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               Vin&Cie, l'espace de liberté

Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est
" un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..."
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Mardi 30 mars 2010 2 30 /03 /2010 00:09

Devais-je traduire mon extrême bonheur par ce titre extrême ? Cédais-je en cela à la facilité ou exprimais-je ainsi l’intensité de mon plaisir ? Au terme d’une intense introspection je me posais une dernière question : « mais pourquoi diable prendrais-je un air contrit pour un beau et simple péché de gourmandise ? »
Assurément non !
J’assume mon statut de goûteur non patenté sans couvrir ma tête de cendres. J’entends déjà les plus impatients d’entre vous m’interpeler : « aux faits Berthomeau, aux faits... »
Minute papillon, ce matin mes mots sont indolents, ils prennent leur temps. Batifolent. Se prélassent. Oui, il est des jours où tout va, l’air est léger, le ciel pur, la pédalée fluide, et dans les arbres des contre-allées des Champs Elysée les oiseaux gazouillent, même que je me prends à rêver qu’à nouveau, un beau jour de juillet, y poussera du blé avec cette fois-ci plein de «gentils coquelicots mesdames» de «gentils coquelicots nouveaux ».

Comprenez, chers lecteurs, qu’avoir l’ambition de vous surprendre chaque jour, d’aiguiser votre appétit, de vivifier vos neurones, relève du péché d’orgueil. Rassurez-vous je ne suis pas en train d’égrener les 7 péchés capitaux mais de vous mener par la main jusqu’à ma table, celle de ce jour heureux où, cédant à une aimable invitation, je pédalais jusqu’au Laurent. Philippe Bourguignon, hôte souriant, voulait voir mon fier et noir destrier. Mais ce n’était que sa Gazelle de remplacement accrochée à un panneau de stationnement. Je sens que j’énerve même mes plus chauds partisans alors, pas de quartier, après cet envoi : je touche !
Oui « Après le choc des mots, le poids des photos ! »

Prenez-en plein les yeux !
Chapelle.BLC.sans_mill-2-.jpgTom 7233


















Et maintenant, parlons peu mais parlons vin ! C’est un grand blanc ! C’est un cru classé ! C’est un 100% rolle ! C’est une cuvée d’exception ! C’est un 2008 ! C’est le must du Château Sainte Roseline : La Chapelle Sainte Roseline !
www.sainte-roseline.com . En cette Provence dont l’image se résume trop souvent à celle du rosé, le château Sainte Roseline, avec ses 108 hectares de vignobles, tout en faisant la part belle à la couleur fétiche (50%) produit aussi des vins rouges (40%) et des blancs (10%). Je les suis depuis que je me suis autoproclamé dégustateur non patenté. Je les appréciais à leur juste valeur mais jusqu’ici je n’avais rien écrit sur mes lignes. Non que je fusse, comme certains qui, en notre beau pays, estiment que n’est grand que ce qui est petit, mais tout simplement parce je ne m’étais jamais trouvé en situation de le faire. Je suis ainsi fait, parfois lent, souvent impatient mais toujours vaillant.
 

Et puis, voilà qu’en ce mercredi 24 mars, touché par la grâce, le buveur assis que je suis s’est élevé vers les sommets du plaisir. Une forme de ravissement profond où l’émotion esthétique première, née du regard porté sur la Palette de légumes raves relevés d’huiles aromatiques et épicées, imaginée et réalisée par le chef du Laurent Alain Pégouret, cédait très vite la place à une émotion gustative, fine et légère, canaille, piquante, née d’une union réussie.

Le mariage se fit dans la simplicité. Pensez-donc chers lecteurs : un Grand Blanc de Provence avec des raves de toutes les couleurs ! Quel défi ! Coup de génie car, en dépit de mes préventions contre les marieurs et les marieuses de mets et de vins, ici, La Chapelle Sainte Roseline 2008 prenait son envol, atteignait sa quintessence en flattant, par sa fraîcheur et sa vivacité, mes papilles émoustillées par ces navets roturiers épicés.
Bravo les artistes !
Chapeau bas pour de la belle ouvrage vigneronne confortée par l’épure d’un chef !
Pour autant n’en concluez pas que mon enthousiasme ne se fonde que sur l’ambiance très cosy du Laurent. Qui peut le plus peut le moins La Chapelle Sainte Roseline 2008, reste en toute circonstance un grand blanc du Sud, élégant, raffiné et gorgé d’aromes floraux qui s’accordera aussi bien avec un beau loup grillé (chez moi c’est du bar) ou avec un merveilleux risotto aux truffes ou plus simplement avec une belle farandole de crudités de saison.


Pour l’édification des ignorants je reviens un instant aux raves (ne pas prononcer rêves bande de sacripants !). Le mot rave est un nom vernaculaire ambigu qui désigne en français des plantes potagères cultivées pour leur racine comestible. Cependant, le de Candole indique que d’autres variétés des mêmes espèces sont cultivées pour les feuilles (les choux), les inflorescences (les choux-fleurs), ou encore pour l’huile qu’on extrait des graines (colza, navette, etc.) Le roi des raves, le plus connu est bien sûr le navet  qui peut être blanc, jaune ou rouge. Ensuite, presque sur un pied d’égalité vient la betterave d’un beau rouge profond, puis le fameux céleri-rave blanc d’argent. Moins connus : le chou-rave, le brocoli-rave et la Rabiole du Limousin.


Enfin, rien que pour le plaisir deux belles photos et une belle chanson de Gilbert Bécaud pour donner un grand coup de chapeau à la perfectionniste Aurélie Bertin, fille de Bernard Teillaud, qui a repris les rênes voici 2 ans des deux beaux grands domaines dans cette Provence que chante Bécaud : le Château Sainte Roseline et le Château des Demoiselles. 
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Mosaïque de Marc Chagall «le repas des anges» dans la chapelle Sainte Roseline

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 Le Rosé 2009 La Chapelle Sainte Roseline photographié devant Intérieur au Violon hiver 1917-1918 d'Henri Matisse qui est en couverture du catalogue de l'exposition Méditerranée de Courbet à Matisse (Grand Palais sept. 2000-janvier 2001)

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /2010 00:08

Tom-7287.JPGAider le Beaujolais à sortir de l’ornière : l’idée fait son chemin. Le débat sur mon « Espace de Liberté » s’est engagé. Vif mais souvent pertinent, il ne peut suffire car trop souvent sur la Toile le soufflé monte aussi vite qu’il ne redescend. Des bonnes volontés venues d’horizon divers m’ont fait savoir qu’elles étaient disposées à me prêter main forte. J’ai pris bonne note en me demandant comment traduire en action cet élan. Et puis, jeudi dernier, j’ai pointé mon nez enfariné en Bourgogne, Nuits Saint Georges puis Beaune pour la 10ième édition des Grands Jours. Un déplacement, très «carbon neutral» dont je vous reparlerai dans les jours à venir, qui m’a permis de croiser des « acteurs » intervenant en Beaujolais. Comme de bien entendu nous en «avons parlé» et, là encore, j’ai apprécié la qualité de l’écoute et une réelle volonté d’agir. J’ai donc couché sur mon cahier Opération Beaujolais « Grand Corps Malade » des noms. Le soir, au dîner de l’Union des Maisons de Vins de Bourgogne, j’ai entendu son Président : Louis-Fabrice Latour évoquer l’accord signé, sous l’égide d’Yves Bénard le Président du Comité National Vins&Eaux-de-vie de l’INAO, entre la Bourgogne et le Beaujolais préfigurant la Grande Bourgogne. Juste avant de partir, un de mes collègues du Conseil Général du Ministère, en me transmettant un travail qu’il avait réalisé dans une autre région viticole, me faisait part aussi de son intérêt pour la démarche. Bref, voici brosser l’ébauche d’un léger frémissement qui me conforte dans mon approche pragmatique.


Reste, et ce n’est pas évident, à trouver le liant ou le lien qui permette de démultiplier les bonnes volontés, d’additionner les compétences, de les aider à contribuer, de faire que cet écheveau se transforme en pelotte. Belle ambition certes mais qui se heurte aux emplois du temps des uns et des autres, aux possibles dissonances, au peu de goût de certains pour les réunions, et enfin au point le plus sensible, puisqu’il s’agit de ma part d’une auto-saisine, le fait de travailler pour du beurre puisque personne parmi les instances officielles du Beaujolais, à l’exception du fils et petit-fils de vigneron qui m’a saisi du problème, ne m’a jamais rien demandé. Alors que faire et surtout comment faire ? Tout d’abord rester dans notre rôle, ne pas nous transformer en missionnaires en charge de « l’évangélisation » des masses, s’en tenir à une approche de proximité, modeste, attentive, indemne de toute exclusive, hors les chapelles et les ayatollahs. Créer le mouvement, instiller de la confiance, sortir des idées reçues, explorer toutes les pistes ouvertes, dire et écrire, mobiliser les énergies pour le renouveau. Tenir un tel discours va me valoir sans doute les lazzis des éternels sceptiques ou les reproches de ceux qui estiment que je m’occupe de ce qui ne me regarde pas. Rassurez-vous, je suis vacciné.

 

Hasard de l’écriture et de l’instantanéité du Net, ce matin, alors que je ponds cette chronique, un commentaire d’Isabelle, dont j’ai apprécié le Moulin à Vent à Montreuil, tombe : « On est fort en beaujolais: on continue à parler de nous, même quand la crise est au plus fort, quand on dit que plus personne ne veut acheter du beaujolais! Ça fait presque 20 ans que la crise est arrivée dans notre région. On n'a pas voulu la voir faisant une confiance aveugle aux négociants et étant persuadé que le consommateur ne pourrait pas se passer de boire de Beaujolais... Et ça m'énerve aussi un peu quand j'entends les vignerons des crus qui accusent le Nouveau d'être la cause de leur malheur. Ils n'avaient qu'à se bouger un peu...réagir quand le beaujolais avaient encore la cote...au lieu de ça on déclassait des beaujolais villages ou des crus en Nouveau! Et oui, parce qu'en beaujolais, les rendements autorisés étaient supérieurs... » Et de conclure : « Arrêtons de compter sur les autres pour s'en sortir? Il faut que chacun se sente enfin responsable de sa cave et de son vin et prenne le courage de mettre son nom sur la bouteille et d'aller le vendre. Arrêtons de se justifier d'être en beaujolais. Soyons fier de notre région, de nos vins. Jamais je n'ai à m'excuser d'être en beaujolais : c'est à prendre ou à laisser! On y trouve des vins magnifiques de fruit, de fraîcheur et de caractère. Vive le beaujolais! »

 

Paradoxalement, même si Isabelle en appelle, non à compter sur les autres, mais au sursaut de ses collègues pour sortir le Beaujolais de sa crise, je trouve dans son commentaire un encouragement à venir prêter main forte à celles et ceux qui ne baissent pas pavillon. Démarche amicale, loin des ordonnances des docteurs je sais tout, à cent lieux des conseilleurs qui ne sont pas les payeurs, qui place l’opération « Beaujolais Grand Corps Malade » dans cet esprit de prise en charge par les intéressés. Compter d'abord sur soi-même comme je l’avais déjà écrit dans ma première chronique : « C’est donc à dessein que j’ai titré ma chronique « Grand Corps Malade » en référence à ce grand garçon sympa qui a su, avec ses propres forces, surmonter son handicap lié à son accident pour « réussir ».  

Comme je me suis autoproclamé « accoucheur de décisions » je vous sollicite donc, chers lecteurs et lectrices, pour être membres actifs dans mon équipe que j’ai pompeusement baptisée : « Task Force » pour frapper les esprits et bien souligner l’esprit qui l’animera : être de simple relayeurs auprès des gens du Beaujolais !

 

Pour ceux que ça intéresse c’est simple : vous me faites parvenir sur ma messagerie berthomeau@gmail.com votre adhésion à la « Task Force ». Ça vous engagera à quoi me direz-vous ? À ce que vous souhaiterez, à ce nous souhaiterons ensemble, à ce que nous ferons ensemble. Ainsi soit nous créerons une forme originale de réseau communautaire pour aider, soit mon initiative fera un gros plouf et je continuerai de tracer mon chemin en solitaire.

à bientôt sur mes lignes... 
 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Samedi 27 mars 2010 6 27 /03 /2010 00:02

Notre temps, qui se dit si soucieux de la nature, des petits oiseaux, des gentils insectes, des lapins folâtres et des abeilles butineuses, par un étrange oukase de la cohorte des biens pensants, des pédagogues gris, des gardiens de la santé publique, tient nos enfants à distance de la vigne comme si celle-ci, liane infernale, allait avant même que leurs dents de lait soient tombées les enlacer, les séduire, pervertir leurs jeunes esprits, noircir leur âme pure, leur ouvrir le chemin qui les mènera tout droit l’âge aidant, vers l’enfer des adorateurs de son jus fermenté. Alors, au lieu de débiter à longueur de contre-étiquette des banalités sur l’accord parfait d’un Gigot d’agneau avec une Première Cote de Bordeaux ou sur l’incomparable royaume des schistes et des grès de Saint Chinian ou chanter la gloire du Petit verdot et du Gros Manseng, donner aux mamans, soucieuses d’éveiller l’imagination de leurs mouflons et mouflonnes, des textes tel que celui qui suit.  merle_noir_004_-aquarelle-.jpg

« À Cabara, en bord ‘eaux de la rivière, et à Saint-Aubin de Branne, en sol majeur de roc et d’argile, les terres de mes vignes sont travaillées à la charrue pour préserver la vie de la nature.

Perché au faîte des vignes, chaque jour, le merle voit couler l’eau douce de la rivière vers la mer.

Et chaque jour, également, au rythme des marées, il voit la rivière remonter inlassablement vers sa source et donc vers la mémoire de ses origines.

Le merle inspiré par ce rituel quotidien, offre alors ses chants au seul agrément des &amateurs en se tenant volontairement à l’écart du savoir étrange de prétendus experts et de soi-disant notables concentrés sur la typicité des sélections officielles et des standards en chaîne.

Par son propre chant, à sa manière, il exprime sa fierté d’être libre sans jamais imiter le chant du rossignol.

À la vie dure des honneurs et aux cours magistraux des hommes le merle aux noirs reflets préfère le cours de la rivière.

Des écoles il ne connaît que les cours de récréation : là au moins les règles y sont sincères et véritables...

Permettez-moi simplement d’être sensible, par la Nature des choses, à tout ce que le merle et la rivière me racontent...

Chaque oiseau, de ses propres plumes, signe son chant. »

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L’ami
François des Ligneris  auteur de ce beau texte écrit pour les Grands qui ont gardé un cœur d’enfant mais je ne doute pas qu’il existât encore des mamans capables de broder, sur la trame de cette histoire de merle juché sur le faîte des vignes regardant aller et venir la rivière, avec des mots d’enfant un conte qui leur fasse aimer les chemins de la simplicité, de la liberté et de l’altérité. Le titre : Le Prince Sarment leur mettra déjà l’eau à la bouche et comme le dit François leur permettra peut-être de comprendre que ce modeste petit bout de bois qui part dans tous les sens est un indispensable trait d’union entre le cep et le raisin « sans les sarments de la vigne, il n’y aurait pas de raisins, donc pas de vin... Gloire soit rendue aux sarments, princes du vin à venir et de nos rêves secrets ! »

Le Prince Sarment  est un Vin de Table de France titrant 13,5° issu des vignes de  François des Ligneris vigneron à Cabara et Saint-Aubin de Branne en Gironde www.UADF.COM et l’étiquette est une aquarelle de Marc Couturier. Je viens de le boire ce soir alors que le thermomètre de ce début de mars vient de faire une rechute. Il m’a réconforté tel un ami solide et chaleureux. Et puis, pour ne rien vous cacher j’adore les merles car ils ne pas bégueules, toujours en mouvement ils sont démonstratifs, insolents, rieurs et persiffleurs. Des bons vivants quoi !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 26 mars 2010 5 26 /03 /2010 00:05

J’extrapole ! À peine chers lecteurs, je me contente de pousser le bouchon, si je puis dire, à l’extrême limite de ce qui sépare la science-fiction d’un futur possible.  D’où me viens cette idée saugrenue ? Du concept de « ferme verticale » fondé sur l’idée de cultiver à une échelle significative des produits alimentaires dans des tours de manière à produire sur une faible emprise au sol, y compris en ville pour répondre à des besoins de proximité (locavores et circuits courts). Les farmscrapers sortent tout droit d’un concept développé en 1999 par Dickinson Despommier, professeur en santé environnementale et microbiologie à l’Université Columbia à New-York avec des étudiants d’une « Medical Ecology Class ». Selon lui, de telles tours, pourraient être construite pour environ 84 Millions de $. L’architecture de ces tours a été développée par Andrew Kranis de Columbia University et Gordon Graff d’University of Waterloo.

« Ce que nous proposons ici est radicalement différent de ce qui existe déjà. Nous envisageons la récolte d’une très grande variété de produits dans une quantité suffisante pour soutenir même la plus grande ville du monde sans trop dépendre des ressources, au-delà de l’empreinte urbaine.

Notre groupe a déterminé qu’une seule ferme verticale avec une empreinte architecturale équivalente à un pâté de maisons de New York et d’une hauteur de 30 étages pourrait fournir assez de calories pour satisfaire les besoins alimentaires de 50 000 personnes (2 000 cal/ jour/personne), et principalement en employant des technologies actuellement disponibles », assure Dickson Despommier

 

« Le projet Sky Farm, présenté par le designer Gordon Graff pourrait ainsi s’ériger sur 1,3 ha à Toronto, atteindre les 230 mètres sur 58 étages et produire autant qu’une ferme de 420 ha. L’arrangement des cultures se fait en fonction des besoins de chacune en termes d’ensoleillement, de température... En haut du building, de la laitue. Quelques étages en dessous, des carottes, puis des haricots verts. En continuant la descente, nous arrivons aux épinards, puis aux poivrons, au blé et aux pommes de terre. Nous ne sommes plus qu’à une dizaine d’étages de haut, l’élevage de poulets pour la viande comme pour les œufs commence, à côté des tomates, des courgettes et des fraises. Promesse : de la nourriture pour 35 000 personnes. »

En 2008 le New York Times écrivait qu’une ferme pourrait voir le jour à Manhattan, et ô surprise l’agence d’architecture retenue pour mener à bien ce projet serait... française « Augustin Rosenstiehl, a French architect who worked with Dr. Despommier to design a template “living tower”, said he thought that any vertical farm proposal needed to be adapted to a specific place. Mr. Rosenstiehl, principal architect for Atelier SOA in Paris, said: “We cannot do a project without knowing where and why and what we are going to cultivate. For example, in Paris, if you grow some wheat, it’s stupid because we have big fields all around the city and lots of wheat and it’s good wheat. There’s no reason to build towers that are very expensive.

tow2.jpgEn effet, SOA planche depuis des années sur un projet de «tour vivante » en collaboration étroite avec Despommier. Selon Pierre Sartoux et Augustin Rosenstiehl, inventeurs du concept, « la séparation entre ville et campagne, urbanisme et espaces naturels, lieux de vie, de consommation et espaces de production alimentaire est de plus en plus problématique pour un aménagement durable du territoire. » D’où leur idée de concevoir une tour à énergie positive fondée sur l’éolien et le solaire, au sein de laquelle on produirait fraises, tomates, et toute autre denrée alimentaire répondant à un besoin local. Une ferme de banane sur les Champs-Élysées ? 487kgs de bananes par jour ? Le reste des chiffres bientôt sur le site ! http://www.eco-tower.fr/

skyfarming070409_6_560.jpgAfin de ne pas déclencher une bataille rangée entre les Anciens et les Modernes, entre les carbon neutral et les supporters du Mammouth allègre, entre les Verts et les Pas mûrs, entre les partisans de l’agriculture paysanne et les défenseurs des gros tracteurs, les In et les Off qui s’empaillent sur la Passion du Vin, je ne vais pas vous énumérer la longue liste de tous les bienfaits de « l’agriculture verticale » car tel n’était pas mon propos de ce matin. Mais, à propos, quel était donc votre propos me feront remarquer certains ?

Tout bêtement d’ériger une Wine Tower à la Défense sur le modèle déjà développé par Bernard Bled (ex SG de la Ville de Paris sous J. Chirac) qui a fait planter 10 ares de vigne sur la dalle de béton en bas de l'esplanade, juste au-dessus du tunnel qui mène à l'autoroute 14. Selon notre homme « c'est une initiative symbolique pour donner une autre image de la Défense et insister sur son caractère humain et convivial ; preuve que le béton n'est pas antinomique avec la qualité de vie. Et quoi de plus symbolique que la vigne pour revenir aux sources ? Il y a la terre, l'homme et le fruit de son travail » (voir ma chronique du 5 juillet 2007 Vin de Béton du http://www.berthomeau.com/article-Vin de béton-NaN.html)

Il s’agirait donc sur le plan technique de transformer et de diversifier le projet. En effet puisque l'opération menée pour le sieur Bled, par « La rue des Vignes » société spécialisée dans la plantation et l'entretien de vignes en Ile-de- France, a consistée à complanter du Chardonnay et Pinot Noir de Bourgogne et à importer de la terre : 800 m3 venant de Bourgogne, soit 80 cm de profondeur, déposés sur une couche de pierre de lave destinée à drainer les excès d'eau, dans la Wine Tower toute la France des Grands Vins pourrait être ainsi empilées et offriraient aux hordes touristiques débarquant dans notre capitale la vision grandiose et en vraie grandeur de la hiérarchisation de nos chères appellations françaises. Afin de ne froisser aucune susceptibilité régionale, de ne vexer personne et surtout par les Présidents, je ne vais pas proposer dans cette chronique l’affectation des étages mais je propose que l’INAO nomme une Commission de Classement pour réaliser cette noble et difficile tâche. Je vous laisse imaginer les installations de vinification (tout en gravitation), les cuves inox façon Beaubourg, les chais de vieillissement dans le ventre de la Défense.
Voilà un Grand Projet mobilisateur pour le Grand Paris mes très chers amis !
Affaire à suivre assurément...

 

  

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /2010 00:02

Ne criez pas trop vite à la provocation, lisez ! Ce texte, commis par un provocateur qui raillait la mort en sachant que la sienne était à sa porte, vaut le respect. 
Il s’agit d’un Texte de Pierre Desproges inclus dans le spectacle de Christian Gonon à qui la Comédie Française avait donné carte blanche pour une représentation exceptionnelle. Le succès du spectacle fut tel qu’il a été repris en tournée, notamment au Théâtre du Vieux-Colombier en 2010.

desproges.jpg

 

Dans son Avant-propos : « Lettre ouverte à Monsieur Pierre Desproges, écriveur de textes, emporté à son insu par un crabe affamé qui lui broutait le poumon » il écrit : 72105 fr christiang

« On dirait que nous aurions bu ensemble notre premier saint-émilion grand cru classé (même si moi j’ai un petit faible pour le saint-joseph que fait mon cousin en Ardèche à Mauves, c’est facile à trouver, il s’appelle Gonon comme moi).


Voici le texte de Pierre Desproges donc (en bonus 6mn 59 de bonheur en fin de chronique avec Desproges procureur au Tribunal des Flagrants Délires et l'accusé Daniel Cohn-Bendit) :
 

« Je vais mourir ces jours-ci. Il y a des signes qui ne trompent pas :

 

Sur le plan purement clinique le signe irréfutable de ma fin prochaine m’est apparu hier à table : je n’ai pas envie de mon verre de vin. Rien qu’à la vue de la liqueur rouge sombre aux reflets métalliques, mon cœur s’est soulevé. C’était pourtant un grand saint-émilion, un château-Figeac 1971, c’est-à-dire l’une des plus importantes créations du génie humain depuis l’invention du cinéma par les frères Lumière en 1895. J’ai soulevé mon verre, j’ai pointé le nez dedans, et j’ai fait : « Beurk. » Pire, comme j’avais grand soif, je me suis servi un verre d’eau. Il s’agit de ce liquide transparent qui sort des robinets et dont on se sert pour se laver. Je n’en avais encore jamais vu dans un verre. On se demande ce qu’ils mettent dedans : ça sent l’oxygène et l’hydrogène. Mais enfin, bon, j’en ai bu. C’est donc la fin.

C’est horrible : partir comme ça sans avoir vécu la Troisième Guerre mondiale avec ma chère femme et mes chers enfants courant nus sous les bombes. Mourir sans savoir qui va gagner : Poulidor ou Hinault ? Saint-Etienne ou Sochaux ?

Mourir sans avoir jamais rien compris à la finalité de l’homme. Mourir au cœur de l’immense question restée sans réponse : Si Dieu existe, pourquoi les deux tiers des enfants du monde sont-ils affamés ? Pourquoi la terre est-elle en permanence à feu et à sang ? Pourquoi vivons-nous avec au ventre la peur incessante de l’holocauste atomique ? Pourquoi mon magnétoscope est-il en panne ?

Pourquoi ? pourquoi, pourquoi ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? D’où venons-nous ? Quand est-ce qu’on mange ? Seul Woody Allen, qui cache pudiquement sous des dehors comiques un réel tempérament de rigolo, a su répondre à ces angoissantes questions de la condition humaine ; et sa réponse est négative : »Non seulement Dieu n’existe pas, mais essayez de trouver un plombier pendant le week-end. »

J’en vois d’ici qui sourient. C’est qu’ils ne savent pas reconnaître l’authentique désespérance qui se cache sous les pirouettes verbales. Vous connaissez de vraies bonnes raisons de rire, vous ? Vous ne voyez donc pas ce qui se passe autour de vous ? Si encore la plus petite lueur d’espoir nous était offerte !

Avant de mourir, je voudrais remercier tout particulièrement la municipalité de Pantin, où je suis é, place Jean-Baptiste-Vaquette-de-Gribeauval. Et, comme je suis n é gratuitement, je préviens aimablement les corbeaux noirs en casquette de chez Roblot et d’ailleurs que je tiens à mourir également sans verser un kopeck. Ecoutez-moi bien, vampires nécrophages de France : abattre des chênes pour en faire des boîtes, guillotiner les fleurs pour en faire des couronnes, faire semblant d’être triste avec des tronches de faux-culs, bousculer le chagrin des autres en leurs exhibant des catalogues cadavériques, gagner sa vie sur la mort de son prochain, c’est un des métiers les moins touchés par le chômage dans notre beau pays.

Mais moi, je vous préviens, croque-morts de France : mon cadavre sera piégé. Le premier qui me touche, je lui saute à la gueule.

 

Etonnant, non ? »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 24 mars 2010 3 24 /03 /2010 00:09

C’est pour moi un rituel annuel : depuis 2003 l’association des bouffons bios de Montreuil organise un Marché des Vins Bios (http://bouffonsbios.ouvaton.org/) et j’y va à mon pas. Aux temps héroïques, lorsque les « rouges » tenaient la ville, la manifestation trouvait refuge dans des lieux improbables mais où il faisait bon se retrouver même si quelque fois on se les gelait. Aux dernières municipales, à la surprise générale, Montreuil est tombée dans l’escarcelle des Verts sous la houlette de Dominique Voynet. L’indéracinable Brard, bon stal repeint en rénovateur, toujours député, ne s’en est pas remis. Bref cette année rendez-vous était pris au bar de la salle des fêtes de la Mairie de Montreuil.

Le fait est à souligner : voilà un bel engagement d’une élue pour le vin, qu’il fut Bio, ce qui est logique pour une élue écologiste, n’enlève rien à l’exemplarité. Donc avec ma petite auto qui parle, samedi matin cap sur le neuf-trois. À 350 mètres du but selon ma guide je trouve une place de stationnement. Vu que je suis un 75, un parigot tête de veau, je prends le risque de la gratuité. Quelques pas plus avant je passe devant le pavillon des époux Duclos sis au 22 avenue du Président Wilson. Je me souviens du petit pâtissier rondouillard, stalinien pur et dur, l’homme du bonnet blanc Pompidou, blanc bonnet Poher, de l’élection présidentielle de 1969 : meilleur score du PC 4 808 285 voix (21,27%). Sur ma droite des palissades enserrent une énorme balafre urbaine, un vaste chantier de rénovation : le centre-ville de Montreuil va-t-il s’humaniser ?

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Tom-7208.JPGMairie de Montreuil c’est le terminus de la ligne 9 qui, pour ceux qui ne le savent pas se termine, ou presque, à Billancourt. Tout un symbole de la fameuse ceinture rouge de Paris fief des communistes. Comme il se doit le bâtiment de la mairie, qui date de 1935, a la gueule de l’emploi : lourd, imposant, très néostalinien. Sur le flanc gauche, là où se trouve l’entrée de la mairie une statue du sculpteur Gilbert représente l’agriculture sous sa forme jardinière là où se trouve l’entrée de la mairie une statue représente l’agriculture sous sa forme jardinière liée sans doute à la tradition agricole et horticole de Montreuil symbolisée par les fameux « Murs à pêches ». Ceux-ci, hauts de 2,70 mètres, épais de 80 cm et surmonté d’un chaperon de tuiles ou de plâtre étaient orientés nord-sud afin que l’une de ses faces soit en permanence exposé au soleil. Aux flancs de ces murs des pêchers étaient greffés sur des « francs », arbres sauvages et résistants. Sur des terres pauvres chaque pêcher produisait de 200 à 500 pêches par saison. Biodiversité extraordinaire : jusqu’à 400 variétés « répondant aux doux noms de la « Grosse Mignonne », « la Belle Impériale », « la Galande », « le Téton de Vénus »... » Au XIXe les pêches méridionales concurrençant la production locale ont envoyé les « murs à pêches » dans le rayon du Conservatoire des traditions populaires « 8,5 ha sur 38 ont été classés. »

signac-mairieLe Marché se tient donc au 2d étage, le bar de la salle des fêtes donc, et s’étend aussi sur une mezzanine. Le lieu est agréable et vaste (voir photos),  même si, comme il est de tradition dans ce genre de manifestation, l’absence de la moindre chaise mets à rude épreuve le dégustateur qui souhaite faire une pause ou se restaurer. Moi j’ai la nostalgie de l’année où le marché s’était tenu au  Studio Pathé-Albatros, pas très confortable mais ça avait de la gueule. Trêve de souvenirs quand faut bosser faut bosser.
Tom-7186.JPGMon problème, où que j’aille déguster, est toujours de savoir par qui je commence. Aujourd’hui j’adopte une méthode hautement berthomesque : je rends visite, au nom de la défunte Union de la Gauche je file chez Pierre Hervé vigneron au Domaine de Bel Air à Villiers sur Yonne dans la Nièvre (lui sur la photo). Il est vigneron à temps plein depuis 2003, ses vins sont des Vins des Coteaux de Tannay (pour l’édification de mes lecteurs la zone géographique : canton de Tannay et les cantons de Clamecy et de Brinon sur Beuvron ; du côté cépages pour les blancs Chardonnay et Melon de Bourgogne et les rouges et les rosés : Pinot Noir et Gamay pour les principaux et gamay teinturier de Bouze et Gamay de Chaudenay en accessoires (20% maximum).

Tom-7178.JPGMon préféré : Le Chardonnay cuvée Au Balcon 2008 un très beau rapport qualité/prix 15/20 à 7 euros. Commencer ma dégustation ainsi ça donne envie. 


-         Le Cambon 2007 de Marie et Marcel Lapierre Beaujolais www.marcel-lapierre.com  12 euros un excellent Beaujolais dans l’esprit inégalable de Marcel Lapierre je suis fan 14/20

-         Le Razdu 6002 cépage Duras des Causse Marines 81140 Vieux Tel 05 63 33 98 30 / Fax  05 63 33 96 23 email : causse.marines@gmail.com toujours surprenant un vin près de la nature qui ne sent pas la bouse de vache j’aime 15/20 13,5 euros

-         Le Cote de Brouilly 2008 de Christophe Pacalet (j’ai paumé le prix) net et sans fioriture pourquoi douterait-on de l’avenir du Beaujolais avec des vins ainsi faits 14/20

-         Le Blanc de Garance 2009  AOC Cotes du Rhône www.rougegarance.com : un grand blanc du Rhône pour un prix doux 18/20 8,00 euros

-         Le Beaune Rouge 2008 du Domaine Fanny Sabre 18 avenue de la République Beaune 21200 15 euros de la belle ouvrage, raffiné et croquant 15/20

-         Le Moulin à Vent 2009 du Domaine des Côtes de Molière www.cotes-de-moliere.com vif, plus que sympathique, un cru du Beaujolais à prix doux pour une belle matière traitée avec soin et amour, gouleyant pour faire plaisir à Périco Légasse 18/20

-         Le Bergerac Sec 2005 cuvée Allier de Richard Daughty www.chateaurichard.com 7 euros vif, sympathique, à boire suite au grand chelem du XV tricolore pour saluer la prestation de celui de la Rose. 15/20

-         Beaune 1er Cru Les Coucherias 2007 Jean-Claude Rateau www.jc-rateau.com 22,50 euros. Très belle bouteille pour les grandes occasions, beau potentiel, de la finesse à revendre 16/20

-         Le Champagne Trilogie 1995 Brut Champagne Fleury www.champagne-fleury.fr un très beau champagne aubois millésimé a un prix 29,50 euros justifié qui se place au niveau des grands qui affichent eux des prix plus lourds 18/20

-         Le Muscadet Sèvre et Maine sur lie domaine de la Bregeonnette de Stéphane Orieux La Touche à Vallet stephane.orieux@wanadoo.fr 02 46 68 41 un beau Muscadet comme je les aime, fringant, frais, vif avec un prix gentil 5,10 euros 15/20

 

 

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Lundi 22 mars 2010 1 22 /03 /2010 22:00

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Dany le Rouge devenu Vert, ce lundi 22 mars 2010, repasse les plats.

42 ans déjà ça ne me rajeuni pas.

Moi je n’étais qu’à Nantes lui à Nanterre mais, comme l’écrivent Hamon et Rothman « c’est un meneur naturel, exact baromètre de la sensibilité médiane, armé d’un bon sens aigu, d’un flair et d’une intuition rares. Il « sent » comme personne une assemblée générale, sait jouer de son talent oratoire, de sa faconde, de son fulgurant esprit de répartie pour orienter le flux sans avoir l’air. »

L’a pas changé ! Moi non plus alors je proclame profitons du flux !

Attention, pas question de nous immiscer dans les débats des Verts mais tout simplement de faire entendre la voix des Verres.

Avant d’aller plus avant un petit point d’histoire pour ceux qui n’étaient pas nés ou ceux qui se promenaient encore en culottes courtes ou en jupes plissées, c’est dans la salle du Conseil de la tour administrative de l’Université de Nanterre occupée, qu’à une heure du matin, en présence de 142 personnes – je ne sais qui a tenu cette comptabilité précise – que se créé le mouvement du 22 mars. Le nom, dit-on, se veut un hommage au mouvement du 26 juillet que Castro avait fondé à Cuba.

Pour la petite histoire, le premier haut fait d’arme de Dany à Nanterre était intervenu lorsque François Missoffe, Ministre de la Jeunesse, inaugurant la piscine de Nanterre, s’était vu reproché par le trublion d’avoir laissé publier un rapport sur la jeunesse qui ne traitait pas de la sexualité. Le Ministre aurait, du moins le prétend-on, conseillé à Cohn-Bendit d’aller refroidir ses ardeurs dans le grand bassin. Bref, tout est un peu parti des filles dont les cités universitaires étaient interdites aux garçons.

Laissons Dany à ses coopératives de Verts et proclamons sans vergogne que « Nous sommes tous, nous les leveurs de Verres, des Bons Vivants ! »

Nous sommes le biotope du Bien-Vivre.

Nous sommes les derniers remparts de la Biodiversité des terroirs !

L’Amicale du Bien Vivre dites des Bons Vivants est la seule organisation pollinisatrice en notre beau et vieux pays puisque nos idées peuvent être butinées et féconder celles et ceux qui s’ennuient dans une société aseptisée, normée, encadrée, anxieuse, peureuse, inhospitalière.

Le bien-vivre en est notre antidote radical.

Dans nos statuts qui ne sont déposés nulle part il est écrit :

 « Le bien-vivre n’est ni un luxe réservé à une élite, ni le privilège d’une société opulente, mais un élément essentiel de notre mode de vie à la française.


Convivialité, accueil, hospitalité, échange, plaisirs simples partagés, trame de liens amicaux, voisinage, ciment de la vie en société, le vin est, et reste, comme l’écrivait l’ethnologue Claude Lévi-Strauss en 1974, une boisson à consommer ensemble. »

Nous sommes, en ce 22 mars 2010,  les seuls refondateurs du Mouvement car nous sommes une AMICALE, c’est-à-dire un point de jonction de femmes et d’hommes, de tous âges, de toutes professions, de tous horizons, de toute notre vieille France ou d’ailleurs, qui affirmons, tranquillement mais fermement notre droit, car nous sommes conscients de nos devoirs, à être responsable de la conduite de notre façon de vivre.

Nous sommes aussi un réseau citoyen ludique, joyeux, convivial en capacité de s’adresser à l’opinion publique par des canaux et des messages qui donneront du monde du vin une image positive « un peu de douceur dans ce monde de brutes… » Nous tirons notre force de conviction de notre convivialité.  

Nous voulons convaincre nos concitoyens par notre tranquille assurance, notre inébranlable volonté d’affirmer que nous sommes les plus soucieux de leur bien-être.
Nous n’avons ni président, ni porte-parole officiel, mais nous sommes pugnaces, vigilants, attentifs, prêts à nous mobiliser pour mêler nos forces aux justes combats.

Rejoignez-nous !

Si vous adhérez à l’Amicale vous resterez libre, elle ne vous embarquera dans aucune galère, nous ne serons porteurs ni de pancartes, ni de banderoles, mais du bien-vivre à la française, avec nos sourires en bandoulière et avec notre inoxydable bonne humeur, affichées en tout lieu et par tout temps.


Paris le 22 mars 2010
 

Le Secrétaire Perpétuel autoproclamé de l’ABV

 

Jacques Berthomeau

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Lundi 22 mars 2010 1 22 /03 /2010 00:03

original 12795Pour qui, comme moi sur I-télé il y a quelques années, s’est retrouvé en face du dénommé Durand dans une émission a pu constater l’absolue suffisance du bonhomme et son incommensurable j’m’en foutisme. Les Guignols de l’Info lui ont, en leur temps, à juste raison, taillé le seul costard qu’il méritait, celui qui sied à un j’en foutre, un j’en foutre rien. Ce type est un ramier de la pire espèce : l’arrogante.

Que ce bouffon postmoderne, dans son habituelle syntaxe approximative, qualifiât les vins bios de dégueulasses, dans une émission de télévision du Service Public – que je finance comme vous tous par l’impôt – consacrée au réchauffement climatique avec l’ex-Mammouth Jospinien, relève de la vacuité de sa pensée qu’il compense par le recours systématique à des petites phrases qui se veulent provocatrices. Durand est à l’image de la télévision d’aujourd’hui : creux, frimeur et racoleur.  

Quand j’ai vu sur notre blog des 5 routards – pas mal comme appellation Catherine, je m’imagine bien dans la peau de Peter Fonda ou de Denis Hopper en Harley, avec une veste à franges et des santiags, filant sur la route 66 – que Christine Ontivero avait pris la peine de lui écrire, en l’interrogeant « Savez-vous que la plupart des plus grands vignerons français et étrangers produisent leurs vins avec des raisins issus de l'agriculture biologique? » je me suis dit : « c’est vraiment lui faire trop d’honneur que de laisser supposer une seule seconde qu’il puisse savoir... » puis j’ai ajouté, dans ma petite Ford intérieure, « en plus elle perd son temps... »

Et puis, réflexion faite – ici, contrairement à la crèmerie d’Arlette, on réfléchit – à la lecture des noms cités par Christine Ontivero « Cazes à Rivesaltes, Domaine Zind-Humbrecht en Alsace, Alphonse Mellot à Sancerre, Domaine Huet à Vouvray, Domaine des Roches Neuves à Saumur, Chapoutier dans la Vallée du Rhône, Anne Claude Leflaive à Puligny Montrachet, François Chidaine à Montlouis sur Loire, Château Fonroque à St Emilion, Domaine St André de Figuière à La Londe les Maures, Pontet Canet à Pauillac, Domaine Singla dans le Roussillon dont les vins viennent de rentrer à l’Elysée… » j’ai goûté avec délice la honte fondant sur le beau costar du Durand. Ses copains ont du le vanner grave dans les dîners en ville : « Guillaume t’es vraiment trop... tu t’es salement vautré... allons comment as-tu pu zapper Michel Chapoutier... tu sais le braille sur les étiquettes d’Ermitage, ignorer Alphonse Mellot... tu sais c’est lui qui, au moment des présidentielles... non tu ne sais pas... et patati et patata »

Encore heureux que Christine n’ait pas cité Aubert de Vilaine et la Romanée-Conti, ou Nicolas Joly et la Coulée de Serrant, car là, pour notre pauvre Durand c’était l’abomination de la désolation, l’aurait même été la risée du plus petit grouillot de la rédaction. Pour un buveur d’étiquettes de son acabit se faire tacler de la sorte relève d’une forme civile d’excommunication des cités du Livre Rouge – le Who’s who –. Le voilà pris en flagrant délit d’ignorance crasse. Carton rouge ! Exclusion. Ainsi va la vie de ceux qui se prennent pour des stars alors qu’ils ne sont que de simples haut-parleurs ânonnant des fiches préparées par une batterie de petites mains sous-payées. C’est vraiment Vérigoud !

Attention, que ceux d’entrevous qui n’apprécient les vins bio que du bout des lèvres ne prennent pas trop vite le parti du Durand des beaux quartiers car le qualificatif de dégueulasse il pourrait bien le leur servir sans autre forme de procès lors d’une émission du même tonneau que celle de ses consœurs d’Envoyé Spécial. Je l’imagine fort bien balancer à un digne représentant de l’INAO « mais votre vin bourré de pesticides il est dégueulasse... » L’important pour Durand c’est d’être dans le sens du vent.

Même si, en remettant le Durand à sa juste place : dans les cintres,  je passe un peu de baume sur vos blessures je sais bien qu’en ce moment nous ne sommes pas vraiment gâtés, et par les gars et les filles de la Télé, et par la Sandrine Blanchard du boulevard Auguste Blanqui, et par tout les couards qui s’abritent derrière la loi Evin. Pour vous consoler je vais faire une confidence : croyez-moi Durand il est proprement imbuvable !


PS. à l’attention de mes compagnons routards, Michel et Hervé, qui pourraient s’estimer rudoyés par mon franc-parler à propos de l’opération Beaujolais « Grand Corps Malade » : je souhaite leur faire comprendre que, avec toute l’amitié et le respect que j’ai pour eux, comme je suis en « mission » - auto-missionné certes – mon intérêt prioritaire est de faire remonter de la « base » du matériau. Ce qui a déjà commencé. Délivrer une ordonnance, comme le font les médecins d’aujourd’hui, vite fait bien fait sur le gaz, c’est souvent ne s’attaquer qu’aux symptômes plutôt qu’aux causes. Dans mes missions semelles de crêpe je prends plutôt le profil médecin de campagne. En effet, c’est plus chiant d’aller à l’AG de la coopérative de Moulin à Vent que de déguster au château des Jacques, mais ainsi va la vie du missionnaire (un jour l’ami Robert Skalli m’avait qualifié de moine civil pour un portrait de Catherine Bernard dans la Tribune). Bref les gars vous me prenez comme je suis, chiant et tourné vers l’objectif que je me suis fixé. Nos pays, et pas seulement le Beaujolais, et pas seulement pour le vin, comme l’aurait dit le Général il y a pour notre vieux Pays une « ardente obligation » de se colleter à leurs problèmes qui, s’ils étaient si simples à régler, ne seraient pas face à nous. Comme l’aurait dit Pierre Dac « si tout le monde faisait du bon y’aurait pas de mauvais... »  

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Samedi 20 mars 2010 6 20 /03 /2010 00:00

« Je le dis une fois pour toutes : j’aime la France avec la même passion, exigeante et compliquée, que Jules Michelet. Sans distinguer entre ses vertus et ses défauts, entre ce que je préfère et ce que j’accepte moins facilement.

Se purger de ses passions

« Mais cette passion n’interviendra guère dans les pages de cet ouvrage. Je la tiendrai soigneusement à l’écart. Il se peut qu’elle ruse avec moi, qu’elle me surprenne, aussi bien la surveillerai-je de près. Et je signalerai chemin faisant mes faiblesses éventuelles. Car je tiens à parler de la France comme s’il s’agissait d’un autre pays, d’une autre patrie, d’une autre nation. « Regarder la France, disait Charles Péguy, comme si on n’en était pas. » D’ailleurs, en évoluant, le métier d’historien nous condamne de plus en plus à la sécheresse, à l’exclusion du cœur. »

La longue durée impose ses services

« Il est évident qu’une nation en train de se faire, ou de se défaire, n’est pas un personnage simple, « une personne » comme disait poétiquement Michelet. Elle est une multitude de réalités, d’êtres vivants sue saisit mal le fil d’une histoire chronologique à la petite journée, à la petite semaine, à la petite année. Se cantonner dans le temps bref, c’est le défaut mignon de l’histoire-récit, de ce « feuilleton de l’histoire de France », comme dit Jacques Bloch-Morhange, que nous avons appris par cœur, enfants, et non sans émoi, dans les pages inoubliables du Malet-Isaac. Mais pour qui n’est plus un enfant, c’est une autre forme d’histoire, inscrite dans de plus longues durées qui permet de dégager les invraisemblables accumulations, les amalgames et les surprenantes répétitions du temps vécu, les responsabilités énormes d’une histoire multiséculaire, masse fantastique qui porte en elle-même un héritage toujours vivant, le plus souvent inconscient, et que l’histoire profonde découvre, à la façon dont la psychanalyse, hier, a révélé les flux de l’inconscient. »

L’hexagone, l’Europe, le Monde

« De même  l’espace français actuel, l’ « hexagone », n’est pas la seule mesure à laquelle il faille se référer : au-dessous d’elle il y a les infra-mesures : régions, provinces, « pays » qui ont longtemps gardé, gardent encore une autonomie certaine ; au-dessus d’elle, il y a l’Europe, et au-dessus de l’Europe, le monde. Marc Bloch affirmait : « Il n’y a pas d’histoire de France, il y a une histoire de l’Europe » ; mais reprenant un autre de ses propos : « La seule véritable histoire est l’histoire universelle », on pourrait ajouter : « Il n’y a pas d’histoire de l’Europe, il y a une histoire du monde ! ». « Je ne conçois l’hexagone, écrivait Paul Morand, qu’inscrit dans la sphère. »

En fait, l’Europe, le monde sont parties prenantes dans notre passé : ils nous bousculent, à l’occasion ils nous broient. Mais, à leur endroit, sommes-nous, nous-mêmes innocents ? Les mots d’Edgar Quinet, « une grande gloire pour les peuples modernes est d’avoir conçu l’histoire universelle », ont eu le temps, depuis qu’il les écrivit en 1827, de se charger de bien des ambiguïtés. Mais qu’il soit entendu que, pour aucune nation, le dialogue obligatoire et de plus en plus pesant avec le monde n’entraine une expropriation, un effacement de sa propre histoire. Il y a mélange, non pas fusion. « Le changement le plus radical survenu en France, écrit T.Zeldin, [est-ce] la perte pour les Français du contrôle de leur destin ? » Assurément non. Cette ambiguïté d’une histoire de France confondue, pour une partie de sa surface et de son volume, avec les destins du monde et de l’Europe, m’a, à l’avance, beaucoup gêné dans mes projets. Inutilement pourtant. Car je me suis aperçu, chemin faisant, qu’une histoire de France est, en soi, un admirable sondage, une mise au clair, au-delà de ses aventures propres, de la marche de l’Europe et du monde. »

 

Fernand Braudel dans son Introduction à « L’identité de la France » 3 volumes chez Arthaud 1986

 

 

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Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /2010 00:09

Au tout début de février j’ai reçu dans ma boîte aux lettres ce message d’un de mes lecteurs : « Je suis fils de viticulteurs, petit viticulteur du Beaujolais, métayer, donc loin des grandes dynasties Bourguignonnes. Malgré tout, je suis un amoureux de ce terroir, mais pour être franc je ne vois pas comment le sortir de cette crise qu'il connait. Mon père n'a de cesse de me dire chaque jour que le Beaujolais est perdu et qu'il vaut mieux vendre du Bourgogne ou du Champagne, et je trouve cela très triste. » Et de conclure :

« Je viens vers vous aujourd'hui pour avoir votre avis d'amoureux du vin et surtout de professionnel du vin sur l'avenir de ce Beaujolais, quel est votre point de vue sur sa situation ? »

Tom-7164.JPGJ’avoue que j’étais à la fois assez ému de cette confiance et embêté car, contrairement à ce que pensent certains, je n’ai pas d’avis sur tout et, dans le cas spécifique du Beaujolais, j’estimais et j’estime encore, que mon éloignement du terrain, ce besoin que j’ai avant de me forger une opinion d’arpenter la région, d’écouter les uns et les autres, de voir, de sentir, de me plonger dans la complexité, de définir le champ des possibles, de tester des solutions, ne me permettait pas d’être en mesure de répondre de manière pertinente à mon correspondant.

Alors j’ai rongé mon frein mais, comme rien ne me chagrine plus que l’impuissance j’ai lu tout ce que j’ai trouvé sur le sujet en me disant : « quand ce sera mûr tu tenteras d’écrire quelque chose. » Le temps passait et j’avoue que, dès que je m’asseyais face à mon clavier pour écrire ce qui me trottait dans la tête, je repoussais au lendemain la ponte de la première phrase qui chez moi déclenche tout.

Et puis, aujourd’hui – hier pour vous – en fin de matinée, après bien des tergiversations, j’ai décidé de me lancer, comme ça, sans trop savoir où j’allais aboutir, en me disant que peut-être ces premiers pas sur la Toile mettraient en branle je ne sais quel processus de réflexion pour que la prise de conscience des maux du Beaujolais débouchât sur une réelle réflexion stratégique. Bien évidemment je sais pertinemment que personne ne m’attend sur ce sujet et j’ai bien conscience que ma seule bonne volonté, mon besoin de servir ne vont pas me propulser au cœur d’un processus qui déboucherait sur des choix clairs et assumés éclairant l’avenir bien sombre du Beaujolais.

En clair, je m’auto-missionne. C’est une grande première. J’irai à mon pas en espérant trouver sur le chemin des femmes et des hommes de bonne volonté pour prendre avec mon aide en charge leur destin.

 

« Dix ans. Le Beaujolais vit sa dixième année de crise d’affilée. Durant cette décennie 1500 viticulteurs ont mis la clé sous la porte » écrit le magazine Lyon Capitale dans son numéro de février sous le titre choc « Un vin à l’agonie » avant d’ajouter « sans doute pas en danger de mort, mais plus probablement en voie de paupérisation. Clochardisation, diront certaines langues vipérines ». Pour moi l'abus de mots excessifs, tonitruants nuit alors je les laisse aux journalistes et me tourne vers un grand amoureux du vin et du Beaujolais tout particulièrement : Bernard Pivot.

À la question : « Le beaujolais est donc réellement en danger ? » : le créateur du Comité de Défense du Beaujolais, répond : « Ce n’est pas nouveau. Le Beaujolais va mal, il est souffrant. En plus d’une grave crise économique, le beaujolais est victime, depuis pas mal d’années, d’un ostracisme moutonnier, d’une sorte de défiance, souvent irrationnelle. Il existe un snobisme à dire que le beaujolais ce n’est pas bon. C’est complètement aberrant. C’est un vignoble extraordinaire. Les vignes sont arrachées, abandonnées... »

Que le beau vignoble du Beaujolais soit un « Grand Corps Malade » j’en suis bien d’accord mais, sans prendre la distance un peu froide qu’affiche encore trop souvent le corps médical face à la souffrance morale de ses patients, il me semble qu’il faut se garder d’en rester à une telle approche purement compassionnelle. Avoir de l’empathie, j’en ai et je ne fais pas parti de ceux qui couvrent le Beaujolais d’opprobre,  ne doit pas conduire ni à une forme de globalisation des problèmes qui se posent, ni à s’enfermer dans une victimisation du produit. La recherche de « coupables » peut rassurer mais elle n’apporte guère de lumière au diagnostic. Vraiment c’est faire trop d’honneur à certains « prescripteurs » crachant sur le Beaujolais que de leur attribuer le désamour des consommateurs. Qui les entend ? Qui les suit ? Pas grand monde ! Le mal est bien plus profond. D’ailleurs, sans le vouloir, Bernard Pivot en répondant à la question « Pour vous, le Beaujolais, c’est... » apporte de l’eau à mon moulin.

Que dit-il en effet : « Le Beaujolais est avant tout un vin de lutte des classes. C’est le vin des canuts et le vin des rad-soc’s. Le vin de Gnafron et le vin d’Édouard Herriot. Le vin des bleus de chauffe et le vin des costumes-lavallières. Le vin de la Vache-qui-rit et le vin du gigot qui pleure. Le vin des mâchons entre vieux potes et le vin des déjeuners en famille. Le vin de la gauche-saucisson et le vin de la droite pot-au-feu. Le beaujolpif des meetings et le saint-amour des mariages. »

Avec tout le respect que je dois à Bernard Pivot je dois avouer qu’il prononce là un très bel éloge funèbre d’un monde englouti. Il y a dans son propos de l’Amélie Poulain et la France qu’il décrit n’est plus. Mais, par delà ces regrets, le Beaujolais qui «pendant des décennies, voire des siècles, a été considéré, comme l’écrit Eric Asimov le critique vin du New York Times, comme un vin simple, léger, amusant (...) pas sérieux n’est-il la nouvelle victime d’une vision élitiste du vin à la française. Comme je l’ai déjà souligné, les écrits de Roland Barthes dans Mythologies sont datés. « Le vin est senti par la nation française comme un bien qui lui est propre, au même titre que ses trois cent soixante espèces de fromages. C’est une boisson totem... » Le vin populaire n’est plus et ça ne date pas d’hier. Pour s’en persuader il suffit de visionner la fameuse émission de Michel Polac « Les vignes du seigneur » de mai 1982 pour déceler, dès cette époque, la ligne de fracture qui était en train de se creuser entre le vin du populo et celui des amateurs éclairés. Le père Bréchard, figure emblématique du Beaujolais y défend becs et ongles, contre un Jean Huillet héraut des va-nu-pieds du Midi qui l’accuse de jouer sur le même terrain que lui, son modèle beaujolais. C’était il y a presque 30 ans. Réécrire l’Histoire, l’enjoliver ou la tirer vers le bord qui est le sien, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ça rassure mais ça masque aussi des réalités bien moins agréables à analyser et à traiter.

Reste donc à entrer dans le vif du sujet : « le Beaujolais est-il perdu ? » comme l’affirme le père de mon correspondant ou comme le journaliste de Lyon Capitale interrogeant Bernard Pivot : « est-il mort ? » Celui-ci répond : « Non, je ne crois pas. Mais le Beaujolais a mal, il est souffrant, il demande une assistance. Si on ne lui porte pas remède, il ira de plus en plus mal... » C’est donc avec mon petit balluchon que je me porte volontaire pour « aider » avec ma méthode semelles de crêpe, pas pour « assister », le Beaujolais n’a pas besoin de béquilles, d’infirmiers  ou de docteurs miracles – ce qui ne signifie pas pour autant que les conséquences sociales des difficultés ne doivent pas être traitées avec les moyens adéquats – mais d’un accoucheur de décisions. Le salut – c’est mon côté vendéen qui ressort – du Beaujolais viendra de l’intérieur, de ses propres forces. C’est donc à dessein que j’ai titré ma chronique « Grand Corps Malade » en référence à ce grand garçon sympa qui a su, avec ses propres forces, surmonter son handicap lié à son accident pour « réussir ».

Tout reste donc à faire : à bientôt donc sur mes lignes pour ce bout de chemin en Beaujolais et si vous voulez contribuer vous y êtes les bienvenus...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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