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Lundi 25 août 2014 1 25 /08 /Août /2014 09:00

Une fois n’est pas coutume, profitant du sujet de ma chronique du jour sur la pintade de la Dombes je vais faire une rapide incursion dans l’actualité politique du week-end qui, comme ça n’a pu vous échapper, s’est concentrée dans la Bresse haut-lieu de l’excellence de notre volaille nationale.


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Je partage sans restriction le point-de-vue de Bruno Le Maire mon ancien Ministre :


« Si Arnaud Montebourg et Benoît Hamon avaient un peu de dignité, ils démissionneraient. Si Manuel Valls et François Hollande avaient un peu d'autorité, ils les renverraient. »


Ce faisant je ne prends pas parti sur le fond du débat car ce n’est pas le lieu mais, face au spectacle lamentable donné par les petits coqs du PS, j’apprécierais que notre cher Président renvoie tout ce petit monde devant les électeurs, ça permettrait de remettre l’ensemble de la classe politique face à la réalité tout comme nous les électeurs à nos responsabilités.


Gouverner c’est choisir !


La cohabitation aurait du bon, elle pacifierait une opinion déboussolée et morose en obligeant nos décideurs publics à assumer leur discours démagogique.


C’est mon opinion et je la partage.


Bonne journée d’automne à vous


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 25 août 2014 1 25 /08 /Août /2014 00:09

La Pintade de New-York, de Paris, de Berlin, de Madrid, est une femme qui n'a rien d'une bécasse. link


La pintade de la Dombes est une pintade grise ou commune Numida meteagris élevée dans la belle région de la Dombes.


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Sa chair est tendre et maigre, ce qui ne peut que plaire à la pintade urbaine adepte des régimes minceur.


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Elle nous vient d'Afrique où elle vit à l'état sauvage sur une grande partie de ce continent. La pintade de Numidie, ou pintade casquée, est la plus répandue des 4 catégories de pintades, toutes africaines. Elle peuple l'intégralité du continent au sud du Sahara, sous la forme de sous-espèces guère différentes les unes des autres.


À l'état sauvage « pendant les heures les plus chaudes de la journée, elle se repose et ne s'active que lorsque la chaleur diminue. Ses courtes ailes ne lui permettent pas de voler sur de grandes distances ; elle préfère marcher ou courir et vole seulement pour se percher le soir ou bien pour échapper à un danger. »


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La pintade est chiante :


-         Elle cacabe ou craille en permanence ;


-         Elle est farouche : au moindre bruit inhabituel et à la moindre agitation, elle s'enfuie et panique ;


-         Elle est bagarreuse ;


-         Elle vole.


J’adore les pintades !


À la broche, rôtie sans autre adjuvent que leur graisse. Peau croustillante, goût fumé, j’atteins la volupté...


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 24 août 2014 7 24 /08 /Août /2014 07:00

J’hibernais. Claquemuré dans mon refuge de la Mouzaïa je tentais de faire face à la situation. Il me fallait de toute urgence colmater les brèches qui s’ouvraient de partout. Cette fois-ci je ne pouvais fuir, m’échapper. Le piège s’était refermé. Mes journées s’étiraient, se diluaient en une attente insupportable. Confronté pour la première fois de ma vie avec un manque profond je me laissais aller, me consumais. Il m’arrivait d’en rire. Rire seul, se moquer de soi-même, cruelle ironie de la complaisance, je ne touchais que la monnaie de ma pièce, mon insondable égoïsme. Alors je jeunais. Épuration. Rien n’y faisait, je ne vivais plus que pour l’instant où, au cœur de la nuit, elle se glisserait sous la couette et que ses pieds glacés viendraient capter ma chaleur. Transfusion. Sa jeunesse rayonnante, son allure de reine, ses fêlures aussi, ce je ne sais quoi que je ne pouvais saisir, me renvoyaient à mon impuissance. Émilie ma volute, tu m’échappais, même si tu ne savais où te menait ton destin. Qu’importait ! S’apitoyer sur soi : intolérable orgueil, il me fallait me soumettre et rien que ce mot me glaçait. Toute ma vie j’avais forcé le cours des choses, plié les autres à ma volonté, à mes rêves et mes désirs, le temps était venu de faire mon deuil, de tourner la page : je ne pouvais l’aimer avec un quelconque espoir de retour. Alors je l’aimerais tout court car je l’aimais comme un dingue, de cette folie que je planquais sous mes grands airs, ma soi-disant distance. Allais-je abdiquer, lâcher prise ? Non j’allais grappiller, laisser de côté mon amour-propre, me foutre comme de ma première chemise de mes échecs, de ses rebuffades, me contenter de peu. Ne rien concéder, prendre le risque de me faire jeter, c’était si neuf que ça me perfusait une rage indestructible. Somme toute la vie était belle, j’allais lui dire vous et l’aimer sans me soucier, léger, me glisser auprès d’elle, me fondre dans son paysage, lire et écrire enfin sans me préoccuper du lendemain.


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Janol Alpin, photographe Parisien

 

« À l’écoute de toi tu passes trop de temps » sur mon premier petit carnet de poche c’est ce que j’avais écrit au crayon, et lorsque j’avais saisi la main glacée d’Émilie, qui était un peu pompette, sur ce trottoir en pente de la rue de Ménilmontant, au pic d’une nuit incertaine, c’était un pacte qui s’était scellé, rien ne pourrait plus nous séparer. Elle était la prisonnière de mon cœur. Prison sans barreaux, nulle levée d’écrous pour en sortir. Libre. « C’est dur… une rupture… », trop fraiche, j’acquiesçais, altière elle filait, les taxis, le deuxième étage d’un doux bordel de garçons, joyeuse petite bande, des rires, le Muscadet de derrière les fagots, les spaghetti au piment nous réunissaient, pour quelques gorgées de bière le temps d’étirait plus encore, venait le petit jour sur Laumière, la masse du parc des Buttes Chaumont, un taxi sympa hélé, « les rêves sont les seuls réceptacles de l’intime ». Aimer n’est pas posséder, alors j’allais l’aimer sur le seul terrain qui me restait, l’écriture, mon goût immodéré pour le drame s’évaporait. « Je vais, comme les accros du casino, me faire interdire d’amour… » encore une de mes formules à la con qui marquait mon retour à la surface.  J’assumais enfin !  Quoiqu’il puisse m’arriver maintenant je m’en fichais. Ma provision d’elle me permettait de reprendre la route, apaisé et serein. L’écriture serait désormais mon unique maîtresse. Dans ma pile de livres en attente j’extirpais « Le jour où mon père s’est tu », ce livre me replongerait dans un temps englouti qu’il me fallait raviver, dépoussiérer.


Robert Linhart, le brillant et intransigeant normalien, exclu de l’UEC : l’Union des étudiants communistes, à la tête des étudiants disciples inconditionnels d’Althusser, fonde à la fin de l’année 1966 l’Union des jeunesses communistes, dite UJC (ml), résolument prochinoise, qui recommande l’établissement de ses militants en usine : les fameux « établis », est l’invité avec quelques camarades, du Président Mao . Comme l’écrit Virginie sa fille « Selon la métaphore de l’époque, il faut être prêt à « descendre de cheval pour cueillir les fleurs » Mao, ses gardes-rouges, sa folle Révolution Culturelle. Linhart et ses fidèles vont s’imprégner des bienfaits de la nouvelle phase de la Révolution Chinoise. Le 14 août 1967, il écrit à sa femme depuis la chambre 310 de l’hôtel des Nationalités, à Pékin :

Mon chaton, hier nous avons visité une commune populaire ; j’attendais cela depuis 1964 ; c’est aussi bien que nous l’imaginions. C’est la voie lumineuse que prendront tous les affamés du monde, tous les paysans de la zone des ténèbres et des tempêtes. Nos entretiens avancent et nos rapports avec les camarades chinois sont de plus en plus excellents. Il nous reste deux jours à passer à Pékin, bourrés d’entretien prévus, avant de partir dans l’intérieur (Kharbin, Shanghai, etc.). Nous avons à peine une minute de répit de temps en temps. Embrasse très fort le bébé pour moi. Je t’aime. Je te couvre de baisers. Tu iras en Chine l’année prochaine, je le veux absolument (et nos amis chinois te connaissent déjà).

Robert.


Dominique Grange Les nouveaux partisans par Manonfanunuche

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 24 août 2014 7 24 /08 /Août /2014 00:09

L’image des intellos soixante-huitards larguant les amarres, quittant Paris, s’installant à la cambrousse pour élever des chèvres et vivre du produit de la vente de fromages sur les marchés locaux fait partie intégrante de l’historiographie officielle du fameux mois de mai.


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« Les chèvres de ma mère » le film de Sophie Audier qui retrace le moment délicat où sa mère Maguy, installée dans les années 70 Maguy pour élever des chèvres et fabriquer du fromage sur un plateau du Verdon, transmets son savoir-faire à une jeune agricultrice au moment de prendre sa retraite, montre que ce retour à la terre ne fut pas que folklorique et voué à l’échec. link


Notre jeune gloire nationale, l’économiste Thomas Piketty, né en 1971, a accompagné ses parents lorsque, suite à l’échec à l’élection présidentielle de Mitterrand en 1974, ont tout plaqués pour aller élever des chèvres dans l’Aude.


Dans le très beau livre de Virginie Linhart « Le jour où mon père s’est tu » il raconte :


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« Mes parents se sont connus dans une manifestation, ils étaient extrêmement jeunes : mon père avait dix-sept  ans, il était en première, ma mère en avait dix-neuf ; issue d’un milieu modeste, elle avait dû cesser ses études en 3e et gagnait sa vie comme employée de banque. Elle était militante à Lutte Ouvrière, mon père l’a suivi à  LO et a plaqué le lycée (…) ils se sont très vite sentis ostracisés par leurs compagnons de militantisme : à LO c’était mal vu d’avoir des enfants (ndlr 2) ! Trop bourgeois ! De plus, mon père (ndlr fils d’une famille aisée) subissait des pressions de l’organisation qui voulait qu’il prélève l’impôt révolutionnaire auprès de sa famille(…)


« Avec les chèvres, mes parents vont jusqu’au bout de l’esprit de 68 ; je précise qu’il n’y a aucune origine paysanne dans ma famille de part et d’autre : mes parents sont tous les deux nés dans la capitale ; en vérité, ils n’avaient jamais vu une charrue de leur vie… Je garde une impression homérique de ce voyage pour l’Aude. Mon père ouvrant la route au volant d’un camion rempli de chèvres qu’il venait d’acheter. Nous, suivant derrière, dans une deux-chevaux bourrée à craquer, conduite par ma mère. Je me rappelle très précisément m’être dit à ce moment-là : « Mais qu’est-ce que c’est que cette blague ? » Des années plus tard, j’ai été faire un pèlerinage dans le village où nous vivions ; j’ai été frappé par la beauté du lieu, je ne me souvenais pas que le presbytère de l’église où nous vivions, était si joli… Il faut dire que la difficulté de la vie quotidienne nous occupait complètement. Je garde le souvenir de nos départs à l’aube pour le marché de Perpignan, la voiture bourrée de fromages, je garde également en mémoire l’amertume de nos retours lorsque nous en avions vendu seulement trois. Ce n’est pas si facile de s’improviser fabricant et vendeur de fromage ! C’était pathétique. Très vite les gens du village ont chargé de vendre d’autres choses pour eux au marché, cela permettait de se faire des marges minuscules. Financièrement, c’était vraiment tendu (…)


« Je n’ai aucun souvenir joyeux de cette période. Mes parents n’étaient pas préparés à vivre ces années de chômage, nous vivions dans la précarité. On oublie que 68 a coûté très cher à un certain nombre de gens qui ont tout plaqué du jour au lendemain pour des idéaux, puis se sont fait cueillir par la crise économique des années 70. Comme beaucoup d’autres, mes parents ont adhéré très jeunes, dix-huit ans à peine, à un discours  libérateur, ils en ont payés les pots cassés. Il n’avaient pas fait d’études, ce n’étaient pas des intellectuels, ils avaient rompu avec leur famille… Ils font partie de cette majorité anonyme de post-soixante-huitards dont on ne parle jamais, qui est venue gonfler les rangs des chômeurs à partir du milieu des années 70, sans y avoir été préparée. Je me demande même si ces incidences économiques n’expliquent pas pour partie les discours que l’on a entendus par la suite, ce rejet viscéral des années 68. »

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Samedi 23 août 2014 6 23 /08 /Août /2014 09:00

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« S'il n'y avait qu'un seul restaurant à connaître en Corse, peut-être serait-ce celui-là. D'abord pour son emplacement idyllique, en pleine nature, au milieu des champs qui dominent le golfe de Saint-Florent. Ensuite pour sa beauté : une ferme du XVe siècle en lauze, avec ses bergeries, son abreuvoir, ses épais murs de granit. Et enfin, bien sûr, pour son authentique cuisine corse, où l'on vous sert le repas de fête traditionnel des habitants du Nebbiu, arrosé de muscat et de vin rouge du cru.


On commence, selon la saison, par les beignets de bruccio ou de légumes, les charcuteries artisanales, le veau corse élevé par Pauline, la patronne, servi avec des storzapetti - traduisez « étrangle-curé » - c'est-à-dire des boulettes de bruccio aux blettes, pochées et gratinées. Il n'y a plus alors qu'à faire honneur au revigorant plateau de fromages (« On a dû en adoucir certains qui faisaient peur aux touristes ! » précise avec humour Éric, le fils de Pauline), au fiadone, spécialité au fromage et au citron servie avec du marc, aux confitures de figues et aux clémentines confites, accompagnées de suffiadi (beignets soufflés). Une sieste dans l'herbe s'impose ensuite, pour digérer et jouir du calme environnant. Seul défaut du Campo di Monte : son succès. La réservation est indispensable. »


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Par Olivier Le Naire L’Express


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Samedi 23 août 2014 6 23 /08 /Août /2014 00:09

La cuisine corse, la vraie, elle existe et Danièle Gerkens l’a rencontrée chez Pauline Julliard à la ferme de Campo di Monte dans le Nebbiu, petite région naturelle du nord de l’île, moins connue que la Balagne, c’est le « pays du vent »


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« Elle s’étend autour de Saint-Florent, ancienne cité génoise devenue petit port touristique au fond du golfe du même nom. Région austère et sauvage… entre mer et hauteurs le Nebbiu est une région insaisissable. Changeante, elle  évolue à chaque virage, offre au voyageur attentif des perspectives éblouissantes. Fantasque, elle jouit d’une météo capricieuse. Au printemps, la région dévoile des champs fleuris, déclinant tous les tons de verts. L’été, le Nebbiu se fait plus âpre. La végétation, brûlée par le soleil, brunit, tandis que les fleurs se font rares. L’automne rime avec pluie et nuages qui s’accrochent aux sommets dès la fin du mois de septembre, quand les forêts se parent de couleurs flamboyantes. Reste l’hiver, froid, venteux, glacé. Il décore de lambeaux de brume les hauteurs, transformant les arbres nus en silhouettes fantomatiques… »


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« Pour atteindre le Nebbiu, il  faut quitter la plaine littorale et, par le défilé du Lancone, pierreux et escarpé, s’engager sur ces reliefs puissants aux violents contrastes. Au débouché du défilé, tout change. En face, la route plonge profondément sur la plaine de Saint-Florent où miroite le lac de Padula et, plus loin, le golfe de Saint-Florent à la surface griffée par les courants sous-marins. C’est ici la partie douce du Nebbiu, voisine de Patrimonio, au nom évocateur de vins AOC réputés bien au-delà des frontières de l’île. C’est à deux pas aussi que s’égrènent les somptueuses plages du désert des Agriates le bien-nommé, auxquelles on accède après avoir enchaîné les virages encore et encore… »


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La Corse c’est mon jardin secret.


Merci aux éditions du Rouergue pour ce beau livre.


Ce n’est pas pour elles un coup d’essai :


-         Recettes de ma vigne Catherine Bernard et Anne-Sophie Thérond link

 

-         Recettes de vendangeurs Isabelle Guichard link

 

Les photos superbes sont de Mario Palmieri


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« Une table corse » est un livre essentiel dans votre bibliothèque du bien-vivre. 

 

Place aux images !


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Vendredi 22 août 2014 5 22 /08 /Août /2014 00:09

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« Les vignobles d’Avignonesi cernent l’une de ces sublimes propriétés qui m’envoient rêver une autre vie dans un autre temps»

France Mayes


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Lire sur le site d'Avignonesi « Fabriquer de la bouse : sale affaire ? » “Making Horn Manure at Avignonesi: a Dirty Business?” link


 

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« Paolo Trappolini, le viticulteur d’Avignonesi, est un home d’une formidable élégance qui ressemble à un portrait de Raphaël. Il parle des expériences qu’il mène dans ses vignobles. « J’ai parcouru la Toscane à la recherche des vieux cépages menacés d’extinction et j’en ai sauvé quelques-uns. » Nous partons dans les vignes où il nous montre de nouvelles griffes, très denses, plantées en settonce. Il s’agit d’une méthode latine, selon laquelle un cep prend place au milieu  de l’hexagone formé par d’autres espèces. Il nous montre, en haut de la colline, un  second dessin, en spirale. C’est la vigna tonda, le « vignoble circulaire ». « C’est encore une expérience : on teste plusieurs densités de plants et on vérifie les effets sur la qualité, et la quantité du vin. » Il nous conduit ensuite dans les chais, dont les murs sont couverts par endroits d’une épaisse moisissure grise. La pièce réservée au vin santo dégage une odeur hallucinante de bois et de fumé.


Avignonesi produit de nombreux vins fins que l’on peut déguster ici ou, en plein centre de Montepulciano, au palazzo qui porte son nom. Ed aime particulièrement leur vin santo, vin doux léger au goût de noisette que l’on sirote après le dîner avec des biscotti. Dans les maisons, à toute heure chez les gens, on vous propose ce vin santo – ou on vous force à le boire. Il vous attend dans les armoires, et vous devez accepter parce qu’il est fait à la maison. Celui d’Avignonesi, particulier, est l’un des meilleurs d’Italie. Nous ne pouvons en prendre qu’une bouteille ; il est produit en quantité limité et il n’y en a déjà plus. On nous a offert un jour deux bouteilles vénérables de vin santo, l’un datant de 1953, l’autre un Ricasoli de 1962, achetées à New-York et aujourd’hui rendues à leurs origines. Anselmo nous a donné une bouteille du sien. Nous inviterons nos amis à déguster le précieux avignonesi, par une nuit d’été après un grand festin.


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Jeudi 21 août 2014 4 21 /08 /Août /2014 00:09

Dans un Paris au mois d’août venteux, pisseux, désagréable à souhait, passer du temps devant son écran, être cloué chez soi, favorise ma graphomanie. Et pourtant je suis bien aise lorsqu’une bonne âme me vient en aide, me libère de ma chronique journalière « paix sur la terre aux hommes de bonne volonté », je me permets de citer Flaubert en titre et demain j’irai déposer PAX sur Twitter.


Ici Paris libéré… le taulier est dans ses petits souliers… la saison 3 de Pax est arrivée…

 

Les années de voyages

 

«Les exemples vivants sont d'un autre pouvoir, un prince dans un livre apprend mal son devoir»

(Pierre CORNEILLE, Cid, I, 3)


Il est bien connu que l’apprentissage, en France, est le parent pauvre de la formation de la jeunesse. Une fois encore regardons outre Rhin ou GOETHE, pour exposer ses théories, réflexions et propositions, écrit « Wilhelm MEISTER » en 2 tomes – « Les Années d’Apprentissage et les Années de Voyage ». Il met autant en évidence qu’il ne reprend cette notion de voyage qui apparaissait comme complément indispensable à toute éducation. Ainsi, en France, le Tour de France du Compagnonnage ou en Angleterre Le Grand Tour, certes réservé à la jeunesse aristocratique.


En route donc !


C’est avec la fine équipe formée autour de Paul BRUNET que nous prîmes goût aux périples.


Les 3 Glorieuses à Beaune avec des rencontres dont la moindre ne fut pas celle de Michel COUVREUR à Bouze-les-Beaunes. Fantasque belge, courtier en vin « ruiné » par la mise en bouteille au domaine, Il avait acquis ( ou fait creuser ?) des grottes taillées dans la roche, par peur de la guerre atomique, Il les faisait visiter avec fierté ainsi que les trésors qu’elles conservaient, avant de nous faire participer à un diner dégustation.


A cette occasion il nous racontait ses « campagnes et ses combats». Nous buvions autant, sinon plus ses paroles que les vins et ouiskis proposés. Michel COUVREUR était certes un original mais ce qu’il faisait et disait était frappé au coin du bon sens et apportait une authenticité non négligeable à ses idées. Il s’était mis à faire du Calvados et vous invitait à le boire frappé car disait-il « C’est un alcool de fruit » J’ai terminé ma dernière bouteille il y a peu la dégustant égoïstement car le produit n’était plus commercialisé.


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Les 3 Glorieuses étaient devenues, pour la clique, une tradition et nous nous y rendîmes plusieurs fois, avec ses rituels, tel le déjeuner dégustation « Chez Camille » à Arnet-le – Duc qui nous régalait entre autre, d’œufs en meurette d’anthologie et quand il n’en avait pas prévu dans le menu qu’il nous proposait, m’en glissait subrepticement une portion entre deux plats, pour dérider ma mine dépitée devant cette omission.


A l’occasion des 3 Glorieuses, à notre demande, « Lameloise » à Chagny nous composa un menu de près de 10 services avec accord plats et vins. Le nombre de couverts fut définit avec le maître d’hôtel en fonction du nombre de verres contenus dans une bouteille et qui devint l’unité pour ouvrir ou fermer la liste des réservations.


La visite chez Michel COUVREUR entrait dans ce rituel et une certaine complicité s’installa entre nous deux lorsqu’il décida de savoir quelle était la technique la plus adéquate pour élaborer le meilleur Armagnac : la simple ou la double chauffe. Selon son habitude, il descendit dans en Armagnac, vendangea et vinifia lui-même la folle blanche et avec la complicité du brûleur, élabora un Bas Armagnac issu d’une simple chauffe et un autre issu d’une double chauffe. Il en remonta 2 fillettes à Bouze-les Beaunes qu’il laissait vieillir.


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Chaque année nous gouttions pour suivre l’évolution qui selon les périodes rendait l’une des techniques supérieure à l’autre sans qu’un vainqueur ne s’affirme vraiment. Le dimanche midi sur le retour, on terminait notre ballade en dégustant une pochouse au bord de la Saône à St Jean de Losne. Paul Brunet, en Champagne, nous fit également découvrir Paul BARA à Bouzy qui fut une belle surprise pour nous qui ne connaissions que les champagnes de grandes marques. Il devint le champagne préféré de mon père. J’ai regretté de ne pas le trouver dans « Champagne le rêve fragile » de Samuel COGLIATI chez POSSIBILA éditeur. Peut être parce que ce n’est plus l’artisan que j’ai connu, bien que COGLIATI évoque, avec raison, la maison DRAPPIER pourtant récoltant manipulant.


J’ai eu l’occasion de retourner en champagne avec une amicale d’œnologue qui organisait des voyages en y associant des œnophiles et qui a eu le tort de m’accepter comme membre. C’est ainsi que j’ai visité MOET et CHANDON dont les installations ressemblaient à l’univers d’un Docteur NO ou un plateau de tournage de James BOND. Mon mauvais esprit, mon incorrection politique chronique érigée en principe de vie me fit exclure, après quelques années quand même, démontrant mon erreur et illustrant ainsi l’adage de Groucho MARX déclarant qu’il ne ferait jamais partie d’un club capable accueillir un membre tel que lui. J’en ai retenu cependant que cet industriel provoquait systématiquement la fermentation malolactique (ce qui facilite l’identification à l’aveugle de ce champagne).


Hormis les sempiternelles visites de caves ou les cuves étaient plus cuves que dans la cave précédente, les levures plus levures, les voyages furent souvent passionnant grâce à des participants de grande valeurs tant humaine que professionnelle.


Je me souviens du vignoble d’Anjou ou je découvris des piquets de vignes en ardoise et le discours anthroposophique et quelque peu illuminé de Nicolas JOLY.


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Je me souviens aussi de la Savoie et du Jura que je connaissais déjà, compte tenu de sa proximité avec l’Alsace. Je me souviens encore du vignoble des Côtes du Rhône septentrional qui commençait à être à la mode. Quel étonnement : des vins « soyeux » entre les tanniques bordeaux et les gouleyants bourgognes ; des conditions de cultures acrobatiques sur des microparcelles escarpées interdisant toute mécanisation ou recours même au cheval par exemple.


Nous visitâmes cette incongruité de CHATEAU GRILLET ; AOC à lui tout seul. L’accueil fût comique car vraisemblablement en pleine période de succession .Nous dérangions manifestement notre hôtesse toute dans ses préoccupations de savoir à quelle sauce elle serait mangée. Elle nous laissa à nous-mêmes, n’octroyant l’accès à la cave qu’au compte-goutte (pour ne modifier ni hygrométrie ni température alors que le temps de septembre était sans influence notable sur ce plan. Derrière la porte de cette cave un rideau à lamelles de plastique fort comme dans les réserves climatisées des super- marchés !)Nous pûmes acheter du vin, en cassant, déjà, notre tirelire, à condition qu’une seule personne prenne les commandes et fasse un seul chèque ! Aujourd’hui cette curiosité et tombée dans l’escarcelle de LVMH. Ce bon M.ARNAULT s’empressant de relever les prix, réserve, à présent, ce vin aux buveurs d’étiquettes dont la qualité essentielle est d’être solvable.

 

Note du Taulier : mon cher Pax en juin 2011, c'est François Pinault, le grand ami de bernard Arnault, qui rachète le domaine via sa holding Artémis. Château-Grillet appartenait à la famille Canet, descendant de la famille Neyret-Gachet, depuis 1830.


Un voyage en Provence fut également heureux. Visite enrichissante de 2 maisons aux antipodes l’une de l’autre : le charmant vignoble AOC de BELLET et l’industriel Domaine OTT à la réputation incompréhensible mais figurant, en bonne place, à l’époque sur toute les cartes de vins des restaurant alsaciens !


Avec cette aimable association je découvris également de très intéressants vignobles européens.


Mais je m’aperçois que le temps qui m’est imparti est achevé. Alors, au bon plaisir du Taulier, la suite….par la suite…


Patrick axelroud Strasbourg le15 août 2014

 

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : écrits des autres
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Mercredi 20 août 2014 3 20 /08 /Août /2014 00:09

Une fois n’est pas coutume, je vais quelque peu éreinter un livre que je viens d’acheter et, pire encore, j’en ai fait l’acquisition alors qu’après l’avoir feuilleté il m’est tombé des mains, façon de parler.


Explications :


Passant devant le MK2 quai de Loire dimanche dernier j’ai fait une halte à sa librairie pour faire une petite provision de livres : je suis comme les filles avec les fringues et les chaussures je ne peux pas m’en empêcher. Donc je rousinais entre les rayons bien achalandés et je glissais dans ma besace un Leonardo Sciascia « La corde folle » et le dernier roman de FOG l’ex-boss de notre Jacques Dupont. Au dernier moment, alors que je me rendais à la caisse, dans le dernier virage, mon regard acéré tombait sur le titre engageant « Mémoires culinaires&alcoolisées » d’un moche petit bouquin placé tout en bas du rayon.


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Vous connaissez tous mon amour pour les petits livres mais là celui-ci était gros, cartonné et luisant, donc impossible à glisser dans sa poche, et avait des faux airs d’une édition condensée des recettes faciles de Françoise Bernard.


Je m’en saisis et je le feuillette.


Dès la première page que lis-je ?


« Tout le monde a connu, connaît ou j’espère connaîtra un bon restaurant. Un endroit où tout est à son goût, où on se sent bien de la bave au grenier (…)


« Je vous souhaite de tout beurre (…)


« À un moment, cela a été gastronomique pour quelqu’un, du guide Michelin ou un simple qui damne (…)


1 jeu de mot par page ça va, 2 ça va, 3 bonjour les dégâts…


En effet tout le bouquin en est truffé : style en-poulet, décor-hommes, vous n’avez pas bu la tasse jusqu’à l’hallalihisto-rillettes… balle au sandre…


À aucun moment notre Paganini du jeu de mots ne faiblit, il en rajoute des louches avec des aphorismes culinaires de son cru :


-         L’enfer, c’est les hôtes.

-         Le sel est le sodium du peuple.

-         L’homme est un rot pensant.

-         Farcir c’est pourrir un peu.

-         On ne parle pas la louche pleine.


C’est très vieux potache, c’est parfois drôle « l’agriculture, c’est important mais ça ne mange pas de pain », « Jean d’Ormesson  suit un régime. Il a déjà perdu beaucoup de livres » mais aussi un peu pipi caca « Le monde appartient à celui qui se lève du pot » et souvent tiré par les cheveux « À Venise, deux catégories de citoyens font fortune : les gondoliers et les cons d’tauliers. »


Entre Parigot Pétasse et Sang-froid Simon, on sature, on demande grâce, on se dit que l’on va offrir ce bouquin à son pire ennemi.


Attention tout n’est pas bon à jeter, il y a de belles citations originales, notre homme est cultivé, des histoires intéressantes c’est un gastronome classique, tout le contraire de votre serviteur. Ce qui signifie que mon avis sur ce livre traduit une forme d’allergie vis-à-vis de son approche de la table et du bien-vivre.


Alors me direz-vous, pourquoi avoir dépensé 18€ pour le tailler ensuite en pièces ?


Ma réponse n’est pas très glorieuse : tout bêtement parce que Philippe Mestat l’auteur est Ingénieur civil des Ponts&Chaussées, directeur de recherche au Ministère de l’écologie et, qu’en rêve, je le voyais faire porter son opus à notre chère Ségolène Royal, sa Ministre, avec bien sûr une belle dédicace où, avec son goût immodéré des jeux de mots, il lui en ferait un sur le Chabichou.


Je concède que ce livre pourrait plaire à certains d’entre vous adorateurs de contrepèteries ou de plaisanteries de fin de banquet, je ne suis pas sectaire.


Reste qu’un homme qui aime le Chablis de Dauvissat ne saurait être complètement mauvais « Tranquillité, tradition et vieux bois. Chez Dauvissat, on remplace les fûts quand il faut, jamais avant. Autant dire que le fût neuf n’est pas pour aujourd’hui. Le bois ne se boit pas, ses senteurs doivent faire corps avec le vin et non lui donner du corps. L’important est de produire un vin bien portant. Pas de chimie, pas de précipitations, que de la biodynamie calme »


« Le fruit est dans la bouteille, cachetée à la cire jaune. L’or, toujours l’or. Il n’y en aura pas pour tout le monde. Ce vin est un must. Il aime la compagnie des crustacés, des débits de poisson* et ne rechigne pas face aux huîtres. Avec ce vin, on est jamais seul… »


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Et, dans son chapitre « Comment draguer les demoiselles ? » link notre fabricant de ponts et de chaussées nous livre une belle façon de faire :


-         « Achetez des demoiselles de Guilvinec chez votre poissonnier pré-ferré*. De grosses langoustines vivantes. Bien roulées avec des carapaces pleines, fermes, des anneaux brillants, blancs et rouges. Prenez la douzaine pour la donzelle, cela fera autour du kilo pour des moyennes grosses…


-         « Ouvrez des bouteilles de chablis : c’est pour boire et manger !


-         « Remplissez une bassine de chablis. Selon vos moyens, versez un magnum, une bouteille ou une demie. Complétez avec de l’eau si cela vous dit : un peu, beaucoup, très peu. Ajoutez : sel, poivre, thym, laurier, oignons. Faire bouillir à feu vif jusqu’à observer de gros bouillons.


-         « Plongez alors les langoustines une par une, rapidement. Attendez deux, trois minutes selon la grosseur des bêtes et le frémissement du bouillon. Le temps de la perfection bouillie…


-         « Pêchez les langoustines  à l’écumoire. Égouttez. Dressez en plat pour le service…


-         « Faire fondre du beurre salé dans une petite casserole pour napper après décorticage…


-         « Armé d’une pique, décortiquer à chaud les bestioles, déguster l’intérieur des queues et fracassez les pattes avec une pince à homard. Mâcher et boire en silence. Laissez-vous envahir par les saveurs. Fermez les yeux si vous voulez. Vous en avez pour un moment à savourer du bonheur à l’étal brut*…


Incorrigible notre cher ingénieur « le lent goût des langoustines », « l’iode à l’amour » il décrète « une femme est belle quand elle a bu du chablis. Et vous aussi… »

 

Et pendant ce temps-là je rêve qu’un de mes IPEF : Ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts, se risque à nous pondre un petit opus coquin sur nos beaux produits de terroir, après tout ils savent tout aussi bien construire des routes et des chemins que notre Ingénieur des Ponts mais en plus ils savent distinguer le bon grain de l’ivraie, eux…


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Bonne drague, bon appétit et large soif de chablis… « Pattes de loup » de Thomas Pico et « le vendangeur masqué » d’Alice et Olivier de Moor.


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 19 août 2014 2 19 /08 /Août /2014 00:09

Comme j’ai beaucoup écrit, trop ironiseront certains, en 2007, en faisant référence au vin populaire, pas celui qui trônait sur la table chaque jour, de consommation courante ou de gros VDQS comme le Corbières ou même des AOC tel le Côtes-du-rhône de comptoir en litre  étoilé, mais le vin bouché du dimanche. Précision d’importance, il ne s’agissait pas pour autant de vins fins, mais de vins de belle provenance mais au statut aussi flou qu’indéterminé. Des rouges essentiellement, « déclassés » disait-on, achetés à des VRP, voyageant en fût et mis en bouteille chez l’habitant.


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Pas la fine fleur des AOC bien évidemment ainsi j’écrivais : « Pour nos pères, un bon vin, devait être vieux, tuilé, précisaient-ils. Le vin bouché par eux ou par d'autres, couché dans la pénombre de la cave, sa bouteille se nimbant de poussière et de toiles d'araignée, se bonifiait disaient-ils.


Plus c'était vieux plus c'était bon. Combien de bouteilles nazes ai-je vu ainsi déboucher, la couleur était belle : très pelure d'oignon, et mon père disait, pour nous rassurer, qu'il était madérisé.


Bref, le socle de l'excellence du bon vin de France pour monsieur Tout le Monde - bien évidemment je n'englobe pas dans ce vaste cercle, le Cercle raffiné et restreint des connaisseurs, dont certains, du côté de la Sorbonne, s'apparentent aux Précieuses Ridicules - c'est le chenu, le mature, le sage, celui qui a jeté sa gourme et qui, dans la sérénité du grand âge, donne sa pleine mesure.


Alors, les vins ordinaires pour jouer au grand se paraient des charmes tranquilles de la vieillesse. Pour preuve, le dernier survivant de cette lignée, le Vieux Papes, reste la référence de ces consommateurs baptisés par la statistique : les réguliers. Quand on puise dans le stock des vieilles étiquettes on y découvre une profusion de vieillards : Vieux Ceps, Vieille Treille, Vieil Ermite, Vieux Logis, Vieux Moulin, Vieille Réserve, Vieil Ermite, les Vieux Pampres, les Vieux Fagots, Vin des Aïeux, Vieille Souche, Le Vénérable, et pour finir j'ai même découvert le Vin Vieux des Coteaux (c'était un vin de coopérative).


Mais la vieillesse ne suffisait pas forcément à asseoir la réputation du vin quotidien, très souvent les nectars se voulaient royaux, ou impériaux, ou s'anoblissaient. Par bonheur, notre chaîne nobiliaire qui recèle des déclinaisons : prince, duc, comte, vicomte, baron, marquis, et si on y ajoute les chevaliers, les connétables, les troubadours, donnait, et donne encore, aux marqueteurs une inspiration inépuisable. Nous avons coupé la tête de notre roi, aboli les privilèges, vendus les châteaux comme Biens nationaux, mais le bon peuple reste fasciné par la particule et le titre nobiliaire.


Restait aussi à côté du sabre, le goupillon : nos étiquettes de vin aimaient aussi se parer de moines rubiconds, car n'en déplaise à notre éminent Pitte, dans les monastères on ne produisait pas que des nectars pour gosiers de riches. Tout ce passé, que certains voudraient occulter sous l'étrange prétexte que le vin était alors une boisson, pèse très lourd, aussi bien en positif qu'en négatif, dans la perception que nous-même avons eu du vin. Dans une certaine mesure, l'irruption des AOC nous a dédouané : boire moins, boire mieux et c'est cette vision un peu repentante, parfois élitiste, que nous avons transmis à la génération de nos enfants. »


Ce monde est presque totalement englouti, adieu les réguliers et leurs cubis, vive les occasionnels ! Pour autant, la vieillesse n’est point un naufrage dans le nouveau monde des amateurs de vin puisque le fin du fin de nos jours est de se délecter dans les milieux bien sous tous les rapports de vin issus de vieilles vignes.


Je vois déjà des sourires se dessiner sur certaines lèvres, vraiment ce Taulier est un VC « plus une vigne est vieille plus elle donne sa quintessence, loin des pulsions de la jeune sève, du démon de midi de la force de l’âge, elle a la sagesse de ses vieilles racines… »


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Vieillevigne vient du latin "vetula vinea" (vieille vigne).

 

Moi je veux bien tout ce qu’on veut mais j’aimerais que l’on me dise à partir de quel âge une vigne est vieille ?


Je souhaiterais au-delà de ce seuil où, loin de prendre sa retraite, elle donnerait le meilleur d’elle-même, qu’on m’indiquât tout bêtement son âge. Ce serait plus honnête, ça me permettrait de faire des comparaisons entre vieilles.


Mais, qu’est-ce au juste que la vieillesse d’une vigne ? N’est-ce qu’une question d’âge seulement, le mode de vie, c’est-à-dire la conduite de la culture de ces vignes tout au long de leur vie, n’est-il pas tout aussi important ? Une vieille vigne hyper productive fourbue est-elle un gage d’excellence ? Je ne sais pas, mais ce que je sais c’est sous les bons sentiments se cachent souvent des réalités pas forcément bonnes à dire.


Sous-jacente à cette notion de vieilles vignes se niche la question de leur productivité, quand on est vieux on produit peu, le petit rendement est au bout des vieilles vignes. Mais est-ce là le nirvana de l’authenticité ? Je ne sais, tout ce que je souhaite c’est que l’on m’explique, que l’on sorte du flou, de l’ambiguïté, afin que la vieillesse ne se réduise pas à un nouvel argument de séduction pour ceux qui pensent que c’était mieux avant.


Entendez-moi bien je n’ai rien contre la préservation, la sauvegarde des vieilles vignes, bien au contraire, mais l’inflation de la mention « vieilles vignes » sur les bouteilles participe à ce que j’ai qualifié de dilution de la notion d’appellation car j’ai le sentiment que l’âge de la vieillesse dans les vignes aurait, contrairement à nous les humains,  plutôt tendance à régresser.


Ne m’engueulez pas pour mon ignorance, éclairez-moi plutôt pour que, sans pour autant fixer un âge pour la retraite des vignes, la mention « vieilles vignes » ne soit pas galvaudée car dans notre monde mondialisé le nouveau vieilli vite…  

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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