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Dimanche 18 janvier 2015 7 18 /01 /Jan /2015 00:09

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Beaucoup d’entre vous, après le massacre, ont exhibé un crayon pour rendre hommage aux gars de Charlie, à la liberté d’expression.


Les dessinateurs de presse m’ont toujours fasciné car très souvent, en quelques traits, bien mieux que de savantes analyses ils savent capter la vie dans toute sa vérité pas forcément très agréable.


Bosc et Chaval furent de ceux-là, et pourtant Chaval qui dessinait « avec difficulté, sans grand plaisir, pour pouvoir bouffer », qui a avoué avoir eu « mentalement, un côté collabo » et dont l’antisémitisme tenait davantage du populisme antidreyfusard que d’une idéologie de la haine raciale, n’est pas vraiment un homme avec qui j’aurais eu des atomes crochus.


« Chaval admirait Céline. Il y a des affinités entre ces deux-là : une même détestation de la société, une même misanthropie, un même amour des animaux aussi. Il y a du Léautaud aussi. Il y aurait beaucoup à dire sur les râleurs, leurs excès, leur prophétisme du malheur, leurs ruses aussi. Cette façon franchouillarde d’être anti-français. »


« Chaval est contre tout et contre tous. L’homme est un con, un con dangereux et un salaud aussi »


« Les idées politiques de Chaval seront sans nuance : « Je n’ai jamais appartenu à aucun parti politique. Je n’ai jamais milité. Je suis toujours resté seul. Je crois seulement que les hommes d’État, les dirigeants, les grands militaires, les présidents, toutes ces histoires-là, je crois que dans l’ensemble ce sont des ordures. »


Alors pourquoi me direz-vous évoquer Chaval en cette période difficile ?


Tout simplement parce que l’accès, via la Toile, à la libre expression débouche très souvent, et j’utilise ce verbe à dessein, sur des propos de bidet, du vomi, de la merde bien grasse. Les auteurs de ces merdes cultivant la même exécration que Chaval des puissants.

 

Je tire très souvent la chasse tout en m'étonnant de l'intérêt que portennt certaines de mes relations à ces écrits fétides.


Et puis, aussi peu estimable qu’il fut, CHAVAL avait, lui, du talent alors que nos graphomanes en sont absolument dépourvus.


* Les entre-guillemets sont des extraits de la préface de Frédéric Pajak au livre « Les Hommes sont des cons » de Chaval

 

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Samedi 17 janvier 2015 6 17 /01 /Jan /2015 00:09

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Comme promis hier voici un extrait de Vin 1, le premier chapitre du livre d’Alessandro Baricco : Les Barbares essai sur la mutation. Le chapitre 2 c’est Vin 2 J


« Voici l'histoire. Pendant des années, le vin a été une habitude dans quelques rares pays : c'était une boisson pour se désaltérer et s'alimenter. Usage très répandu et chiffres de consommation à faire peur. On produisait des fleuves de mauvais vins de table et ensuite, par passion et par culture, on se consacrait à l'art proprement dit, on faisait alors de grands vins. Il s'agissait presque uniquement des Français et des Italiens. Dans le reste du monde, il est bon de le rappeler, on buvait autre chose : de la bière, des alcools forts et aussi des choses plus bizarres. Le vin, on ne savait même pas ce que c'était.


Et voici ce qui se passa après la Seconde Guerre mondiale. De retour des champs de bataille français et italiens, les Américains rapportèrent chez eux (parmi bien d'autres choses) le plaisir et le souvenir du vin. C'était une chose qui les avait frappés. Nous avons commencé à mâcher du chewing-gum et eux à boire du vin. Ou, du moins, ils auraient bien aimé en boire. Mais où en trouver ?


Pas de problème. Un Américain eut l'idée folle d'en faire. Et là commence la partie intéressante de l'histoire. S'il vous faut une date, un nom et un lieu, les voici : 1966, Oakville, Californie. Un certain M. Mondavi décide de faire du vin pour les Américains. A sa manière, c'était un génie. Il partit avec l'idée de copier les meilleurs vins français. Mais il comprit bien qu'il fallait les adapter un peu au public américain : là-bas, le créateur et le spécialiste du marketing sont une seule et même personne. C'était un pionnier, il n'avait pas quatre générations d'artistes du vin derrière lui, et il en fit là où personne n'avait jamais imaginé produire autre chose que des pêches et des fraises. Autrement dit, il n'avait aucun tabou. Et, avec une certaine maestria, il atteignit son objectif.


Il savait que le public américain était profondément ignorant (en matière de vin). Des aspirants lecteurs qui n'auraient jamais ouvert un livre. Il savait aussi que c'étaient des gens qui mangeaient habituellement de façon sommaire, qu'ils ne ressentiraient pas la brûlante nécessité de trouver le bouquet idéal pour accompagner un confit de canard. Il se les représenta avec un bon gros cheeseburger et une bouteille de barbaresco, et il comprit que ça ne marcherait pas. Il comprit que, si les Américains voulaient du vin, ce serait pour le boire avant de manger, comme un cocktail, qu'un vin bu à la place d'un alcool fort ne devait pas les décevoir et que, s'il était bu à la place d'une bière, il ne devait pas les effrayer. Il était américain et il savait donc, avec ce même instinct que d'autres firent fructifier à Hollywood, que ce devait être un vin simple et spectaculaire. Une émotion pour tout le monde. Il le savait et, à l'évidence, il avait du talent : il voulait faire ce vin et il le fit.

 

Cela marcha si bien que son idée de vin fut un modèle. Qui n'a pas de nom, mais je peux lui en donner un, pour qu'on comprenne: un vin hollywoodien. Voici quelques-unes de ses caractéristiques : couleur magnifique, degré assez élevé (quand on vient des alcools forts, on n'est pas très porté sur le cidre), saveur ronde, simple, sans aspérités (pas de tanins ennuyeux ni d'acidité difficile à dompter). A la première gorgée, tout est là : on a une sensation de richesse immédiate, de plénitude de saveur et de parfum ; une fois bu, peu de persistance en bouche, les effets s'éteignent ; peu d'interférence avec la nourriture, on peut l'apprécier même en ne réveillant ses papilles qu'avec de simples chips de comptoir ; il est fait à partir de cépages cultivables à peu près partout, chardonnay, merlot, cabernet, sauvignon. Manipulé sans révérence excessive, il a une personnalité plutôt constante, où la différence entre les millésimes devient quasiment négligeable. Et voilà.


Avec cette idée de vin, M. Mondavi et ses adeptes sont parvenus à un résultat étonnant : les Etats-Unis boivent aujourd'hui plus de vin que l'Europe. En trente ans, ils ont quintuplé leur consommation (on leur souhaite d'avoir réduit celle de whisky). Et ce n'est pas tout : car le vin hollywoodien n'est pas resté un phénomène américain, comme Hollywood, il est devenu planétaire. Nul n'y avait encore songé, mais voici qu'on boit du vin jusqu'au Cambodge, en Egypte, au Mexique, au Yémen et dans des endroits encore plus impensables. Et quel vin y boit-on ? Le vin hollywoodien. Quant à la France et à l'Italie, les deux patries du vin, elles n'en sont pas sorties indemnes : non seulement on y boit du vin hollywoodien en grande quantité, mais elles se sont même mises à en produire. Elles se sont adaptées, ont corrigé deux ou trois choses et ont fait le même genre de vin. Excellent, même, il faut le dire. Dans les villes italiennes, il est fréquent aujourd'hui de croiser dans les bars à vin un Italien qui, avant le dîner, grignote des chips et du mini-saucisson en buvant son verre de vin hollywoodien produit en Sicile. Du moins ne le boit-il pas directement au goulot en regardant à la télé la dernière partie de base-ball.


Les barbares ! »


La suite à lire dans le livre…


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Vendredi 16 janvier 2015 5 16 /01 /Jan /2015 00:09

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Si vous n’avez pas lu SOIE d’Alessandro Baricco courrez vite l’acheter !

 

Publié en 1996 sous le titre « Seta » en italien, puis en France en 1997, Soie c’est un roman culte.


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« Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour, qui vit à Lavilledieu dans le Vivarais avec son épouse Hélène, où il achète et revend des vers à soie, entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des œufs sains. Entre les monts du Vivarais et le Japon, c'est le choc de deux mondes, une histoire d'amour et de guerre, une alchimie merveilleuse qui tisse le roman de fils impalpables. Après avoir traversé le Lac Baïkal et la Sibérie, il rencontre le seigneur japonais Hara Kei « l’homme le plus imprenable du Japon, maître de tout ce que le monde réussissait à faire sortir de cette île » et sa jeune maîtresse, femme énigmatique et très belle, dont les « yeux n’avaient pas une forme orientale », un amour impossible commence alors…« Revenez, ou je mourrai»


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Tout y est de longs et dangereux voyages, l’amour impossible, la passion, les désirs, le velours d’une voie, la sensualité d’un tissu magnifique érigée au rang du sacré, la lenteur du temps immuable…


Qui est Alessandro Baricco ?

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« Écrivain et musicologue, né à Turin en 1958. Dès 1995, il a été distingué par le prix Médicis étranger pour son premier roman, Châteaux de la colère. Avec Soie, il s’est imposé comme l’un des grands écrivains de la nouvelle génération. Il collabore au quotidien La Repubblica et enseigne à la Scuola Holden, une école sur les techniques de la narration qu’il a fondée en 1994 avec des amis. »


C’est donc dans la Repubblica qu’en 2006 il a écrit un livre qui vient d’être traduit en français et publié par Gallimard sous le titre Les Barbares essai sur la mutation. C’est un livre écrit sous forme d’épisodes, tous les 5 ou 6 jours.


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« J’écrivais en direct, ce qui signifie que, lorsqu’un épisode paraissait, je n’avais pas encore rédigé le suivant : les commentaires à chaud que je lisais en ligne, les réactions d’amis, de parents ou de voisins pouvaient donc modifier chaque jour ce que je pensais et par conséquent le livre lui-même. C’est une curieuse façon d’écrire un livre. Aujourd’hui (ndlr c’est la préface de l’édition française), avec quelques années de recul, je peux dire que c’était une façon plutôt barbare, comme si, pour étudier les dauphins, j’avais entrepris de vivre à la manière des dauphins. »


Mais qui sont ces barbares ?


Les prédateurs de la Toile sans culture ni Histoire répondent les anciens dominants de la culture.


Baricco n’est pas convaincu « dans le monde où je vis (ndlr. Les intellectuels), si l’honnêteté intellectuelle est une denrée rare, l’intelligence ne l’est pas, elle. Ils ne sont pas devenus fous. Ce qu’ils voient existe. Mais ce qui existe, je n’arrive pas à le voir du même œil. »


Simple conflit de générations : « les anciens qui résistent à l’invasion des plus jeunes, le pouvoir en place qui défend ses positions en accusant les forces émergeantes » ?


Non, pour Baricco « cette fois, ça semble différent. Un duel si violent qu’il paraît nouveau. D’habitude, on se bat pour contrôler des points stratégiques sur la carte. Aujourd’hui, les agresseurs font quelque chose de plus radical, qui va plus en profondeur : ils sont en train de redessiner la carte. C’est peut-être déjà fait. »


« Nul déplacement de troupes, nul fils tuant le père. Mais des mutants, qui remplaçaient un paysage par un autre et y créaient leur habitat. »


Dans son livre Alessandro Baricco ne se place ni dans la condamnation, ni dans le mépris, ni dans une critique des barbares mais dans une tentative pour comprendre si ce sont eux qui ont raison.


« Après Les Barbares, beaucoup de gens ont été forcés d’accepter qu’ils ne pourraient plus s’en tirer avec l’habituel sermon sur les jeunes qui ne se lisent plus, qui vont dans les fast-foods et ignorent qui est Michelangelo Antonioni. Désormais, avant de prendre de haut ce qui se passe, ils devraient transpirer au moins un peu. »


 La première partie du livre est intitulée SACCAGES


 « Ils arrivent de partout, les barbares. Ce qui nous trouble un peu, si bien que nous avons du mal à réunir les pièces du puzzle, à continuer une image cohérente de l’invasion dans sa totalité. On se met à parler des grandes librairies, des fast-foods, de la télé-réalité, de la politique, des jeunes qui ne lisent pas et d’autres choses de cet ordre, mais ce qui nous n’arrivons pas à faire, c’est regarder d’en haut et reconnaître le dessin que les innombrables villages saccagés tracent à la surface du monde. Nous voyons les saccages, mais nous ne voyons pas l’invasion. Et nous ne parvenons donc à la comprendre.


Croyez-moi : c’est d’en haut qu’il faudrait regarder… »


Alessandro Baricco m’a donc entraîné dans un voyage pour voyageurs patients, un livre et ça m’a changé des pauvres écrits de chroniqueurs de la Toile qui voient tout au travers de leur petite lorgnette, usant jusqu’à la corde les mêmes sujets, nous saoulant de leurs regrets d’un monde bucolique, ripoliné à l’eau de rose ou agrémenté des mêmes clichés qui se veulent frondeurs alors qu’ils ne sont souvent que convenus.


Suivre le chemin proposé par Alessandro Baricco exige de s’éloigner du prêt-à-penser, de sortir de son confort intellectuel, de se remettre en question… tout ce que se refuse ou ne sont pas capables de faire les y’a k’a et les faut k’on.


Demain, je tenterai de vous convaincre de me suivre sur ce chemin car Alessandro Baricco a commencé par « étudier les barbares à travers le saccage des villages périphériques, pas à travers leur assaut contre la capitale. Il est possible que là où la bataille est plus simple, circonscrite, il soit plus facile de saisir la stratégie de l’invasion et les gestes fondateurs de la mutation. »


Premier village périphérique : le VIN.

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Jeudi 15 janvier 2015 4 15 /01 /Jan /2015 00:09

Sur le site LPV un certain Daniel Popp proclame « j'en ai marre...des vins nature dénaturés ! »


« La coupe est pleine, ras-le-bol d'acheter ou de déguster des cuvées nature portées au pinacle par les cavistes et bars à vins à la mode, qui s'avèrent être d'infâmes daubes. Accident, laisser-aller, négligence, amateurisme ? Je laisse aux spécialistes le soin d'en débattre même si le dialogue à ce sujet, est entamé depuis longtemps sur LPV… »


Ce genre de proclamation outrée ne cessera jamais de m’étonner : pourquoi diable faire déborder sa coupe en buvant « d'infâmes daubes » sur le conseil de cavistes et de bars à vins de cette boboïsante obédience dites des naturistes?


En effet, à l’image de ceux qui ne peuvent pas me piffer et qui continuent de me lire, je ne comprends pas cet  acharnement à se faire du mal avec un liquide dont la fonction est essentiellement de se faire du bien.


Hormis d’être masochiste, ce que je ne suis pas, je ne vois pas au nom de quoi, sinon la défense du « bon goût », le sien bien sûr, lancer un tel débat.


Dans le domaine du plaisir, des plaisirs, je choisis ce qui me fait jouir, aussi bien dans tous les arts mais aussi dans l’art du manger et du boire.


Rappel : le vin pour circuler doit être sain, loyal et marchand link tout le reste relève du choix personnel nul besoin de suivre la tendance que l’on estime néfaste.


Si un film me déplaît, je sors discrètement de la salle ; si un livre me tombe des mains, je le referme discrètement ; si une œuvre d’art m’indiffère, je passe outre discrètement.


Même motif, même punition pour le vin : un vin, quel qu’il soit, s’il ne va pas, je le crache et je n’en fais pas tout un plat sur mon espace de liberté. L’âge aidant, je préfère plutôt aimer qu’exécrer… je parle de vin bien sûr…


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C’est donc avec plaisir que je publie la page d’accueil du site de Michel  Issaly, vigneron de son état, du côté de Gaillac, un homme sage qui a exercé, pendant des années, la plus haute responsabilité au VIF, un homme pour qui j’ai toujours eu une profonde estime dès l’époque où une large partie de ses mandants ne portaient pas les propositions de mon rapport dans leur cœur.


Qu’il y ait des vins natures imbuvables pour certains et délicieux pour d’autres c’est dans l’ordre des choses. La réciproque est tout aussi vraie pour les autres vins. Il n’existe pas de police du goût et c’est heureux.


Reste que certaines charges contre les vins nature me semblent relever d’une forme de dépit face à une génération qui brise et ne respecte pas les codes en vigueur.


Le goût du vin n’est pas, et n’a jamais été, gravé dans le bronze. Déviance d’aujourd’hui sera peut-être le convenu de demain. Je ne sais, mais ce que je sais, je le vis tous les jours, c’est que les vins dit natures apportent à ceux qui les boivent du plaisir, de la convivialité, alors de grâce laissons le mépris au vestiaire.


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« Au-delà des idées préconçues, des stéréotypes, des Ayatollah pour ou contre, des casseurs de vin naturel et de la république des experts, nous voilà depuis plus de quinze ans continuer à persister dans notre démarche en vin naturel. Pas contre tout le monde, mais parce qu’il nous semble important de retrouver dans notre vin la vérité d’un terroir, d’un ou plusieurs cépages et d’un climat (millésime).


Notre vin est avant tout la représentation d’une diversité naturelle ou l’on doit retrouver cette authenticité d’un lieu et de son histoire. Les démarches bios, biodynamies, et HVE (Haute Valeur Environnementale) vont nous permettre d’aider la vigne à exprimer la variabilité des sols et de leur environnement.


 

Une fois le raisin à la cave, il est indispensable de respecter la naturalité (caractère de ce qui est produit par les seules forces de la nature) que nous avons préservé. Pour cela et mis à part un peu de soufre il nous parait important d’exclure tous les intrants qui viendraient modifier l’expression naturelle du raisin. De même que nous refusons d’utiliser des techniques physiques venant détruire la vie préservée à la parcelle.


 

La vinification doit respecter les équilibres pour que le vin reste du vin et qu’on l’apprécie pour sa buvabilité et son expression unique.


 

Réaliser des vins naturels c’est accepter d’en payer le prix fort et cela à plusieurs reprises. Dans la cave en premier lieux où il est toujours plus compliqué de gérer les vinifications (c’est la nature qui impose à l’homme et non le contraire), à la dégustation d’agrément ensuite, ou nos experts refusent quasiment systématiquement ces vins en IGP (Indication Géographique Protégée) et enfin auprès des consommateurs qui ne sont souvent pas préparé à servir ces vins dans de bonnes conditions (carafage et aération obligatoire). »link

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Mercredi 14 janvier 2015 3 14 /01 /Jan /2015 00:09

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Que la France des femmes et des hommes de peu était belle ce dimanche, elle marchait loin du brouhaha des causeurs, des blablateurs, des commentateurs et autres penseurs à notre lieu et place. Elle n’en avait rien à foutre de ces récupérateurs, ces recycleurs, ces donneurs de leçons pissant de la copie sur la Toile.


Libre à eux, je me garderai bien, au nom de la liberté d’expression, de leur demander de se taire mais, pour beaucoup d’entre-eux, s’applique, au pluriel, le « si tous les cons volaient ils seraient chefs d’escadrille » et j’ajouterai « en plus ils voleraient en rase motte ! »


Ma crainte c’est que François Cavanna ait eu raison « Les cons gagnent toujours, ils sont trop. »


Ça me fiche en colère mais je m’en tiendrai à mes bonnes résolutions de début d’année : silence radio !


Pour calmer mon ire contre ces ramenards de tout petit calibre je me suis remémoré – éduqué chez les curés – le massacre des Innocents.


Étrange concomitance !


L’Ancien Testament est riche d’histoires dramatiques dont le point culminant sont des scènes de fuite, d’exode ou d’expulsion alors que le Nouveau Testament n’en propose qu’une seule la fuite de la sainte Famille en Egypte qui est rapportée, de manière plutôt brève, par l’évangéliste Matthieu qui raconte qu’à Bethléem, sous le règne du roi Hérode, Marie, femme de Joseph, mit au monde son fils Jésus, conçu de l’Esprit Saint, et que «les mages d’Orient» reconnurent en lui « le roi des Juifs ». Ils vinrent alors l’adorer et lui offrir des présents (Matthieu 1, 18-2, 12).


L’évangéliste poursuit : après leur départ, l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et fuis en Egypte ; restes-y jusqu’à nouvel ordre, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Alors Joseph se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte. Il y resta jusqu’à la mort d’Hérode (Matthieu, 2, 13-15).


« Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, selon la date dont il s'était soigneusement enquis auprès des mages. Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par le prophète Jérémie ... » (Matthieu, 2, 16-18)


La Fuite en Égypte comme le massacre des Innocents ont inspirés de grands peintres…


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En son temps j’avais commis ce petit texte, entre deux rendez-vous, dans le train, je ne sais où, sans doute dans la période de Noël. J’étais alors aux manettes du cabinet d’un Ministre, dans le cambouis du quotidien, en un temps où les affaires prenaient une tournure délétère et même que le petit-chose Bérégovoy, l’ex-chef de gare de Pont-Audemer, préféra passer de vie à trépas.


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La fuite en Belgique


Aux premières lueurs de l’aurore


J’ai juché ma jeune femme


Sur le dos usé de mon vieil âne.


Notre bel enfant, ignorant le sort


Que lui réservait l’avenir


Dormait dans les bras de sa mère


Et moi son père


Craignant le pire


J’attrapai la bête par le licol


Et au rythme de son pas lent


Nous avons pris à travers champs


Pour atteindre le col.


                    ***********

 

Le pire n’est jamais sûr


Mais du marigot


Au loin tonne un héraut


Les affaires sont les affaires


Des prédateurs


Des chasseurs d’électeurs


Je fuis


Je les fuis


Ces sans-souci de notre vie


De la vie qui fait des ravages


Ces ignorants de notre quotidien


Des riens


Des moins que rien


Je pars me réfugier


Au plat pays Outre-Quiévrain…

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Mardi 13 janvier 2015 2 13 /01 /Jan /2015 00:09

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J’entends, ou plutôt je lis ici et là, qu’enfin justice est faite puisque le groupe Héraclès de Sauty de Chalon va cesser son activité.


Sauf que le plan de continuation décidé par le tribunal de commerce de Paris en novembre, certes préservait les intérêts des actionnaires mais aussi ceux des clients floués. Nous sommes dans le domaine commercial et comme l’écrit Boursier.com « Les actionnaires et les clients d'Héraclès, le holding des sites de vente de vin 1855 ou ChateauOnline, pensaient avoir échappé au pire en novembre, lorsque la société était sortie de redressement judiciaire via un plan de continuation, avec la promesse de nouveaux financements et d'un changement de management. Mais vendredi, coup de tonnerre : les dirigeants, l'administrateur judiciaire et le mandataire judiciaire ont demandé la liquidation judiciaire immédiate de la société et de toutes les structures juridiques du groupe. »


Le plan de continuation reposait sur un partenaire financier PLF1 qui n'a pas versé les fonds prévus. Ceux-ci devaient servir « à relancer l'activité sans délais et de bénéficier de la fin de l'année, traditionnellement favorable aux activités de vente de vin. En son absence, les stocks n'ont pu être constitués et les opérations commerciales ont été bloquées. »


Pour ce qui concerne la justice elle passer si la responsabilité des dirigeants est engagée « À ce jour, près de 11.000 créanciers ont été bernés par le duo Sauty de Chalon et Hyon. Et les pertes s’élèvent à plus de 40 millions d’euros. Pour autant les déboires judiciaires d’Emeric Sauty de Chalon et Fabien Hyon sont loin d’être terminés, car un volet pénal pourrait bien s’ouvrir dans les prochaines semaines, ainsi que d’autres actions visant à engager la responsabilité personnelle des dirigeants. »


Me Hélène Poulou, qui défend plus de 300 clients floués, a déclaré, après l’annonce de la mise en liquidation judiciaire des sociétés du groupe Héraclès (1855, ChateauOnline et Cave Privée) : « Enfin, une décision appropriée vient d’être prise. Il était temps ! Les sites vont être suspendus et cela met un terme à ces pratiques commerciales litigieuses. On va enfin pouvoir lancer les procédures en responsabilité contre qui de droit »


Clap de fin donc, pour la saga du «prestidigitateur de dettes Emeric Sauty de Chalon le roi du cache-tampon link


Affaire à suivre donc mais cette liquidation judiciaire devrait malheureusement sonner le glas des espoirs des clients floués...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Lundi 12 janvier 2015 1 12 /01 /Jan /2015 07:00

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Michel Houellebecq quitte Paris pour une destination tenue secrète et interrompt la promotion de son dernier livre Soumission. Il se dit « profondément affecté par la mort de son ami Bernard Maris » dans l'attentat contre Charlie Hebdo.


Nous venons de vivre des journées noires, et ça s’est passé dans la ville où je vis, ce Paris si souvent décriés. J’ignorais où se situais la rédaction de Charlie-Hebdo mais je passais très souvent à quelques encablures d’elle sur mon vélo. Ça ne change rien à l’horreur mais ça matérialise les faits.


Comme beaucoup de mes amis j’ai été saisi, incapable de faire autre chose que de faire le deuil, qui fut d’ailleurs un deuil national de 3 jours, de ces sacrifiés, connus et inconnus.


Pour tenter d’exorciser l’horreur j’ai écrit deux chroniques :


-         Donnons-leur un NOM : des LÂCHES link


-          Les morts de Charlie d’hier et d’aujourd’hui m’ont dépucelé la tête: merci à eux link


Et puis je me suis tu.


Mon ami Olivier Horiot vigneron aux Riceys nous a opportunément rappelé que l’horreur était aussi ailleurs : D’Olivier Horiot « Ils sont aussi Charlie » les agriculteurs de Mbaljouwel dont le village a été brûlé par Boko Haram 37 morts link


Sur mon mur de Face de Bouc je me suis contenté de publier les dessins des caricaturistes du monde entier, quelques témoignages et réflexions « Pourquoi les fanatiques détestent le rire »link qui me paraissaient dignes d’intérêt, puis le dernier jour des infos.


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Je dois vous avouer que l’attitude de certains m’a écœurée, commentaires stupides, indécents, tentatives de faire du Charlie, absence totale de retenue, et le pire une forme de récupération d’un esprit qui n’est pas le leur. Mépris profond !

 

Les sacrifiés de Charlie-Hebdo ne l'ont pas été parce que c'étaient des paillards buveurs et ripailleurs mais pour avoir osé caricaturer Mahomet, c'est contre la liberté d'expression que les lâches assassins ont agi, preuve s'il en est qu'elle existe dans notre pays. Ceux qui passent leur temps à écrire le contraire ne sont guère crédibles. La captation de l'héritage de Charlie est minable.


Nous allons marcher ce dimanche, pas manifester sauf notre compassion aux victimes et à leurs familles, proches et amis.


Je ne crois pas à l’unité, dite nationale, mais à une forme, même provisoire, de nous retrouver dans nos diversités au coude à coude en laissant de côté nos opinions divergentes. À chacun de choisir, ceux qui ne seront là pour s’afficher n’ont rien à y faire.

 

La présence de chefs d'Etat ne me dérange pas car ils représentent leurs peuples et non une tendance politique.


Voilà c’est écrit, par un étrange destin les deux dénouements se sont déroulés dans des lieux proches de là où j’ai vécu, ça me donnait le sentiment étrange d’une proximité avec la mort.


Aujourd’hui le cours de la vie reprend son lit habituel.


Alors j’ai choisi de revenir au vin, avec l’actualité que Jacques Dupont analyse bien à propos de l'ordonnance de référé rendue le 7 janvier par le tribunal de grande instance de Paris qui autorise le maintien des visuels de la campagne d'Inter Rhône et une interview de Stéphanie de Boüard-Rivoal, Directrice Générale adjointe du Château d'Angélus depuis 2012 sur le site commercial Grands Vins Privés. Sur cette dernière je ne ferai aucun commentaire car je vous laisse le soin de le faire.

 

1-      Côtes-du-rhône, tribunal et « goût de la vie » ! de Jacques Dupont du Point


En ces temps « déraisonnables » comme disait Aragon, l'information peut paraître dérisoire : le tribunal de grande instance de Paris autorise le maintien des visuels de la campagne de pub des côtes-du-rhône, même s'il demande un changement du slogan qui était le suivant : "Le goût de la vie." Assignée en référé par l'Anpaa (association nationale de prévention en alcoologie et addictologie) le 19 novembre 2014, Inter Rhône (interprofession des vins A.O.C. côtes-du-rhône et vallée du Rhône) remporte donc une demie victoire puisque les dessins « non dénués de qualité artistique », selon le tribunal, ne justifiant pas "un trouble manifestement illicite ou d'un dommage imminent présentant les mêmes caractéristiques que le juge des référés aurait le pouvoir de faire cesser ou prévenir" sont maintenus et que la couleur rouge, élément identitaire des campagnes Côtes-du-Rhône « se rattache en premier lieu à la nature du vin proposé par les professionnels regroupés dans l'association Inter Rhône lesquels produisent principalement du vin rouge, et que la campagne tend à associer dans l'esprit du public cette particularité à la région des Côtes-du-Rhône ». Encore une chance que le rouge soit reconnu comme une couleur « naturelle » possible du vin.

 

La suite ICI link

 

2-      Interview de Stéphanie de Boüard-Rivoal - Château Angélus - Château Angélus, plus qu'un mythe !

 

GVP : En trois mots, comment décririez-vous le vin du Château d'Angélus si c’était :

 

SBR :

 

- Un film ? Une fresque historique ou un film néo-réaliste dans l’esprit de Fellini

 

- Un voyage ? Une ascension himalayenne, une quête de grands sommets

 

- Un art ? Une peinture, impressionniste

 

- Une musique ? Le 24e caprice de Paganini : une technique impressionnante, de la fougue et une grande harmonie

 

- Un paysage ? Des collines verdoyantes, ondulantes, plantées de cyprès et traversées par une rivière. Un paysage de quiétude et d’harmonie

 

- Un grand personnage ? Alexandre Le Grand, un stratège toujours en mouvement

 

La suite ICI link

 

Nous venons d'avoir la confirmation, ‪#‎Wolinski‬ est bien arrivé au paradis.dédicace @Kersauson


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 12 janvier 2015 1 12 /01 /Jan /2015 00:09

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Hier, lorsque j’ai quitté à vélo mon XIVe ce qui m’a de suite frappé c’est le silence, un silence léger à peine troublé par le passage de rares autos, la ville semblait se recueillir. Tout au long de mon trajet vers la Place de la Nation ce n’était que marcheurs sur les trottoirs, longue cohorte convergeant vers les points de ralliement. Pour la première fois depuis que je vis à Paris, avec ma flèche d’argent j’ai enjambé la Seine en empruntant le pont Charles de Gaulle. Sans encombre j’ai gagné la Place de la Nation, tout le monde faisait attention à tout le monde, aucune bousculade, du respect mutuel. Et toujours cette forme de légèreté silencieuse flottant au-dessus de cette foule assemblée.


De partout ce n’était que flux humain, toujours paisible et tranquille, parfois crépitait une salve d’applaudissements. Impressionné. Impressionnant. Je remontais l’avenue Philippe Auguste noire de monde. Au carrefour un cordon de gendarmes dérivait, avec courtoisie et pédagogie, vers le boulevard de Charonne, le cortège qui avançait en rang serré. Et puis, là, face à la bouche de métro je tombais nez à nez avec la petite bande des belles du Lapin Blanc, emmitouflée car une petite bise tranchante balayait l’avenue. Nous n’avions ni pancarte, ni insignes, mais nous étions la marche et nous marchions.


Nous en étions de cet immense élan, nous femmes et hommes de bonne volonté, cohorte d’anonymes.

 

Mais pourquoi fallait-il en être, ici à Paris et ailleurs, en France et dans beaucoup de pays, me direz-vous ?


Pour une raison très simple : témoigner de ce qui nous rassemble : notre commune humanité. Celle à qui les lâches assassins ont déclaré une guerre impitoyable.


Notre côte à côte chaleureux de dimanche a été la preuve de sa richesse et de sa puissance à cette commune humanité et elle nous a donné le courage nécessaire pour défendre la liberté, nos libertés…


Et après !


Que feront-nous demain ?


Je ne sais, mais ce que je sais c’est que ça dépendra aussi de nous, de notre capacité à vivre ensemble dans une forme de respect exigeant et sans concession. La compréhension ne signifie pas faiblesse, nous sommes dans un État de Droit qui est le seul garant des libertés. Que celles et ceux qui s’en affranchissent sachent qu’ils devront s’y soumettre. Intransigeance nécessaire et salutaire pour rompre avec le repli communautaire.


Ma seule photo du jour illustre cette courte chronique : un drapeau qui avait flotté à une fenêtre lors de la Libération de Paris.


Il y eut aussi un selfie de notre petite bande mais là je ne publie pas car vous seriez jaloux 


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 11 janvier 2015 7 11 /01 /Jan /2015 07:00

Touché au cœur, je déjeunais avec une amie lorsque l’atroce nouvelle s’est affichée sur l’écran de mon IPhone. La suite n’est pas à écrire ici, ce n’est ni le lieu, ni l’heure, le métier de l’ombre a ses règles. Tout ce que je puis souligner c’est que ce pays tient debout n’en déplaise aux oiseaux de malheur qui se repaissent de nos lacunes, de nos lâchetés. Après le deuil, et je l’espère le sursaut de la part la meilleure de notre peuple, dans un recueillement intérieur, avec ma belle Émilie à mes côtés, je fais appel à ma raison. Je me plonge dans la lecture d’une analyse d’Olivier Roy, professeur à l’Institut universitaire européen, où il dirige le Programme méditerranéen. Spécialiste de l’islam internationalement reconnu, il est notamment l’auteur de L’Islam mondialisé (Le Seuil, 2002), Le Croissant et le chaos (Hachette 2007), La Sainte Ignorance (Le Seuil, 2008) et d’En quête de l’Orient perdu, entretiens avec Jean-Louis Schlegel (Seuil 324 p., 21,00 €).


« Pour simplifier (mais tout est simplification aujourd’hui), deux discours se partagent l’espace public. Le discours désormais dominant (même s’il prétend toujours s’opposer au « politiquement correct », alors qu’il est devenu « le » politiquement correct) considère que le terrorisme est l’expression exacerbée d’un « vrai » islam qui se ramènerait en fait au refus de l’autre, à la suprématie de la norme (charia) et au djihad conquérant, même si ces choix se font plus par défaut et par ressentiment que par certitude de détenir la vérité. En un mot, tout musulman serait porteur d’un logiciel coranique implanté dans son subconscient qui le rendrait, même modéré, inassimilable, à moins, bien sûr, de proclamer haut et fort sa conversion publique à un improbable islam libéral, féministe et « gay-friendly », si possible sur un plateau télé sous les coups d’un journaliste pugnace et intransigeant, lequel pourrait se rattraper de ses complaisances envers les grands « chrétiens » de ce monde. Cette demande de « soumission » est désormais récurrente (« pourquoi vous, les musulmans, ne condamnez pas le terrorisme ? »). Et c’est sans doute par antinomie que Michel Houellebecq invente la soumission à rebours.


Le deuxième discours, minoritaire et qui a du mal à se faire entendre, est celui que je qualifierais d’« islamo-progressiste », mis en avant par des musulmans plus ou moins croyants et par toute la mouvance antiraciste. Not in my name, « pas en mon nom ». L’islam des terroristes n’est pas « mon » islam, et ce n’est pas l’islam non plus, qui est une religion de paix et de tolérance (ce qui pose un problème d’ailleurs pour nombre d’athées d’origine musulmane, qui oscillent entre la surenchère dans la condamnation du fondamentalisme et la nostalgie d’un islam « andalou » qui n’a jamais existé). La vraie menace, c’est l’islamophobie et l’exclusion qui peuvent expliquer, sans l’excuser, la radicalisation des jeunes. Tout en participant au chœur du grand récit de l’union nationale, les antiracistes ajoutent un bémol : attention à ne pas stigmatiser les musulmans.


La juxtaposition de ces deux discours conduit à une impasse. Pour en sortir, il faudrait d’abord prendre en compte un certain nombre de faits, têtus, qu’on ne veut pas voir et qui montrent que les jeunes radicalisés ne sont en rien l’avant-garde ou les porte-parole des frustrations de la population musulmane, et surtout qu’il n’y a pas de « communauté musulmane » en France. » link

 

- Par bonheur tu es de retour, sans toi je serais désemparé, tu m’as manqué. Tu sais le manque, dans mon état, c’est un étrange mélange d’attente qui se veut sereine et d’impatience qui ne l’est pas.


J’avais débité cette phrase d’un trait, Émilie emmitouflée me souriait. Si elle n’existait pas je l’aurais inventée, alors m’enhardissant, je lui racontais que pendant son absence, je trompais le temps. Grignotais. Baguenaudais entre mes livres. Et je ne sais pourquoi j’étais tombé sur « Un endroit où aller » le grand roman de Robert Penn Warren, un romancier américain méconnu en France. Je disais à Émilie que cet exemplaire je l’avais acheté pour le Hopper de sa couverture. Il était tout défraîchi. Je l’avais ouvert. Le premier chapitre je le connaissais presque par cœur en dépit des années qui s’étaient écoulées depuis que je l’avais lu. Je l’avais relu d’une traite avec autant de plaisir. Allais-je en rester là ? J’avais faim. Rien, ou presque, dans le frigo. Je pestais contre mon imprévoyance. Il ne me restait plus qu’à aller grailler dans une brasserie près de la gare du Nord. Je déteste les brasseries d’aujourd’hui avec leurs plats réchauffés. Mon vélo, mon sac à dos, et je dévalais l’enfilade de rues qui mènent à Stalingrad.


La brasserie était quasi-déserte. Je m’asseyais sur une banquette et je commandais une choucroute avec une pinte de bière. C’était sinistre, comme-ci je me retrouvais abandonné de tous, exilé. Ça me donnait envie de me replonger dans mon Penn Warren. Le garçon était déjà de retour avec ma platée. Je l’ignorai. L’odeur acidulée de la choucroute mêlée à l’odeur grasse de la charcuterie me laissait indifférent. Je frissonnais. Une main invisible venait de me conduire là où je voulais aller depuis qu’Émilie était entrée dans ma vie.


« Je ne veux pas ici parler simplement d’attirance sexuelle. Je ne veux pas parler de l’automatisme rigide d’une habitude sexuelle bien établie. Je ne peux faire allusion à ce qu’on appelle « tomber amoureux ». Vous connaissez ces choses comme la plupart des gens. Ces choses existent dans le contexte de la vie et du monde tel que nous le connaissons. Ce dont je veux parler n’a aucun contexte, ça existe en soi ; c’est en soi un univers que cet élan qui se satisfait de lui-même »


Mon cœur cognait. Je touchais sans doute à la traduction de ce que j’étais en train de vivre avec toi.


« Vous êtes-vous jamais trop éloigné de la rive quand la houle est très forte après une tempête, et que la grande vague déferlante arrive sur vous avec fracas, vous dominant des tonnes de sa masse de marbre gris-vert, glacée et cependant en fusion, qui glisse vers vous car c’est bien de cela qu’elle a l’air avec sa frange emplumée d’écume qui fouette le bleu étincelant du ciel ? La masse se dresse et vacille sur le ciel juste au-dessus de vous. Vous savez que, si elle vous atteint dans sa chute, elle vous brisera les reins.


Mais plongez dessous. Percez-la. Entrez dans ses profondeurs. Insinuez-vous au plus intime de ses ténèbres frémissantes. C’est votre seul espoir. Alors vous entendez le fracas de la masse mortelle qui s’effondre derrière vous. Non, pas un bruit exactement ; une sorte d’exaspération des nerfs suivie par un silence, et dans ce silence vous entendez, littéralement maintenant, le grincement creux, susurrant, des galets écrasés au-dessous de vous dans la profonde aspiration de l’eau.


Ce dont je parle ressemble à cela. Si vous y êtes passé, vous comprendrez. Sinon, vous avez sans doute eu de la chance… »


Tu vois Émilie, contrairement à Jed Tewksbury le narrateur, et ses 17 ans, face à la très belle Rozelle Hardcastle, moi, au bout de ma vie, je vis ce moment avec toi, cet élan, comme un temps suspendu, incomparable, la plus belle chance de ma vie. Enfant, au bord de l’océan, je rêvais de me lover sous la peau de la mer et j’allais plonger sous les vagues en me disant que ma vie serait belle. Elle l’est c’est TOI.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 11 janvier 2015 7 11 /01 /Jan /2015 00:09

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Fernand Reynaud, en bon auvergnat, jouait à merveille « le pauvre paysan, ça eu payé, ça ne paye plus… », il n’est pas certain que son humour soit prisé de nos jours par les adeptes du vocabulaire émasculé. Bref, tout ça pour vous dire qu’il est des plantes humbles, pas très présentables, et qui sont pourtant pleines de ressources. La betterave, sous ses 3 formes, fourragère, potagère, sucrière, est de celle-là.


La Beta vulgaris est une racine charnue, légume pour les humains, fourrage pour les animaux et mère du sucre par la grâce de François Charles Achard, de Chaptal et de Napoléon 1er.


Bien évidemment, du fait de mes origines, c’est la betterave à vache que j’ai connu en premier, ou presque. En effet, l’un de mes grands plaisirs d’enfant était de faire tourner le grand volant de la trancheuse de betteraves du pépé Louis. J’aimais le rythme, le son des couteaux fendant la pulpe et les grandes tranches ovales humides. Il ne fallait pas grande chose pour nous émerveiller en ce temps-là.


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Concurremment, le jardin du pépé Louis fournissait des betteraves rouges que, ma bonne cuisinière de mère, nous préparaient chaudes avec de la crème fraîche maison : tous les matins la tante Valentine actionnait l’écrémeuse qui tintait pour signaler l’arrivée de la crème.  Succulent ! Je reviendrai sur cette betterave qui retrouve des couleurs, si je puis dire, sous l’impulsion de certains chefs.


La betterave sucrière je l’ai découverte, elle, au 78 rue de Varenne, avec le lobby le plus puissant, car le plus argenté, celui du sucre. La CGB, les planteurs, était présidée par Georges Garinois, 15 ans à la tête de ce puissant syndicat (1977-1992) qui, avec celui des céréaliers, dominait la FNSEA : faiseurs de présidents.


Le système des quotas sucriers A, B, C négocié à Bruxelles était une petite merveille de protectionnisme à la sauce libérale qui avait permis à la France de disposer l’une des plus puissantes au monde industrie du sucre, qui ne souvient pas des petits dominos de sucre Béghin-Say.


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Ces gens-là savaient y faire à Bruxelles comme à Paris, discrets, efficaces, pas du tout bling-bling, des pros du lobbying quoi.


Dans ma carrière de faiseur de discours, en lieu et place de mes chers Ministres, celui que j’ai prononcé en 1991, au Palais des Congrès de Paris, devant un milliers de congressistes de la CGB est resté gravé dans ma mémoire. Le président Garinois n’aimait guère le Président de la République de l’époque et, dans son discours, sans notes, avaient lourdement moqué le couple Kohl-Mitterrand. J’étais doté par les services d’un merveilleux discours technique. L’horreur absolue que de faire des figures imposées sur les quotas. Par bonheur le président Garinois aimait discourir ce qui me laissa le temps de prendre la décision qui s’imposait.


Applaudissements nourris pour le Président qui entamait son dernier mandat. Je monte à la tribune avec mes feuillets mais au lieu de les poser sur le pupitre je les tends au Président Garinois en lui disant « je vous confie ces pages qui feront le suc du rédacteur-en-chef du Betteravier Français… » Rires dans la salle, ce qui était déjà une performance de la part d’un représentant d’un Ministre de Gauche.


Et je me lançai dans une improvisation qui répondait point par point à l’ironie de ce cher Garinois. Je mouillais le maillot, soulignant à plaisir le génie des sucriers à se préserver de la concurrence du sucre ACP ou du fameux aspartam… La salle surprise par mon audace m’écoutait. J’en profitais pour lancer quelques piques sur la nécessaire évolution des prix face à la concurrence de l’éthanol. Bref, je ne fis aucune concession et, à ma grande surprise, je fus applaudi chaudement. Rassurez-vous c’est plus la performance que le fond de mes propos qui déclencha ces bravos. Le Betteravier Français me consacra même son édito ce qui bon pour l’ego.


L’histoire de la betterave sucrière fait partie du génie français link


Dès la fin du 16ème siècle, simple curiosité de botaniste, Olivier de Serres observait que la betterave  possédait un jus qui, en cuisant, ressemblait au sirop de sucre issu de la canne.


C’est en 1747, qu’en Allemagne, Andréas Sigismund Marggraf parvenait pour la première fois à cristalliser, en laboratoire, du sucre de betterave et ce fut François Charles Achard qui consacra sa vie scientifique à appliquer industriellement la découverte. « En 1799, il produit des pains de sucre, comparables à ceux issus de la canne et en 1801, il crée la première fabrique de sucre de betterave du monde, en Silésie. »


Au début du XIXème siècle une véritable « saccharomanie » s’empare, en Europe, des  chimistes, pharmaciens, agronomes qui, tous essayent d’extraire du sucre à partir de la betterave.


« Au cours de la première décennie du XIXème siècle, les deux premières fabriques métropolitaines sont établies en région parisienne à Chelles et à Saint-Ouen. D’autres fabriques sont créées dans la Somme, dans l’Aisne et le Pas de Calais. La naissance de la sucrerie de betterave est donc l’aboutissement d’un long processus de maturation scientifique et intellectuelle, concrétisant une idée qui était « dans l’air » depuis plusieurs années.


Mais c’est le blocus continental, instauré en 1806 par Napoléon 1er, qui va engendre une guerre économique contre le commerce anglais et rendre nécessaire le remplacement des produits coloniaux, comme le sucre de canne.


« En 1811,  Le Ministre Montalivet  présente à Napoléon 1er des pains de sucre, fabriqués par le chimiste et pharmacien de l’Empereur, Deyeux.


Napoléon, voulant  favoriser le développement de cette production et avec l’influence décisive du chimiste Chaptal, signe le 25 mars 1811 un décret ordonnant la mise en culture de 32 000 hectares de betterave.

 

 

Ce jour-là : le 2 janvier 1812


« Dans sa  raffinerie de sucre de canne de Passy,  Benjamin Delessert, jeune botaniste  et industriel français,  essayait depuis plusieurs années de fabriquer industriellement du sucre de betterave avec l’aide de l’un de ses ouvriers,  J-B. Quéruel. Leurs  efforts sont enfin récompensés dans les derniers jours de 1811 et le 2 janvier 1812, il en informe Chaptal. Ce dernier avertit aussitôt l’Empereur et Napoléon, ravi, s’écria « il faut aller voir cela, partons ».


Après avoir constaté par lui-même les résultats obtenus, Napoléon 1er s’approcha de Benjamin Delessert et dans un élan d’enthousiasme et de reconnaissance, il détache la croix de la Légion d’Honneur, qu’il portait sur la poitrine et la lui remit. (l'illustration de la chronique)


Le 6 janvier 1812, Chaptal fait un rapport à l’Empereur sur la fabrication du sucre de betterave et le 15 janvier 1812, ce dernier,  pensant détenir avec la naissance de la  sucrerie métropolitaine, une carte maîtresse  dans sa lutte économique contre l’Angleterre, signe un nouveau décret, qui ordonne cette fois la mise en culture de 100 000 hectares de betteraves et qui prévoit  la création de 5 écoles de sucrerie et  accorde 500 licences pour établir de nouvelles fabriques.


Quelques années plus tard, Benjamin Delessert revendra sa fabrique de sucre à la famille Say et se consacre à son autre activité industrielle, la filature de coton. »


Mais revenons un instant à la betterave pour bipèdes :


-         Un grand classique : la mâche betterave link


3Betteraves

photo je mijote link


-         Un must : la betterave jaune-ricotta restaurant Yard


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-         Un grand retour : la soupe de betteraves in Régal


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Bon appétit et pour la SOIF c’est « Le Clou 34 » l’aligoté de Claire Naudin… qui n'est pas chaptalisé bien sûr 


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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