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25 mars 2018 7 25 /03 /mars /2018 06:00
Manifestation étudiante dans les rues de Caen, lors des événements de Mai 1968. MAXPPP/PHOTOPQR/OUEST FRANCE

Manifestation étudiante dans les rues de Caen, lors des événements de Mai 1968. MAXPPP/PHOTOPQR/OUEST FRANCE

Je déclare La France d'hier de Jean-Pierre Le Goff d’utilité publique.

 

 

Le Goff est plus jeune que moi, j’avais quasiment 20 ans en mai 68, mais je mets facilement mes pas de petit Vendéen, fils d’un paysan et d’une couturière, dans ses pas. Je me retrouve dans son parcours d’enfant et d’adolescent.

 

En mai 1968, avec Marcel Gauchet, Paul Yonnet,  Jean-Pierre Le Goff ont régner la pagaille dans la faculté des lettres de Caen. La période marque durablement leur vie et leur œuvre. Mais le trio va évoluer du gauchisme à l'antitotalitarisme. Chacun d'entre eux va opérer une relecture critique des événements de Mai et de leurs conséquences.

 

Janvier 68 à Caen, précurseur des événements de mai 68 

 

« Les Caennais ont vécu trois périodes mouvementées en 1968 : au mois de janvier tout d'abord, à l'université, avec la visite du Ministre de l'éducation Alain Peyrefitte, venu à la faculté pour inaugurer le nouveau bâtiment des lettres et chahuté par les étudiants ; un peu plus tard, dans les usines et dans les rues de la ville avec les manifestations des ouvriers de la Saviem, Jaeger et Sonormel.

 

En mai ce sont les étudiants en sociologie qui lancent le mouvement à l'université. Les salariés s'engagent aussi dès le 13 mai, soutenant ainsi activement l'appel à manifester lancé par les organisations syndicales nationales. Ouvriers et étudiants sont très déterminés et combatifs durant tout le mois de mai. »

 

La suite ICI

 

Votre serviteur était lui à Nantes

 

La première usine en grève c'est Sud Aviation à Nantes, le 14 mai. Le soir même, des étudiants de l'université font 5 kilomètres pour rejoindre l'usine et certains passent une partie de la nuit à discuter avec les ouvriers.

 

C'est la première usine en mouvement. Le 13 mai, la fameuse nuit des barricades à Paris, une émeute éclate à Nantes. Dès le lendemain, l'usine Sud Aviation est occupée par les grévistes, et les patrons sont séquestrés. Ils le resteront jusqu'à la fin du mouvement !

 

Le 24 mai, des dizaines de milliers de personnes se rassemblent dans le centre-ville. Étudiants, ouvriers et paysans occupent la place Royale, rebaptisée "Place du Peuple". Nantes est la seule ville en France où l'on peut voir des tracteurs défiler au côté des manifestants. La préfecture est attaquée avec des engins de chantiers et prise d'assaut. Un début d'incendie se déclare. Le préfet de Nantes appelle Paris pour demander l'autorisation d'ouvrir le feu sur les manifestants. Heureusement, le pouvoir central refuse. L'hôtel de ville envahi et occupé.

 

C'est le début d'un épisode unique en France : la Commune de Nantes

 

 

Un comité de grève composé d'ouvriers et de paysans décide de prendre en main l'approvisionnement de la ville depuis l'hôtel de ville occupé. Les jours qui suivent, le pouvoir s'est évaporé. La police ne quadrille plus les rues de Nantes. La CFDT du département appelle à poursuivre la remise en cause du capitalisme, du gaullisme, de l'exploitation de l'homme par l'homme. Le 28 mai, des comités provisoires sont créés afin d'assurer la gestion populaire des caisses de sécurité sociale et d'allocations familiales. Les quotidiens Ouest-France et Presse-Océan publient désormais sous le contrôle des journalistes et des ouvriers du livre.

 

Revenons à La France d'hier

 

« Sensible comme un peintre normand, Le Goff peint ces évolutions par petites touches. Il alterne détails microscopiques mais toujours signifiants et réflexions plus générales. Son constat est clair: le moment 68 est l'instant visible, collectif d'un bouleversement profond qui avait depuis dix ans transformé la jeunesse. «Le “tout, tout de suite” de l'Antigone d'Anouilh, écrit Le Goff, débouchait sur la mort. Passant outre le tragique, la jeunesse révoltée des années 1960 allait faire son programme de vie et d'action dans les conditions nouvelles de la société de consommation et de loisirs.»

 

Jean-Pierre Le Goff ne voulait pas écrire ce livre. L'homme est modeste, pudique, et le sociologue sait trop où peuvent mener les vertiges de l'ego. Il a pourtant choisi de raconter une enfance et adolescence françaises entre 1950 et 1968, non pas pour contempler sa jeunesse et sa trajectoire, moins encore pour gratter de vieilles plaies, mais pour laisser en héritage un récit qui pourrait renseigner les jeunes générations sur le monde d'avant 1968. Il a bien fait. Son livre est précieux comme une correspondance cachée, évocateur comme une photo jaunie, plein de détours, d'atmosphères et de nuances comme le sont les souvenirs.

 

La suite ICI

 

 

Jean-Pierre Le Goff : «68 : Moi, je m’en suis sorti…» 

 

Pour le sociologue Jean-Pierre Le Goff, on confond l’événement lui-même avec les années qui suivront. Une confusion typique de la mythification du mouvement.

 

Dans la France d’hier (Stock), le sociologue Jean-Pierre Le Goff, qui a «fait» 68, remonte le temps, celui d’avant-Mai, pour tenter de comprendre un mouvement contestataire inédit. Et reprendre un récit confisqué selon lui par les soixante-huitards, comme par les contempteurs de la vague libertaire.

 

  • De Mai, vous parlez «d’héritage impossible», que voulez-vous alors transmettre ?

 

Mon but est d’essayer de renouer le fil rompu avec les nouvelles générations. J’ai souhaité revenir sur les faits, écrire un récit pour saisir les conditions sociales et historiques de Mai. Longtemps, l’histoire a été écrite par les vainqueurs, de Cohn-Bendit à Goupil. Une belle histoire qui ne souligne pas suffisamment l’ambivalence du mouvement. Dans «68», il y avait de tout : de l’hédonisme, du contestataire, du politique bien sûr, mais aussi une forme de nihilisme.

 

  • Pourquoi écrire cet essai alors que vous êtes très critique sur cette période ?

 

Le problème n’est pas «Mai». Ce moment historique a mis en question les finalités du progrès, a contesté le moralisme et le paternalisme, le pouvoir et les institutions sclérosés, on ne reviendra pas en arrière. Ce qui m’apparaît avant tout en question est ce que j’ai appelé son «héritage impossible» qui comporte une remise en cause radicale des symboles de l’autorité, une conception de l’autonomie érigée en absolu. Cet héritage a été transmis d’une génération à l’autre, passant par une contre-culture transgressive pour aboutir à un nouveau conformisme social. C’est ce gauchisme culturel, venu des années post-68, qui va servir de substitut à la crise que traverse la gauche en 1981 alors qu’elle arrive au pouvoir et que sa doctrine est déjà en morceaux. Au lieu de faire une révolution violente, les vainqueurs de 68 et de 81 vont mener une révolution culturelle pacifique, ici et maintenant, dans les têtes et dans les mentalités, par la pédagogie, le militantisme de SOS Racisme, par exemple. Ces vainqueurs disaient qu’ils étaient «démocrates», ils avaient, en fait, hérité d’une idéologie pacifiée par rapport à nous qui avons versé dans le militantisme dur des années 70. Ils ont hérité d’une idéologie pacifiée par le féminisme et l’écologie qui rompt avec l’extrême gauche néobolchévique du début des années 70. Ce n’est donc pas Mai ! Mai 68 était globalement machiste, les leaders du mouvement sont des hommes. Les femmes qui créeront le MLF en 1970 se révolteront précisément contre le militantisme sacrificiel et le machisme guerrier qui règnent dans les groupuscules.

 

  • Ce livre se veut aussi une réponse à la pensée anti-68 réactivée par Sarkozy et Wauquiez, aujourd’hui ?

 

Les revanchards ont fait de 68 l’origine de tous les maux de la société. On est passé de la mythification des vainqueurs à une logique de l’histoire très noire, sans faire la part des choses entre les acquis et les dérives. La version des revanchards pas plus que celle des vainqueurs ne permet de comprendre l’événement. On peut être critique sur les idées et les actions menées à cette époque, mais les étudiants contestataires et les gauchistes n’ont pas inventé la crise du christianisme, le discrédit du gaullisme dans ces années-là, la crise de l’université, le mécontentement social.

 

 

  • Vous faites de 68 une révolte de la modernité, de l’adolescence aussi ?

 

Etre adolescent entre la fin de la guerre d’Algérie et 68, c’est déjà vivre dans l’ère du vide. Après les grands récits historiques, il y avait un conformisme de masse autour de la consommation. Mai 68 est un événement multiforme, un moment de pause et de catharsis dans une société qui, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a été transformée en peu de temps par la modernisation des Trente Glorieuses. C’est dans ce moment historique que l’adolescence va devenir un nouvel acteur social, un modèle de comportement qui fait de l’intensification du présent un mode de vie qui a tous les traits d’une fuite existentielle et du divertissement pascalien.

 

  • Un autre Mai 68 est-il encore possible ?

 

Je n’en peux plus d’entendre dire «ça va revenir !». Nuit debout a poussé jusqu’à la caricature cet héritage impossible : refus de toute hiérarchie, utopie d’une société à l’horizontale en état de récréation permanente. Après 68, la revendication de l’autonomie était autre, elle avait un sens : il y avait un Etat fort, des interdits, on le contestait. C’est dans ce cadre qu’il faut resituer «l’Evénement». «68 était un 1789 socio-juvénile», dit Edgar Morin. Mais, politiquement, c’était une impasse. Il y avait une folie dans les mouvements gauchistes français, il faut le dire ! Moi, je m’en suis sorti, mais nombre de gens sont restés sur la touche. Tous ne se sont pas transformés en bons démocrates ! Il y a un énorme malentendu sur 68. En politique, on ne peut pas prendre ses désirs pour des réalités, c’est l’une des grandes leçons.

 

Cécile Daumas

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