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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 00:09

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« Ce n’est pas une histoire belge » prévient le très sérieux historien Emmanuel Leroy Ladurie, et pourtant associer l’étude des grandes gelées, les gelées extraordinaires, au phénomène dit du réchauffement climatique.


Tous les monuments historiques et physiques tendent à prouver que la terre que nous habitons, d’un état très humide et froid en raison des régions, passe insensiblement, mais très distinctement après une suite de siècles, à l’état opposé de sécheresse et de chaleur, qui ne cessent de gagner le dessus. » Théodore Augustin Mann Mémoires sur les grandes gelées et leurs effets, 17 avril 1777.
 

 

« En 1792 paraissait à la suite d’une approbation et d’un privilège de l’Académie impériale et royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles un ouvrage Mémoires sur les grandes gelées et leurs effets ; où l’on essaie de déterminer ce qu’il faut croire de leurs retours périodiques, et de la gradation en plus ou moins du froid de notre globe. » 162 pages in-octavo.


Le signataire « M. l’abbé Mann, chanoine de l’Eglise de N.D. à Courtrai ; membre de la Commission royale des sciences et belles lettres de Bruxelles ; membre de la Société royale de Londres, de l’Académie électorale palatine de Mannheim, des Sociétés de Milan, Liège, Rotterdam, Zélande, etc. »
 

 

Comme le note de Muriel Collart dans sa présentation « On n’insistera pas sur l’analogie que présente, avec la polémique actuelle sur le global warning, un débat où Mann, ainsi que l’écrit P.P.Gossiaux, se signale comme, « l’un des premiers à mettre en évidence le réchauffement climatique ». Reste à voir jusqu’à point la théorie de l’académicien bruxellois anticipe certaines des oppositions qui agitent aujourd’hui la communauté scientifique. Le partage entre la causalité attribuée aux activités humaines et la logique propre des causes naturelles y trouve un écho dont les modalités font l’objet de cette introduction. »
 

 

Bien évidemment je ne vais pas vous imposer la lecture parfois aride du texte de ce précurseur mais me contenter de mettre en avant quelques fragments, extraits de la remarquable introduction de Muriel Collart, qui me semblent intéressants pour vous.
Dans l’introduction au Mémoire sur le changement successif de la température et du terroir des climats, Mann précise « que l’hypothèse d’un réchauffement climatique a déjà été abordé par plusieurs auteurs anciens et modernes  « cependant, à la différence de ses illustres prédécesseurs et contemporains, Mann ne confine pas ce processus de réchauffement à des zones particulières, mais il le généralise à l’échelle mondiale et le rend irréversible » souligne Muriel Collart.
 

« Virgile et Ovide avancent que pendant les hivers danubiens et de la Thrace « on coupait le vin à la hache » (p.53) et qu’on en distribuait des  morceaux. »
 

 

« Si les vins et les huiles français, les vins du Rhin et de l’Autriche, et le Tokay de Hongrie sont aujourd’hui réputés, écrit Mann, les vignes et les oliviers et même les arbres fruitiers ne pouvaient être cultivés qu’à condition de les couvrir de fumier. »
 

 

« Et qu’on ne me dise pas qu’Ovide parle en poète », dit Mann, « car ici comme ailleurs, d’autres auteurs, qui ne sont pas poètes, mais géographes et historiens, confirment positivement ce qu’il dit. »
 

 

« La différence énorme » entre ces descriptions et le climat actuel de ces pays « saute aux yeux » s’exclame Mann
 

 

« Le changement climatique s’observe également au nord et au sud de ses latitudes. » (la Laponie, la Sibérie et le nord de la baie de l’Hudson.
 

 

« mais à l’inverse, le réchauffement a rendu les pays méditerranéens d’Europe arides et moins propres à l’agriculture, là où le sol autrefois riche et fertile « est à présent très pierreux et brûlé par la sécheresse » (p.58). Mann pointe du doigt l’Espagne jadis remplie de sucs nourriciers. Quelle différence entre la Tolède actuelle dégarnie d’arbres et la situation décrite par Martial il y a 1700 ans, temps où les rives du Tage étaient bordées de végétation. »
 

 

« L’histoire agraire représente pour Mann un indicateur de l’évolution climatique – indicateur qu’il juge insuffisamment exploité. Pourquoi faire appel à la physique moderne alors qu’il est facile de dater les étapes du réchauffement d’un pays en observant quand « on a commencé à planter […] des vignes, des olivier, ou telle autre espèce d’arbres fruitiers ou à semer tel grain ou tel légume, que la rigueur du climat n’y souffrait pas auparavant. » (p.60)
 

 

« Vers l’an 14, Strabon atteste, dans la Géographie, l’existence de vignes près du Bosphore de Thrace, mais rapporte qu’on doit les enfouir l’hiver sous de grands amas de terre. Vers 40, Pomponius Mela constate, dans le Livre II de la description de la terre, qu’elles se sont multipliées dans la Thrace, même si les raisins ne parviennent à maturité qu’à condition d’être abrités sous les pampres. Quel modèle de rapide réchauffement, en quelques années ! »
 

 

« Ainsi, au 1e siècle de notre ère, Columelle se plaint dans le traité De l’agriculture, qu’en Gaule les récoltes de raisins soient moindre en temps de paix, en raison de l’assèchement du sol, qu’elles ne l’étaient plusieurs siècles plus tôt en temps de guerre, quand fraîcheur et humidité favorisaient les conditions de production. »
 

 

Si Mann cite l’agronome Columelle « c’est aussi parce que, dès les premières lignes de son ouvrage, celui-ci fait allusion à « plusieurs auteurs estimables » qui dans la lignée de l’astrologue Hipparque, sont persuadés que l’état et la nature de l’atmosphère ont changé au cours du temps. Columelle fait référence au traité sur l’agriculture des Saserna, rédigé deux siècles plus tôt, qui accrédite, écrit Mann, « dans des termes les plus formels, ce changement de terroir et de température des climats, que j’ai cherché jusqu’ici à prouver » (p.62) il y ai dit en effet que le climat a éprouvé des changements tels « que certaines contrées, où la rigueur excessive de l’hiver ne permettait pas autrefois de conserver des plantations d’oliviers et de vignes, sont aujourd’hui très fertiles eb olives et raisins, ce qui fait supposer que le froid qui régnait auparavant dans ces contrées s’est considérablement radouci »
 

 

« Le titre de la seconde du mémoire – « Causes physiques du changement graduel du terroir et de la température des climats » - laisse peu d’ambigüités sur la direction que va prendre le raisonnement de Mann. D’entrée de jeu, l’académicien annonce la couleur : c’est bien du côté des causes naturelles que se trouve l’origine du réchauffement et non des causes humaines. » Là, je laisse aux esprits curieux le soin de lire « Mémoires sur les grandes gelées et leurs effets » chez Hermann 22,50€.
 

 

C’est une mine et je ne résiste pas au plaisir d’y grappiller
 

 

« Seth Calvisius rapporte, que l’an 859 de l’ère chrétienne, le  froid fut si rude pendant l’hiver que la mer adriatique fut glacée au point, que non seulement l’on pouvait aller à pied de la terre ferme à Venise ; mais que les marchands de la côte furent obligés d’y transporter par charroi leurs marchandises. »
 

 

« L’hiver de l’année 1124fut extraordinairement rude, et il tomba en très grande quantité de neige. Anselme de Gembloux, d’où ces circonstances sont tirées, dit, que dans le Brabant les étangs étant gelés jusqu’au fond, les anguilles en sortirent et se réfugièrent dans les meules de foin, où, cependant elles périrent par la gelée. N’aurait-ce pas plutôt été des couleuvres que des anguilles qu’on trouva mortes en ouvrant ces meules ? »
 

 

« L’hiver de 1422, dit M.Messier, dans son Journal de Paris contenu dans son Mémoire pour servir à l’histoire de France et de Bourgogne « L’an 1422, janvier douzième jour, fit le plus aspre froit que l’homme ust veu faire ; car il gela si terriblement, qu’en moins de trois jours, le vinaigre, le verjus, geloient dedans les celliers, et pendoient les glaçons aux voultes des caves. »
 

 

« L’hiver de 1468 fut si violent, qu’en Flandres on fut obligé de rompre, à coup de hache, le vin que l’on distribuait aux soldats ; Philippe de Commynes nous l’atteste… »
 

 

« Galliot parle d’une gelée en 1481, qui ruina les biens de la terre par sa violence et sa durée. Le froid fut si excessif et continua si longtemps qu’il n’y eut ni moisson, ni vendange. »
 

 

« Ce fut le 20 janvier 1608 qu’Henri IV dit que sa moustache s’était gelée au lit. Trois jours après, le pain qu’on lui servit, se trouva gelé, mais le roi ne voulut pas qu’on le dégèle. »
 

 

« En l’an 1608, l’année du grand hiver selon le Mercure de France (…) le froid gela les vignes jusqu’à la racine… »
 

 

« Aubert le Mire dit à cette occasion, que « comme beaucoup de personnes avaient été gelées par le froid de l’hiver précédent, ainsi il y en avait plusieurs qui moururent l’été suivanr (de 1608) par l’excès de la chaleur. »
 

 

« M. l’abbé Papon, dans son Histoire de Provence, rapporte que l’année 1638, l’eau du port de Marseille fut gelée autour des galères… »
 

 

« Au mois de janvier des années 1655 et 1665, le froid fut si violent en Pologne, que les vins les plus forts furent gelés. »
 

 

« Cette grande gelée commença en Angleterre à Noël 1683 et continua avec peu de diminution jusqu’au 16 février 1684 (…) La Tamise à Londres fut si fortement gelée pendant une grande partie de cet intervalle, qu’on y érigea des cabanes et des loges, on y tint une foire qui dura deux semaines, et dès le 9 janvier les voitures la traversèrent et la pratiquèrent dans tous les sens comme sur terre ferme ; on y donna un combat de taureau, une chasse au renard, et sur la glace vis-à-vis de Whitehall on fit rôtir un bœuf entier. »
 

 

Janvier 1789 « quant au vent de bise qui souffla les dits jours (du 26 décembre au 13 janvier), il était froid et piquant au-delà de toute expression ; il soufflait avec une violence qui le rendit presque insupportable au dehors, et il pénétrait partout avec des sifflements aigres, au point qu’il était presque impossible d’échauffer les appartements. C’est c cruel vent qui donnait au peu de légumes qui restaient sur pied dans les jardins, une apparence comme si le feu y était passé ; et comme les terres labourées, par la sécheresse de la saison qui avait précédé la gelée, ainsi que par la force et la durée de celle-ci, étaient devenues très meublées ; ce vent, après avoir enlevé le peu de neige qui les couvrait, enleva de même la terre en forme de poussière, et la répandait sur la ville et les champs, au point que la neige changea partout de couleur et de blanche devint brune. »

 

« Les gazettes de France du 31 décembre marquaient que la Loire était prise à nantes, au point qu’il y était impossible d’y procéder aux acte de transport pour le commerce, les navires se trouvant engagés dans les glaces ; que la Saône était glacée depuis Gray jusqu’à Lyon, et le Rhône depuis le lac de Genève jusqu’à Pont-Saint-Esprit ; qu’une grande partie des noyers, des châtaigneraies, des oliviers et autres arbres fruitiers dans les provinces méridionales de France ont été détruits par cette gelée. Enfin, que toutes les rivières de la Bourgogne étaient taries ou glacées, et tous les moulins condamnés à l’inaction, de sorte qu’au milieu de l’abondance du bled, on manquait de pain pour la nourriture des habitants. »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 00:09

En ce temps de froidure la cuisine du gibier évoque des nourritures roboratives, des vins charpentés à fort caractère, des agapes où l’on mange parfois avec les mains, comme l’écrivent Carrie Solomon et Julien Fouin dans Saveurs Sauvages « porte ouverte à tous les phantasmes organoleptiques – pas très sexy l’organoleptique, c’est moi qui l’écrit – les festins rabelaisiens, les fêtes bachiques, les excès en tout genre où les bons vivants ne regardent plus systématiquement ce qu’ils dégustent avec un pied sur la balance… » Du lourd au bon sens du terme, soit de la portion non congrue dans l’assiette, et même qu’il est possible de se resservir. N’en déplaise aux auteurs : on mange ce qui ne signifie pas se bâfrer mais apprécier les parfums, les sucs, les chairs, s’en repaître à la mesure de son appétit… Pourquoi diable toujours avoir recours à l’euphémisme du verbe déguster qui évoque trop souvent le bout des lèvres, le pur exercice de soi-disant esthètes qui ne semblent être là que pour se mettre en scène en des chroniques publiées dans des revues pour happy few.  Reste, comme je l’écris dans mon titre : pour manger du gibier il faut qu’il soit chassé, c’est-à-dire tué dans son milieu naturel.

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Dans beaucoup de catégories de la population, qu’elles soient rurales ou urbaines, la chasse, et plus encore les chasseurs, n’a pas bonne presse. Depuis qu’ils se sont invités à l’élection présidentielle ils sont perçus comme un lobby puissant et pas toujours transparent : 1,3 million de chasseurs. Pour ma part j’ai côtoyé des chasseurs : M. Pons et N. Douard dont la conception de la chasse m’allait, rien à voir avec les viandards adeptes des tableaux de chasse pour épater la galerie. Rue de Varenne, j’ai géré, au nom de mon Ministre, les listes des chasseurs des chasses du domaine de Chambord, Rambouillet et Auberive. Je n’ai jamais tenu un fusil de ma vie et, bien sûr, jamais chassé. J’avoue que je ne vois pas d’intérêt personnel à aller battre la campagne pour tirer du gibier et le discours qui affirme que la « chasse aide à dominer sa peur de la nature sauvage, à se la réapproprier, à l’amadouer, à la sentir vibrer, pleine de sève et de fougue… » s’apparente pour moi à de l’autojustification pure et simple. Pour autant je peux comprendre la chasse comme la perpétuation d’une forme de prédation, d’une ponction sur le faune sauvage, comme une confrontation loyale mais il ne faut pas trop en rajouter tout de même en assimilant le gibier à une « nourriture éthique » sous le prétexte d’une alimentation industrialisée dominante.

 

Ici je ne vais ni entrer dans les batailles frontales entre, pour faire simple, le clan Bougrain-Dubourd et le clan des chasseurs des chasses dites traditionnelles, ni rejoindre le parti de ceux qui rejettent la consommation de viande parce que, pour ce faire, il faut tuer un animal. Mon propos préfère se situer justement au niveau de l’acte de tuer lui-même et, je dois l’avouer, la mort d’un animal sauvage par le fait du tir d’un chasseur me paraît plus belle, plus noble, avec une chance, certes inégale, d’y échapper, que celle de l’animal domestique mené et tué dans un abattoir, car là la mort est programmée, inéluctable, et le caractère massif de cette mise à mort à quelque chose de difficilement supportable. Bien évidemment, je ne fais pas entrer dans cette approche les malheureux animaux d’élevage lâchés quelques heures avant la chasse dans la nature pour se faire dézinguer par des chasseurs d’abattage et j’ai peu d’intérêt, et même une forme de mépris, pour ceux qui vont chasser des grands animaux en Afrique ou ailleurs.  De plus, je n’aime pas beaucoup ceux qui considèrent la chasse comme une forme de sport de compétition où la performance semble n’être que la seule motivation. La chasse à courre n’est pas non plus ma tasse de thé. Mon image d’Épinal du vrai chasseur le représente en cueilleur, en préleveur précautionneux des équilibres, en marcheur heureux même lorsqu’il rendre bredouille.

 

C’est un Jim Harrison pour qui pêche et chasse « constituent le summum en matière de nourriture » car depuis l’époque où, gamin il courrait dans les bois, il adore « manger les poissons et les oiseaux que j’ai réussi à capturer. » et aime aussi « ramasser des baies et des morilles. » Alors quand il écrit que « la bécasse et la grouse, au même titre que la truite et la perche, appartiennent tout naturellement à la vie qu’il mène » je ne le vois qu’en compagnon de son setter Rose avec qui il entretient « une magnifique relation basée sur un langage secret. » Ça me rappelle Justine ma chienne épagneul breton qui avait chassé dans sa prime jeunesse et qui retrouvait tous ses instincts dès que nous nous promenions en plaine. Harrison retrouve en chassant et en pêchant sa condition de « bipède pléistocène » car tout simplement il accommode ce qu’il a tué ou pêché. Alors quand il parle d’une tourte à la grouse, j’en sens presque le fumet qui s’échappera lorsqu’il en fera sauter le chapeau.

 

Comme vous l’avez déjà compris je suis amateur de gibier à plumes je dois donc assumer qu’un prédateur humain le soustrait à son habitat naturel pour que je puisse le manger. Alors qui mieux que Gérard Oberlé peut  exprimer mon goût pour les oiseaux sauvages comme il le fait dans une lettre du 4 novembre 1999 à Jim Harrison :

 

« Il y a très longtemps que je ne touche plus à un fusil, mais je n’ai jamais renoncé à la saveur des oiseaux sauvages. Le gibier à poil n’est pas mon ragoût et s’il existe, comme dans les contes romantiques allemands, un tribunal des bêtes, ce n’est pas moi qu’on accusera d’avoir orpheliné Bambi. Je laisse à d’autres les puissantes venaisons, les lièvres à la royale, les hures de sanglier à la Saint-Hubert, les selles de chevreuil et les sauces Grand-Veneur. Mais dans mon livre de l’amitié, je dédie le premier chapitre aux potes chasseurs et cuisiniers qui m’ont régalé de perdreau, de gélinottes, de colverts, de bécasses et de cailles, d’ortolans, de faisans et de ramiers, de bartavelles et de becfigues. »

 

Je suis toute comme Oberlé qui lui est qualifié par Jim Harrison de « Michael Jordan de la cuisine française » dans le beau livre SAVEURS SAUVAGES 28 chefs cuisinent le gibier Kéribus link éditions Rouergue link 35€

 

Dans cette belle palette j’ai choisi la recette d’Yves Camdeborde :

Bécasse « nourriture de Dieu » préparée sur sa rôtie.  Camdeborde-011.JPG

Je l’ai choisi pour la bécasse bien sûr, j’adore la bécasse, et pour Camdeborde, j’aime bien Camdeborde même s’il est maintenant quasiment impossible d’aller dîner à sa Comptoir du Relais au carrefour de l’Odéon car il faut, comme chez les grands pontes de la médecine, réserver des mois à l’avance et ça je déteste.   250px-Scolopax_rusticola.jpg

« Chaque soir ou presque, dès le crépuscule, la bécasse quitte ses remises forestières pour aller sur nourrir sur des prairies pâturées ou dans des vignes riches en lombrics où elle passe l'essentiel de ses nuits. »

 

Pour 4 personnes

 

2 belles mordorées

8 bardes de ventrèche

1 c. de cerfeuil haché

2 c. à soupe de graisse d’oie

Quelques morceaux de jambon de pays bien gras

200g de foie gras du Gers mi- cuit

1 vieil Armagnac

Sel, poivre du moulin

4 tranches de pain de campagne bien grillées

1 gousse d’ail hachée

1 échalote ciselée

 

La bécasse ne se vide pas : une fois plumée et flambée, ôtez-lui seulement le gésier. Retirez-lui les yeux ainsi que la partie basse du bec et de la langue. Puis troussez-la, traversez-la avec le bec de part en part, à l’arrière des cuisses. Bardez-la avec la ventrèche (enroulez-la de bardes), donnez-lui une belle forme et maintenez-la avec de la ficelle. Assaisonnez-la de bon goût, sel et poivre, et rôtissez-la dans un four chaud à 180°C dans de la graisse d’oie un quart d’heure. Prenez bien soin de la bête pendant la cuisson, gardez la chair rosée ;

Pendant la cuisson, faites fondre les parures de jambon dans une petite casserole et arrosez régulièrement votre gibier. A la fin de la cuisson de la bécasse, flambez-la avec le vieil armagnac. Retirez et réservez l’oiseau. Déglacez avec 15cl d’eau dans votre sautoir de façon à récupérer les sucs de cuisson. Faites réduire de deux tiers et réservez. Prenez délicatement vos bécasses, videz-les en conservant toutes les entrailles, réservez les oiseaux au chaud. Dans une poêle, faites suer un peu de graisse d’oie, l’ail et l’échalote. Ajoutez-y les entrailles de l’oiseau, écrasez soigneusement le tout avec une fourchette, vérifiez l’assaisonnement. Flambez d’une lichette d’armagnac, débarrassez le tout dans un saladier et incorporez-y le foie gras taillé en petits morceaux et le cerfeuil haché. Recouvrez de cette farce les tranches de pain de campagne grillé.

Partagez en deux les dames au long bec. Dressez chaque morceau sur les rôties,  les têtes fendues en deux, placées sur chaque moitié. Passer au four pour donner un peu de chaleur et servez ainsi accompagné du jus de cuisson et d’une poêlée de cèpes ou de girolles parfumées à l’ail.

 

Pour conclure, une confidence et une proposition de Gérard Oberlé tout à fait d’actualité.

 

La confidence tient dans une bouteille, qui n’est pas une bouteille à la mer, mais celle, pluriel ou singulier, que je poserais sur la table pour accompagner la Bécasse « nourriture de Dieu » préparée sur sa rôtie de Camdeborde. Je pousse même mon imagination jusqu’à penser que, suite à cette chronique, le taulier du Comptoir du Relais me ferait le privilège d’ouvrir son cahier de rendez-vous pour que je puisse inviter une fine gâchette à se régaler d’une de ses mordorées rosées. J’en profiterais pour lui offrir Saveurs Sauvages dédicacée par le taulier restaurateur mais pas chasseur « je n’aime pas les armes car j’en ai toujours eu très peur… » nous confie-t-il à la page 25

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« Ce vin est un symbole, le symbole du renouveau, d'un Languedoc décomplexé qui loin de l'inertie quasi kolkhozienne qui l'a trop longtemps gouverné n'hésite pas à se lancer des défis, à se donner les moyens de réaliser ses rêves. Née au milieu des années 90, la Cuvée n°3 symbolise bien cette vocation de Castelmaure à fédérer les énergies, les envies ; "ce n'est pas une cave, disait récemment un de nos amis, c'est un club de rencontres !" Et Dieu sait si il y a de ça dans la Cuvée n°3… Il y a d'abord cette rencontre, cette histoire d'amour entre les vignerons, un village et son terroir. Contre vents et marées, réunis autour de l'Altesse (Patrick de Marien NDLR) et du barbu (Bernard Pueyo). Puis arrivent les autres, Dominique Laurent et Michel Tardieu, le Bourguignon archi parkerisé et le Provençal gourmand, sublime connaisseur des vins du Sud. Ajoutez à celà le début des délires graphiques, photographiques et poétiques de Vincent Pousson et vous obtenez cette cuvée irréelle qui depuis le millésime 98 a fait le tour du Monde. »

 

Fin 2009, la cuvée n°3 a été sacrée meilleur vin du Languedoc-Roussillon par un jury réunit par Michel Bettane et Stéphane Derenoncourt pour le magazine Terres de vin.

 

La proposition de Gérard Oberlé :

 

« Si un jour on décidait de modifier quelque peu la constitution de la République française et si les législateurs s’avisaient de ma demander conseil, j’imposerais aux candidats à la présidence un examen de passage avec épreuve culinaire : confection d’une blanquette ou d’un mironton, d’une terrine de lapin ou d’une tarte aux pommes. Je me suis toujours méfié des citoyens qui n’étaient pas capables de se coller un tablier pour traiter leurs amis. L’amphitryon qui me gâte en ses pénates avec ses propres sauces et qui, comme l’exige la belle tradition, prépare et sert lui-même le café et les cigares, m’enchante bien plus que le cossu cossard qui me traite à grands frais, chez un rôtisseur étoilé. »  

 

Lettre à Jim Harrison du 25 février 2000

 

Le secrétaire perpétuel autoproclamé de l’ABV édicte cette règle dans notre charte fondamentale et demande qu’entre les 2 tours les candidats se soumettent à l’épreuve du Top chef d’Etat en direct live…

 

Bougez-vous le cul ! Adhérez ! Faites du porte à porte ! Tweetez ! Ecrivez sur notre MUR de Face de Bouc…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 07:00

Ce dont nous avions besoin, Lucia  surtout, simple compagne de route de types accrochés, tels des sangsues, à une idéologie dure, fragmentée, fermée, sans avenir, elle subissait toutes les contraintes, assumait tous les dangers, sans pouvoir exprimer ses doutes, ses craintes, c’était de nous extirper de cette gangue, de ce plomb encore mou qui menaçait de nous engloutir. Le fossé entre un discours basiste, soucieux de donner la parole aux ouvriers qui ne l’avaient jamais eu, et une pratique léniniste d’une soi-disant avant-garde de la classe ouvrière pétrie de certitudes, bordélique, bavarde, peuplée de jusqu’auboutistes, d’idéalistes, d’opportunistes, de couards futurs délateurs, les repentis, les dissociés de la loi de 1986, commençait de se creuser. Pier Paolo Pasolini, que l’on ne peut soupçonner d’être un réactionnaire, écrivait dans L’Expresso du 16 juin 1968, à propos des étudiants italiens soixante-huitard « … Maintenant les journalistes du monde entier (y compris ceux de la télévision) vous lèchent (comme on le dit encore en argot d’étudiant) le cul. Moi pas, très chers. Vous avez des gueules de fils à papa. Vous êtes  trouillards, pas sûrs de vous, désespérés… »

 

Nous sommes allés dans une boîte chic, un club privé du centre de Milan où les portiers laissèrent entrer Lucia en la saluant comme une habituée. Elle l’était, la fille du vestiaire en empoignant sa pelisse râpée lui donna un petit surnom italien dont le sens m’échappa mais qui témoignait d’une forme de complicité intime. Ma surprise fut encore plus grande lorsque je découvris les longues jambes de Lucia qui descendaient d’une mini-jupe de cuir noir qui laissait apparaître le haut de ses bas suspendus à un porte-jarretelles. « Je fais l’escort-girl pour boucler mes fins de mois… » se contenta-t-elle de me dire en me prenant le bras pour m’entraîner vers la gueule rouge d’un escalier qui menait à une cave d’où émanait une musique sirupeuse. Sa poitrine, avantageusement enserrée dans ce qui devait être une guêpière, attirait des regards concupiscents d’une clientèle d’hommes d’affaires en goguette. Nous nous assîmes dans l’une des nombreuses niches qui bordaient une piste de danse où quelques couples désaccordés : belles plantes et gras du bide, se préparaient à passer à des jeux plus rémunérateurs. Le champagne que l’on nous servit était bon, les italiens sont fous de champagne. Je ne savais que dire mais Lucia, elle, avait beaucoup à dire. « Pour nos petits camarades je suis ici en service commandé, en repérage, mais ils se gourent, je suis ici, parce que j’aime ça : le luxe, le fric, le plaisir, mais pour l’instant je ne couche pas… ces messieurs se contentent de mes services manuels et surtout buccaux, ça les change de bobonne et surtout je leur sers de la domination. Ils adorent se faire fouetter, se faire pisser dessus, me lécher les pieds et la chatte bien sûr… Le mâle italien rêve de mater deux lesbiennes en action, alors nous leur servons à la demande ce genre de gâterie, au prix fort bien sûr… »

 

Lucia volubile, passait de ses ébats tarifés à l’analyse politique de la situation avec facilité, une forme de défi de femme levant la chape du lourd machisme de ces temps, y compris bien sûr dans nos cercles dit révolutionnaires. Je l’écoutais sans poser de questions. « Si je te raconte tout ça c’est que tu n’es pas clair… tu es ambigu… mais tu aimes les femmes… et de toute façon j’ai besoin de me décharger de ce fardeau qui me pèse… je ne sais pas où je vais mais je n’ai pas envie de mourir d’une balle perdue et plus encore de croupir dans une geôle des années durant et surtout pas de me retrouver dans une cuisine à faire la bouffe et à torcher des gosses. Je veux vivre, vivre ma vie, hors d’ici, être indépendante, libre de mon destin… » Je ne savais que répondre. Lucia le sentait, elle me rassurait « t’en fait pas je ne te demande rien, sauf de partager avec moi mes secrets, et, le moment venu, peut-être de m’aider à me tirer de ce merdier… » Je lui prenais la main. Elle me disait « embrasse-moi ! » Je le faisais de bon cœur mais mes mains restaient sages car, même si j’étais dans le dur, je gardais assez de lucidité pour ne pas briser le fil de notre conversation. Lucia commandait une nouvelle bouteille de champagne. Ses yeux brillaient d’une lueur où se mêlaient lucidité et désespoir. « Dansons ! » Je m’exécutais tout en jetant un regard circulaire sur l’amas de gus vautrés sur des poufs. C’était ouragan dans les calbuts. Lucia se plaquait contre moi et je n’eus d’autre alternative que de poser mes mains sur ses fesses moulées par le cuir.  

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 00:04

Ne me demandez pas pourquoi car je ne répondrai pas mais je sature, je sature même grave et pas pour de rire. Dans ces cas-là je prends la tangente, je m’évade et je méprise. Le 3 mai 1968, Georges Marchais, secrétaire du parti communiste, dénonçait dans l’Humanité : « ces groupuscules dirigés par l’anarchiste allemand Cohn-Bendit » et nous avons scandé, en signe de solidarité avec Dany le Rouge : « Nous sommes tous des juifs allemands ». Plus tard, Cohn-Bendit expliquera : « Georges Marchais qui m’avait traité d’anarchiste allemand faisait jouer la phobie antiboche : les étudiants à Nanterre ont crié ce qu’il n’avait pas osé dire : « juif allemand ». 

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Réveiller les vieux démons ne me plaît pas, alors en vrac je déverse : Klaus Nomi découvert par David Bowie, chanteur d'opéra hors norme par sa tessiture très étendue : voix de baryton-basse mêlée à celle de contre-ténor et artiste de cabaret au look inclassable. Mort du SIDA en 1983, c’était le début de la grande fauche de ce foutus virus ; Nina Hagen ensuite, même si elle ne m'a jamais vraiment ni fasciné, ni même intéressé, mais parce qu’elle parce que sa voix déglinguée partait dans de vrais délires. Elle faisait le spectacle et horripilait les gens que j’adore voir s’exaspérer face aux provocateurs. L’intelligentsia la vénérait : la couverture d'Actuel, celle de Rock & Folk,  de la provoc bien modérée. Qu’importe ! Reste, pour finir sur une note apaisée, la grande Ute Lemper, que j’ai découvert en 1987 lorsqu’elle interprète des chansons du compositeur Kurt Weill link.En 1992, son album Illusions à reçu le Grand prix de l'Académie Charles-Cros. Son duo avec Art Mengo Parlez d’amour sera un grand succès.

 

Mon titre « Allemagne année zéro » est celui d’un film de Roberto Rossellini « Germania anno zero » sorti en 1948 année de ma naissance

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 00:09

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Le taulier vous le concède, parfois il vous mène sur des chemins de traverse, comme ceux que l’on qualifiait de creux dans son Vendée du bocage, mais c’est  à dessin pour vous faire lever le nez de votre verre et contempler ainsi le Monde, souvent un drôle de monde, loin du votre. C’est ce que je fais ce matin en vous entraînant vers celui des jeunes filles. L’illustration de ma chronique met en avant Eugénie Chidlin qui est écrivain et cosplayeuse. Le cosplay nous vient du Japon où il est apparu dans les années 80, et qui est la contraction de « costume player ». De quoi s’agit-il ? Tout simplement lors d’une soirée privée ou d’une manifestation publique de se déguiser en incarnant un personnage ou un icône de manga ou un avatar de jeu vidéo. Même si pour vous c’est tout bêtement un déguisement il s’agit, comme l’écrit Olivier Bardolle, « d’un jeu résolument kitch et furieusement hype » car ça va permettre à la jeune fille « de se libérer, de se défouler, de se débarrasser d’elle-même, le temps d’un rêve. » Gardez votre sang-froid, ne balancez pas ma chronique à la poubelle, ce qui va suivre va vous interpeler même si je me dois de vous signaler qu’Eugénie Chidlin sur la photo incarne le personnage de Chii, robot à forme humaine, du manga Chobits.  

 

Le concept  de la « jeune fille » a été élaboré par un Tiqqun une revue philosophique française, fondée en 19991 avec pour but de «recréer les conditions d’une autre communauté». Julien Coupat fut l’un de ses fondateurs. Le groupe a implosé à la suite du World Trade Center en 2002. Le livre de référence où est développé ce concept est Premiers matériaux pour une théorie de la jeune fille Mill et une nuits, 2001. Je l’ai découvert dans le livre d’Olivier Bardolle La vie des jeunes filles chez L’Éditeur 15€.

 

« Qu’en est-il aujourd’hui de la condition féminine ? La jeune fille est-elle libre ? se sent-elle libre ? N’est-elle as devenue au fil du temps, sous la pression de l’Oréal et de LVMH, le modèle dominant, l’image exemplaire qui s’impose à la psyché de tous ? L’être parfait sur lequel doivent s’aligner tous les autres s’ils ne veulent pas être considérés comme « ringards » ? Auquel cas, la jeune fille aurait réussi son coup au-delà de tout, et en tout cas, bien au-delà de ses espérances qui n’étaient d’ailleurs pas très claires » s’interroge-t-il dans l’introduction.

 

Pour lui le concept de la jeune fille, élaboré par Tiqqun, est certainement aujourd’hui la meilleure grille de déchiffrement du monde occidental tel qu’il ne cesse de se renforcer depuis la fin de la Première Guerre mondiale et qui va dans le sens toujours accru de la plus grande marchandisation possible dans tous les domaines de l’activité humaine, y compris les plus intimes. Cette évolution, à la fois insidieuse et spectaculaire, au caractère inexorable, s’accompagne d’un processus de dévitalisation des caractères qui tendent désormais à la standardisation la plus éhontée sous couvert d’une affirmation toujours répétée de l’individualisme. En somme, la jeune fillisation des citoyens du monde représente sans doute l’expérience la plus accomplie et la plus prometteuse de ce début du XXIe siècle. » Nous voilà prévenus.

 

« Entendons-nous : le concept de jeune fille n’est évidemment pas un concept sexué. Le lascar de boîte de nuit ne s’y conforme pas moins que la beurette grimée en porno-star. Le sémillant retraité de la com. qui partage qui partage ses loisirs entre la Côte d’Azur et ses bureaux parisiens où il a gardé un pied lui obéit au moins autant que la single métropolitaine trop à sa carrière dans le consulting pour se rendre compte qu’elle y a laissé quinze ans de sa vie. Et comment rendrait-on compte de la secrète correspondance qui lie l’homo branché-gonflé-pacsé du Marais à la petite-bourgeoise américanisée installée en banlieue avec sa famille en plastique, s’il s’agissait d’un concept sexué ? » prévenait Tiqqun.

 

Selon Voici « Le pétasson est une jeune fille de sexe mâle fasciné par son reflet dans les glaces ».

 

Bardolle revisite donc le concept en l’étendant à celui de la belle jeune fille sous la forme de fragments (des « pensées foudroyées dans les formules » selon le mot de Cioran). L’auteur se considère comme « une vieille jeune fille de sexe mâle et qui a un peu honte »  et pour goûter son texte, amusant et tragique, il vous faudra accepter de vous regarder en face.

 

La forme fragmentaire justifie mon choix du simple vrac qui n’est pas note de lecture mais simple glane au gré de mes humeurs de vieille jeune fille qui aime les filles…

 

Page 45 « C’est la fashion week à Paris, des « fraîcheurs », avec des barbes de trois jours, en costume gris et chemise blanche, arpentent les trottoirs délicatement, le portable vissé à l’oreille, ils ont l’œil absent et velouté, ils vous croisent et ne vous voient pas, ce qu’ils voient c’est leur propre reflet dans les vitrines des boutiques de la rue du Faubourg-Saint-Honoé. Quel adorable ballet… »

 

Page 59 Martin Amis Le Nouvel Observateur 14 avril 2011  « Dans ma jeunesse, la Grande-Bretagne était une société de castes. Ça ne l’est plus. C’est une société fondée sur la différence d’âge. Votre appartenance à une classe sociale et votre couleur de peau ne compte plus ; ce qui compte, c’est d’avoir 30 ans. C’est universel dans les sociétés occidentales. C’est d’ailleurs un meilleur système que celui des castes. Si la société doit être inégalitaire par essence, autant que les privilèges ne soient pas ceux de l’aristocratie ou de la race, mais de l’âge : nous sommes tous jeunes à un moment donné. »

 

Page 60 « Comme les jeunes filles peuvent en témoigner, on rencontre désormais, chez les trentenaires, beaucoup d’hommes soignés, parfumés, crémés, au sexe intégralement épilé, empreint d’un érotisme transgenre, qui vivent leur toute-puissance narcissique en « séduisant dans toutes les catégories ». Ils se posent en permanence en objets de désir et n’hésitent pas à se considérer comme « irrésistibles ». Ces nouveaux muscadins sont certainement plus efficaces que nos anciens play-boys. Avec eux, l’amour, le sexe, les sentiments et la séduction ne connaissent pas de temps mort, il s’agit d’une gestion à flux tendu, tout est parfaitement planifié ; le taux de rotation, la gestion des stocks et le contrôle de la qualité font partie d’un « modèle érotique » (comme il y a des « modèles économiques ») mis au point dans les écoles de commerce qui savent former des managers. Le Web est à ce titre largement mis à contribution en termes de planification amoureuse pour obtenir une efficacité optimale. Bref, ça dépote ! »

 

Page 61 « La jeune fille, qui s’habille souvent tout en noir est enfermée dans son moi comme dans un bunker, et les ouvertures qu’elle pratique dans son édifice mental s’appellent à raison des « meurtrières ».

 

Page 73 « La jeune fille raffole des « produits du terroir » dont on ne sait plus trop ce que cela signifie tant les étiquettes des produits importés semi-industriels, trimballés aux quatre coins du pays, ne veulent plus rien dire. Les « terroirs » sont notre avenir sous la forme d’écomusées que la jeune fille pourra aller visiter comme autrefois on allait au zoo : »Oh ! regarde-là, un topinambour ! »

 

Page 78 « Nous vivons dans une société urbaine encombrée de « petits lascars malins » (les plus retors des jeunes filles modernes) qui passent leur vie à s’infiltrer partout, issus généralement du Web, de la finance ou de la com., ils vont en costard sans cravate, ont du gel dans les cheveux et une barbe de trois jours. Ils affichent en toutes circonstances un cynisme tranquille consistant à la fois à chercher à faire le maximum d’argent le plus vite possible et à professer toutes les idées bien-pensantes du moment qui leur servent de pochettes de soie. Ils circulent en scooter MP3 et se faufilent aussi très bien dans la circulation en ne respectant aucune des règles élémentaires de conduite. Ils sont toujours pressés, quand ils sont jeunes on les appelle les « fraîcheurs », et les pompiers de Paris en ramassent une dizaine par jour, écrasés sur la chaussée. Bien fait ! »

 

Page 97 entretien de Jean-Luc Godard avec Maurice Pialat, Le monde du 16 février 1984 « La belle au bois dormant, ça s’arrête quand il l’a réveillée. Ensuite, on ne sait ce qu’ils sont devenus, heureusement. Parce que ça n’a pas du durer longtemps. »

 

Page 114 « Attraits, attributs, avantages, on n’en finirait pas d’énumérer les dénominations conquérantes que l’on donne aux appas féminins. Cela doit bien étonner la jeune fille en formation, la jeune fille de 12 ans, de constater cet étrange et soudain pouvoir d’attraction que son corps et ses seins naissants, suscitent chez les représentants de l’autre sexe. Quelle puissance ! C’est magique de pouvoir faire tourner les têtes comme ça alors qu’hier encore personne ne vous remarquait, c’est magique et ça fait quand même un peu peur. Comment se servir intelligemment d’un tel pouvoir ? Comment l’utiliser à bon escient, sans déchoir ? À moins qu’on en fasse définitivement une arme de conquête, comme la Pompadour ou Mata Hari, qui auraient pu avoir pour devise le mot de Christopher Walken dans le Prince de New-York : « Un poil de chatte peut tracter un navire de guerre ! » N’est-ce pas là une option intéressante pour la jeune fille ambitieuse qui voudrait jouer les Rastignac en jupons ? Et une possiblité de revanche sur les mâles ? »

 

Page 173 « les grands mâles blancs dans leurs berlines allemandes noires ou grises, crispés sur les commandes du pouvoir, ne veulent ni céder leur place ni réduire leur train de vie. Ils ont des réseaux, beaucoup de talent, et sont pour la plupart des bourreaux de travail. Si seulement il n’y avait pas cette foutue pulsion sexuelle ! »

 

En complément lire l'article du M le Magazine du Monde par Raphëlle Rérolle : Les Nouveaux codes de la beauté link

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 18:30

photomoi.jpg Comme c’est la nouvelle coqueluche des agences de communication et des attachés de presse le blogueur, comme la blogueuse, est dragué sec pour aller traîner ses belles grolles ou ses hauts escarpins dans les salons. Oui, vous savez, ces foires-expositions revisitées et plantées dans des zones péri-urbaines où il faut galérer des heures en auto pour s’y rendre. L’oscar de la commodité étant détenu depuis toujours par Vinisud où pour sortir du parking lors de la dernière édition il fallait conjuguer l’astuce d’un chauffeur de taxi romain et la mauvaise foi d’un conducteur parisien. Je suis mauvaise langue mais, même Vinexpo, qui se veut très prout-prout ma chère, a des parkings du niveau de ceux du père Leclerc à ses débuts.

 

Avant de pousser plus loin mon bouchon de blogueur courtisé je ne puis m’empêcher de vous livrer  la description de l’ambiance qui règne dans le « in » c’est-à-dire le salon officiel œuvre de la plume virtuose de Vincent Pousson qui vient de commettre une excellente chronique sur les « off » link C’est tout à fait ça, et le pire, ce sont les invitations à des soirées. Là, je ne vous dit pas, c’est l’abomination de la désolation. Ne parlons pas des colloques organisés pendant les salons ça tient du remplissage pour présidents désœuvrés. Plutôt que de continuer dans cette veine, et me faire encore de bons amis, je laisse la parole à l’arpenteur Pousson.

 

 « En même temps, puisqu'on en parle, moi, j'ai tendance à les comprendre toutes celles et tous ceux qui ne se sentent pas à l'aise dans les "in" avec leurs banderoles ringardes, leurs moquettes qui puent la combine et leurs slogans à deux balles. Rien de tel qu’une bonne déco syndicale pour transformer, d'un coup de baguette magique, le plus authentique des vignerons en vendeurs de voitures ou d'aspirateurs! Il est évident qu'avec un peu plus de liberté d'expression, un esprit moins « caserne », moins « kolkhoze » nombreux sont ceux qui y réfléchiraient à deux fois avant de faire bande à part. Je vais d'ailleurs vous raconter une anecdote qui remonte à quelques années. J'avais organisé, dans Vinisud, un rassemblement de stands pour les domaines et les coopés du cru La Livinière, un lieu un peu rock n' roll et évidemment, aidés par la foule et l'ambiance, on avait fait un peu de bruit. Eh bien, figurez-vous qu'un de nos voisins de salon, un brave homme, viticulteur de Saint-Georges d'Orques que nous avions empêché de dormir derrière son comptoir désert durant ces trois jours, était allé porter plainte pour tapage au commissariat de Vinisud! »

 

Donc, en vertu de cette jurisprudence, fort pertinente, après le dernier Vinexpo où j’ai soigneusement évité tous les pinces-fesses de châteaux et n’avoir goûté que les vrais plaisirs du off, je me suis dit : « mais qu’est-ce que tu fous dans ces allées, Taulier ? » T’es pas un acheteur, t’es même pas un gouteur, t’es donc un imposteur qui sert à gonfler les statistiques de fréquentation…Attention je ne crache ni dans la soupe, ni dans les bassines prévues à cet effet, je fais preuve, bien au contraire, que de réalisme. Les salons sont des lieux où des acheteurs viennent pour rencontrer en un lieu ramassé un maximum de vendeurs. Comme le dit mieux que moi le lettré Pousson  c’est la déclinaison de «  la fameuse règle des 3 unités qui fit le succès du théâtre classique et que Boileau résume ainsi dans L'art poétique: "Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli."  Ces 3 unités, je les rappelle de façon plus didactique pour ceux qui dormaient durant les cours de français

- Unité de temps, la pièce devait se dérouler dans un laps de temps réaliste, on va dire que pour un salon, deux ou trois jours, c'est parfait.

- Unité d'action, tous les évènements doivent avoir une cohérence entre eux, être liés, pour que l'on se disperse pas et que l'attention des spectateurs demeure intacte.     

- Unité de lieu, enfin, là encore pour qu'on se s'éparpille pas. »

 

Alors, moi qui ne suis qu’un blogueur, un petit chroniqueur qui n’ai rien à acheter ni à vendre d’ailleurs, en dehors d’aller serrer la main des Bons Vivants exposants, de draguer les vigneronnes, de se la jouer dégustateur patenté, je ne vois pas ce que j’irais faire au Salon d’Angers, à Vinisud ou même à Vinexpo… Dans le temps, je l’avoue, en arpentant les allées j’y faisais un peu de politique, au sens où j’adorais voir la tronche de mes principaux détracteurs, c’était jouissif. C’était le côté rapport B en chair et en os qui se payait la fiole des ronds de cuir syndicaux, des buveurs de discours et autres allocataires de CVO. Ce temps est révolu. Bien sûr, je ne dis pas que, si Michel Rémondat m’avait invité à une Table Ronde de Vitisphère sur journalistes et blogueurs, je ne me serais pas déplacé ou si une agence payée par une Interpro m’avait confié de trimballer une nichée de blogueuses spécialistes de l’accord mets-vins je n’aurais pas joué les Jacques Dutronc…

 

Vous allez me dire que cette chronique est superfétatoire car tout le monde se fout comme de sa première chemise de l’absence du Taulier à Vinisud. J’en conviens aisément mais si j’ai commis ce billet c’est la faute de Vincent Pousson qui m’a mis l’eau à la plume. Désolé !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : les afterwork du taulier
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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 00:09

La vérité si je mens. Au 40 rue Miron, dans le quartier St Gervais-St Paul dont l’architecture médiévale est splendide, est sise en surplomb l’épicerie Izraël. Voilà ce qu’en dit une internaute. « Lorsqu'on entre chez Izraël, les épices, les sacs de farine et de légumes secs, nous envoient bien loin d'ici. Les piments pendent au plafond, se partageant la place avec des saucissons ; les fruits secs et confits éclatent de couleur, les loukoums se noient dans le sucre glace. Les étagères grimpent jusqu'au plafond. Alcools, biscuits, spécialités venues du monde entier, il faut faire la queue et demander à la patronne, peu aimable, ce que l'on cherche. Elle disparaît sous ses étals, ramène le précieux ingrédient d'un air revêche, au suivant! Les autres employés disparaissent derrière les murs qui se dérobent, les touristes visitent, gênés aux entournures, cette caverne d'Ali Baba rendue minuscule par la place prise par les victuailles. On paie au comptoir, sur lequel règne le patron, comme sur son trône, au fond de la boutique. Izraël est un endroit magique et hors du temps, tenu là depuis des années par la même famille, et qui, je l'espère, se transmettra dans la même atmosphère figée pendant des millénaires. »

 

Samedi dernier, dans la froidure, à vélo, bardé de ma canadienne de cuir, j’ai traversé la Seine pour me rendre dans le Marais et j’ai fait une halte rue Miron. Y’avait du monde chez Izraël. Avant de reprendre ma route une affiche sur la porte du bureau de tabac-presse m’a intrigué ?

Casher-002.JPG Du vin casher, italien de surcroît, mais qu’est-ce-donc le vin casher ?

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En hébreu : יין כש yayin kashér c’est un vin produit en suivant la cacherout, le code alimentaire judaïque qui précise « que le vin ne peut pas être considéré comme casher s’il a été utilisé pour l’idolâtrie comme le Yayin Nesekh, un vin qui a été versé à une idole et le Stam Yainom, un vin qui a été touché par une personne qui croit dans l’idolâtrie ou produite par des non juifs. »

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Longtemps cantonné uniquement au culte, le vin casher ne passait pas la sphère religieuse. En effet pour les juifs, le vin n'est pas une boisson du quotidien mais un breuvage sacré réservé aux cérémonies religieuses. Mais rien dans les textes n'interdit sa consommation et la Thora ne prône aucunement l'abstinence à ce sujet. Par tradition, les juifs consommaient du vin blanc sucré, élaboré à partir de raisins secs le plus souvent. Mais à la fin du 20e siècle, ces habitudes évoluèrent. Notamment à partir de 1996, quand les vins du Golan font leur apparition en France, grâce à un homme, Roberto Cohen, un négociant spécialisé, devenu le premier importateur de vins israéliens en France. »

 

Le hekhsher

C’est le certificat émanant d’un organisme de surveillance, d’une organisation, d’un rabbin faisant autorité et qui est de préférence un posseq, ou être supervisé par un Beth din signifiant que le produit est « propre à la consommation » La présence des « Shomrim » chez le producteur est la garantie du caractère cacher du vin. Une fois les vendanges effectuées (à la main ou à la machine) et jusqu’à la mise en bouteille, seuls les délégués rabbiniques – les « Shomrim » - sont en effet autorisés à opérer – ou à surveiller - toutes les manipulations nécessaires à l’élaboration du vin (mise en route du fouloir et de l’égrappoir, pressurage, tirage, filtration, prélèvement d'échantillons, ouverture et fermeture des cuves, contrôle des degrés alcooliques, surveillance de l’absence d’ajouts non naturels, y compris à base de jus de raisin,  ou d’origine animale…). Le blanc d’œuf peut lui être utilisé dans la clarification du vin casher mais alors il ne peut prétendre à l’appellation vin casher végétarien. Le vin décrit comme « casher pour la Pâque » doit lui avoir évité tout contact avec du grain, du pain et une pâte.

 

Le matériel : Cuves, pompes, pressoirs et autres tuyaux permettant la fabrication du vin cacher ne doivent pas comporter d’impuretés. Là encore, ce sont les « Shomrim » qui veillent donc à leur cachérisation (nettoyage scrupuleux à l’eau bouillante, solution d’acide citrique chaude pour laver les tuyaux et pompes…). Leur intervention est également indispensable lors de la purification des cuves de stockage (décapées, elles font l’objet de trois bains rituels successifs d’eau froide, de 24 heures chacun). Il leur revient enfin de plomber et d’identifier clairement chaque cuve cachère afin qu’aucune manipulation n’ait lieu en leur absence ni en dehors des périodes autorisées (comme le Shabbat par exemple). Et cela, y compris pendant le processus de vieillissement du vin.

Chaque bouteille de vin casher porte le signe de la cacherout.

 

Qu’est-ce que le vin Mévushal ?

« Contrairement aux autres vins cachers, le vin Mévushal ne devient pas taref (perte de son caractère cacher) s’il est partagé par des convives non pratiquants. Et cela parce qu’il a été flash pasteurisé (porté très vite à la quasi-ébullition, puis  très rapidement à zéro degré). Le kiddouch peut être prononcé dessus. Pratique pour les shabbats et cérémonies ! »

 

Peut-on parler d’un goût casher ?

« Un vin casher a sensiblement le même goût qu'un vin non casher. La seule différence qui puisse exister réside dans l'assemblage et l'élevage. Pour les bordeaux notamment, on a tendance à utiliser un peu plus de merlot dans les rouges, apprécié pour son fruité et sa rondeur. Et à réduire le temps d'élevage en barriques neuves pour donner des vins plus rapidement prêts à boire. »

 

Vin Casher  Virginie de Valandraud link

 

www.bethcacher.com/vin-cacher

www.club-haguefen.com

 

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Sancerre : les vendanges casher link

 

 

 

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 16:00

de-Gaulle-a-Montcornet.gif L’édito de Michel Rémondat dans Vitisphère « des blogueurs et des journalistes » a provoqué une de ces petites tempêtes qu’affectionne notre micro marigot de la blogosphère du vin. Qui sème le vent récolte la tempête déclare un vieil adage, alors celle-ci n’a été qu’à la hauteur des arguments développés par l’auteur, échevelée, outrée, vite oubliée. J’y ai participé en donnant la parole à un jeune homme censé, Ryan O’Connell, dont la réponse link sans outrance m’est apparue se situer à la bonne hauteur face à un édito dont j’avoue n’avoir pas bien saisi où il voulait en venir et où je n’ai perçu aucune forme d’ironie humoristique. Mais qu’importe, les blogueurs agglutinés dans un même paquet, de la même manière que : les jeunes, les seniors ou les femmes, par leur amateurisme, leur manque de sérieux, leur absence de modèle économique, enlèveraient le pain de la bouche de ceux qui en ont besoin pour se nourrir. Nous enfoncerions plus encore un secteur déjà sinistré. Les hordes de blogueurs baladés en autocar par de sémillantes attachées de presse pratiqueraient la politique de la terre brûlée. J’exagère à peine.

 

Je m’attendais, puisque le patron-éditorialiste de Vitisphère fut un peu secoué, à ce qu’il y ait, comme je le pratique sur mon espace de liberté lorsque je lance un pavé dans la mare, un vrai débat argumenté. Que nenni, dans son nouvel édito, Michel Rémondat, ne revient pas sur le fond de son texte, mais adopte une stratégie qui mêle attrition et évitement. Le titre est étrange : lendemain de fête, la sienne d’abord : « Ce fut ma fête ! » pour, après avoir regretté le bon vieux temps du web qui était, selon lui, « un espace de courtoisie plutôt festif », mettre en avant  la fragilité du Web due à des évènements qu’il qualifie de plus importants que nos petites humeurs – comme je le comprends mais à ce tarif-là on peut évoquer plus encore le rôle des réseaux sociaux dans le printemps arabe et en Chine – « la fermeture du site Megaupload, l'introduction en bourse de Facebook, les actions des Anonymous… »

 

Alors conclut-il bizarrement : « La fête est-elle finie ? » en ajoutant, sûrement pas !

 

Mais de quelle fête s’agit-il ? A-t-elle jamais existée ? La Toile libertaire des origines est enterrée depuis un bail et les maîtres des tuyaux du Net, les mercantis ont définitivement gagnés la partie, eux-seuls ont monétisé leur emprise.  Alors pourquoi s’inquiéter de nous petits blogueurs de rien du tout, comme le disaient si bien les deux duettistes du Jumillagate ? Nous ne sommes que des survivants d’une période en phase terminale : l’ordre va enfin régner sur la Toile ! La récréation sera bientôt définitivement terminée : Google, Face de Bouc and Co vont mettre le troupeau dans de belles enclosures. Fini le Far West, la gratuité, la prédation, les grands espaces de liberté…

 

Pour autant, les grands systèmes intégrés recèlent des failles que nous, les chiures de mouches de la Toile, saurons exploiter. Puisque maintenant tout est lié sur notre planète, pourquoi continuer de s’ingénier à vouloir aborder les choses de façon fragmentée, segmentée. Dans nos sociétés démocratiques ouvertes nous recevons chaque jour de grandes quantités de messages. Savons-nous les ranger, les ordonner les uns par rapport aux autres, les prioriser ? Les médias traditionnels confondent la partie et le tout, ne distinguant pas l’urgent de l’important et nous transforment en consommateur passif, incapable de faire un tri. S’ajoute à ce trop-plein, à cette dictature de l’immédiateté, la grande fatigue de l’Occident : nos modèles ont perduré, ont été réadaptés, réimités, et pour autant nous n’arrivons pas à abandonner nos postures de supériorité.

 

Vous allez m’objecter que je suis en train de vous entraîner loin des vaguelettes de l’édito de Michel Rémondat et encore plus loin de nos rangs de vignes, de nos tonneaux ou de nos caisses à exporter. En êtes-vous si sûr ? À force de vouloir défendre des prés-carrés surpâturés, en voie d’épuisement, de vouloir soi-disant nous protéger avec des lignes Maginot illusoires, si nous ne faisons pas l’effort de remailler l’infiniment petit, ce qui peut apparaître, si l’on ne prend pas un peu de recul, un fouillis, un puzzle inextricable, alors nous gaspillerons ce qui fait notre singularité, notre avantage face aux émergeants qui sont devenus l’usine de monde. Oui, j’affirme que je crois au retour en force du contenu, du fond, de l’intelligence en sa meilleure acception.

 

Face à notre fatigue de Vieux Monde, à notre goût immodéré de ressasser nos illusions perdues de centre du monde, à notre complaisance vis-à-vis des déclinistes, à nos égoïsmes de nantis, nous pouvons  opposer l’envie de vivre ensemble, de nous forger de nouveau un destin commun, de refonder la citoyenneté, de remettre en valeur le bien commun. Illusions d’un taulier en bout de course, d’un ex-soixante-huitard amorti… peut-être mais je suis certain que les gardiens du Net ne pourront rien contre ce mouvement d’apparence désordonné mais vivifiant, tonique et surtout vivace. Nos petits espaces de liberté sont et resteront des petits cailloux dans les grolles des Géants. Les e-informateurs s’alimentant à l’aune des dépêches d’agence, des communiqués de presse, en boucle ont du souci à se faire, pas nous petits blogueurs qui n’entrons en concurrence avec personne, qui ne mangeons le pain de qui que ce soit. Nos modèles économiques bricolés, bout de ficelle ou double vie, font de nous des virus résistants et quasi-indestructibles.

 

Je suis sur le Net depuis la mise en ligne en 2001 de ce qui est devenu, grâce à la Toile, le rapport B. Il a fait le tour du monde et depuis Google m’aime. En ce temps-là, Vitisphère titrait « Le rapport Berthomeau sonne la fin de l’été » et déclarait que « le rapport remis au Ministre de l’Agriculture fin juillet semble plutôt bien accueilli par les responsables professionnels. Pourtant il met au grand jour, sans détours, les faiblesses de la filière vitivinicole dans la compétition internationale. Quelles sont les raisons de cette approbation générale (qui ne dit rien consent) ? Que contient le rapport de Berthomeau ? Qu’est-ce qu’il ne contient pas ? » et Michel Rémondat d’écrire dans un bel élan : « Le rapport de J. Berthomeau tombe à pic. A la manière du colonel Charles de Gaulle qui en 1936 suggérait de créer des régiments de chars d’assaut, pour résister aux « panzers divisions allemandes », J. Berthomeau propose le renforcement des entreprises, la création de marques, une politique contractuelle entre les producteurs et les opérateurs commerciaux pour contrer les stratégies de conquête des pays concurrents… »

 

Bien, comme vous en vous en doutez en ces temps électifs il ne me reste plus qu’à croire dans un destin national… Faire de l’A.B.V. le socle de ma résistible ascension… Je rigole bien sûr car j’ai si longtemps fréquenté les ors de la République que je n’ai nulle envie de m’y retrouver enfermé. Pour autant, je ne lâcherai pas prise dans mon minuscule combat entamé en l’an 2000. J’aime convaincre. J’aime le débat. Je suis pugnace. Je ne lâche jamais prise. Alors, entre mes éleveurs à la ramasse et mon espace de liberté, j’agis, je vis et ça suffit à mon bonheur, et si par surcroît ça intéresse des lecteurs que demander de plus ?

 

Qu’une seule chose que vous vous mobilisiez autour de l’A.B.V ! link

 

C’est le geste qui sauve.

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 00:09

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Le cycliste que je suis, lorsque le thermomètre se permet  de descendre très au-dessous de zéro et que de surcroît l’impression de froid est amplifiée par de tranchantes lames de vent, mon corps a besoin de carburants autre que le café et le thé. Seule l’eau chaude fortifiée a sa place en ces temps de bonne froidure. Dès que le moteur  a des ratés je m’arrête donc à la pompe pour faire le plein. Les deux premières boissons : le grog et le Viandox, entrent naturellement dans le champ de ma définition alors que la troisième : le vin chaud ne semble pas bien coller avec ma définition. Sauf que le vin c’est 80% d’eau donc j’ai raison !

 

Le grog semble être le territoire exclusif du rhum mais là encore les us et coutumes locales peuvent s’y substituer : voir ainsi ma chronique normande : l’eau chaude link Au risque de me faire traiter de parigot tête de veau d’un établissement dédié au rhum, sis au 166 Bd saint-Germain, qui tout naturellement se dénomme La Rhumerie. link

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« Le grog est une invention de l’amiral anglais Edward Vernon qui, en 1740, eut l’idée d’ajouter un litre d’eau chaude à chaque quart de litre de rhum que l’on distribuait à ses marins, afin de réduire leur consommation de rhum. L’amiral était surnommé «le vieux grog» du fait que le vêtement qu’il portait en permanence était en tissu grossier, dit à gros grain, et appelé pour cette raison grogram en anglais. C’est ainsi que le surnom de l’amiral devint celui de la nouvelle boisson. Par la suite, du jus de citron y fut rajouté une fois ses propriétés antiscorbutiques connues. »

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Mon second carburant est le Viandox. Pourquoi diable mettre en avant ce jus industriel plein de trucs pas clairs : extrait de levure, colorants : caramel (E150a - E150c), sauce soja (eau, fèves de soja, blé, sel), exhausteurs de goût : glutamate de sodium, inosinate et guanylate de sodium, acidifiants : acide citrique et acide lactique, extrait de viande de bœuf, extrait d'épices (fenugrec, livèche), arômes (dont céleri) détenu par une multinationale : Unilever ?

Tout bêtement parce que, lorsque j’accompagnais mon père à la foire aux bestiaux, tôt le matin, c’est ce que nous consommions pour nous réchauffer. Bien évidemment, en ce temps-là, ce jus de viande inventé par Justus Von Liebig ne faisait pas l’objet d’un étiquetage informatif et, pour dire le vrai, nous ne nous posions pas de question. Moi j’aimais bien ce brouhaha des conversations, des invectives, des histoires grasses, cette promiscuité avec les maquignons, les éleveurs, qui eux carburaient plutôt au petit blanc ou à la goutte. Avec le bouillon Kub fabriqué au Blanc-Mesnil link ce sont des gorgées de mon enfance que j’absorbe comme carburant en absorbant mon Viandox, sauf que pour dégoter un café qui sert du Viandox au bar il faut se lever de bonne heure.

 

Reste le Vin chaud qui est redevenu tendance car il peut se permettre de nombreuses fantaisies. Il a même droite à un site sur le Net link dans la nuit des temps le vin chaud épicé remonte à l’Empire Romain. . Sa composition en est donnée dans le Livre I. De Re Coquinaria d'Apicius. Par la suite, la majorité des recettes sont originaires de de pays catalans ou de langue d'Oc. Au XIIIe siècle, Montpellier fut réputé pour faire le commerce de vins épicés, des écrits montrent que la « recette » de ce vin remonte en l'an 1249. Sa fabrication était possible grâce au port de Lattes qui recevait les épices venues d'Orient. Sa renommée était telle qu’Henri III d'Angleterre s'en fournissait pour sa table : un document relatif à une commande de ses commandes nous fournit la première mention et recette de ce vin. Ce vin avait pour nom garhiofilatum, un mot du latin médiéval désignant le clou de girofle, épice reine des vins épicés.

 

Pour faire plaisir à l’internationalisme de Léon soulignons que, même si Angela et notre Président ne sont pas addict, la plus vieille cruche à vin chaud  appartenait au Comte Jean IV de Katzenelnbogen, en argent et plaquée or, date d'environ 1420. Plus au nord, en Suède, comme je l’ai déjà signalé dans ma chronique sur le vin de l’île de Gotland la tradition du vin chaud s’installa quand le roi Gustav Vasa, grand amateur se le fit préparer avec un vin du Rhin, du sucre, du miel et des épices (cannelle, gingembre, cardamome et clous de girofle) À partir de 1600, cette boisson aristocratique devint populaire et prit le nom de Glögg (vin chauffé). Dès les années 1890, la tradition du vin chaud s'amplifia lors de la période de Noël. En Finlande, on l'appelle glögi.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 00:09

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« Je m'voyais déjà en haut de l'affiche

En dix fois plus gros que n'importe qui mon nom s'étalait

Je m'voyais déjà adulé et riche… » chante Charles Aznavour

 

Aimons-nous vraiment le succès, nous, les Français ? Dans certains domaines, oui, le sport par exemple car ça flatte notre fierté nationale mais lorsqu’il s’agit d’entreprises, d’entrepreneurs, ces drôles de petites bêtes qui gagnent de  l’argent une certaine réserve s’installe quand ce n’est pas de l’hostilité. Dans le monde du vin on aime rien tant que les petits, on adore que David défie Goliath, on se méfie des mercantis. Lorsque Sophie m’a proposé d’ouvrir une nouvelle rubrique consacrée à des success stories du vin, j’ai de suite dit oui. J’aime les bâtisseurs, ceux qui relèvent des défis, petits ou grands, ceux qui vont de l’avant, font, précèdent. Avoir l’ambition de sortir des sentiers battus, de mettre en œuvre sa vision des choses, avec une équipe partageant les mêmes valeurs, me plaît. Je laisse la plume à Sophie… 16744_1248312404614_1133553836_777687_5769906_n.jpg

D’un récent séjour bien trop court en Bourgogne, je garderai une émotion lumineuse : celle d’une pureté, d’une droiture fière et d’un ciselé sans pareil. Vous me direz que c’est chose commune sur les flancs de cette côte qui se pare d’or en Automne.  Les plus grands sont là. Inaccessibles et rares. Mais, là n’est pas mon propos. Cette belle et simple émotion m’a donné l’envie d’ouvrir une nouvelle rubrique sur le blog de Jacques Berthomeau : celle d’une « wine success story ». Cela serait l’histoire de domaines qui infléchissent leur destin, trouvent de nouveaux modèles. Des histoires d’entreprises viticoles qui ne s’accommodent pas des dichotomies usuelles parfois rassurantes : le vigneron sincère et le négociant mercantile, l’artisan authentique et la cave industrielle, les vins de terroir et les vins marketing…  j’aimerais pouvoir parler à leur propos d’une ambition, d’une vision et d’une stratégie. Ne serait-ce pas tout simplement les clés du succès que j’aimerais tenter de mettre en évidence dans une aventure viticole française qui mêle tout à la fois : management, écologie, passion, communication, marketing, technique…

 

Revenons en Bourgogne sur la Côte d’Or, ou plus exactement à Corton, mais en faisant un crochet dans l’espace et le temps, à Paris dans le 8ème arrondissement des années 70. D’un lieu festif et gastronomique des plus courus de la capitale, qui porte l’étrange et légendaire nom de Rôtisserie de la Reine Pédauque, les vins de Pierre-André Corton deviennent l’étendard. Une offre simple, pertinente et inventive ciblée sur le concept d’un magnum dans chaque couleur ; une invitation à la fête et à l’abondance : autant de promesses qui répondaient parfaitement aux attentes d’un marché dont la problématique était de gérer la croissance continue, la soif de vivre intensément une époque exubérante et confiante. De cette opportunité de marché, la société Pierre-André Corton ancre son métier sur celui  de l’assemblage de vins et de l’élaboration de cuvées que nous qualifierions aujourd’hui de premium avec des prix autour de 5€. Et si la Bourgogne demeurait le cœur de l’offre, le négociant développait des gammes de Beaujolais, de Côtes du Rhône mais aussi de Champagne et d’apéritifs à base de vin qui s’exportaient en Europe dans les circuits traditionnels.

 

La prospérité de l’entreprise s’éroda progressivement : évolution des modes de consommation, demande en berne, accroissement de la concurrence. La diversification de la gamme de vins ne suffisait pas à compenser la faiblesse de certaines appellations et la maison Corton vit sa crédibilité décliner sur un critère de qualité de plus en plus exigeant. Pourtant, elle possédait un atout exceptionnel que le groupe Ballande&Meneret perçut sans mal lors de son rachat en 2002 : son ancrage géographique. Le château André-Corton, dont l’architecture flamande 19ème alliant sans ostentation charme et harmonie, veille sur la colline de Corton et recèle 4 hectares et demi de vignes en Grand cru de Corton Charlemagne et un grand cru rouge de Corton. L’écrin est là, le mythe est en sommeil. L’évidence s’impose : celle de la renaissance d’un terroir, du retour aux fondamentaux d’un lieu immuable et unique.

 

L’histoire est ironique : c’est une entreprise bordelaise qui va réveiller la belle bourguignonne mais elle y met un familier de ces coteaux à son chevet, Benoît Goujon. Celui-ci va alors entreprendre, avec constance, cohérence, et non sans panache la montée en gamme de l’entreprise sur l’élaboration de vins modernes et accessibles capables d’incarner la grandeur des terroirs bourguignons. Sur un segment de prix deux fois plus élevé, il s’agit en 10 années de conquérir une nouvelle clientèle : celle qui a remplacé le consommateur «traditionnel», celle qui attend du vin un plaisir d’esthète et une part de rêve. Le travail se fait d’abord dans les vignes et dans les chais avec deux objectifs majeurs : l’établissement d’une proximité technique permanente avec les vignerons fournisseurs, la remise en question des systématismes en vinification et en élevage. Ces deux objectifs seront bien entendu soutenus par un plan d’investissement sur les dix années écoulées notamment pour la création d’un chai moderne et rationnalisé. Une politique d'image bien pensée, du site internet au packaging, parachève le tout et rétablit la part de rêve perdu.

 

Je m'attarderai un instant sur la vinification et retiendrai la décision de considérer la fermentation malolactique non plus comme un principe établi mais comme un facteur voulu, ou au contraire évité, celle de ne pas appliquer une norme dans la durée d’élevage (certains 2011 seront mis en bouteille avant les 2010) et d’avoir une seule règle à toutes les étapes : « celle de ne pas avoir de règles ». Au-delà d’une répétition de savoir-faire acquis, cette philosophie poursuit une quête permanente de la décision technique et du geste œnologique les plus adéquats à l’expression des qualités du raisin et à la finalité exprimée par Benoît Goujon « enfermer le fruit ».

 

Et cela se déguste dans les vins : Savigny, Saint-Romain, Meursault ou Monthelie se déclinent tous sur un fond de délicate élégance et de belle tension, qui laissent pleinement s’épanouir les particularités de chaque climat. Le domaine André-Corton a retrouvé son éclat. Et depuis le monde onirique de la Reine Pédauque (la reine au pied d’oie) conté par Anatole France et qui fût le berceau des succès d’André Corton, c’est une nouvelle légende qui s’ouvre. Parions enfin que l’attention bienveillante et compétente d’une œnologue maître de chai du nom de Ludivine n’est pas totalement étrangère à l’indicible magie de ces vins. Tous les ingrédients sont réunis et le secret ne résiderait-il pas dans cet aphorisme de Le Corbusier : « Etre moderne, ce n’est pas une tendance. Ce n’est pas un état. Il faut comprendre l’histoire car celui qui comprend l’histoire sait établir une continuité entre ce qui a été, ce qui est et ce qui sera. ». 

 

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Sophie
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