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17 novembre 2018 6 17 /11 /novembre /2018 06:00
« Et boire aussi le blanc entêtant ; ajouter ce vertige aux nôtres, mon amant » L’invention du désir Carole Zalberg

Ma soif de petits livres est inextinguible.

 

Celui-ci est beau, d’une beauté nature, sépia, il capte mon regard, je l’effleure : sa peau est douce, sensuelle, je l’ouvre, je le feuillette, il se donne, met le feu à mes sens. Des mots volés, des phrases attrapées à la volée. Je caresse son dos nu, m’exalte, brutale apnée, mon cœur chahute, je crapahute jusqu’à la caisse. Je rends les armes, suis prisonnier.  

 

L'adultère aux éditions du Chemin de fer.

 

Carole Zalberg, la narratrice, entre fantasme et réalité, nous entraîne dans les plis et les replis d’une passion adultère. Sensualité, passion-fusion, une écriture limpide, toute en pudeur et retenue, douceur, désir, fraîcheur, une forme aboutie de poésie, de l’allure et de la distinction en un siècle qui en manque terriblement.  

Les dessins acérés et précis de Fréderic Poincelet , dont le sépia adoucit la froideur – les fantasmes ont rarement des couleurs et le désir dans sa fusion est métallique – accompagnent les courts récits.

 

À l’aide d’extraits glanés je vous livre des braises de ce petit livre :

 

« Ce sont elles qui ont décidé. Nos mains.

 

Nous étions dans ce taxi qui nous emportait vers nos vies respectives. Rien ne s’était passé. Tout avait pourtant été dit par nos yeux. Quelques mots aussi qui avaient entrouvert une porte. Mais nous étions encore chacun encerclé par notre propre histoire, le corps et le cœur en quarantaine de tout ce qui n’appartenait pas à celle-ci. Voilà, nous étions toi et moi dans deux sphères clairement limitées. Par instant elles se frôlaient et là naissaient une transparence, une fluidité – comme une béance dans notre enceinte et par laquelle nous étions happés.

 

Nous roulions donc, encore lointains, avec au ventre des envies de collision, d’une fusion même maladroite et comptée. Or nos vies, tout près, nous attendaient et rien encore ne se passait. »

 

« Voulez-vous manger avec moi, bel amoureux qui n’êtes pas à moi.

 

Nous serions allongés l’un dans l’autre, vous sur moi moi sur vous à côté qu’importe.

 

Il y aurait du vin frais dans les verres sur le parquet ; sur le lit : des fruits. Ce serait du raisin par exemple, qui craquerait sous la dent entre doigts et langues, à confondre les goûts, le dur et le mou, le jus explosant à travers le doux.

 

Ce serait aussi des pêches fondantes coulant au dos de ta main et plus loin.  Je suivrais ce ruisseau, remonterais à ta bouche une goutte de son mince flot, suc tiède du fruit mordu au champ d’été.

 

Et boire aussi le blanc entêtant ; ajouter ce vertige aux nôtres, mon amant.

 

Nous serions assis dans la nuit aux mille silences d’une montagne où nous aurions grimpés.

 

[…]

 

Retour en arrière, le jour où tout a commencé :

 

« Ce sont elles qui ont décidé. Nos mains.

 

Nous étions dans ce taxi qui nous emportait vers nos vies respectives. Rien ne s’était passé. Tout avait pourtant été dit par nos yeux. Quelques mots aussi qui avaient entrouvert une porte. Mais nous étions encore chacun encerclé par notre propre histoire, le corps et le cœur en quarantaine de tout ce qui n’appartenait pas à celle-ci. Voilà, nous étions toi et moi dans deux sphères clairement limitées. Par instant elles se frôlaient et là naissaient une transparence, une fluidité – comme une béance dans notre enceinte et par laquelle nous étions happés.

 

Nous roulions donc, encore lointains, avec au ventre des envies de collision, d’une fusion même maladroite et comptée. Or nos vies, tout près, nous attendaient et rien encore ne se passait. »

 

[…]

 

Dans cette brasserie bruyante d’une gare

 

« Après… je ne sais pas. Nos mains qui ne doivent pas et ne pensent qu’à ça.

 

Et nous ne pourrions pas. Mais si nous le pouvions, ce serait la bérézina. 

 

Toi et moi debout en même temps, écrasant la table entre nous, l’oubliant malgré les bords dans la chair. L’oubliant à la pulvériser.

 

Dans ce nuage de bois défait – cette victoire – nous serions seuls enfin, enfuis enfouis l’un dans l’autre de la tête aux pieds, mains fouilleuses arracheuses heureuses, bouches effleureuses dévoreuses courageuses.

 

Et ce serait le sol, un lit, un mur nu ; le ciel au-dessus et au-dessous. Le ciel au-dedans de nous. Et Ce Serait. »

 

[…]

 

« Verser une huile tiède dans tous les lieux lisses et les creux secrets que tu ne connais pas encore, que tu as dû mille fois dessiner. Pour que rien ne freine ton avidité. Que rien de moi ne gêne ton exploration tendre et folle d’appétit !

 

Et réveiller infiniment plus belle au matin de nos nudités. »

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pax 17/11/2018 07:41

Dans l'éclectisme maintes fois soulignée de notre cher Taulier, le lecteur ( impénitent, forcément impénitent) n'occupe pas une place marginale.Aujourd'hui, je ne sais pourquoi, cette chronique qui va encore alléger mon porte monnaies, me fait penser à une image de mes années d'adolescent apprenant l'allemand. Elle représente le "Buchervurm" *(rat de bibliothèque en français) Ceux qui voudraient savoir de quoi il retourne rendez vous sur interlope tapez Buchervurm et cochez la case image. ( révérence parlée, cher Taulier, révérence parlée)
* Illustration aussi célèbre que le glacier de Caspar David Friedrich

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