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24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 07:00

Mon costar Kennedy

Selon une jurisprudence bien établie je me vante – c’est très mal je réciterai 3 pater et 2 ave pour ma pénitence – d’avoir 3 longueurs d’avance sur la tendance.

 

Pour preuve, alors que je coulais mes derniers jours dans l’enceinte du gagatorium du Ministère de l’Agriculture, officiellement baptisé d’un nom barbare CGAER, arpentant la France profonde des vaches laitières pour tenter de faire dialoguer les grands prédateurs avec les éleveurs, j’avais troqué mes costars-cravate pour des jeans, chemises ouvertes ou polos selon la saison.

 

Aucune exception à ma nouvelle règle de vie, réunion chez le Préfet, grand rassemblement mensuel dans la salle jaune pour entendre les banalités ministérielles habituelles, je me baladais dans ma nouvelle tenue sous l’œil réprobateur de mes collègues abonnés au costar gris de confection. Afin de ne pas leur provoquer des AVC j’évitais de me chausser de mes Veja, gardant mes Richelieu bien lustrée aux pieds.

 

 

Provocateur, j’ironisais parfois auprès de ces hérauts de la productivité agricole, que c’était comme pour les intrants, j’économisais sur mes coûts d’habillement et d’entretien : plus de pressing tout passait à la machine à laver.

 

Bref, je les faisais enrager, même qu’un beau jour d’été lors de notre grande prise de tête mensuelle : la réunion du troupeau pour extraire du jus de tête, je m’y rendis en polo blanc, pantalon de toile acheté à Monop et mes Veja. C’en était trop, un de mes collègues, vieux coq ambitieux, qui n’avait jamais digéré mon fameux rapport, me toisa, façon de parler vu qu’il était un peu short sous la toise, avant de me lancer : « Alors, en vacances ! »

 

Anecdote significative de l’incapacité de ce petit monde rabougri à intégrer que le pouvoir ne se nichait pas dans leur costar. Toute leur frustration accumulée, eux les sur-diplômées, cantonnés dans des postes de commis des politiques, s’étalait gris sur gris.

 

Et voilà que j’apprends qu’ « Après avoir déserté la rue, le costume est en train de disparaître de l'entreprise. Les ventes en France ont chuté de 58% ces dernières années et le vêtement ne symbolise plus le prestige et la puissance. »

 

« Assez symptomatique de ce qu'est devenu ce vêtement aujourd'hui. Popularisé au milieu du XIXème siècle au Royaume-Uni par le roi Édouard VII qui le premier porta un complet fait d'une même étoffe, le costume était jusqu'aux années 60, le vêtement qui symbolisait la puissance et la réussite. Sur les photos d'époque, rares sont les hommes qui ne portent pas de costume. Jusqu'à la fin des années 60, on manifestait en costume, on allait au stade en costume et évidemment on travaillait en costume.

 

« Porter un costume aujourd'hui, c'est une approche défensive. On veut prendre de la distance par rapport à son interlocuteur pour se protéger. Les actifs qui portent encore le costume sont ceux travaillent dans des secteurs qui ont un déficit d'image comme la banque, la politique ou les services publics. »

Laurent Thoumine, responsable du département consommation chez Accenture

 

« Une désaffection qui se ressent dans les ventes.

 

Elles s'effondrent depuis quelques années. En France il s'en vendait encore plus de 3 millions en 2011. Ce chiffre a rapidement chuté et s'établit à moins de 1,4 million sur la période août 2018-juillet 2019 selon Kantar. Une chute de 58%.

 

Même chose pour les cravates dont les ventes ont fondu de plus de moitié sur la période (3 millions en 2012, 1,4 million cette année). En 2012, toujours selon Kantar, 15% des hommes interrogés assuraient acheter un costume dans l'année. Ils ne sont plus que 6% cette année. Le millenial a tendance à n'avoir qu'un seul costume. Il portera ainsi la même tenue pour un mariage, un enterrement ou un entretien d'embauche. » 

 

« Si le prix moyen payé pour un costume n'a guère évolué (170 euros en 2019 contre 165 en 2012), le marché a rétréci et ne représente plus que 225 millions d'euros. À l'inverse, le marché du vêtement de sport décontracté, le streetwear, lui ne cesse progresser. Baskets, t-shirts, polos, sweat-shirts représentent désormais 6,7 milliards d'euros de ventes en France. Un milliard de plus ces cinq dernières années. »

La suite ICI 

 

  • Plus de costumes mais encore des uniformes

 

  • Quand le costume devient une contreculture

Bardamu me sciait le cul ! Ferdinand taillait à tous des costards pure haine, il secouait tellement fort le cocotier que tous les clichés dégringolaient, il foutait le feu aux poncifs, chiait dans la colle et s'essuyait aux bégonias. — 

 

(Émile Brami, Céline: "Je ne suis pas assez méchant pour me donner en exemple", Éditions Écritures, 2003, p. 293)

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commentaires

pax 24/11/2019 08:17

Le confort certes, la décontraction pourquoi pas ( à ne pas confondre ) Le négligé jamais.
Le vrai dandy s'habille comme il l'entend au mépris de toute mode, code, convenance et autre règle d'usage.
A chacun son " dress code " Bien que ma grand mère, la parisienne avec un ascenseur non descendeur Roux Combalusier de son immeuble, disait toujours : " On mange pour soi, on s'habille pour les autres.
Mais pourquoi pas, tout est toujours possible si c'est pour faire l'original ou choquer le bourgeois. On peut même faire comme Rika Zaraï : " Sans chemise, sans pantalon "
Pour ma part je m'habille comme la reine d'Angleterre.

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