Mercredi 1 avril 2009

« Un verre ça va, trois verres bonjour les dégâts… » Ce slogan « célèbre », qui nous est resté en travers du gosier, ce matin est battu en brèche par un étrange réceptacle en provenance de la perfide Albion qui a eu le très mauvais goût  de nous infliger une déculottée mémorable à Twickenham mais qui a eu le très bon goût  de laisser à l’Irlande un grand chelem qu’elle attendait depuis 1948, grand millésime puisqu’il s’agit de celui de mon irruption en ce bas monde . Dans ma grande sagesse je l’ai élu objet du mois. Je vous livre, pour une fois avec une économie de mots – j’entends certains s’exclamer : merci Berthomeau ! – une série de photos qui vous permettront de vous classer sur l’échelle de Richter de la descente rapide et du lever de coude et de pouvoir interroger vos compagnons de boutanche : « T’es Pig ou t’es Big Pig ? » D’accord ce n’est pas un verre à vin mais un verre à Brandy comme disent les british mais, concédez-moi que c’est un chouette objet que j’ai acquis pour une bouchée de pain à la brocante de la rue des Martyrs.



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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 31 mars 2009

Mon nom est Michel Smith et j’ai la chance d’être journaliste spécialisé en vins. D’aucuns me qualifient de critique et je le suis assurément. La saison des dégustations marathons bat son plein. Après le Millésime Bio de Montpellier, après le salon des Vins de Loire à Angers et juste avant Vinitaly à Vérone, il me faut sacrifier au rite annuel et hivernal des dégustations en vue des « spéciaux vins » de fin d’année.

Naguère, lorsque les magazines s’en donnaient les moyens, on allait sur place. C’était génial. On avait le contact direct avec le vigneron, on mettait les pieds dans la vigne. Maintenant, il faut se démerder, faire appel soi-même aux échantillons, gérer les verres, la casse, les cartons, les retards des livreurs et prier Saint Vincent pour que l’on ne soit pas trop envahi de bouteilles. Est-ce mon âge avancé, mais je commence à avoir horreur de ce genre de situation qui dérègle ma petite vie pépère de Parisien exilé dans le Sud profond.

Rendez-vous compte : cela m’oblige à être présent toute la journée pendant une semaine au moins à faire le pied de grue pour recevoir les vins, déballer dans mon réduit du quartier de la gare, au deuxième étage, quantité de cartons blindés de scotch et bourrés de chips, trier les bouteilles et finir par déboucher beaucoup plus de flacons qu’un honnête homme ne saurait boire.

Puis, une fois la première tempête passée (j’en suis là, aujourd’hui), goûter un trop grand nombre de vins, en tout cas beaucoup plus que prévu, se concentrer sur chacun, lui accorder du temps, noter ses impressions de manière claire. Ce n’est pas tout : il faudra ensuite vider les bouteilles dans l’évier, les ranger dans les cartons, les mener à la déchetterie… On ne s’imagine pas la pagaille que cela représente. Sans compter qu’il y a quantité de vins qui agissent tel un marteau piqueur en bouche, de vins fades et sans âme, d’autres bouchonnés ou enrichis en faux goûts…

Mais je ne vais pas pleurer plus longuement. D’autant que j’ai accepté une mission supplémentaire confiée par notre mentor, le Secrétaire Perpétuel Jacques Berthomeau qui souhaite me faire chroniquer un vin. Il pense naïvement que j’ai plus de mots justes que lui pour décrire le jus de la treille alors qu’il le fait si bien depuis des mois. Le pauvre ne sait pas « qu’un vin », pour moi, cela veut dire « plusieurs ».

Bon, j’aurais pu vous sortir trois ou quatre Gaillac, aller du côté de Duras ou de Bergerac dont les flacons attendent sagement dans un coin du bureau, vous parler de mes Jurançon préférés que je viens de re-goûter pour une mission confiée par Cuisine & Vins de France.

J’aurais pu évoquer ce mois d’Avril qui me fait penser à un vin rouge ô combien printanier - vin de table si je me souviens bien - qu’il m’arrivait de goûter jadis au Clos des Papes, à Châteauneuf, dans la cave de Paul Avril. Il me semble qu’il s’appelait le Petit Poisson d’Avril ou quelque chose du même acabit.

Vous parler aussi de ce Vin de Pays d’Oc 2007 que le steward d’Air France m’a servi ce midi sur le vol Paris-Vérone. Il accompagnait un horrible sandwich de dinde et je vous jure qu’il était sacrément bon au point que je l’ai dit au type quand il est passé ramasser les cadavres. Comme pour me remercier du compliment, il m’a fort gentiment tendu une seconde mini-bouteille (187 ml) de ce vin fait par la maison Skalli, ce qui ne me surprend pas d’ailleurs. Content de cette redécouverte, je me suis même promis en mon for intérieur, une fois arrivé à l’Hôtel Leon d’Oro, d’illustrer mon propos avec cette délicieuse petite bouteille qui n’a pourtant rien à voir avec mon sujet.


Mais je m’égare. Revenons donc quelques jours en arrière. Pour toutes les raisons évoquées plus haut, histoire de mettre du baume au cœur, j’ai décidé que ma première série de dégustation serait dédiée à l’Amicale des Buveurs de Vins et qu’elle serait proche de l’idée d’une fête. J’ai donc convié un complice. Emmanuel Cazes, avec qui je partage quelques rangs de Carignan soixant’huitards du côté de Tresserre, lequel a accepté de jouer ce rôle. Fils de Bernard Cazes, lui-même fils de feu Aimé Cazes. Emmanuel est un ami, comme le sont tous les Cazes : ils furent les premiers à m’ouvrir leurs caves dès mon arrivée dans le Roussillon, il y a 20 ans. Des gens biens qui ne disent jamais de mal de leurs voisins et qui sont toujours prêts à rendre service. Emmanuel, qui pourrait être mon fils, participe souvent à mes dégustations m’apportant un éclairage différent, une approche plus moderne du vin. En gros, il est moins chiant que moi et beaucoup plus ouvert. Pour le remercier de son aide, j’avais mis en cocote deux pigeonneaux dodus et parfaitement bardés que j’avais ramené l’an dernier du marché de Libourne et mis en pension au congélateur. Avant cuisson, ils furent dûment truffés de rabasses provençales également congelées, puis posés sur de jeunes poireaux, navets et carottes bio.
Pour les besoins d’un article, le thème de ma dégustation était tout bête : les blancs secs avec un lot conséquent de blancs de Provence, vins dans lesquels le Rolle (ou Vermentino, ou même malvoisie dans certains endroits) avait son mot à dire. Il y avait aussi un petit lot de blancs de Duras pour démarrer. À cause de mes pigeons et des parfums de truffe qui envahissaient la pièce, ce furent les vins de Provence qui tirèrent leurs épingles du jeu. Cinq au total nous régalèrent sur le pigeon, même si nous fûmes d’accords pour convenir qu’un vin de Roussanne, marsanne, grenache blanc et clairette, du style de ceux de la vallée du Rhône, eut été plus approprié, surtout avec quelques années de bouteilles.

Mais passons. Pour rester sur cinq vins, inutile de dire que la sélection a été rude. Elle portait sur une quarantaine de cuvées. Il manquait d’autres domaines, assez réputés, comme le Domaine de Rimaurescq ou encore le Château de Bellet, qui n’ont pas répondu à mes appels à échantillons. Pas de commentaires non plus sur le Domaine Gavoty. En bon pingre, j’ai préféré oublier les quelques flacons que je possède au plus profond de ma cave pour un futur plat de petits rougets, qui sait peut-être un homard. Je considère en effet les blancs de Roselyne Gavoty comme « hors classes » tant ils m’ont prouvé à maintes reprises comme étant capables de tenir bien au-delà de dix ans. Trêve de blabla, je vous livre ici mes commentaires sur les heureux élus de cette amicale matinée de travail.

- Le premier est un quasi pur Rolle (90 %, le solde en clairette) vinifié par une fille, Sophie Cerciello, qui exploite avec son mari, Didier Simonini, le Château Barbanau (www.chateau-barbanau.com) un domaine de 23 ha en bio classé en Côtes de Provence, entre Marseille et Toulon. Leur Clos Val Bruyère, petit bijou hérité de la grand-mère de Sophie, figure déjà au panthéon des plus beaux blancs de Cassis, appellation voisine qui, dans ses décrets, refuse le rolle. J’en reviens donc au Côtes de Provence 2008, assez limpide, marqué au nez par des notes d’ananas et de poire. On le sent droit en bouche, bien décidé, mais fort peu pressé à se livrer, ce qui ne l’empêche pas d’être copieux, épais, frais et persistant. À mettre de côté pour un grand repas. Son prix ? 8 €, comme quoi les meilleurs ne sont pas toujours les plus chers…

- Le second est un Coteaux-d’Aix 2008 issu du décor grandiose des Alpilles. Il s’agit du Mas Sainte-Berthe (www.mas-sainte-berthe.com) où l’on fait aussi un simple mais délicieux Baux en rouge, sorte de provençal aux allures bourguignonnes. Belle attaque pure sur des notes d’agrumes, pamplemousse rose en particulier. Bien sec, un chouïa minéral, dense, ce blanc pas compliqué nous gratifie d’une belle petite longueur. C’est un rolle curieusement associé au sauvignon. Dommage que l’appellation Baux-de-Provence laisse filer son rolle en Coteaux d’Aix, mais cette sorte de « déclassement » nous permet de profiter d’un prix avantageux. À moins de 7 € départ, c’est ce que l’on peut appeler une bonne affaire.

- Vient ensuite La Courtade, joyau bio de l’île de Porquerolles (à visiter) vinifié par un géant Alsacien nommé Richard Auther (www.lacourtade.com) qui fait aussi une jolie huile d’olive pour son patron de propriétaire. L’Alycastre blanc 2008 est un Côtes-de-Provence 100 % rolle très sympathique, génial à boire en plein air, le soir, sur une grillade de poissons ou à l’apéritif. Du dynamisme et des accents de fruits exotiques (mangue) avec une gentille petite longueur. Compter 8 €. Il faut débourser deux fois plus pour une grande cuvée beaucoup plus austère pour le moment, vu qu’elle a bénéficié d’un élevage particulier.

- Du grand style aussi du côté de la famille Combard qui, après une première expérience à Chablis, a repris, depuis 20 ans maintenant, le Domaine Saint-André-de-Figuière qui, déjà dans les années 80, faisait figure de pionnier bio dans le secteur de La Londe-les-Maures (www.figuiere-provence.com). La cuvée « Vieilles Vignes », Côtes de Provence 2008 (8,60 €) aux trois quarts rolle, est la plus réjouissante en dépit de son style assez technique : belle structure minérale, douces notes d’agrumes (mandarine, kumquat) et longueur assurée. Sa grande sœur, « Réserve Delphine » 2007 (près de 10 € de plus) entièrement rolle, affiche quant à elle son élégance et sa fraîcheur rehaussée de citronnelle. On lui réservera les plus grands poissons de Méditerranée cuits au four. Un saint-pierre, par exemple.

- Sur le sol d’origine volcanique du Domaine de Curebéasse, aux portes de Fréjus et de l’Estérel, les Paquette, venus du Jura, ont planté du rolle dès leur arrivée dans les années 50 sans se poser d’autres questions que de faire un bon blanc. Aujourd’hui, leur petit-fils, l’œnologue Jérôme Paquette (www.curbeasse.com), peut faire goûter des bouteilles de pur rolle de plus de 10 ans d’âge sans craindre les critiques, comme ce 1995 au subtiles notes d’épices douces, de miel de fleurs d’oranger et de poire confite. Son « Forum Juli » (il reprend le nom romain de Fréjus), Côtes de Provence 2008 ne dépassant pas 9 € départ cave, est joliment marqué par la fraîcheur et il persiste longuement en bouche pour finir en beauté au fond du palais. Je le sens bien sur une poularde.

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Lundi 30 mars 2009





Dans une récente chronique, en citant le sociologue Gérard Mermet, je m’inquiétais de l’émergence dans notre pays d’une société  « sans contact » qui cultive ses peurs, se recroqueville, se stérilise, pour tenter de vous convaincre que le meilleur antidote à la phobie du risque était l’investissement dans le « bien-vivre ». Mon initiative : la création d’un réseau citoyen avec l’Amical des Bons Vivants a rencontré l’enthousiasme de beaucoup d’entre vous, mais aussi à l’indifférence narquoise de la minorité des revenus de tout, de ceux qui ont autre chose à faire, beaucoup mieux à faire car, eux, ils travaillent, le nez dans le guidon, et qu’ils n’ont pas, bien sûr, de temps à perdre avec les gamineries d’un gugusse comme moi. Après tout rien de plus normal, se plaindre de ses dirigeants professionnels ou politiques, pester contre leurs décisions ou leurs non décisions, est un sport national que pratiquent avec délectation ceux qui se tiennent loin de tout engagement collectif. Reste une dernière catégorie, plus inquiétante, assise entre deux chaises, qui ne souhaite se mettre personne à dos, qui a pour devise vivons heureux vivons cachés, qui a peur des mots et qui se réfugie derrière le parler « socialement correct » qui va si bien avec une société incolore, inodore et sans saveur.

En contestant le langage dominant je m’expose à la réprobation de la majorité silencieuse car je dérange. En débusquant sous les mots « consensuels » leur part de non-dit je lève des lièvres qui cassent le consensus mou si propice à la conduite du troupeau. J’assume et je m’explique…

Prôner la modération c’est vouloir faire de nous des individus éloignés de tous les excès, but certes louable mais qui comporte sa part de risque : celui de l’affadissement de la vie. En effet qu’est-ce donc qu’un « modéré » ? Un individu qui, en permanence, préfère le un tout petit peu, se bride, se contraint, se retient, craint la spontanéité, calcule, arrondi les angles, fuit donc toute forme d’aspérités, compose en permanence, cherche toujours à se situer dans un inatteignable juste milieu, adore par-dessus tout le consensus mou. « Si le sel s’affadit avec quoi le salera-t-on ? » Pour autant je ne prône pas l’excès, les excès de vitesse, de table, de langage, mais je souhaite que, dans nos sociétés soi-disant encadrées, la porte reste ouverte à l’expérience, à l’apprentissage de la vie, à l’enthousiasme de la jeunesse, aux échappées belles, aux coups de cœurs, aux passions… Peut-on aimer avec modération ? Non ! Vivre une passion, amoureuse ou non, être sur son petit nuage, c’est prendre le risque d’en tomber, mais c’est le charme de la vie, ses joies ses peines. Dans notre sphère privée, qui se rétrécit de jour en jour, assumer notre part de risque c’est rester en capacité de choisir sa ligne de vie personnelle. Ce choix individuel ne débouche en rien sur l’individualisme, bien au contraire, avoir main sur sa vie personnelle, la gouverner autant que faire ce peu, reste une bonne école de la citoyenneté. L’excès est privatif de liberté, il débouche sur « la dictature » des purs et durs. La modération nous annhile alors, que faire ? Faut-il comme le clamait Vergniaud, le girondin, à la tribune de la Convention en 1793, « si, sous prétexte de révolution, il faut, pour être patriote, se déclarer le protecteur du meurtre et du brigandage, je suis modéré ! » être un modéré ? Je veux bien le concéder, mais sans grand enthousiasme, pour la bonne cause, face aux ayatollahs de l’hygiénisme et aux prohibitionnistes : « je suis un modéré ! » mais avec beaucoup de modération.

Pour la tolérance je ne vais pas vous faire le coup de la citation apocryphe de Clémenceau – c’est en réalité du Paul Claudel – « il y a des maisons pour ça » mais simplement noter que « tolérer » quelqu’un, ses idées ou son comportement ne me semble pas une fin en soi, le seul chemin vers meilleur des mondes. Pour preuve la tolérance zéro. Bien évidemment, face aux intolérances de tout poil, être tolérant constitue un progrès dans le vivre ensemble que je ne conteste pas. Mais, ça sent quand même le cantonnement, la mise en lisière, avec ou sans fil de fer barbelés, le « je te concède une petite place à condition que tu ne ramènes pas trop ta fraise et que tu ne contestes pas le discours « socialement correct ». Sans vouloir noircir le tableau, c’est la stratégie choisie et appliquée par les tenants d’une Santé Publique sous contrôle exclusif de la caste médicalo-scientifique. Ils nous tolèrent, comme on tolère les petites bestioles dans une maison de campagne, parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement, mais ils ne ratent aucune occasion pour proclamer que nos comportements déviants sont nuisibles à la bonne marche de la société. Pour bien le montrer, ils sortent, à intervalles réguliers, des chiffons rouges, les agitent sous notre nez pour nous faire réagir, suréagir, foncer tête baissée sur la muleta. Ainsi ils entretiennent auprès d’une frange majoritaire de l’opinion publique, la fiction d’un puissant lobby viticole, d’une piétaille irresponsable qui sacrifie la santé publique à ses bas intérêts mercantis. Et pourtant nous sommes minoritaires. Minoritaires en nombre bien sûr, mais surtout minoritaires dans nos têtes. Nous nous comportons en minorité agressée, sur le reculoir, sur la défensive, balkanisée, sans volonté d’union autour des causes communes. Silence : on plante !

Sans grande illusion sur la portée de mes plaidoiries répétitives j’entends le silence de ceux qui pensent tout bas ce qu’ils n’osent exprimer tout haut: il radote, laissons le radoter : plantons ! Après tout les planteurs ont sans doute raison. Je suis même prêt à convenir que la primauté du faire sur le dire cloue le bec au semeur d’idées que je suis. Simplement, merci de ne pas venir me dire dans quelque temps, la main sur le cœur, l’air contrit, qu’en d’autres temps « j’avais raison, que j’avais raison trop tôt… » Ça me fait une belle jambe et, d’ailleurs, avais-je raison ? Je n’en sais fichtre rien mais ce dont je suis sûr c’est de n’avoir rien lu, rien vu qui puisse ressembler à des choix, à des propositions d’action. Je comprends les planteurs, ils plantent, ils font leur métier. En revanche, je reste de marbre face à ceux qui occupent des positions de décideurs et qui cultivent le statu-quo. Je n’en suis plus et j’en suis bien aise. En revanche, face à la montée d’une société qui se dit propre sur elle mais sans chaleur, je persiste et je signe pour promouvoir le « bien vivre ».
Quand oserons-nous prendre la parole sans modération, sans nous excuser, sans qu’on nous tolère ?
Au risque de vous choquer encore – l’idée ne vient pas de moi mais d’un membre de l’Amicale des Bons Vivants – à l’image de la Gay Pride, expression outrée d’une minorité active, oserons-nous faire la fête à Paris, Londres, New-York, pour fêter le Vin ?
N’en déplaise aux « on ne peut rien faire » l’idée d’un grand pique-nique convivial vignerons-urbains ou, comme l’avaient fait les Jeunes Agriculteurs avec le blé sur les Champs Élysées, la grande table du bien-vivre sur cette belle avenue, n’a rien de farfelue, ni d’irréaliste.
Pour tous ceux qui baissent les bras avant même de les avoir levés un chiffre : il y a 20 ans, pour la première édition de Toques&Clochers, à Malras, 334 âmes, il y eut tout juste 300 visiteurs, le 4 avril prochain dans ce même petit village, ils seront proche des 50 000. Quand j’étais petit les vieux me disaient « impossible n’est pas français » Mes amis de Sieur d’Arques à Limoux, ont plantés de nouvelles vignes : le Chardonnay par exemple, mais ils ont aussi semés et crus en leurs idées de porter le tonneau de Chardonnay au plus haut, de faire la fête, de glorifier la gastronomie, d’avoir les pieds dans le terroir et la tête dans les étoiles, pourquoi diable ce qui est possible aux portes de la Haute-Vallée de l’Aude, dans cette petite ville de Limoux où, dit-ont, naquirent les premières bulles, celles de la Blanquette,  ne le serait-il pas pour la communauté des femmes et des hommes du vin de notre vieux pays ?  J’attends avec impatience les plaidoiries de la défense et, plus encore, vos adhésions à l’Amicale des Bons Vivants.


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Dimanche 29 mars 2009

Petite et grande histoire : le vin sait les emmêler à souhait. Laissez-vous, ce matin, conduire jusqu’au château Mille Secousses, un très agréable Bordeaux Supérieur, en empruntant les arcanes de notre histoire de France.

Comme vous le savez les citoyens français, dans leur grande majorité, contrairement à leurs homologues étasuniens, ne font pas tout un fromage des écarts à la fidélité conjugale de leurs élus. Les secrets d’alcôves font partis de notre patrimoine génétique national. Mardi dernier, France 2 proposait « La reine et le cardinal » version romanesque de la relation entre Anne d’Autriche et le cardinal Mazarin : se sont-ils passionnément aimés ou ont-ils entretenus une relation platonique fondée sur des intérêts communs ? Nos livres d’histoire nous donnaient de Mazarin, avec sa drôle de barbichette, l’image d’un personnage chafouin et fourbe. L’anti-Richelieu. Bref, un Philippe Torreton en Mazarin, amant fougueux d’une belle espagnole, cassait les codes et ça réchauffait bigrement la libido nationale.

Ce léger détour, loin d’être inutile, nous offre une belle ouverture pour aborder l’origine du curieux patronyme de notre château du jour. Pourquoi diable Milles Secousses ? Que nous dit l’actuel propriétaire ? «  Lors du séjour d'un mois que fit la cour de France à Bourg en août 1650. Mazarin, Anne d'Autriche et le roi Louis XIV, alors âgé de douze ans, se sont rendus à plusieurs reprises chez Jean de Ridder, bourgeois de Bordeaux, membre modéré de l'Ormée, propriétaire de l'actuel château Mille-Secousses qui n'était alors qu'un modeste relais de chasse, au milieu des bois, construit sur la rive du fleuve. » Ce jean de Ridder a quitté sa Flandres natale, en 1638, pour s’installer et créer un négoce de vin à Bordeaux, rue Neuve. « Pour répondre au besoin du marché d'Amsterdam, très demandeur, à l'époque, de vins des palus de la Bastide, réputés pour leur vinosité, Jean de Ridder avait acquis la palu du sud-est de Bourg qu'il avait asséchée avec l'aide de ses compatriotes, les ingénieurs hollandais et les aides financières du gouverneur de Guyenne. »

La suite de l’histoire est un peu plus confuse selon que l’on se réfère à la contre-étiquette ou au site du château www.millesecousses.com  mais qu’importe ! Pour la version 1, le jeune roi trouvant les routes mauvaises et les carrosses mal suspendus décidait de se rendre en galère à voile jusqu’au relais de chasse ; pour la 2 le roi, grand amateur de beaux plan d’eaux, appréciait la promenade entre la citadelle de bourg et le débarcadère du futur château Mille Secousses. Bref, la chute de l’histoire est la même : « le vent d'ouest qui lève un méchant clapot sur la rivière rendait le trajet plutôt inconfortable en secouant l'embarcation et ses passagers » Des secousses donc, mais à qui attribuer la dénomination : Mille Secousses ?

Notre contre-étiquette la veut royale « on raconte qu’en débarquant, le roi s’exclama : « Diantre ! Pourquoi donc, dois-je toujours endurer mille secousses pour avoir le plaisir de chasser en ces lieux ! » et bien sûr les courtisans auraient fait le reste. Plus proche de la vérité historique le site du château raconte « Mademoiselle de Montpensier écrit dans ses mémoires "qu'il faisait le plus beau temps du monde" et que la campagne environnante était un lieu charmant de promenades pour tous les courtisans désœuvrés. Les trois kilomètres de mauvais chemin de terre dans les palus de Bourg n'étaient pas plus confortables que la traversée à bord de la galère à voiles. Après avoir enduré mille secousses sur ce chemin creusé de "profondes fondrières" selon le mot de mademoiselle de Montpensier, les gentilshommes et les belles dames de la suite du roi auraient attribué le sobriquet de château des Mille Secousses à la demeure de leur hôte »

Belle histoire me direz-vous, mais les plus attentifs d’entre vous, ceux des premiers rangs, pas ceux tapis au fond ou nichés près des radiateurs, vont me faire remarquer que mon titre : vin de parisien n’a rien à voir avec la choucroute. Faux, et je m’appuie sur les écrits du site pour vous prouver ma bonne foi : Ce travail – travaux de drainage des 120 ha, réseau toujours en fonction et faisant l’objet des plus grands soins de la part de l’actuel propriétaire, Philippe Darricarrère. - associé à la nature argileuse du sol, très intéressante pour la concentration en tanins, apporta aux vins de Mille Secousses une notoriété fabuleuse dans le tout Paris de la fin du XIX° siècle. Encore aujourd'hui le goût des parisiens pour leur Mille Secousses ne faiblit pas puisque la capitale, à elle seule, déguste 100 000 bouteilles par an. »

 

Dernière confidence, lorsqu’avec ma petite centaine de camions de livraisons de la SVF je livrais les humbles épiceries de quartier des 20 arrondissements de Paris j’ai œuvré puissamment à l’entretien de cet engouement parisien : le château Mille Secousses était notre exclusivité. Partenariat avant l’heure, je ne sais si le groupe Castel continue en ce sens mais mes chers épiciers tunisiens d’en face de chez moi distribuent toujours le Mille Secousses et la bouteille de 2005 présentée ici je l’ai acquise chez eux au prix de 8 euros 90. C’est un Bordeaux classique, bien fait, un peu rigide mais de bonne compagnie pour un déjeuner au restaurant de messieurs qui portent encore des cravates au bureau ou un dîner que madame à préparé pour quelques invités de son époux.

 

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Dimanche 29 mars 2009

La tristesse ça se noie dès qu’on y plonge sinon elle s’accumule dans votre tête comme de la mauvaise graisse, vous fige, vous englue dans la masse des traîne la vie. Sur la terrasse d’Orly, dès que la Caravelle du Paris-Rome d’Air France s’était arrachée de la piste, emportant mon double, ma Chloé, le grand vide de son départ me donnait envie de tout plaquer pour la rejoindre. Pour ne pas céder je me jetais dans un taxi. Direction Nogent, les bords de Marne pour m’administrer le seul antidote capable de noyer mes idées noires : Raymond Dubosc mon vieux complice. Rappelez-vous, le magasinier du garage Central de la Préfecture de Police lors de mes premiers pas dans le cambouis de ma double vie. Antifasciste, résistant de la première heure, gaulliste puis plus gaulliste après l’épisode du 13 mai 58, républicain convaincu, pécheur à la ligne et carburant au Pommard. Posologie radicale qu’il résumait ainsi  « Que veux-tu, moi je suis de la vieille école, dans la vie y’a que le vin et les filles qui te donnent du plaisir, faut pas en abuser bien sûr, surtout pour le vin, les filles c’est différent y’a pas de limites sauf que je préfère le vin car avec lui y'a pas d’après, sauf si tu te cuites. Moi ce que j’aime avec les filles c’est l’avant et le pendant, pas qu’on s’occupe de mes chaussettes et de mon frichti… »

Dès que nous saturions dans notre marigot infesté de copains et de coquins, avec Chloé, nous débarquions sans prévenir chez Raymond. Même s’il ronchonnait en jouant les jolis cœurs devant Chloé « tu aurais pu me prévenir fiston je me serais fait un brin de toilette. De quoi j’ai l’air avec mes brailles de vieux garçon… » il adorait ça nous voir débarquer à l’improviste avec quelques bonnes boutanches sous le bras. « Vous resterez bien pour le dîner…j’ai une blanquette qui n’attendait que vous » s’inquiétait-t-il pour la forme. Chloé lui claquait trois bises sur les joues en guise de réponse et je le charriais gentiment « si je l’écoutais nous serions là tous les soirs rien que pour tes talents de cordon bleu et bien sûr surtout pour tous les autres. Tombeur de ces dames, tu en meurs d’envie, file te tartiner un coup de Pento et sors nous tes fringues de danseur de tango… Moi je m’occupe de l’intendance.» Bain de jouvence que ces moments partagés, chaleureux, où la conversation prenait, au fur et à mesure que le vin nous libérait de nos soucis, de nos questions, de nos entraves, un envol qui nous menait dans un monde sans frontières où nous revisitions les grands spasmes de l’histoire, les culs de basse fosse de la république du président Pompe tout en nous laissant aller à des histoires plus lestes où Chloé excellait. Nous dormions chez Raymond et le matin il nous portait le petit déjeuner au lit. Chloé lui roulait des pétards.

Quand il m’a vu débarquer seul, à neuf heures du matin, un samedi, Raymond n’a pas pipé mot. Il bêchait un carré de son jardin. Je lui ai dit « je veux du café ». Sans même me regarder il a grommelé « tu sais où se trouve la cuisine ». Je suis resté planté dans l’allée les bras ballants. Raymond a craché dans ses mains avant de reprendre son ouvrage. « T’arrête de faire ta tête de lard Raymond ce n’est pas le jour. Chloé vient de partir pour Rome et j’ai besoin de prendre une cuite… » Il a fait celui qui n’avait rien entendu mais, courbant l’échine et pelletant avec des gestes secs, je sentais que j’allais essuyer une avoinée de première. Elle vint, froide, contenue, mais cinglante « mais bordel de merde à quoi jouez-vous tous les deux ? Vous avez tout. Vous êtes beaux, intelligents, généreux et vous vous vautrez dans la merde. Qu’est-ce que vous cherchez au juste ? Vous voulez vous prouver quoi ? Je ne vous comprends pas. Faites-vos valises. Partez à Tombouctou ou je ne sais où ! Aimez-vous ! Faites des gosses ! Torchez le cul des petits nègres ! Apprenez-leur à lire et à écrire ! Vous êtes des enfants gâtés mais je vous aime. Qu’est-ce qu’elle est partie faire dans ce putain de pays qui, plus encore que le nôtre, n’a pas voulu nettoyer ses écuries des fascistes et des mafieux. J’en pleurerais de rage. Et tu viens me dire, avec des airs de basset artésien, que tu veux te pochetroner. Ne compte pas sur moi mon grand. Tu prends une bêche, tu m’aides ça te remettra les idées à l’endroit. Après on cassera la croute et on discutera de tout ça. »

Et toujours même le dimanche on engrange les adhésions à l'Amicale des Bons Vivants.Voir la charte de l'ABV à la rubrique PAGES (en haut à droite du blog) N°48. 

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Samedi 28 mars 2009

Ce confit, comme son nom l’indique, est fait à partir d’un vin de Sancerre dont les raisins sont issus de l’Agriculture Biologique du domaine de Christian Dauny www.vignobledauny.com/   avec du sucre de canne et des baies de cassis eux aussi certifiés AB. Même si j’ignore le secret de fabrication je puis vous indiquer que le vin de Sancerre et le sucre de canne sont cuits à la bassine, comme une confiture, et les baies, préparées séparément, sont ajoutées ensuite. Un délice, c'est fin, rare... Goûtez-y chers amis...

 

Le « Confit de vin de Sancerre aux baies de cassis » est fabriqué dans le Cher, par Gérard Philippe, HARMONIC, 10 Grande rue 18380 IVOY-LE-PRÉ tél. 02 48 58 85 55.
 
A propos, il n'est jamais trop tard pour bien faire, à l'Amicale il n'y a pas de retardataires. Et si vous adhériez  ? Voir la charte de l'ABV à la rubrique PAGES (en haut à droite du blog) N°48. 

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Vendredi 27 mars 2009

 

Dans un passé pas si lointain le vin rosé, comme le roman policier en littérature, moisissait dans une forme de Zone de rétention pour vin sans papiers. Avouer, à un esthète du vin, son penchant pour le vin rosé en général, c’était prendre le risque de se faire taxer, au mieux de frère de lait des joueurs de pétanque en Marcel adeptes du Ricard, au pire d'inculture du vin aggravée. Je force à peine le trait. Parfois, du bout des lèvres, parce que dit-on, il fait briller les yeux des femmes, les plus conciliants vous donnaient le nihil obstat pour le champagne rosé. Quelques seigneurs provençaux échappaient aussi à l’excommunication. Cette incertitude se retrouvait dans leur dénomination, alors que les catégories reines se voyaient désigner par leurs couleurs * : rouge et blanc, eux n’étaient qu’une déclinaison du rose : rosé étant défini comme légèrement teinté de rose.

 

Retournement de jurisprudence : le rosé est maintenant très tendance. Tout le monde s’y met. Les provençaux, longtemps en quasi-position de monopole, se voient contraint de revendiquer la paternité du rosé. Bref, moi qui ai vendu, à la Société des Vins de France, des kilomètres de Baptistin Caracous, une vieille marque de Côtes de Provence et qui me suis très tôt étonné du désintérêt commercial de beaucoup de vignerons ou d’opérateurs pour un vin qui, de part sa simplicité, collait bien aux nouvelles demandes de ces « abrutis » de néo-consommateurs, lorsque les premiers échos du réveil des producteurs provençaux, soudain vent debout, après que le Ministre en ait accepté le principe, pour s’opposer au projet de directive européenne qui autoriserait, pour les vins sans IG, le coupage du blanc et du rouge pour fabriquer un vin rosé, je me suis dit « ferme ta grande gueule Berthomeau… » Ce que je fis. C’était sans compter sur un lecteur espiègle, bien informé, qui m’a fait passer, sous le manteau, deux ou trois choses qui lui semblait bonne à dire.

En dépit de ses arguments j’ai campé sur ma position : plume cousue et ce pour 2 bonnes raisons :

-          Primo, n’en déplaise à certains, je n’ai pas avoir une opinion sur tout,

-          Deuxio, je trouve normal que les Provençaux défendent leurs intérêts.

et une mauvaise aussi : par le passé, certains grands défenseurs autoproclamés de nos AOC m’ont collé des étiquettes « infamantes » sans même avoir pris le temps de lire ce que j’écrivais. Donc ras la casquette de prendre des coups.

et pour faire bon poids une très mauvaise : mon ancienneté et ma fidélité d’amateur de rosé, voir ma chronique 05/05/2006 La France en rose ? http://www.berthomeau.com/article-2629832.htmlme confère le privilège de ne m’associer ni aux nouveaux convertis qui, avec des trémolos dans la voix, chantent le rosé de pépé, ni à tous ceux, faiseurs de miracles, qui vont sauter sur l’occasion pour nous concocter de la bistrouille.

 

J’en étais là appréciant au passage, dans ce concert des énamourés et des faux-culs, la prise de position, sur BFM, d’un grand amoureux du vin, David Cobbold qui a défendu avec courage et pertinence la liberté de création. Que le meilleur gagne !

 

Mais voilà que le sieur Chiquelin nous pisse une copie dans l’hebdo des exclus : le Nouvel Obs., au nom affriolant « La vie en rosé » : un must dans la démagogie franchouillardise matinée d’alter et de la nouvelle vulgate type Besancenot. Très good dans un magazine où la plus petite babiole exposée affiche au minimum les 3 SMIC ou « je mange bio mais je n’ai pas jeté mon sac Céline ». Que Chiquelin ait un point de vue sur le sujet, c’est son droit même si on s’en bas les c… comme on se bas les c... du mien d’ailleurs, mais alors qu’il affiche la couleur : tribune libre. Non Chiquelin est journaliste : il exerce le beau métier de nous informer. Alors qu’il s’informe avant de nous tartiner des « conneries » Exemples : mélanger du vin blanc et du vin rouge équivaudrait à l’adjonction de graisse végétale dans le chocolat. Que je sache du vin+du vin, quelle que soit sa couleur ça fait du vin, ça ne change pas la nature du produit. Que ce soit bon ou mauvais c’est une autre histoire. Il suggère aussi que ce mélange créerait du vin. Que je sache 1 litre de blanc+ ½ litre de rouge = 1,5 litre de rosé ça ne fait pas un cl de plus sur le marché contrairement à la chaptalisation qui dans certains cas créer des volumes. Je passe sur le couplet de l’industrialisation du vin ça plaît beaucoup dans les lofts et les maisons de campagne mais, là où je vois rouge, c’est lorsque le Chiquelin, pas gèné, évoque le feuilleton parlementaire de « l’interdiction de la dégustation ». Il arrive après la bataille le gus. Mais où était-il lorsque ça chauffait ? Qu’a-t-il écrit sur le rapport de l’INCA ? « Oualou », que dalle, planqué, silencieux, pas même un petit signe de soutien au combat contre les prohibitionnistes. Les ouvriers de la 25ième heure me gonflent. Les beaux et bons vins rosés de France méritent un bien meilleur avocat et n’ont rien à gagner de plaidoiries à 2 balles truffées d’approximations et de couplets qui n’ont rien à voir avec la choucroute.

 

Face à cette désinformation j’ai décidé, sur mon espace de liberté, de donner la parole à la défense et que les 2 ou 3 choses de mon «  De source sûre » étaient bonnes à dire et à lire. Alors je vous les livre, telles quelles, sans aucune prise de position de ma part.

 

Dans ma chronique, mon informateur est dénommé de « De source sûre » et ses propos sont mis en scène par ma plume (certains pourraient, en reconnaissant mon « style », dire c’est du Berthomeau. Je n’ai pas l’habitude de me cacher derrière les autres sur cet espace de liberté).

 

« De source sûre » me déclare, en préalable, qu’il nous faut garder un minimum de cohérence dans les plaidoyers en défense de la pureté des rosés à la française. En effet, si les rosés issus de coupage de blanc et de rouge ne sont que d’affreux mélanges, des VDPCE bis purs réducteurs de prix, de la daube quoi, ou comme l’écrit Libération, jamais en reste de démagogie, « un breuvage bon marché, mais fort médiocre », nos rosés d’AOC n’ont rien à craindre puisqu’ils ne boxent pas dans cette catégorie. Après tout, par le passé les vins de table médiocres ont poussé beaucoup de consommateurs réguliers vers les AOC génériques, donnant l’illusion à certains qu’ils recrutaient de nouveaux consommateurs alors qu’il ne s’agissait que d’un simple transfert.

Que le problème n'est peut-être pas là. N’y aurait-il pas derrière tout ça une crainte inavouée ? Le risque concurrentiel – je sais que c’est un gros mot de marchand de vin – ne serait-il pas que ceux qui utilisent cette pratique pour les vins sans IG fassent aussi bon pour moins cher que certains de leurs grands frères des AOP-IGP. Le respect de la tradition, qui a un coût, exige l’excellence. Si certaines AOP ou IGP veulent, ou se voient dans l’obligation d’aller ferrailler dans la catégorie des premiers prix de la GD ou du hard discount, en France comme à l’export, elles se fourvoient. Il faut choisir son camp, sortir d’une ambigüité commode.

 

« De source sûre » me rappelle ensuite que les vins sans IG du nouveau règlement communautaire ont été conçu comme des instruments de reconquête pour l’Ancien Monde des marchés en croissance face aux pays du Nouveau Monde et que la commissaire européenne à l'Agriculture Mariann Fischer Boel est en droit d’affirmer qu’elle «  ne voit pas pourquoi nos producteurs européens ne bénéficieraient pas des mêmes possibilités que leurs concurrents étrangers ». Et d’ironiser sur ceux qui ont taillé en pièces « Cap 2010 » Après tout ajoute-t-il si les français ne veulent pas aller sur ce terrain, libre à eux, mais alors qu’ils arrachent les vignes qui vont avec ce type de vins. Dans l’industrie automobile européenne, les Grands européens verraient d’un très bon œil Saab, et surtout Opel, passer l’arme à gauche pour ramasser leurs parts de marché. Ce n’est pas joli, joli, mais ainsi va le monde. Sur le marché anglais personne ne versera une larme sur notre retrait.

Sur le plan purement œnologique, toujours avec la même dent dure « De source sûre » me fait remarquer que cette pratique du coupage blanc-rouge pour faire du rosé est reconnue et autorisée depuis belle lurette par l'OIV pour tous les vins sans distinction (Organisation internationale pour le vin). Ce n’est donc pas, sur le plan œnologique, l’abomination et la désolation dont on nous rebat les oreilles. De plus, insiste «  De source sûre », ne soyons pas hypocrites puisque la possibilité de vinifier des raisins blancs et des raisins rouges ou d’assembler des mouts blancs et des mouts rouges  ou même d’enrichir avec un moût de couleur était ouverte pour tous les VQPRD français, même si seul le Champagne pour son rosé l’utilisait, alors que c’était une pratique interdite pour l’ensemble des vins de table, c’est-à-dire vins de pays compris, pour de sombres raisons de différentiels de prix d’intervention. La question posée se limitait donc, dans un premier temps, à ouvrir cette possibilité à l’ensemble des vins. C’est pour cette raison que la France, dans un premier temps, a voté pour.

 

Enfin « De source sûre » ajoute qu’il y a quelque danger à demander, au nom de l’information des consommateurs, un étiquetage distinctif : par exemple « vin rosé traditionnel » et « rosé issu de coupage » pour ce qui concerne une pratique œnologique autorisée car nos concurrents seraient en droit de nous demander d’indiquer, par exemple, sur les étiquettes de nos AOC qui ont recours à cette pratique autorisée « vin chaptalisé ». Ils ne le feront pas car si la France pourra rendre obligatoire l'inscription de la mention « rosé par coupage » pour les vins issus de mélange, ce sera seulement pour les produits fabriqués en France. Les rosés coupés fabriqués en Espagne ou dans les pays du Nouveau Monde (Australie, Afrique du Sud, etc.) par exemple ne seront pas concernés. Quand à ceux qui voudraient aller encore plus loin et distinguer entre le vrai et le faux rosé, « De source sûre » ironise qu’avec une telle approche nous ferons sûrement un tabac en Angleterre et qu’à coup sûr nous, les 1ier Producteur de Rosés du Monde, nous taillerons des croupières aux faux rosés californiens.

 

Avant de publier « ses 2 ou 3 choses » j’ai rassuré « De source sûre » : il n’avait rien à craindre un journaliste préserve toujours la confidentialité de ses sources.

Merci, si vous n’êtes pas d’accord avec les propos de « De source sûre » de ne pas me tomber sur le râble mais de lui adresser vos analyses en commentaires je sais qu’il les lira avec attention puisqu’il est un vieil abonné de mon blog.

De ce pas je pars à une dégustation de rosés de Provence. Bonne journée. Le pull ci-dessous est rose flashy même si sur la photo il paraît orange ceux qui m'ont croisé avec le savent. Je le porterai au premier rassemblement de l'Amicale des Bons Vivants. A propos si vous adhériez les retardataires ? Voir la charte de l'ABV à la rubrique PAGES (en haut à droite du blog) N°48.
 

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Jeudi 26 mars 2009

Le titre de ma chronique associant notre divin nectar à la philosophie pourrait représenter un répulsif puissant pour ceux d’entre vous qui ne souhaitent pas, dès le matin, se prendre la tête. Je les rassure de suite Arnaud Villani auteur d’un Court Traité du rien chez Hermann Editeurs www.editions-hermann.fr est un philosophe modeste, plein d’humour qui « cherche de l’herbe pour s’asseoir et deviser entre amis ».
L’auteur, ce qui doit être l’abomination de la désolation pour nos amis prohibitionnistes, dédie son Court Traité du rien au
Castel Oualou. Et oui mes chers amis, c’est t’y pas beau ça qu’un professeur de philosophie en Khâgne au Lycée Masséna de Nice, un artisan de têtes bien faites, un homme au contact direct de notre belle jeunesse, avoue ainsi sans doute des amitiés vigneronnes. Lisez le texte qui suit, il est écrit dans une langue compréhensible de nous tous pauvres buveurs et le vin, du moins son étiquette, inspire l’auteur en lui permettant d’introduire d’une bien belle manière son parcours à travers les cultures, les philosophies et les anecdotes du rien. Le vin en apéritif c’est très tendance : « et un Castel Oualou pour la tablée ! »

 

« Sur la route qui mène d’Avignon à Bagnols-sur-Cèze, on peut voir l’étiquette agrandie d’un grand vin, ornant un énorme fût à l’ancienne : Castel Oualou. Il faut passer plus d’une fois pour voir aussi, sur le castel traditionnel indiquant les bons cépages, une croix de Saint-André. Cela nous revient alors : en arabe, oualou signifie « rien du tout » (avec ce geste de la main qui passe deux fois sous un menton bien rasé).

Castel Oualou est donc une feinte et ne peut s’entendre qu’avec le sourire. On pourrait la traduire par Château Mon Œil, Château Cours Toujours, Château Bernique, Château Tu te fouilleras ou, dans une langue plus châtiée : De Château, point. L’anecdote ne s’arrête pas là. Car les propriétaires, attaqués en justice par des viticulteurs concurrents, n’eurent pas de mal à démontrer qu’il n’y avait ni publicité mensongère ni utilisation abusive voire frauduleuse de la dénomination « Château », puisqu’il était bien spécifié sur l’étiquette, par le nom et par le dessin, que c’était d’abord un castel et qu’ensuite il n’en était justement pas question. Et si l’on objectait que nous les usagers de la route qui va d’Avignon à Bagnols-sur-Cèze n’étaient pas forcément connaisseurs de la langue arabe, on pouvait se replier sur l’argument du dessin, montrant la chose et, du même geste, la niant ou plus exactement la déniant. D’où l’idée que, tout de même, « le rien, c’est quelque chose ! ». Et qu’à condition d’être appuyé sur quelque chose, il peut trouver sa place et faire son nid comme n’importe quel autre coucou du monde.

L’air de rien, cette anecdote est de grand enseignement. Le propre du philosophe qui a roulé sa bosse et « à qui on ne la fait pas », est de ne plus révérer les grands noms et de philosopher à partir de rien. Et par exemple, une bouteille de vin, envisagée même, on le voit pour son habillage et non pour son contenu ! Car pense-t-on sérieusement une seconde que, sur son lit de mort, la Justice, la Liberté et la Raison, en Majuscules et en grand apparat, viendront le visiter en noble prosopopée et l’inciter à prononcer, purs vers d’or, quelques inoubliables « dernières paroles » ? La philosophie est déjà grande, elle n’a nul besoin des grands signifiants. Elle commence dans l’herbe.

Le seul moment d’intense philosophie dans Platon, c’est lorsqu’il laisse Socrate (le vrai, non celui de Platon, comme on pourrait dire « Christ, le vrai, non celui de Paul ») chercher avec Phèdre « de l’herbe pour s’asseoir ». Cette grande parole éclipse bien des âneries exaltantes, dites sur un ton grand seigneur. Le vrai, c’est que l’homme est ici pour trouver « de l’herbe pour s’asseoir » et deviser entre amis. Ainsi, une étiquette de vin fera bien l’affaire.

Traité en paradigme, cet exemple des plus mince nous apprend ceci : le pouvoir du rien est sa capacité d’interroger le quelque chose. Ainsi, du fait qu’un vin (bon ou mauvais, qu’importe ici !) s’orne de l’image et du nom d’un château, c’est comme si nous avions mis de la noblesse infinitésimale sur notre table et dans nos verres. Le regret toujours vif d’avoir été contraint d’en finir avec le pur symbolique (noblesse, lignée, sang, la geste héroïque, l’héraldique, les châteaux et domaines) initie et renforce ce désir fou d’un « comme si de noblesse », reporté dans les meubles, la vaisselle, le décorum. Ainsi les enfants jouant à la dînette alignent leur être sur  ce jeu. La généralisation du snob (s. nob, sine nobilitae, suivait dans les registres les noms de ceux qui ne pouvaient faire état de « quartiers ») est l’une des raisons d’une compulsion des dépenses somptuaires qui creusent le fossé entre riches et pauvres et jettent non plus l’argent mais bien la Terre par les fenêtres de l’Univers. »

 SCEA Domaine de Castel Oualou Jean François Assemat

BP 15
30150 Roquemaure
Tél : 04.66.82.65.52


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Mercredi 25 mars 2009

Ce matin je vous propose quelques réflexions, qui touchent de très près notre combat pour le bien vivre, sur une société où les gens se cotoient et s'ignorent de plus en plus, sur une société qui cultive la peur et ses peurs, une société où l’émotion prend le pas sur la raison, une société où la phobie du risque est omniprésente , une société où la mesure du risque réel est supplantée par des messages dit de précaution.
Ces réflexions sont tirées d’un ouvrage « Révolution ! Pour en finir avec les illusions françaises » 2005 éditions Louis Audibert, du sociologue Gérard Mermet – ne pas confondre avec Daniel de France Inter – qui, depuis plus de 20 ans, dans Francoscopie, décrypte les mœurs des Français.
Même si je ne partage pas toutes les analyses de Mermet, même si parfois il m’irrite par son goût immodéré de la formule complaisante ou des classifications chics et chocs du type : les 3 France, les Mutants, les Mutins et les Moutons, il a le mérite de dégager, à gros traits, un portrait de la France et des Français qui permet de mieux comprendre. Certains vont me reprocher de n’avoir choisi que des extraits qui apportent de l’eau à mon moulin de la promotion du « bien vivre ». À ceux-là je donne le conseil de lire l’intégralité du livre et ils pourront constater que je n’ai absolument pas tiré la couverture au profit de mon plaidoyer pour l’adhésion à l’Amicale des Bons Vivants.

 

« Il y a plus de choses qui nous font peur que de choses qui nous font mal » Sénèque dans les Lettres à Lucilius

 

« Cette difficulté à cohabiter avec les autres se traduit par le fait que la « société de communication » est en réalité celle de l’incommunication. Hors de la sphère familiale, amicale ou « tribale », les relations entre les individus apparaissent de plus en plus limitées. Au point que l’on pourrait parler parfois de « société d’excommunication ». Le mot n’est bien sûr pas à prendre dans son acception religieuse, compte tenu de l’influence réduite de l’Église catholique dans la société actuelle. Il a ici une dimension laïque et rend compte de la difficulté relationnelle entre Français appartenant à des groupes sociaux différents.

Consciemment ou non, beaucoup de nos concitoyens imaginent que « les autres » sont potentiellement porteurs de maux (microbes, virus, bactéries), qu’ils représentant en tout cas un risque. En référence au système social indien des castes, chacun est pour ses voisins (occasionnels ou durables) un « intouchable ». Il l’est au sens propre du terme : il faut éviter à tout prix d’être en contact avec lui, de le toucher, voire de l’effleurer. L’utilisation de préservatifs n’est pas aujourd’hui limitée à l’acte sexuel ; elle concerne aussi (au sens figuré, cette fois) la plupart des situations de la vie. On assiste ainsi au développement d’une société sans contact. […]

 

« La société sans contact est aussi celle de la peur, de l’incommunication, de la séparation. Si l’on n’y prend garde, le besoin de stérilisation des relations humaines pourrait conduire à la stérilité de la société, c’est-à-dire à son incapacité à engendrer ou à renouveler la vie. […]

 

« Le maître mot pour qualifier la mentalité, les attitudes, les comportements et les valeurs des Français est celui de peur. Une peur qui est plus psychologique que physique, plus diffuse qu’identifiée, plus collective qu’individuelle. Mais le mot doit être utilisé au pluriel, car il recouvre des domaines très divers. Peur des autres et de leur pouvoir de nuisance à travers la délinquance, l’incivilité ou la concurrence. Peur du vide existentiel produit par la société matérielle. Peur de la science et de ses perspectives étonnantes ou effrayantes. Peur de la technologie, des objets complexes qu’elle produit, des frustrations qu’ils engendrent. Peur de ne pas savoir, de ne pas comprendre, de prendre les mauvaises décisions. Peur de ne pas trouver sa place dans la vie sociale, de ne pouvoir la maintenir ou l’améliorer. Peur d’être seul. Peur de la maladie, de l’accident, de la catastrophe. Peur, évidemment, de la mort.

Il n’est donc pas étonnant que les psys soient de plus en plus présents dans la vie, tant professionnelle que personnelle ou familiale, des Français. Leurs cabinets ont remplacés les confessionnaux des églises »

 

« On se trompe lourdement en imaginant que la France est toujours la fille de Pascal et de Descartes. Du premier, elle a oublié l’un des enseignements principaux : « Le moi est haïssable. » Le moi est en effet aujourd’hui au centre des préoccupations de chacun, renforcé par les discours des psys, largement relayé par les médias. Au point que l’introspection est devenue une spécialité nationale. C’est ainsi que notre pays détient le record mondial du nombre de sondages réalisés et publiés chaque année. En incitant à privilégier les sens par rapport aux sens, l’hédonisme, l’égocentrisme et l’égoïsme favorisent le primat de l’émotion sur la raison.

De Descartes, les Français n’ont guère retenu non plus les leçons. Le cartésianisme, éloge du rationnel, a disparu au fur et à mesure que l’émotionnel s’imposait dans les discours et dans l’appréhension du monde. […]

 

« La phobie du risque engendre des risques : celui de privilégier la sécurité au détriment de la liberté ; celui de fermer des pistes de réflexion et d’action qui seraient utiles pour inventer l’avenir, au prétexte qu’elle comportent une part de danger. Celui encore de laisser passer des occasions et d’accroître encore le retard de la France par rapport à d’autres pays développés, moins frileux en matière d’innovation parce que moins « précautionneux ». […]

 

«  Si la mesure du risque réel est souvent défaillante ou absente (elle est parfois impossible), c’est le cas ainsi de son évolution dans le temps. Ainsi, la France n’est pas (ou plus) un pays d’alcooliques et de fumeurs invétérés, contrairement à ce qu’imaginent encore beaucoup de Français. On assiste même, depuis plusieurs années, à une chute spectaculaire de la consommation d’alcool et de tabac. Depuis 1980, la première a diminué d’un tiers. La seconde a diminué de 13% en volume en volume en 2003. »


P
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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 24 mars 2009

Même si dans le Landerneau du vin nul ne songerait à me décerner l’Oscar du « chroniqueur le plus sérieux de l’année » le titre de ma chronique ne me doit rien, il n’est que le copié-collé d’une information glanée dans le n° de février 2009 de la RVI sous la rubrique « Les Bacchus 2008 » Mais alors qui est donc le père de cette cuvée  « l’Ami de Carla et de Nicolas » du Père Puig ? Suspens ! Qui est donc ce mystérieux Père Puig ? Un peu de patience mes chers amis. j'aime flaner, prendre des chemins de traverse, évoquer qu'en des temps reculés je fus le « médiateur » de la crise des Rivesaltes, et qu'à ce titre je fus convié au dîner de la nuit des Bacchus 1998 à Perpignan. Quel beau lien entre mes souvenirs et l'énigmatique cuvée « L’ami de Carla et de Nicolas » primée dix ans après.

 

* Détail : l'AVI est le papé en catalan, le grand père... à la RVI comme moi on cause pas le catalan alors on est excusable...

Donc si mes souvenirs sont bons c’était un samedi soir, ou un vendredi, peu importe. Le Tout Perpignan était au rendez-vous des Bacchus. Ces dames arboraient leurs toilettes de soirée et certains messieurs étaient empapillonés. Avant de passer à table je serrais des paluches et, comme à l’accoutumée, je me laissais aller à faire un peu de mauvais esprit, à propos de tout et de rien, avec les chefs de tribus et quelques amis du cru. Comme je faisais parti du paysage, les catalans, qui commençaient à me connaître, prenaient le parti d’en sourire. Pour ne rien vous cacher, ce n’était pas moi la vedette de la soirée mais Sophie Favier, une ex-coco girls de Stéphane Collaro, dont les appas (pour les canaillous ils sont visibles sur la Toile mais je ne mets pas de lien afin de ne pas me faire taxer de site X) ne laissèrent pas l’estrade indifférent. En effet, comme toujours en ce genre d’évènements, après les longs discours des divers présidents, ce fut l’interminable litanie de la distribution des Bacchus. Par bonheur, miss Favier, qui a un cheveu sur la langue, à son corps défendant – si je puis m’exprimer ainsi –  écorchait joyeusement ou buttait sur les patronymes catalans des lauréats ou ceux des domaines gagnants. Ces messieurs sur la scène l’entouraient, s’affairaient, bourdonnaient, s'échauffaient. Bref, l'évocation des dérapages incontrôlés de la Sophie Favier ce soir-là m’offre une belle transition avec là où je veux en venir : en effet je ne peux m'empêcher de d'imagner que « j’eusse beaucoup aimé entendre la Favier énoncer  l’identité du Père Puig, alias José Puig, mais cette année-là aucun Bacchus ne lui fut décerné… »

 

Mais qui est donc ce José Puig (prononcer puich) me direz-vous ? C’est une de mes vieilles connaissances. Les circonstances de notre rencontre, en 1984 – 25 ans déjà – valent d’être contées. Mon cher Ministre, qui n’était pas encore l’ambassadeur des manchots, ce cher Michel Rocard, homme d’ouverture, souhaita que je le représente au Congrès des Caves Particulières que tous les gouvernements de droite comme de gauche ignoraient pour ne pas déplaire à la puissante Confédération des Caves Coopératives (les audois Antoine Verdale et Achille Gauch s’adoraient). Donc, un bel après-midi, je me rends à Blois, au château, à l’invitation de François Chambovet président de la CNCP. Accueil courtois, chaleureux même. Comme dans tout Congrès qui se respecte : discours à la chaîne. Arrive le tour de José Puig. Je rappelle que nous étions en pleine négociation d’élargissement à l'Espagne et au Portugal de ce qui n'était alors que la Communauté Européenne à 10. Dans le Grand Sud, le moins qu’on puisse dire, c’est que c’était chaud. Donc, dans la plus belle tradition des harangues sudistes j’eus droit, de la part du catalan José Puig, vigneron et producteur d’abricots, à une volée de bois vert. La plate-forme du marché St Charles de Perpignan il connaissait le José. En plus il ne se privait pas de mettre les rieurs de son côté le José. Applaudissements nourris. Quand vint mon tour, le représentant du Ministre cause toujours le dernier, je plaidai la cause de l’élargissement avec pugnacité sans me faire chahuter et j’eus droit, moi aussi, à une belle bordée d’applaudissements. Et, comme dans ce genre d’occasions, tout fini par un banquet, c’est autour d’une bonne table, avec de belles bouteilles dessus, que José et moi avons scellé une « vieille complicité ». Pour parodier Anne Roumanoff « on ne vous dira pas tout… »

 

Vous comprenez donc mieux que lorsque j’ai découvert que la cuvée « L’ami de Carla et de Nicolas » provenait du facétieux José, ni une ni deux je l’ai appelé. Ça faisait un sacré bail qu’on ne s’était pas causé. José Puig était dans son camion, il allait au salon des VIF à Strasbourg. Je lui pose la question à mille francs : « pourquoi l’ami de Carla et de Nicolas ? » Tout simplement me répond José ce sont les prénoms de deux de mes petits enfants… » Sacré José, toujours le même, rien ne l’arrête. Bon, c’est OK, il m’envoie une bouteille du Grenache noir tuilé primé mais aussi une bouteille de Rancio 1972. Mais, ce qu’il faut que vous sachiez c’est que notre José, c’est un original, c’est un iconoclaste et, avec son Père Puig, en vin sec, comme on dit au pays du vin doux, il s’est permis beaucoup de « fantaisies » très en avance sur les conceptions de l’époque et il s’est ainsi taillé une belle réputation. " José Puig fut un des pionniers de la production de vins de cépages en implantant dans les terres alluviales de la Salanque du merlot et du cabernet-sauvignon. C’est après avoir parcouru les grands vignobles de France qu’il s’est intéressé au patrimoine ampélographique des appellations les plus prestigieuses dont il a toujours rapporté quelques greffons. Ainsi, après les cépages bordelais, le chardonnay et le viognier ne tardèrent pas à rejoindre ses vignes." Moi qui suis un garçon fidèle en amitié, même si certains me l’ont reproché lorsque j’étais « médiateur » du Rivesaltes, j’ai toujours eu un faible pour l’ami « de Carla et de Nicolas ». Merci José d’être resté toujours égal à toi-même.


Reste à vous dire pour conclure cette chronique buissonnière tout le bien que je pense du Rivesaltes en général et du Grenache Noir Tuilé de José en particulier. Comment avons-nous réussi l’exploit de faire boire à une majorité de français des Portos bien banaux alors que dans le même temps nous laissions les Rivesaltes décliner jusqu’à un quasi-oubli ? À Perpignan, et dans tout le département, pendant deux ans, j’ai répondu à cette question. Je ne vais pas y  revenir mais à trop vouloir vivre d’une petite rente en s’accrochant à un privilège fiscal obsolète et ravageur on en oublie l’essentiel : les consommateurs. Tout est à refaire. Tout est à reconstruire. Les places sont chères sur les linéaires. Le temps des gros volumes est derrière nous. On me dit que le Rivesaltes, sur de nouvelles bases, va redorer son blason. C’est tout le bien que je lui souhaite mais la partie sera rude et, selon la formule maintenant consacrée, je pense qu’il vaut mieux agir quand le baromètre est au beau fixe plutôt que réagir quand il file vers tempête. Ça fait moins de dégâts dans les rangs des vignerons et ça ne laisse pas une région dans l’état où se trouve ce beau département des Pyrénées-Orientales cher à mon cœur de « médiateur ».

Avant de goûter la cuvée du facétieux José Puig j’ai filé jusqu’à la Pâtisserie Laurent Duchesne, à deux pas de chez moi, 2 rue Wurtz dans le 13ième contac@taurent-duchene.com , meilleur ouvrier de France et meilleur éclair au chocolat de Paris – adresse recommandée aux membres parisiens de l’ABV, et à ceux qui viendraient respirer le bon air de Paris –  pour bien sûr acheter des éclairs au chocolat. Je vous assure que le Grenache Noir Tuilé 2000 du Père Puig, même si c’est encore un jeune homme, en compagnie des éclairs du Père Duchêne, c’est le « double péché de gourmandise » avec circonstances aggravantes puisque nous sommes en carême. On se lèche les doigts, on se pourlèche les babines et on se dit qu’à la première occasion on récidivera…


 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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