L’incrédulité de son regard – elle ne fumait pas – eut pour effet de me faire prononcer une phrase dont je ne sais d’où elle pouvait bien provenir. « Quand je pense que lorsque j’étais gamin je collectionnais les images d’Alfredo Di Stephano... et qu’aujourd’hui... ». Le contenu du reste de ma phrase n’a que peu d’importance, comme le dit l’adage populaire « les mouches avaient changé d’ânes... »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Wine News

Derniers Commentaires

Pages

Archives

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés