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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 06:00

L’annonce a fait l’effet d’une petite bombe le New York Times, le mardi 11 juin a indiqué que, comme pour son édition américaine, il cesserait dès le 1er juillet toute publication de dessin de presse dans son édition internationale.

 

Une décision qui fait suite à une vive polémique survenue au mois d’avril, issue de la publication d’un dessin jugé antisémite et représentant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump. Le chef du gouvernement israélien était dessiné sous la forme d’un chien guide, portant un collier avec une étoile de David, et tenu en laisse par le président américain, aveugle, avec une kippa sur la tête.

 

Patrick Chappatte a pris la parole dans une longue note de blog ICI, dénonçant une décision qu’il juge inquiétante. « Toutes ces années de travail restent inachevées à cause d’un seul dessin ―qui n’était pas de moi― qui n’aurait jamais dû être publié dans le meilleur journal du monde. Ces dernières années, certains des meilleurs dessinateurs de presse aux Etats-Unis (...) ont perdu leur travail parce que leurs éditeurs les trouvaient trop critiques envers Trump. Peut-être devrions-nous commencer à nous inquiéter. Et nous rebeller. Les dessinateurs de presse sont nés avec la démocratie et lorsque les libertés sont menacées, ils le sont aussi. »

 

 Le dessin représentant Donald Trump et Benyamin Netanyahou comprenait des « clichés antisémites », s’est excusé le New York Times (Capture d’écran).

Patrick Chappatte, caricaturiste gommé du « New York Times »

Le 10 juin, à la suite d’un texte de l’illustrateur suisse, le quotidien new-yorkais annonçait officiellement abandonner le dessin de presse.

Par  

Dans son pays, la Suisse, il est une vedette. Aussi connu que Roger Federer. Installé à Genève depuis les années 1970, Patrick Chappatte reçoit dans son atelier des Pâquis, un quartier cosmopolite populaire, et même rouge, du centre-ville. Un grand bureau blanc et une table à dessin qui le surplombe, une étagère contenant toutes ses archives et une célèbre « une » de Charlie, « Tout est pardonné », qui accroche l’œil dans un coin : c’est là que le dessinateur de presse « lance des flèches sur le monde », comme il aime définir son métier, dont il est l’une des grandes figures actuelles. Dans la cuisine, Le Canard enchaîné de la semaine et un cadre blanc inhabituel : « Il est où le dessin ? » fait mine de s’interroger l’hebdo, illustrant la récente décision du New York Timesd’abandonner le dessin de presse.

 

Une décision rendue publique en catastrophe, le 10 juin, à la suite de la publication d’un texte en anglais de Chappatte titré : « La fin du dessin de presse au New York Times ». Averti de la fin de son contrat, il avait souhaité prendre les devants sur son propre site Internet. Son pétard est devenu bombe. « C’est vraisemblablement la fin de ma carrière américaine », confie le quinquagénaire aux airs de jeune homme, dont on devine que le pétillement habituel a été un peu terni par les dernières semaines.

L’art du contrepoint

Depuis tout jeune, Chappatte regarde, un brin claustrophobe, par-dessus la ligne blanche des Alpes. Il est l’un des rares à publier en trois langues – anglais, français, allemand –, jonglant avec des lignes éditoriales frôlant l’antagonisme : Le Temps, Der Spiegel, Le Canard enchaîné et, jusqu’à il y a peu, le New York Times. Mais aussi la Neue Zürcher Zeitung, ce journal historique de la droite suisse, dont l’édition dominicale, où il publie, s’encanaille jusqu’au centre.

C’est l’art du contrepoint de Chappatte. C’est peut-être aussi la trace d’une histoire familiale qui aura façonné son goût pour le regard décentré. Fruit de la rencontre à l’Hôtel Saint-Georges de Beyrouth d’un Suisse et d’une Libanaise au cœur aventurier, Chappatte naît au Pakistan et passe les premières années de sa vie à Singapour. En Suisse, où la famille s’installe, Chappatte commence, dès le lycée, à être publié par La Suisse, journal où il sera très vite embauché à temps plein, sautant, du même coup, la case études.

Le rêve américain de Chappatte commence sur la table du salon familial. Chappatte père, un horloger jurassien, a gardé de ses dix années de bourlingue le goût de la langue anglaise : il est abonné à Newsweek. A 26 ans, Chappatte prend la route avec son épouse, Anne-Frédérique Widmann, devenue depuis journaliste pour la Radio télévision suisse (RTS) et réalisatrice de documentaires. Ce sera l’Amérique du Sud, puis New York, où le couple pose ses valises. En 1995, Chappatte rêve déjà du New York Times (NYT). Mais la « vieille dame grise » ne publie plus de dessins de presse depuis les années 1950. Il y va quand même, espérant les convaincre. « C’est chou, non ? », commente aujourd’hui l’homme de 52 ans qui contemple le jeune homme de 27. Le rédacteur en chef qu’il rencontre lui assure qu’ils n’ont « jamais fait de dessin de presse », ce qui est, au mieux, une inexactitude, mais le prend à l’essai comme illustrateur. On lui reproche très vite d’être trop « cartoony », ce qui, dans la bouche de ses supérieurs, est un gros mot. Il se sent à l’étroit. L’aventure dure trois ans.

Après un court passage par Newsweek, Chappatte atterrit finalement à l’International Herald Tribune (IHT). Cette fois, c’est la bonne. La collaboration commence en 2001. Un an plus tard, le processus de rachat par le New York Times commence. L’IHTdevient l’édition internationale du NYT en 2003. « Ils ont envoyé des gens de New York pour gérer le bureau parisien et j’ai pensé que j’étais foutu », se souvient-il. Mais c’est le contraire qui se produit : le New York Times garde Chappatte – et finalement publie du dessin de presse. Jusqu’à tout récemment, il était même l’un des deux seuls dessinateurs maison du journal, avec le Singapourien Heng, qui couvre l’Asie.

Le New York Times publie alors trois dessins de presse par semaine, dont deux de Chappatte, qui brode un « mix assez savant » des actus américaine et mondiale : l’édition internationale du journal est distribuée dans 160 pays tandis que le site Web, lui, est fréquenté à 85 % par des Américains. C’est le grand écart, un sport dans lequel Chappatte excelle. En vingt ans de collaboration, les couacs sont rares. Peut-être grâce à ce système de filtre que le dessinateur a lui-même mis en place : cinq ou six possibilités pour un seul dessin sont soumises au vote de la rédaction. « Il m’arrive encore que je me dise “Ça, c’est pas mal”, et que le dessin arrive dernier du vote », explique-t-il.

Le 25 avril, le NYT publie un dessin du Portugais Antonio Moreira Antunes, choisi par la rédaction parmi des dizaines de propositions. Représentant le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou avec une étoile de David sur le cou, tenu en laisse par un Trump aveugle, coiffé d’une kippa, le dessin est vite taxé d’antisémitisme. Bret Stephens, un éditorialiste de droite du NYT, embauché en 2017 pour faire entendre une diversité de voix au sein d’une rédaction hypersensibilisée par les attaques récurrentes de Trump contre elle, écrit un papier dans lequel il remonte jusqu’à la seconde guerre mondiale, citant un « vieux problème juif du NYT ».

Dans une ambiance de crise, Chappatte continue à dessiner, mais note que le journal, dans les semaines qui suivent, publie une photo à la place d’un dessin une fois sur deux. Au téléphone, il essaie d’avoir des éclaircissements qui ne viennent pas et commence à douter. Et même à imaginer un scénario du type : « On arrête gentiment d’ici à l’été. » « J’ai réfléchi une semaine et puis je me suis dit que ça allait au-delà de moi », se souvient le dessinateur. Il décide de publier son texte, où résonne la déception d’un homme trahi par le journal de ses rêves : « Après vingt ans d’une collaboration bihebdomadaire, je pensais que l’utilité du dessin de presse politique n’était plus à démontrer », écrit Chappatte, rappelant au passage qu’il a été trois fois lauréat du prix Overseas Press Club of America, un prix jamais décerné à un étranger avant lui.

A la grande surprise de son auteur, le texte entraîne des réactions massives et émues, avec des menaces de désabonnement à la clé. Au-delà de son cas personnel, Chappatte pense à ceux tombés avant lui. En 2018, les renvois de Nick Anderson et de Rob Rogers, parmi les meilleurs de leur génération, ont précédé de peu celui de David Horsey, du Los Angeles Times, et en Allemagne, celui de Dieter Hanitzsch, de la Süddeutsche Zeitung, pour un dessin jugé antisémite.

A la fin de son texte, Chappatte republie le dessin qu’il avait réalisé après l’attentat du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo « Sans humour, nous sommes tous morts. » « Symboliquement, cette décision du New York Times est un pas énorme, commente tristement Chappatte. Bien sûr, c’est plus simple sans les dessins. Franchement, c’est compliqué, la liberté. ça peut être salissant, un peu incontrôlable. » Depuis deux semaines, le dessinateur a coupé CNN et la radio américaine National Public Radio, dont il se nourrissait depuis vingt ans. Ce vide lui pèse. « C’est toute l’immensité de ce que je perds. »

 

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P
Tout passe, tout lasse, tout casse ! C’est à désespérer. Paul Valéry nous a prévenu : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Ca y est, on touche la fin du doigt. On n’est plus à l’une de ces périodes comme celle du Canada dry, celle du simulacres ou finalement tout se vaut. Ces périodes ou une une mode, mercantile bien sur, chasse l’autre. On est vers l’amenuisement de tout, rien ne résiste plus à rien, aucune conviction pour lutter contre le fait du jour. Au moindre pet je change mon fusil d’épaule avant même de savoir la consistance de ce pet si c’est vraiment le vent de l’histoire. On reçoit des coups de pied aux fesses et aussitôt on montre qu’on aime cela, qu’on en redemande.<br /> Cette première chronique du dimanche matin parle du même monde que la seconde à venir.<br /> La mouche du coche a pris négligemment connaissance de la première. Ouais bon, alors, c’est toujours la même chose. On ne va pas pleurer une nouvelle fois. Faut être économe de ses humeurs par les temps qui courent. Mais, toute la journée, New York times en tête, il y a quelque chose qui cloche ! Bon sang mais c’est bien sur, ne pas confondre svp : Le New Yorker qui, entre autre article de fond, publie régulièrement des dessins de presses. En 2004 je me suis offert l’intégral des dessins publiés entre 1925 et 2004. Notre Sempé national a même fait plusieurs unes de ce magazine. J’ai recherché l’album mais ai d’abord fini le commentaire. J’y retourne tant c’est drôle ( il paraît ,dit le revers de la page de couverture, que si l’on passe 7 secondes sur chacun des 68 647 dessins, il faudra cinq jours et cinq nuit pour les voir tous.)<br /> Alors en avant …Youp la boum ! Et fuck the New York Times !
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